Nord (roman)

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Nord
Image illustrative de l’article Nord (roman)
Couverture de l'édition originale.

Auteur Louis-Ferdinand Céline
Pays France
Genre Roman
Éditeur Gallimard
Collection Blanche
Date de parution 1960
Nombre de pages 448
ISBN 2070213129
Chronologie

Nord est un roman de Louis-Ferdinand Céline publié aux éditions Gallimard en 1960.

Résumé[modifier | modifier le code]

Roman en grande partie autobiographique, Nord raconte l'épopée de Céline, avec sa femme Lili et leur chat Bébert, en compagnie de l'acteur Le Vigan en Allemagne à partir de . Voulant fuir les représailles politiques et l'Épuration après leurs agissements sous la période de Collaboration avec l'occupant allemand, ils fuient la France pour se rendre à Baden-Baden. De là, ils rejoignent Berlin sous les bombardements, où ils sont accueillis par Harras, un officier-médecin, ami et confrère de Céline, qui les exfiltre pour l'imaginaire Zornhof (dans la réalité le village de Kränzlin dans le Nord de l'Allemagne). Dans ce bourg campagnard, hébergés par une famille noble allemande, ils éprouvent les privations alimentaires, les échos des bombardements alliés, et le délire général qui enveloppe la population allemande. La fuite vers le Danemark devient l'échappatoire.

Analyse[modifier | modifier le code]

Le personnage de mademoiselle de Chamarande est inspiré de Maud de Belleroche[1].

Après le succès de son précédent ouvrage paru en 1957, D'un château l'autre, succès critique et commercial, qui a permis un certain retour en grâce de l'auteur après des années de mise au ban, celui-ci poursuit sur le même sujet avec Nord, second volet de ce qui constituera avec Rigodon - paru de façon posthume en 1969 - la Trilogie allemande, chronique plus ou moins fidèle des pérégrinations de l'écrivain en Allemagne à la fin de la guerre. Il faut noter que l’action de Nord se situe avant celle relatée dans D’un château l’autre.

A travers ce périple épique, l'auteur donne à voir la souffrance endurée par le peuple allemand : les villes détruites par les bombardements, les familles décimées, les gens hébétés par l'enfer qui leur tombe dessus. Une lumière crue et édifiante est portée sur la nature humaine, ses ressources insoupçonnées comme sa cruauté et sa médiocrité.

Le thème principal qui ressort du livre est la survie : comment, confronté au chaos, à la douleur, aux drames, à la perte totale de repères, l'être humain est capable de s'habituer à tout, s'accommodant tant bien que mal de toutes les situations, cherchant constamment à tirer parti de ce qui peut l'être, à continuer malgré tout à essayer de maintenir ce qui ne tient plus debout, ou à recréer de nouveaux repères dans un environnement devenu très précaire, poussé par l'instinct de survie, la force de l'habitude, ou le déni pur et simple, quitte à s'appuyer sur la folie au sens psychiatrique du terme, comme une béquille.

C'est un récit crépusculaire, lugubre et comique à la fois, tour à tour poignant et grotesque, avec une galerie de personnages étranges, admirables ou effrayants. C'est aussi un livre sur l'injustice : partout, tout le temps, ce sont les petits qui trinquent, pendant que les puissants continuent de mener grand train, même sous les bombes, même au milieu du chaos, jusqu'à l'absurde.

D'un point de vue stylistique, Céline poursuit dans même veine que D'un château l'autre, mais sur un ton plus réaliste. Il se veut chroniqueur et, de fait, son récit est essentiellement descriptif et factuel. Il s'épanche moins qu'à l'accoutumée sur ce qu'il pense ou ressent face aux choses, êtres et situations qu'il rencontre. A l'égard des personnages qu'il côtoie, il n'exprime globalement ni empathie particulière, ni hostilité, ni indifférence, tout juste un sentiment général de gâchis, se contentant de décrire, parfois avec une pointe d'ironie plus ou moins mordante ou amère.

L'auteur se fait moins présent que dans la plupart de ses autres écrits, disparaissant un peu derrière la narration, excepté quelques courts intermèdes où il revient à sa situation présente. Il y aussi beaucoup moins d'exagérations et d'hyperboles, d'envolées lyriques, de véhémence. La tonalité générale est plutôt douce-amère, désabusée, même si l'humour, l'ironie ne sont jamais loin.

Principales éditions[modifier | modifier le code]

  • 1960 : L’édition originale est parue chez Gallimard, Paris, 1960. 464 pages, broché, in-8, collection blanche. Tirée à 14 200 exemplaires[réf. nécessaire], elle compte notamment 45 exemplaires sur vélin de Hollande et 155 sur vélin pur fil Lafuma-Navarre, c’est la première et seule édition précédant la condamnation du livre. Cette édition dite « non expurgée » comprend une carte géographique sommaire en double page ainsi qu’une bande annonce "honni soit".

Quelques semaines seulement après la publication, Nord est retiré des librairies. En effet, Céline ayant laissé dans son manuscrit les noms propres des personnes côtoyées durant son exil, Mme Asta S. qui se reconnaît dans le personnage d’Isis et s’estime diffamée, écrit aux éditions Gallimard afin que la diffusion du roman soit interrompue. Elle joint la liste des passages du roman (quatorze) dans laquelle elle considère son honneur bafoué, Céline la décrivant en particulier comme la fille illégitime d'un père qui aurait abandonné sa mère et lui prêtant des amants.[réf. nécessaire] Après une double condamnation judiciaire de Gallimard et des héritiers de l’écrivain, une nouvelle édition dite "définitive" est donc publiée en octobre 1964, dans laquelle les noms propres sont remplacés. Entre temps, le docteur H. qui se reconnaît dans le personnage de "Harras" tente en effet une action en justice en novembre 1964[réf. nécessaire]. Cette nouvelle édition est également amputée de la carte imprimée à la fin de l'édition originale. Il faut noter que les éditions actuelles sont conformes à cette édition "définitive" dans laquelle les noms propres ont été remplacés...

  • 1966-1969 : Œuvres, André Balland, Paris. Le tome 5 inclut « Nord » et « Rigodon ». Edition établie (notes et commentaires) sous la direction de Jean A. Ducourneau.
  • 1974 : Romans, tome II, Édition et préface d'Henri Godard, Bibliothèque de la Pléiade, n° 252, 1312 pages. Cette édition comprend notamment l’intégralité de la trilogie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marc-Édouard Nabe, Lucette, Paris, Gallimard, coll. « Blanche » (réimpr. 2012) (1re éd. 1995), 348 p. (présentation en ligne), p. 252

Liens externes[modifier | modifier le code]