Norbert Zongo

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Norbert Zongo
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Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 49 ans)
SapouyVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Henri SegboVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Memorial Norbert Zongo.jpg
plaque commémorative

Norbert Zongo est un journaliste burkinabè né en 1949 à Koudougou et mort assassiné le . Fondateur et directeur de la publication de l’hebdomadaire L'Indépendant, il est également auteur de deux romans : Le Parachutage et Rougbêinga[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Koudougou, il obtient son baccalauréat en 1975. Il est enseignant depuis 1971[2]. Il enseigne à et à Ouagadougou. Comme journaliste, il commence sa carrière en 1986 au sein de l'organe officiel Sidwaya puis au Carrefour africain. Il fonde en 1993 L'Indépendant[3] ; il dénonce alors la corruption qui gangrène l'État et s'oppose au régime de Blaise Compaoré[4]. Il aime à dire :

« Le pire n’est pas la méchanceté des gens mauvais mais le silence des gens bien[5],[6]. »

Assassinat[modifier | modifier le code]

Après avoir commencé une enquête sur la mort mystérieuse de David Ouedraogo, le chauffeur de François Compaoré, le frère du président burkinabè Blaise Compaoré, Norbert Zongo est assassiné le , avec les trois personnes qui l'accompagnaient (Blaise Ilboudo, Ablassé Nikiéma et Ernest Zongo), soulevant une très vive émotion à Ouagadougou, à travers tout le pays mais aussi dans les pays voisins[7],[8]. En réaction, de nombreuses manifestations ont eu lieu dans tout le pays, les plus violentes ont été enregistrées à Koudougou (à l'ouest de Ouagadougou), où était né Norbert Zongo. Les partisans du parti au pouvoir, organisés en milice et armés de gourdins, se sont livrés à une chasse aux manifestants dans plusieurs villes du pays[9].

L'enquête officielle[modifier | modifier le code]

Cédant au mécontentement populaire, le président Blaise Compaoré laisse une enquête judiciaire s'ouvrir. En sept ans d'instruction, un seul suspect, Marcel Kafando, un adjudant de la sécurité présidentielle, a été inculpé, mais le témoin l'accusant s'est rétracté au cours d'une confrontation judiciaire.

En , ce fut au tour de cinq membres de la garde présidentielle d’être inculpés du meurtre de Ouedraogo. Marcel Kafando, Edmond Koama et Ousseini Yaro, également suspectés dans l'affaire Zongo, furent reconnus coupables et condamnés à des peines de prison. Edmond Koama est décédé le .

Le procès Zongo s’est conclu par un non-lieu le qui a provoqué un tollé international[10],[11].

En , la famille du journaliste, les avocats de la partie civile et le Mouvement burkinabè des Droits de l'Homme et des Peuples (MBDHP) saisissent la Cour africaine des Droits de l'Homme et des Peuples à Arusha. La cour se déclare compétente le pour le dossier. Le , les juges passent au jugement de l'affaire, qui est délibérée le . Dans son arrêt, la cour a condamné l’État burkinabè pour avoir « violé les droits des requérants à ce que leur cause soit entendue par la justice nationale ». Cette décision sonne comme une réouverture du dossier Norbert Zongo[12].

La justice burkinabè rouvre le dossier après la déchéance de Blaise Compaoré en . Elle procède à trois autres inculpations et des dizaines d’auditions selon l’avocat de la famille, Prosper Farama. François Compaoré, frère cadet de l’ancien président, est considéré comme l’un des principaux suspects[13]. Ce dernier est interpellé le par la police française à son retour d'Abidjan à l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle[14], mais son extradition semble peu vraisemblable avant 2020[13]. Le , le premier ministre français, Édouard Philippe, signe le décret d'extradition de François Compaoré[15].

Les enquêtes indépendantes[modifier | modifier le code]

Des journalistes étrangers et une commission d'enquête internationale ont mené vers d'autres membres de la garde présidentielle burkinabè[16].

La commission indépendante a conclu que la mort de Norbert Zongo était due à des motifs purement politiques, en raison de ses investigations au sujet de la mort après torture de David Ouedraogo, chauffeur de François Compaoré. Ce dernier fut inculpé du meurtre de David Ouedraogo en . Le tribunal militaire abandonna ensuite les charges retenues contre lui.

Reporters sans frontières (RSF) a affirmé[17] le que le rapport d'enquête de la Commission d'enquête indépendante (CEI) sur l'assassinat de Norbert Zongo avait été expurgé d'éléments mettant en cause François Compaoré, le frère du président Blaise Compaoré, et un homme d'affaires proche du pouvoir, Oumarou Kanazoé. Plusieurs fois cités dans cette affaire, Compaoré et Kanazoé ont toujours nié toute implication.

Le journal L'Événement a repris l'enquête de RSF et François Compaoré a porté plainte pour diffamation contre le journal. Le , l'affaire est passée devant le tribunal de grande instance de Ouagadougou, mais faute de l'original du journal, l'audience a été renvoyée au [18].

Influence culturelle de la mort de Zongo[modifier | modifier le code]

Le chanteur reggae ivoirien Alpha Blondy a écrit une chanson Journalistes en danger qui dénonce l'assassinat de Norbert Zongo et le pouvoir burkinabè qui essaie d'étouffer cette affaire. Norbert Zongo est également cité dans la chanson Les martyres d'un autre reggaeman ivoirien, Tiken Jah Fakoly (album Cours d'histoire), dénonçant ainsi les nombreux assassinats politiques ayant eu lieu sur le continent africain.

Un collectif de rappeurs burkinabè s'est créé, « Artistes Unis pour Norbert Zongo » (Studio Abazon), afin de dénoncer le meurtre du journaliste ainsi que la culpabilité de l'État burkinabè dans cette affaire. Le rappeur Didier Awadi, membre de ce collectif a également mis un discours de Norbert Zongo en musique sur son album Présidents d'Afrique sous le titre Le silence des gens biens.

Lieu commémoratif de l'assassinat de Zongo à Sapouy.

En 2012, un lieu commémoratif a été érigé à l'endroit où Zongo fut assassiné, au bord de l'autoroute N6 (Ouagadougou - Léo) proche de la ville de Sapouy.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « « Rougbêinga » de Norbert Zongo : Un bréviaire de la liberté - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso », sur lefaso.net (consulté le 16 mars 2018)
  2. Biographie de Norbert Zongo
  3. Pascal Bianchini, « Entre instrumentalisation et autonomisation : Journalistes et militants dans les luttes scolaires et universitaires au Sénégal et au Burkina Faso (années soixante - quatre-vingt-dix) », Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs, no 1,‎ (lire en ligne)
  4. Transparency International, Robin Hodess, Rapport mondial sur la corruption 2003, Karthala Éditions, (ISBN 2845864051, lire en ligne), p. 297
  5. « Burkina-Faso : Autour de l'affaire Zongo », Politique africaine, no 74,‎ , p. 163-183 (DOI 10.3917/polaf.074.0163, lire en ligne)
  6. Abel Kouvouama, Abdoulaye Gueye, Anne Piriou, Anne-Catherine Wagner, Figures croisées d'intellectuels. Trajectoires, modes d'action, productions, Karthala Éditions, (ISBN 9782845868663, lire en ligne), p. 146
  7. « Burkina Faso : les enjeux d'une crise politique », Fondation Maison des sciences de l'homme, (consulté le 6 novembre 2014)
  8. « Burkina », Encyclopédie Larousse (consulté le 6 novembre 2014)
  9. Alpha Barry, « La deuxième mort de Norbert Zongo », Radio France internationale, (consulté le 6 mai 2019)
  10. Alpha Barry, « Assassinat de Norbert Zongo : dix ans après, ni vérité, ni justice », Radio France internationale, (consulté le 6 novembre 2014)
  11. « Dossier Norbert Zongo : le non-lieu du juge Wenceslas IIboudo est nul et (...) - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso », sur lefaso.net (consulté le 16 mars 2018)
  12. Salfo, « Ajourd8 au Faso - Arusha et l’affaire Norbert Zongo », sur aujourd8.net (consulté le 29 septembre 2015)
  13. a et b Sophie Douce, « Vingt ans après, l’assassinat impuni de Norbert Zongo hante toujours le Burkina », sur lemonde.fr, (consulté le 15 décembre 2018)
  14. « Burkina : François Compaoré interpellé à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle – JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne, consulté le 29 octobre 2017)
  15. « Burkina Faso : la France autorise l'extradition de François Compaoré », sur france24.com, (consulté le 6 mars 2020)
  16. Affaire Norbert Zongo : un nouveau témoignage accablant pour la garde présidentielle, sur RSF
  17. Reporters sans frontières apporte de nouveaux éléments à la justice burkinabé, 20 octobre 2006
  18. Source audience procès en diffamation de F. Compaoré contre l'Evénement

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Non-lieu dans l'enquête sur la mort du journaliste Zongo, Le Monde,
  • Affaire Zongo: RSF affirme que le rapport d'enquête a été expurgé, AFP,
  • Habibou Fofana, Mort tragique d'un grand journaliste : l'affaire Norbert Zongo comme analyseur d'une révolte populaire au Burkina Faso, École des hautes études en sciences sociales, Paris, 2016, 2 vol., 788 p. (thèse de Sociologie)
  • Loro Mazono D., Hommage au journaliste Norbert Zongo : un homme face à son destin ou La parabole du lion, L'Harmattan, Paris ; Budapest ; Torino, 2003, 63 p. (ISBN 2-7475-5022-2)

Documentaire radiophonique[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]