Non-lieu (anthropologie)

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D'après la définition de Marc Augé, un non-lieux est un espace interchangeable où l'être humain reste anonyme. Il s'agit par exemple des moyens de transport, des grandes chaînes hôtelières, des supermarchés, des aires d'autoroute, mais aussi des camps de réfugiés. L'homme ne vit pas et ne s'approprie pas ces espaces, avec lesquels il a plutôt une relation de consommation.

Le terme est un néologisme introduit par Marc Augé dans son œuvre Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité (Le Seuil, 1992).

La perception d'un espace comme non-lieu est toutefois subjective : chacun, avec sa subjectivité, peut voir un endroit donné soit comme un non-lieu, soit comme un carrefour de relations humaines.

Le non-lieux selon Marc Augé[modifier | modifier le code]

« Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu. »

— Marc Augé, Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité[1]

Le non-lieu s'oppose, chez Marc Augé, à la notion de « lieu anthropologique ».

Le lieu offre à chacun un espace qu'il incorpore à son identité, dans lequel il peut rencontrer d'autres personnes avec qui il partage des références sociales. Le lieu, selon l'approche de la « modernité », intègre l'ancien et le moderne. Marc Augé cite ainsi un poème de Baudelaire, issu des Tableaux parisiens, qui unit « les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité » dans une même description du spectacle de la modernité.

Les non-lieux, au contraire, ne sont pas des espaces de rencontre et ne construisent pas des références communes à un groupe. Marc Augé oppose ainsi « les réalités du transit (les camps de transit ou les passagers en transit) à celle de la résidence ou de la demeure, l'échangeur (où l'on ne se croise pas) au carrefour (où l'on se rencontre), le passager (que définit sa destination) au voyageur (qui flâne en chemin) (...) ». Le non-lieu ne conserve l'ancien que sous la forme de la « citation » : ainsi sur les autoroutes, des panneaux indiquent la présence d'une curiosité historique que l'on ne voit pas et auprès de laquelle on ne s'arrêtera pas.

Les non-lieux sont produits par la « surmodernité », autre concept développé par Marc Augé.

Finalement, un non-lieu est un endroit que l'on n'habite pas, dans lequel l'individu demeure anonyme et solitaire. Marc Augé évite toutefois, dans son livre de 1992, de porter des jugements de valeur tranchés sur les non-lieux et se place dans la perspective d'un ethnologue qui a un champ d'études nouveau à défricher.

Récemment, un chercheur italien de l'université de Bergame, Marco Lazzari, a développé une enquête[2] sur un grand échantillon d'adolescents qui montre que le centre commercial est un lieu où les adolescents ne se rencontrent pas par hasard, ni dans le seul but d'acheter quelque chose, mais aussi pour socialiser, rencontrer des amis et avoir du plaisir. Alors que les centres commerciaux sont (au moins en Italie) encore préjudiciablement[pas clair] considéré par les adultes comme des non-lieux, ils semblent être nativement liés à l'identité de la génération des natifs numériques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marc Augé, Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité, La Librairie du XXe siècle, Seuil, p. 100.
  2. Marco Lazzari, The role of social networking services to shape the double virtual citizenship of young immigrants in Italy, Proceedings of the IADIS International Conference on ICT, Society and Human Beings 2012, Lisbon, Portugal, July 21-23, 2012.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sciences humaines et sociales[modifier | modifier le code]

Art[modifier | modifier le code]