Noir Canada

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Ne doit pas être confondu avec Le Livre noir du Canada anglais.

Noir Canada: Pillage, corruption et criminalité en Afrique est un livre écrit par Alain Deneault avec Delphine Abadie et William Sacher aux éditions Écosociété en 2008. L'ouvrage dénonce les abus commis par des multinationales canadiennes en Afrique en matière de criminalité économique, de destruction de l'environnement, de déplacements forcés ou encore de financement occulte de guerres civiles. Noir Canada évoque la spécificité du Canada en tant que législation à partir de laquelle de nombreuses sociétés du secteur extractif opèrent à travers le monde.

Sujet[modifier | modifier le code]

Noir Canada rend compte des abus commis par les sociétés minières canadiennes en Afrique.

L'ouvrage tente de démontrer six grandes thèses[1] :

  1. Le calcul du profit des sociétés minières ne tient pas compte des coûts sociaux et environnementaux.
  2. Des sociétés minières canadiennes soutiennent parfois des dictateurs pour avoir accès à des gisements.
  3. Des sociétés minières canadiennes financent des guerres civiles pour accéder à des gisements.
  4. La Bourse de Toronto ne garde aucune trace des causes concrètes de la croissance de la valeur des titres des sociétés minières.
  5. L’Agence canadienne de développement international finance des projets dévastateurs pour l’environnement et les populations en Afrique.
  6. Le Canada n’est un « ami » de l’Afrique qu’en apparence.

Par son titre, le livre fait explicitement référence à l’œuvre de l'africaniste français François-Xavier Verschave et à son ouvrage Noir Silence.

Censure[modifier | modifier le code]

Le 11 juin 2008, Banro, société aurifère canadienne, dépose une plainte à Ontario contre les auteurs et leur maison d'édition pour 5 millions de dollars, plainte qui vient s'ajouter à celle déposée deux mois plus tôt par Barrick Gold à Montréal pour 6 millions de dollars contre les mêmes personnes, une forme de poursuite-bâillon que dénonce les accusés[2],[3]. Barrick Gold conteste entre autres les allégations entourant les circonstances de la vente de la mine de Bulyanhulu (Tanzanie) en 1996[4]. Les auteurs y expliquent que les mineurs artisanaux de cette mine auraient été enterrés vivants par des bulldozers en août 1996 parce qu'ils occupaient la mine. La mine appartenait alors à la société canadienne Sutton Resources, qui l'a revendue à Barrick Gold en 1999[5].

L'Assemblée nationale du Québec vote alors la loi 9 qui interdit l'utilisation abusive des tribunaux au détriment de la liberté d'expression et la participation des citoyens au débat public[6], mais cette nouvelle disposition ne s'applique pas aux procédures déjà en cours de Barrick Gold, et ne s'appliquent pas aux poursuites lancées par Banro dans la juridiction d'Ontario.

Après 3 ans de guerre psychologique contre les auteur et leur maison d'édition, les parties opposées trouvent un accord en octobre 2011 : la plainte est abandonnée, contre quoi les auteurs retirent le livre Noir Canada de la vente, et ce malgré le soutien de 12000 citoyens, 500 professeurs universitaires et 60 maisons d'éditions[7]. Les accusés ont également accepté de verser à Barrick Gold une compensation financière qui n'a pas été communiquée. Les auteurs ont également reconnu qu'ils n'avaient aucun argument pour justifier l'implication de Barrick Gold dans les conflits au Congo[4]. La décision des auteurs et de leur maison d'édition est d'ordre financier, ces derniers ne pouvant assumer les coûts colossaux liés aux procès[8].

Suite à cet accord, le livre banni s'est retrouvé hébergé en intégralité sur plusieurs sites web indépendants, le rendant ainsi accessible à tous gratuitement[4].

En avril 2016, le secrétaire parlementaire du ministre de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique Greg Fergus fait un aveu à mi-voix de la véracité des faits dénoncés dans le livre : « Il y a vingt ans, il y avait un problème. Maintenant, 60% des entreprises minières canadiennes ont des affaires à l'extérieur du pays et 100% de ces compagnies-là sont redevables à la TSX de la bourse. Elles sont assujettis aux lois canadiennes. Il y a eu tout un changement et nous sommes chef de file en ce qui concerne les procédés durables et les pratiques qui sont plutôt saines »[9].

Filmographie[modifier | modifier le code]

En février 2013, le cinéaste canadien Julien Fréchette sort le documentaire Le prix des mots, dans lequel l'auteur retrace le suivi de l'affaire depuis son début en 2008[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D'après un compte-rendu de François Doyon.
  2. « Poursuite de Banro Ontario : la demande de rapatriement est rejetée », sur Mondialisation.ca, (consulté le 14 août 2016)
  3. « La minière poursuit les auteurs de Noir Canada », sur Radio-canada.ca, (consulté le 14 août 2016)
  4. a, b et c « Noir Canada toujours publié, mais sur le web », sur Canoe.ca, (consulté le 14 août 2016)
  5. « Écosociété invoque la loi contre les poursuites-bâillons », sur Radio-canada.ca, (consulté le 14 août 2016)
  6. « Projet de loi n°9 : Loi modifiant le Code de procédure civile pour prévenir l'utilisation abusive des tribunaux et favoriser le respect de la liberté d'expression et la participation des citoyens aux débats publics », sur Assnat.qc.ca (consulté le 14 août 2016)
  7. « Poursuite-bâillon - Encore une fois le bâillon contre Noir Canada! », sur Ledevoir.com, (consulté le 14 août 2016)
  8. « Affaire Noir Canada : Écosociété et Barrick Gold règlent à l'amiable », sur Radio-canada.ca, (consulté le 14 août 2016)
  9. Thomas Deshaies, « ASDR obtient 300 000 $ pour ses activités au Pérou », sur Lechoabitibien.ca, (consulté le 14 août 2016)
  10. « Le documentaire sur l'affaire Noir Canada sort aujourd'hui », sur Radio-canada.ca, (consulté le 14 août 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]