Nodule polymétallique

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Les nodules polymétalliques, aussi appelés nodules de manganèse, sont des concrétions rocheuses reposant sur le lit océanique ; ils sont formés de cercles concentriques d’hydroxydes de fer et de manganèse autour d’un noyau.

Coupe transversale d'un nodule polymétallique (Pacifique central nord)- Campagne Ifremer
Nodule polymétallique de diamètre 20 cm
Différents types et fragments de nodules
Nodules sur le fond marin

Le noyau peut être microscopique et s’est parfois transformé en minerai de manganèse par cristallisation. Quand il est visible à l’œil nu, ce peut être une petite coquille de microfossile (radiolaire ou foraminifère), une dent de requin phosphatée, des débris de basalte ou même des morceaux de nodules plus anciens.

Ils sont aujourd’hui étudiés ou recherchés pour leur richesse en manganèse, fer, silicium, aluminium, nickel, cuivre ou cobalt, comme les sulfures polymétalliques qui se trouvent quant à eux dans les zones d’activité volcanique, autour de sources hydrothermales, ou comme les encroûtements cobaltifères en Polynésie Française.

Morphologie[modifier | modifier le code]

Les nodules varient en taille de la minuscule particule visible uniquement au microscope (on parle de micronodules [1]) jusqu’à des échantillons de plus de 20 centimètres. Cependant, la majorité des nodules fait entre 5 et 10 cm de diamètre[2].

  • Morphologie externe
    • Morphologie irrégulière: ce sont les nodules en plaque, ou des nodules coalescents - accolement de petits nodules, ou d'anciens nodules (fragment de nodule recouvert par le même processus de formation).
    • Morphologie régulière: ce sont des nodules de forme ovoïde. Ils ont généralement un plan de symétrie équatorial qui permet d'imaginer une croissance différente entre la face supérieure (au contact de l'eau de mer) et la face inférieure (au contact avec le sédiment).
  • Aspect de surface: Les nodules à bord équatorial mamelonné peuvent avoir une surface lisse ou grenue ou rugueuse.
Nodule polymétallique de type C - vue de dessus - Pacifique équatorial nord - Laboratoire Géoscience Marine (Ifremer)
Champ de nodules polymétalliques de type C dans le Pacifique équatorial nord, photo prise depuis le sous-marin Nautile - Campagne NODINAUT - Ifremer
Nodule polymétallique de type C - vue de profil - Pacifique équatorial nord - Laboratoire Géoscience Marine (Ifremer)

Il n'est pas rare de trouver des organismes fixés à la surface supérieure comme des actinies ou des foraminifères benthiques agglutinants (encroûtants)[3].

Croissance et composition[modifier | modifier le code]

La croissance des nodules est un des phénomènes géologiques les plus lents – de l’ordre du centimètre pour plusieurs millions d’années. Même si leur genèse est loin d’être résolue, 4 origines ont été retenues par Enrico Bonatti [4] :

  • la précipitation de métaux de l’eau de mer (processus hydrogéné) ;
  • la remobilisation du manganèse dans la colonne sédimentaire (processus diagénétique) ;
  • la dérivation de métaux des sources hydrothermales associées à une activité volcanique, la décomposition de débris basaltiques par l’eau de mer (processus halmyrolitique) ;
  • la précipitation d’hydroxydes métalliques au travers de l’activité de micro-organismes (processus biogénique) ; on trouve des microbes dans les nodules[5].

Plusieurs de ces processus peuvent opérer en simultané ou ils peuvent en suivre un autre durant la formation du nodule.

La composition chimique des nodules varie selon le genre de minerais de manganèse, la taille et les caractéristiques du noyau. Les nodules de plus grand intérêt économique contiennent du manganèse (27-30 %), du nickel (1,25-1,5 %), du cuivre (1-1,4 %) et du cobalt (0,2-0,25 %). Les autres composants incluent le fer (6 %), le silicium (5 %) et l’aluminium (3 %), avec de plus faibles quantités de calcium, de sodium, de magnésium, de potassium, de titane, et de baryum, avec de l’hydrogène et de l’oxygène.

Historique[modifier | modifier le code]

Les nodules se trouvent sur le sédiment au fond des océans, partiellement ou complètement enterrés. (PHOTO NODULES SUR FOND) Ils varient grandement en abondance, parfois se touchant les uns les autres et recouvrant plus de 70 % du sédiment. C'est John Méro qui a réussi à transformer l'aspect scientifique des nodules en un nouvel eldorado minier. Dans un article de 6 pages en 1960[6], il réussit à montrer au monde que les nodules polymétalliques avaient un intérêt économique et que le plancher océanique en était recouvert. Avec quelques analyses géochimiques, il identifie des zones à fort potentiel dans le Pacifique nord. En 1965, il publie la première carte de répartition des nodules et évalue la quantité de nodules à 1,5 trillions sur les fonds océaniques[7] ! En 1981, A.A. Archer [8] a, de son côté, estimé la quantité totale de nodules polymétalliques sur le plancher océanique à plus de 500 milliards de tonnes. On peut les trouver à n’importe quelle profondeur, même dans les lacs, mais les plus grandes concentrations ont été trouvées dans les plaines abyssales, entre -4 000 m et -6 000 m de profondeur.

Les nodules polymétalliques ont été découverts en 1869 dans la mer de Kara, dans l’océan Arctique, à proximité de la Sibérie. Durant l'expédition du Challenger (1872-1876)[9], ils ont été trouvés dans la plupart des océans de la planète. Les nodules ayant un intérêt économique ont été trouvés dans trois zones : la zone centrale de la partie nord de l’océan Pacifique, le bassin du Pérou dans le sud-est du Pacifique et dans la zone centrale du nord de l’océan Indien. Mais on en trouve aussi en Atlantique sur le Black Plateau, au large de la Caroline et de la Floride ou au sud de l'Afrique du Sud, sur l'Agulhas Bank (en). Parmi ces dépôts, le plus prometteur en termes d’abondance en nodules et de concentration en métal se situe dans la zone de fractures de Clarion-Clipperton, à l’est du Pacifique équatorial, entre Hawaii et l’Amérique centrale.

Jusqu'à la seconde guerre mondiale, l'exploration était surtout tournée vers la science et plus précisément sur la bathymétrie et l'échantillonnage des sédiments. Après la publication du livre de Méro en 1965, plusieurs pays se sont lancés dans des programmes d'exploration comme le Japon, l'Allemagne et la France dans le Pacifique Sud.

Histoire de l'exploration française[modifier | modifier le code]

L'exploration française[10] s'est déroulée en quatre phases :

  • Elle a débuté dans les années 1970 dans le Pacifique Sud autour de la Polynésie Française par des campagnes océanologiques menées par le Centre National pour l'EXploitation des Océans (CNEXO) en partenariat avec la société Le Nickel (SLN). Après 16 campagnes de prospection autour de Tahiti avec des relevés bathymétriques et des prélèvements, il a été décidé de se lancer dans l'exploration systématique du Pacifique Nord, entre les fractures de Clarion et de Clipperton car les résultats n'étaient pas propices à des gisements économiquement rentables (faible densité de nodules sur le fond, bassins sédimentaires trop étroits...).
  • Fin 1974, le Commissariat à l'Énergie Atomique (CEA), les Chantiers France-Dunkerque ont rejoint le CNEXO et SLN pour former une société en participation: l'Association Française pour l'Étude et la Recherche des NODules océaniques (AFERNOD)[11]. De 1974 à 1976, 8 campagnes océanographiques ont mis en évidence certaines zones favorables en utilisant des techniques de statistiques. Un échantillonnage à une maille de 50 milles marins (environ 93 km) de côté a permis d'une part de réduire la superficie de la zone à prospecter et d'autre part d'améliorer l'estimation de l'abondance des nodules sur le fond, leur géochimie et leur morphologie. Les navires utilisés par le étaient alors N/O Le Noroît et N/O Le Coriolis [12].
  • De 1976 à 1978, l'exploration s'est focalisée sur la zone où les nodules sont les plus abondants et les plus riches. 3 campagnes de géophysique et magnétisme ont étudiées le substrat pour une meilleure connaissance du fond océanique.
  • À partir de 1979, les techniques d'exploration ont évolué. Afin de délimiter les sites miniers, il a été décidé d'utiliser le sondeur multifaisceaux pour une cartographie fine. L'observation de la couverture de nodules et d'obstacles (fractures, falaises, affleurements rocheux...) a été réalisée à l'aide de traits photographiques grâce à l'Epaulard (engin télécommandé) et le RAIE (engin tracté).
Engin remorqué RAIE 2 pour prises de vue utilisé sur le N/O Jean Charcot - mission SEANOD - Pacifique équatorial nord - Ifremer
Engin autonome pour prises de vue utilisé sur le N/O Jean Charcot - Mission NIXO 45 - Pacifique équatorial nord - Ifremer

Les consortium internationaux[modifier | modifier le code]

L'exploration et l'exploitation des nodules polymétalliques demandent des budgets importants avec le développement de nouvelles technologies ainsi que les demandes de permis minier à l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM). Cela obligea la majorité des sociétés à se regrouper en consortium [13].

L'intérêt pour les nodules polymétalliques débuta aux États-Unis en 1962 avec la société américaines Newport News Shipbuilding and Dry Dock Company qui a été absorbée par Tenneco et qui fonda, Deep Sea Ventures Inc., une filiale spécialisée dans l'exploration et la technologie de ramassage des nodules polymétalliques.

En octobre 1974, cette société devint l'opérateur du consortium Ocean Mining Associates (OMA) comprenant les sociétés, Tenneco, US Steel, Union Minière (Belgique).

Toujours aux États-Unis, la même année se créa un autre consortium minier, Kennecott (KCON), avec Noranda (Canada), Rio Tinto Zinc (Grande-Bretagne), Consolidated Gold Field (Australie) et Mitsubishi (Japon). C'est aussi en 1974 que se créa en France l'association AFERNOD.

En 1975, 2 autres consortium virent le jour:

  • International Nickel Corporation (INCO) associée avec 4 sociétés minières et métallurgiques allemandes regroupées au sein du groupe Arbeitsgemeinschaft Meerestechnisch Gewinngare Rohstoffe (AMR),
  • Ocean Management Inc. (OMI) associée avec 19 sociétés japonaises (DOMCO)

En 1977, Lockheed Martin (États-Unis), Amoco (Standart Oil of Indiana) et Billiton (Shell, Pays-Bas) s'associaient pour fonder Ocean Minerals Company (OMCO).

C'est en 1982 que se créa le consortium Deep Ocean Research Development (DORD) avec 49 sociétés japonaises parmi lesquelles certaines se retrouvent impliquer dans les consortium américains. (LOGO DORD)

La même année, l'Union Soviétique fonda Yuzmorgeologiya et l'Inde déploya un programme national dirigé par le Department of Ocean Development (DOD). (LOGO YUZMORGEOLOGIYA)

Certains pays socialistes se sont réunis, en 1987, dans un groupement dénommé Interoceanmetal Joint Organisation (IOM). On y retrouve la Bulgarie, Cuba, Tchécoslovaquie, République Démocratique Allemande, Pologne, Vietnam et URSS. Après l'éclatement de l'URSS, la composition d'IOM évolue en perdant le Vietnam, la Tchécoslovaquie et l'Allemagne de l'Est mais en récupérant la Fédération Russe, la Tchéquie et la Slovaquie.

Même si la Chine a débuté très tôt l'exploration des nodules polymétalliques, il a fallu attendre 1981 pour voir la création du consortium China Ocean Mineral Resources Research and Development Association (COMRA).

La Corée du Sud, elle aussi, s'est lancée dans l'exploration en 1983. Comme pour l'Inde, elle a développé, en 1995 un programme de recherche supervisé par le Korean Association of Deep Ocean Mineral Development (KADOM) avec une trentaine de sociétés privées et d'organisations gouvernementales comme le Korea Institute of Geology, Mining and Material (KORDI).

Depuis 2011, 5 pays sont rentrés dans le cadre de l'exploration des nodules polymétalliques avec des sociétés privées:

La France a déposé à l'AIFM en 2015 une demande pour proroger de 5 ans son contrat d'exploration jusqu'en juin 2021. Son programme, s'il est accepté, devra localiser des gisements potentiels dans la zone du permis minier français en utilisant les techniques de géostatistique, puis d'utiliser les AUV pour une vérité terrain à l'aide des photos.

Carte des permis miniers accordés par l'ISA dans le Pacifique (International Seabed Authority

Exploitation[modifier | modifier le code]

La valeur économique des nodules ayant été démontrée par de nombreux économistes, ils sont devenus une ressource potentielle à exploiter ; les gisements étant seulement en deux dimensions (et non en 3D comme à terre). Les nodules sont disposés en une mono-couche à la surface des sédiments.

Mais, le fond n'est pas plat. Il faut donc prendre en compte la topographie avec ses pentes, ses obstacles comme les escarpements. Il y a aussi les contraintes météo puisque les gisements sont situés dans les zones cycloniques. Il ne faut pas oublier que les sites miniers sont situés à des milliers de kilomètres des zones de traitement. De plus, l'eau de mer est corrosive sur les engins de ramassage qui devront subir une pression de 500 bars.

Donc, cette exploitation n'est pas aussi facile que nous pourrions l'imaginer. Trois filières de ramassage ont été étudiées par certains pays comme la France, le Japon, les USA.

  • Systèmes par bennes,
  • Systèmes hydrauliques,
  • Systèmes à préleveurs libres et autonomes.

Systèmes par bennes ou CLB (Continuous Line Bucket)[modifier | modifier le code]

Le premier ramassage de nodules a été réalisé par les japonais. Le commandant Masuda invente en 1966 un système mécanique à l'aide d'un câble muni de godets, faisant une boucle trainant sur le fond. Le câble descendait par l'avant du navire et remontait par l'arrière. De nombreux tests ont été réalisés entre 1967 et 1970 avec un test au nord de Tahiti par 3 600 m de profondeur[21]. Après avoir breveté le système, Masuda s'associe avec John Méro qui va démarcher de nouvelles sociétés pour financer le projet. En 1972, 30 sociétés de 6 pays différents forment le Syndicat International CLB (Ligne Continue à Godets) et assistent à un pilote de ramassage au sud d'Hawaï par 4 700 m de profondeur.

Schéma de ramassage des nodules polymétalliques par le système de boucle à godets à l'aide de 2 navires

Le test a été réalisé sur le Chiyoda Maru 2 (ancien baleinier de 72 m). La boucle faisait 8 400 m de long avec 250 bennes clampées sur le câble [22]. Ce ne fut pas une réussite car les 2 brins de la boucle se sont emmêlés entrainant de gros nœuds sur le câble...

La France assistant aux différents tests amène le CNEXO et la Société Le-Nickel à initier une étude sur l'utilisation de ce système mais avec 2 navires se déplaçant à 1,5 nœuds (2,8 km/h) ce qui permettait d'augmenter la boucle en séparant les brins, constitués de fibres synthétiques à forte résistance mécanique et de masse apparente nulle dans l'eau, avec un godet tous les 30 m . Un brevet a été déposé en 1975. Le système, appelé "noria", comportait une boucle d'une longueur de 13 km. En 1976, une demande de budget de 8 millions de dollars était demandé aux 15 partenaires du Syndicat International CLB pour réaliser un test à la mer sur 2 mois. Seuls 3 dont AFERNOD ont répondu favorablement. Les autres sociétés ont préféré se tourner vers le système hydraulique. Le CLB est un système simple, mécanique mais très difficile à manier en fonction de la topographie et de la variation de la couverture de nodules. Le taux de récupération des nodules devait être médiocre. Il a donc été abandonné sans essai à la mer[23].

Une version à deux bateaux[24] comportait une boucle de 10 km mise en œuvre par deux navires se déplaçant à 1,5 nœuds (2,8 km/h). Cette boucle était constituée de fibres synthétiques à forte résistance mécanique et de masse apparente nulle dans l'eau. Elle supportait tous les 30 m des godets. Ceux-ci, au cours de la rotation de la boucle, venaient draguer le fond sur une distance de 100 m à la vitesse de 1 à 2 m/s. Ce système très simple présentait le défaut de ne pouvoir assurer le contrôle de la trajectoire des godets sur le fond pour réaliser des passes jointives. Le taux de récupération des nodules risquait par conséquent d'être médiocre. Le système à deux bateaux n'a pu être testé par manque de financement et l'étude a été définitivement abandonnée en 1978.

Systèmes hydrauliques[modifier | modifier le code]

Schéma de ramassage des nodules polymétalliques par système hydraulique

Le principe de ce système hydraulique est un ramassage des nodules à l'aide d'un engin, appelé collecteur, se déplaçant sur le fond. La remontée du minerai s'effectue à travers un tuyau rigide relié à un support de surface qui peut être une plate-forme, une barge, un bateau.


3 systèmes différents ont été étudiés:

Système hydraulique (hydraulic-lift): Des pompes hydrauliques sont posées à différents niveaux du tuyau créant un flux d'eau ascendant entrainant les nodules vers la surface.

Système hydraulique avec injection d'air (air-lift): De l'air sous pression est injecté à différents niveaux du tuyau créant là aussi un courant ascendant.

Système de pulpe: Au niveau du collecteur, les nodules sont broyés, mélangés au sédiment et l'ensemble est pompé à l'aide de 4 pompes à piston montés tout au long de la conduite principale.

Dans les années 1970, plusieurs sociétés américaines se sont lancées dans l'étude des systèmes hydrauliques[25]:

  • Deep Sea Ventures, au large de la Floride sur le Blake Plateau, testa le système "air-lift" avec le Deep Sea Miner, un cargo de 6 750 tonnes.
  • OMA équipe un ancien minéralier de 20 000 tonnes d'un puits central avec un derrick. En 1978, le Deep Sea Miner II va tester le système air-lift sur une zone du Pacifique central nord à 4 000 m de profondeur. En 18 heures, 550 tonnes de nodules sont remontés. Mais le système tome en panne.
  • Toujours en 1978, le consortium OMI avec un ancien navire foreur, le SEDCO 445, va remonter 600 tonnes de nodules à une profondeur de plus de 5 000 m.
  • OMCO loue à la marine américaine le fameux Glomar Explorer pour tester le module de collecte se déplaçant sur le fond à l'aide d'une vis d'Archimède. En 1979, 50 tonnes de nodules ont été prélevés. Ironiquement, la plus célèbre tentative d'exploitation constitue en fait un rideau de fumée visant à dissimuler une opération d'espionnage. Howard Hughes affréta en 1972 le Glomar Explorer, officiellement pour prospecter les nodules polymétalliques. En fait il s'agissait de récupérer un sous-marin nucléaire soviétique coulé dans l'océan Pacifique en 1968. L'histoire ne dit pas ce qu'il est advenu du sous-marin[26].

Les résultats peu concluants démontrent la difficulté technologique de ramasser les nodules ainsi que les coût pour les différents consortium. En plus de la technologie, des études sur l'environnement dans les grands fonds doivent débuter.

Systèmes à préleveurs libres et autonomes (PLA)[modifier | modifier le code]

Navette autonome (PLA) pour le ramassage des nodules - Vue d'artiste - Ifremer

La France après l'arrêt de l'étude du système à câble CLB a préféré commencer à étudier un nouveau système de ramassage. AFERNOD, organisme tourné vers l'exploration et non la technique de ramassage, a créé en 1984 un "Groupement pour la mise au point des moyens nécessaires à l'exploitation des nodules polymétalliques" (GEMONOD) - Journal Officiel de la République Française du 8 février 1984 . Basé à Toulon, le Groupement d'Intérêt Public (GIP) avec l'Ifremer (50 %), le CEA (35 %) et sa filiale Technicatome (15 %) doit étudier les différentes filières d'exploitation des nodules. Le premier système étudié a été le chantier sous-marins à navettes autonomes. Des navettes auto-propulsées devaient être lâchées d'une plate-forme semi-submersible ; elles descendaient sur le fond par gravité. Puis, elle draguait les nodules pour remonter une fois pleines à la surface.

En 1977, les premiers essais du Préleveur Libre Autonome (PLA-1) ont lieu pour tester la locomotion à vis d'Archimède. Mais la technologie n'était pas encore au point au niveau de la vidéo sous-marine, du système électrique (batteries ne tenant pas la charge, trop lourdes)... En 1985, GEMONOD et PREUSSAG (société allemande minière) s'associent pour étudier le système par air-lift comme les autres consortium: les français étudiant l'engin de ramassage, les allemands, le système de collecte et ensemble, la remontée hydraulique. Cette coopération a permis le dimensionnement d'un système de ramassage avec un engin auto-propulsé relié par un flexible à la conduite principale. En 1988, GEMONOD est dissout et, en 1990, l'exploitation des nodules n'est plus à l'ordre du jour...

En 2013, 2 pays (Allemagne[27], Corée du Sud[28]) continuent à étudier des systèmes de ramassage de nodules. D'autres groupements de société ont préféré se lancer dans l'étude de l'exploitation des sulfures polymétalliques dont les gisements sont à moins grande profondeur, et d'un intérêt minier plus important.

Avec l'augmentation des prix des métaux, l'intérêt pour cette exploitation réapparait périodiquement. Certaines parties des plaines abyssales faisaient en 2008 l'objet de projets et test d'exploitation, ce qui inquiète les experts en biologie marine qui craignent des impacts très négatifs pour la vie fragile qui s'est développée à ces profondeurs [29].

Impact sur l'environnement[modifier | modifier le code]

Principales sources de rejet sur le système de ramassage hydraulique

Si l'exploration ne pose pas trop de problème pour l'environnement, les systèmes de ramassage sont par contre des sources de pollution non négligeables qu'il faudra envisager d'étudier et de réduire[30].

En prenant en compte un système hydraulique, nous avons 4 parties (NB: il y aura aussi certainement un impact au niveau de l'usine de traitement à terre) :

  1. sur le fond, le collecteur relié à la conduite principale,
  2. la conduite principale remontant un mélange de nodules concassés, de sédiment et d'eau de mer,
  3. le support de surface où la pulpe de nodules va être traitée pour ne garder que le minerai (pas besoin de transporter l'eau et le sédiment !),
  4. le transport des nodules concassés vers l'usine de traitement.

Plusieurs points sont donc à vérifier [31] :

  • Sur le fond:
    • le ramassage des nodules sur le sédiment qui va détruire la faune et la flore,
    • les sédiments très fins vont se mettre en suspension avec une redéposition sur les organismes,
    • en mélangeant les sédiments tout en concassant les nodules, il y aura une modification des conditions physico-chimiques sur le fond.
    • il y aura de la lumière (pour les caméras de suivi du chantier)
Psychropotes longicauda sur un champ de nodules polymétalliques de type C - sous-marin Nautile - Campagne NODINAUT sur le N/O Atalante - Ifremer
Psychropotes longicauda sur un champ de nodules polymétalliques de type C - sous-marin Nautile - Campagne NODINAUT sur le N/O Atalante - Ifremer
  • Sur la colonne d'eau:
    • les différentes fuites autour des raccords entre les différentes parties du système,
  • En surface:
    • sur le support de surface, le minerai sera extrait de la pulpe et les stériles (eau mélangée au sédiment) devront être rejetés à la mer à plus de 300 m de profondeur. Ce panache de sédiment risque de saupoudrer le gisement de nodules sur le fond.
    • des fuites se produiront certainement lors du transfert des nodules sur les minéraliers,
    • le bruit des moteurs auront un impact sur les espèces animales.

Le risque n'étant pas négligeable, l'Autorité Internationale des Fonds Marins a obligé tous les contractants à étudier l'impact sur l'environnement sur leur permis minier[32]. Un workshop s'est déroulé à Manoa, (Hawaii) en octobre 2007 sur la possibilité de classer en aire marine protégée certaines zones riches en nodules et encroûtement polymétalliques [33].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cronan, D. S. (1980). Underwater Minerals. London: Academic Press.
  • Cronan, D. S. (2000). Handbook of Marine Mineral Deposits. Boca Raton: CRC Press.
  • Cronan, D. S. (2001). "Manganese nodules." p. 1526-1533 in Encyclopedia of Ocean Sciences, J. Steele, K. Turekian and S. Thorpe, eds. San Diego: Academic Press.
  • Earney, F.C. (1990). Marine Mineral Resources. London: Routledge.
  • Lévy J.P. (2002). "Le Destin de l’Autorité Internationale des Fonds Marins, préface de J.P Queneudec", Ed. Pedone (Paris), 236 pages, ISBN 2-233-00405-1.
  • Roy, S. (1981). Manganese Deposits. London: Academic Press.
  • Teleki, P.G., M.R. Dobson, J.R. Moore and U. von Stackelberg (eds). (1987). Marine Minerals: Advances in Research and Resource Assessment. Dordrecht: D. Riedel.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Friedrich G., Pluger W.L., Kunzendorf H (1988)., Chemical composition of manganese nodules, in "The manganese nodule belt of the Pacific ocean", Ed. Halbach P., Friedrich G., Stackelbert U. (von) (Stuttgart), pp. : 37-51
  2. Halbach P. , Puteanus D. (1988), Morphology and composition of manganese nodules, in "The manganese nodule belt of the Pacific ocean", Ed. Halbach P., Friedrich G., Stackelbert U. (von) (Stuttgart), pp. : 17-20
  3. Veillette J., et al. (2007), Ferromanganese nodule fauna in the Tropical North Pacific ocean: Species richness, faunal cover and spatial distribution. Deep Sea Research, part 1, n°: 54, pp : 1912-1935
  4. Bonatti E., Rammohanroy Nayudu Y. (1965), The origin of manganese nodules on the ocean floor, American Journal of Science, n : 263: pp : 17-39
  5. Ehrlich, H. L., Ghiorse, W. C., & Johnson, G. L. (1972). Distribution of microbes in manganese nodules from the Atlantic and Pacific Oceans. Dev. Ind. Microbiol, 13, 57-65.
  6. Méro J.L. (1960). Mineral resources on the ocean floor, Mining congress journal, pp: 48-53
  7. Méro J.L. (1965), The mineral resources of the sea, Elsevier oceanography series, Library of congress catalog card n°:64-18520, p. 1-311
  8. Archer A.A. (1981), Manganese nodules as a source of nickel, copper, cobalt and manganese, Transactions of the Institute of Mining and Metallurgy, pp: A1-A6
  9. Murray J., Renard A.F., (1891). "Report on the scientific results of the voyage of H.M.S. Challenger during the years 1873-1876: deep sea deposits", Ed. Johnson reprint corporation (New York), 525 p.
  10. Hoffert Michel, Les nodules polymétalliques dans les grands fonds océaniques, Vuibert,‎ , 431 p. (ISBN 978-2-7117-7166-0)
  11. « Introduction - Géosciences Marines », sur wwz.ifremer.fr (consulté le 1er février 2016)
  12. Titans n° 126, juillet 1989, reportage "Des minerais au fonds des mers" , page 48
  13. « Consortia nodules - Géosciences Marines », sur wwz.ifremer.fr (consulté le 1er février 2016)
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  15. ISBA(2011), Décision du Conseil concernant une demande d’approbation d’un plan de travail relatif à l’exploration de nodules polymétalliques présentée par Tonga Offshore Mining Limited, ISBA/17/C/15. 2011, Autorité internationale des fonds marins: Kingston (Jamaïque). p. 1-2.
  16. ISBA (2012), Décision du Conseil concernant une demande d’approbation d’un plan de travail relatif à l’exploration de nodules polymétalliques présentée par Marawa Research and Exploration Ltd, ISBA/18/C/25. 2012, Autorité internationale des fonds marins: Kingston (Jamaïque). p. 1-2.
  17. ISBA (2012), Décision du Conseil concernant une demande d’approbation d’un plan de travail relatif à l’exploration de nodules polymétalliques présentée par UK Seabed Resources Ltd, ISBA/18/C/27. 2012, Autorité internationale des fonds marins: Kingston (Jamaïque). p. 1-2.
  18. ISBA (2014), Décision du Conseil concernant une demande d’approbation d’un plan de travail relatif à l’exploration des nodules polymétalliques présentée par Ocean Mineral Singapore Pte Ltd., ISBA/20/C/27.2014, Autorité internationale des fonds marins: Kingston (Jamaïque). p. 1-2.
  19. ISBA (2014), Décision du Conseil concernant une demande d’approbation d’un plan de travail relatif à l’exploration des nodules polymétalliques présentée par Cook Island Investment Corporation, ISBA/20/C/29.2014, Autorité internationale des fonds marins: Kingston (Jamaïque). p. 1-2.
  20. ISBA (2015), Demande d’approbation d’un plan de travail relatif à l’exploration des nodules polymétalliques dans la Zone, présentée par China Minmetals, ISBA/21/LTC/5, Autorité internationale des fonds marins: Kingston (Jamaïque). p. 1-2.
  21. Masuda A., Cruickshank M.J., Méro J.L. (1971), Continuous Bucket-Line dredging at 12000 feet, OTC, vol: 1410, pp: 837-858
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  23. Gauthier M. (1978), L'exploitation des nodules, La Revue Maritime, pp: 2353-2469
  24. Gauthier M., Marvaldi J.A. (1975), Two ship CLB system for mining polymetallic nodules. Proceedings of the Oceanology International Conference (Brighton), Vol: 9, pp: 30-33
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  26. Burleson C.W. (1997), The Jennifer Project, Ed. Texas A&M University Press, 180 p.
  27. Knodt Steffen, Kleinen Torsten, Postnov Alexey and Ø. N. Højen (2013). Deep Sea Mining Concept for Manganese Nodules. 42nd Underwater Mining Institute (Brazil), 21-29 October 2013
  28. Kim, H.-W., C.-H. Lee, S. Hong, T.-K. Yeu and J.-S. Choe. (2013). A Study on Steering Characteristics of Pilot Mining Robot(MineRo II) on Extremely Cohesive Soft Soil. 42nd Underwater Mining Institute (Brazil) · 21-29 October 2013
  29. « Les fonds marins, le nouvel eldorado », reportage diffusé par Arte (2008 12 05 / 20h15) dans lequel "des biologistes mettent en garde contre l'exploitation de ces sous-sols. Celle-ci comporterait des risques, encore mal définis, notamment pour la chaîne alimentaire et le climat. Cette nouvelle ruée vers l'or engendre également des conflits politiques, les frontières maritimes actuelles étant plutôt floues".
  30. Biodiversity, species ranges, and gene flow in the abyssal Pacific nodule province: predicting and managing the impacts of deep seabed mining. ISA Technical Study No. 3, 2007.
  31. (en) Jean-Pierre Lenoble, Les conséquences possibles de l'exploitation des nodules polymétalliques sur l'environnement marin, The Hague Boston, Kluwer Law International,‎ (ISBN 9-041-19756-7, OCLC 773584919), p. 95-109
  32. ISBA (2011), Décision du Conseil de l’Autorité internationale des fonds marins relative à un plan de gestion de l’environnement de la zone de Clarion-Clipperton, ISBA/17/C/19. 2011, Autorité internationale des fonds marins: Kingston (Jamaïque), p. 1-3
  33. Workshop on Designing Marine Protected Areas for Seamounts and the Abyssal Nodule Province in Pacific High Seas. Document ISBA/14/LTC/2.