Noblesse du Saint-Empire
La noblesse du Saint-Empire (allemand: Adel des Heiligen Römischen Reiches) désigne l'ensemble des familles qui, au sein du Saint-Empire romain germanique, détenaient un statut nobiliaire conféré, confirmé ou reconnu par l'empereur. Des familles bénéficiaient de l'immédiateté impériale (en allemand: Reichsunmittelbarkeit), un statut juridique qui les soustrayait à toute autorité territoriale intermédiaire et les plaçait directement sous la souveraineté impériale. Ce privilège leur conférait des droits politiques, fiscaux et judiciaires variés, faisant de leurs domaines de véritables micro-États. Cette noblesse se distingue de la noblesse médiate, laquelle dépendait des seigneurs territoriaux — ducs, princes, comtes ou d'autres — et s'inscrivait dans les structures féodales des États de l'Empire. La noblesse du Saint-Empire constituait une élite au sein de l'ordre nobiliaire, comparable, dans son rôle, aux Grands d’Espagne ou aux Pairs de France, qui occupaient également un rang supérieur à la noblesse ordinaire.
La noblesse du Saint-Empire romain germanique se forme progressivement entre le XIe et le XIIIe siècle, à partir des lignages libres, des familles féodales et des ministériaux intégrés à la chevalerie. Avec la consolidation des structures territoriales, cette noblesse se diversifie selon les droits, les fonctions et les liens de dépendance qui l’attachent soit à l’empereur, soit aux princes territoriaux. La Bulle d’or de 1356 contribue à stabiliser l’organisation politique de l’Empire en définissant le statut des princes-électeurs, tandis que les traités de Westphalie (1648) reconnaissent la supériorité territoriale des États immédiats. L’ensemble de ces évolutions aboutit à un système nobiliaire hiérarchisé et juridiquement complexe, caractéristique du Saint-Empire jusqu’à sa dissolution en 1806.
Les titres de la noblesse du Saint-Empire (ou «noblesse impériale») étaient: Noble du Saint-Empire (en allemand: Edelfreï), Chevalier du Saint-Empire (en allemand: Reichsritter), Baron du Saint-Empire (en allemand: Reichsfreiherr), Comte du Saint-Empire (en allemand: Reichsgraf) et Prince du Saint-Empire (en allemand: Reichsfürst). Les titres de Landgrave, Margrave, Herzog, etc. sont des titres territoriaux, de droit germanique, et ne sont pas des titres de la noblesse du Saint-Empire. À la dissolution du Saint-Empire en 1806, la noblesse impériale perdit son cadre institutionnel propre mais fut intégrée dans les systèmes nobiliaires des États successeurs (Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Danemark, etc.), où les familles concernées conservèrent souvent la mention traditionnelle «du Saint-Empire» dans la formulation de leurs titres.
Histoire
[modifier | modifier le code]Origines de la noblesse impériale
[modifier | modifier le code]La formation de la noblesse du Saint-Empire romain germanique s’inscrit dans un processus long, amorcé dès le XIe siècle et le XIIe siècle, bien avant la promulgation de la Bulle d’or de 1356[1]. À cette époque, les grands duchés de l’Empire reposaient sur un tissu complexe de comtés, bailliages et seigneuries foncières, dont l’agrégation progressive permit l’émergence de puissances territoriales durables. L’extension des domaines se faisait notamment par l’acquisition de comtés, mais aussi par l’exercice du droit régalien de dévolution, qui autorisait les souverains à reprendre les fiefs de lignages nobles éteints[1].
Dans ce contexte, les ministériaux (en allemand: Ministerialen), initialement issus de la servitude, jouèrent un rôle central. Vassaux dépendant directement du souverain, ils furent progressivement intégrés à la chevalerie et à la noblesse. Chargés de l’administration et de la défense des territoires, ils établirent leurs châteaux comme centres militaires et administratifs, contribuant à la structuration territoriale de l’Empire[2].
Structuration de la hiérarchie nobiliaire
[modifier | modifier le code]Sous les règnes des empereurs de la dynastie des Hohenstaufen, notamment Frédéric Ier Barberousse, le droit féodal impérial contribua à une hiérarchisation progressive de la noblesse, fondée non sur l’héraldique, mais sur le rang féodal, la nature des fiefs détenus et le lien juridique avec l’empereur[3]. Au sommet se trouvait le roi des Romains, seul seigneur n’ayant pas de suzerain. Venaient ensuite les princes ecclésiastiques et laïques, suivis des comtes, des barons et enfin des chevaliers et nobles de service[N 1].
Cette hiérarchie reflétait avant tout une organisation juridique et politique, et non un système symbolique figé. Les vassaux subalternes pouvaient recevoir des fiefs sans disposer du droit de les concéder à leur tour, ce qui marquait une distinction essentielle dans l’ordre nobiliaire[4].
La Bulle d’or de 1356 et la noblesse électorale
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Au plus haut niveau de l’Empire se situent les princes-électeurs, ils sont au nombre de sept d’après la Bulle d’or de 1356. Il y a d’abord les trois princes-électeurs ecclésiastiques à la tête des Électorats[N 2]: Électorat de Mayence, Électorat de Trèves et Électorat de Cologne. Ensuite vient les quatre princes laïques à la tête du: Royaume de Bohême, Palatinat du Rhin, Duché de Saxe-Wittemberg et Marche de Brandebourg[5]. À la fin du Moyen Âge, la communauté chevaleresque se scinde en haute noblesse (en allemand : «Hochadel») et basse noblesse (en allemand : «Niederadel»). Elle se distinguent juridiquement par le rang, mais sans perdre la conscience d’une appartenance commune à la classe noble. Appartiennent dorénavant à la haute noblesse uniquement les princes et les comtes du Saint-Empire tandis que les chevaliers du Saint-Empire, malgré leur inféodation directe à l’Empereur comptent parmi la petite noblesse terrienne[5]. En 1422, la chevalerie du Saint-Empire a obtenu sa reconnaissance en tant que chevalerie libre et immédiate du Saint-Empire[5].
En 1648, le Traités de Westphalie renforcèrent considérablement l'immédiateté impériale en proclamant que tout territoire immédiat a, chez lui, la supériorité territoriale; ce qui faisait de ces territoires des quasi État indépendant. Le Saint-Empire se trouva morcelé et l'autorité de l'empereur affaiblie.
Haute et basse noblesse à la fin du Moyen Âge
[modifier | modifier le code]À partir de la fin du Moyen Âge, la noblesse du Saint-Empire se divisa progressivement en haute noblesse (Hochadel) et basse noblesse (Niederadel). Cette distinction, d’abord sociale, acquit peu à peu une dimension juridique. La haute noblesse regroupait les princes et les comtes du Saint-Empire, détenteurs de droits territoriaux étendus et, pour certains, de l’immédiateté impériale. La basse noblesse comprenait principalement les chevaliers, issus en grande partie de la ministérialité, ainsi que les nobles fonciers dépourvus de souveraineté territoriale.
Malgré cette différenciation, les deux groupes conservaient la conscience d’appartenir à un ordre nobiliaire commun, distinct des autres ordres de la société d’Ancien Régime.
Reconnaissance de la chevalerie impériale
[modifier | modifier le code]Au XVe siècle, la chevalerie du Saint-Empire (Reichsritterschaft) s’organisa progressivement en corps distinct. En 1422, elle obtint la reconnaissance de son statut de chevalerie libre et immédiate, relevant directement de l’empereur. Cette reconnaissance confirma l’immédiateté juridique des chevaliers impériaux, tout en les excluant de la représentation à la Diète d’Empire, réservée aux princes et aux comtes immédiats.
Les traités de Westphalie et les États immédiats
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Les traités de Westphalie de 1648 marquèrent un tournant décisif pour la noblesse impériale. Ils consacrèrent la supériorité territoriale (Landeshoheit) des États immédiats, reconnaissant à leurs souverains — princes et comtes immédiats — une large autonomie en matière de gouvernement, de juridiction et de politique intérieure. Cette évolution transforma de nombreux territoires impériaux en entités quasi souveraines, tout en affaiblissant l’autorité centrale de l’empereur.
La noblesse du Saint-Empire se trouva ainsi au cœur d’un système politique fragmenté, dans lequel les titres, l’immédiateté et la souveraineté territoriale déterminaient plus que jamais le rang et le rôle des familles nobles jusqu’à la dissolution de l’Empire en 1806.
Organes et institutions
[modifier | modifier le code]Diète d'Empire
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La Diète d'Empire (en allemand: Reichstag) était l'organe central de délibération du Saint-Empire romain germanique. Elle ne constituait pas un organe législatif au sens moderne du terme: ses décisions n’étaient pas fondées sur le principe de la majorité, mais sur la recherche du consensus entre les États d’Empire. La Diète fonctionnait ainsi davantage comme une instance de négociation politique et juridique que comme un parlement souverain.
Les membres de la Diète étaient les États du Saint-Empire (en allemand: Reichsstände), c'est-à-dire les entités politiques disposant de l'immédiateté impériale. Ces États étaient répartis en trois collèges[6]:
- Le Collège des princes-électeurs (en allemand: Kurfürstenkollegium), chargé notamment de l'élection de l'empereur;
- Le Collège des princes du Saint-Empire (en allemand: Reichsfürstenrat), regroupant les princes séculiers et ecclésiastiques;
- Le Collège des villes d'Empire (en allemand: Reichsstädtekollegium).
Dans le Collège des princes-électeurs et le Collège des princes du Saint-Empire, les princes séculiers et les princes ecclésiastiques disposaient chacun d'une voix individuelle appelée Virilstimme. Tandis que les comtes du Saint-Empire, qui étaient regroupés dans quatre bancs (en allemand: Grafenbänke), à l’intérieur du Collège des princes du Saint-Empire, disposaient d'une voix collective appelée Kuriatstimme. Ces bancs étaient: le banc de Westphalie, le banc de Vettéravie, le banc de Franconie et le banc de Souabe.
Les villes d'Empire[N 3]étaient réparties en deux bancs - le banc du Rhin et le banc de Souabe - et votaient également de manière collective[7].
Conseil aulique
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Le Conseil aulique (en allemand : Reichshofrat) était, dans le Saint-Empire, l'une des deux plus hautes juridictions impériales, aux côtés de la Chambre impériale. Il jouait un rôle central dans l'encadrement juridique de la noblesse du Saint-Empire, en particulier de la noblesse immédiate. Cette juridiction demeura ainsi un pilier de l’ordre nobiliaire impérial jusqu’à la dissolution du Saint-Empire romain germanique en 1806[8].
Le Conseil aulique était seul compétent pour les litiges relatifs aux fiefs impériaux, aux privilèges nobiliaires conférés par l'empereur, aux investitures féodales et aux contestations portant sur l'immédiateté impériale. Il jouait également un rôle dans les conflits de rang, de préséance et de titres au sein de la noblesse du Saint-Empire, ainsi que dans les affaires de déchéance féodale, de confiscation de fief ou de violation des obligations vassaliques envers l’empereur.
La noblesse immédiate - princes, comtes et seigneurs relevant directement de l'empereur - ne pouvait être traduit en justice que devant le Conseil aulique ou la Chambre impériale. Cette règle constituait un élément fondamental de leur statut juridique, les soustrayant à la juridiction des princes territoriaux. La noblesse médiate, en revanche, relevait des tribunaux des États dont elle dépendait[9].
Par son lien direct avec le souverain, il constituait un instrument essentiel de contrôle impérial sur la haute noblesse. À ce titre, il intervenait directement dans la reconnaissance, la confirmation ou la perte du statut de noble immédiat.
Chambre impériale
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La Chambre impériale (en allemand: Reichskammergericht) constituait, avec le Conseil aulique, l'une des deux juridictions suprême du Saint-Empire. Fondée lors de la diète de Worms en 1495, elle fut instaurée dans le cadre des réformes impériales visant à encadrer juridiquement les conflits internes à l'Empire et à limiter le recours à la guerre privée, notamment au sein de la noblesse.
La Chambre impériale était compétente pour connaître des litiges opposant des membres de la noblesse immédiate entre eux, des conflits féodaux, des contestations de droits seigneuriaux, ainsi que des affaires relatives aux atteintes à la paix publique. Elle intervenait également dans les différends opposant des nobles immédiats à des princes territoriaux, notamment lorsque ceux-ci tentaient d’étendre leur juridiction ou leurs prérogatives au détriment de l’autonomie nobiliaire immédiate.
Contrairement au Conseil aulique, étroitement lié à la personne de l’empereur, la Chambre impériale se caractérisait par un fonctionnement plus collégial et une composition partiellement indépendante du pouvoir impérial. Cette relative autonomie renforçait son rôle de juridiction d’arbitrage pour la noblesse, en particulier dans les conflits de compétence, de souveraineté locale ou de préséance.
Le siège de la Chambre impériale fut successivement établi à Francfort-sur-le-Main, Worms, Augsbourg, Nuremberg, Ratisbonne et Spire. À partir de 1527, elle siégea durablement à Spire, avant d’être transférée à Wetzlar en 1693, à la suite de la destruction de Spire lors de la guerre de la Succession palatine. Elle demeura à Wetzlar jusqu’à la dissolution du Saint-Empire romain germanique en 1806.
Immédiateté impériale
[modifier | modifier le code]L'immédiateté impériale (en allemand : «Reichsunmittelbarkeit») était un privilège féodal et un statut politique accordé par l’empereur du Saint-Empire à certaines villes, abbayes, principautés ou membres de la noblesse du Saint-Empire. Le terme immédiat signifie « sans intermédiaire ». Pour reconnaître et affirmer l'immédiateté d'une ville ou d'une personne il faut:
- Que la ville, le fief ou la personne ne soit vassal de nul autre que de l'empereur
- Que la souveraineté ai été reconnue ou accordée par l'empereur
- Lors d'un anoblissement, que l'immédiateté soit clairement décrite ou accordée dans les lettres patentes
Si ces critères ne sont pas réunis, le territoire ou la personne sera considéré comme médiate. À noter que l'accès à la diète d'empire ou le paiement d'un impôt direct à l'empereur ne sont pas en soi une preuve d'immédiateté.
Le prestige attaché aux titres du Saint-Empire vient de ce que les nobles «immédiats» du Saint-Empire étaient ceux qui possédaient un fief relevant de l’empereur sans intermédiaire; ils jouissaient de prérogatives très étendues, notamment certains droits régaliens et l’immunité qui ne les rendait justiciables que de la Chambre impériale, ensuite du Conseil aulique[10]. En marge de ces dynastes possédant leur titre de toute ancienneté du fait de leur fief «immédiat», les titulaires de faveurs impériales ultérieures ont tenu à souligner leur qualité de titré du Saint-Empire afin de bénéficier du prestige attaché à cette dénomination, bien que les privilèges régaliens ne leur aient point été étendus. Ces faveurs étaient également fort sollicitées, car ces titres n’étaient pas limités à la primogéniture masculine mais englobaient tous les descendants du nom et des deux sexes[10].
Titres de noblesse
[modifier | modifier le code]Prince du Saint-Empire
[modifier | modifier le code]La catégorie des princes du Saint-Empire (Reichsfürsten) regroupait plusieurs situations juridiques distinctes, unifiées par un critère commun : le rattachement direct à l’empereur et l’appartenance à la haute noblesse impériale.
Étaient considérés comme princes du Saint-Empire de droit (de iure) les souverains des territoires immédiats de l’Empire. Il s’agissait notamment des ducs, margraves, landgraves, comtes palatins et burgraves régnants. Ces dénominations renvoyaient à des titres territoriaux germaniques ; toutefois, dans l’ordre constitutionnel impérial, leurs détenteurs appartenaient tous à la catégorie unique des Reichsfürsten. Ils exerçaient la souveraineté territoriale (Landeshoheit) sur leurs États, tout en demeurant vassaux de l’Empire.
Appartenaient également de droit à la principauté impériale les princes ecclésiastiques, tels que les princes-évêques, princes-abbés et princes-prévôts, qui gouvernaient des territoires ecclésiastiques immédiats et jouissaient des mêmes prérogatives constitutionnelles que les princes séculiers.
À côté de ces princes territoriaux existaient des princes du Saint-Empire par concession impériale (de gratia), anoblis directement par l’empereur. Dans certains cas, le titre princier était lié à un territoire élevé au rang de principauté immédiate ; dans d’autres, il était attaché uniquement au nom de famille, sans création d’un État souverain. Ces princes titulaires ne disposaient alors ni de souveraineté territoriale ni, le plus souvent, d’un siège effectif à la Diète d’Empire.
Les Reichsfürsten constituaient le sommet de la noblesse titrée du Saint-Empire. Les princes disposant d’un territoire immédiat siégeaient à la Diète d’Empire au sein du collège des princes, où ils bénéficiaient d’une voix individuelle (Virilstimme). Le titre de prince du Saint-Empire était en principe héréditaire, selon les modalités fixées par les lettres de concession.
Comte du Saint-Empire
[modifier | modifier le code]Le Reichsgraf (comte du Saint-Empire) était un noble dont le titre relevait directement de l’empereur, ce que marquait le préfixe Reichs-. Il se distinguait ainsi des comtes médiats, soumis à l’autorité d’un prince territorial.
Le titre de Reichsgraf pouvait être attaché à la possession d’un comté immédiat, conférant l’immédiateté impériale (Reichsunmittelbarkeit), ou résulter d’un anoblissement par lettres patentes impériales, sans création automatique d’un territoire immédiat. Seuls les comtes disposant d’un territoire immédiat exerçaient des droits proches de la souveraineté territoriale (Landeshoheit)[11].
Les Reichsgrafen immédiats avaient accès à la Diète d’Empire, où ils siégeaient au sein du collège des princes, le plus souvent par l’intermédiaire d’une voix collective. Les comtes du Saint-Empire dépourvus de territoire immédiat ne bénéficiaient pas de cette représentation.
Le titre de Reichsgraf était généralement héréditaire, selon les modalités prévues par les lettres patentes. Dans l’usage, il se portait sous la forme Graf von suivi du nom, ou « comte de X du Saint-Empire », soulignant le rattachement direct à l’autorité impériale.
Baron du Saint-Empire
[modifier | modifier le code]Le baron du Saint-Empire (en allemand: Reichsfreiherr) était un membre de la noblesse du Saint-Empire dont le titre relevait directement de l’empereur. Le préfixe Reichs- distinguait ces barons impériaux des barons médiats dépendant d’un prince territorial.
Le titre de baron du Saint-Empire pouvait résulter soit de la possession d’une baronnie immédiate, soit d’un anoblissement par lettres patentes impériales conférant explicitement le rang de baron du Saint-Empire. Dans le premier cas, le titulaire bénéficiait de l’immédiateté impériale, ce qui le plaçait sous la juridiction directe de l’empereur et le soustrayait à toute autorité territoriale intermédiaire. Dans le second cas, le titre était le plus souvent attaché au nom de famille, sans création automatique d’un fief immédiat[11].
Ils exerçaient des droits seigneuriaux sur leurs terres lorsqu’ils en possédaient, mais ne disposaient pas nécessairement de la souveraineté territoriale (en allemand: Landeshoheit), réservée aux princes et à certains comtes du Saint-Empire. À ce titre, ils ne bénéficiaient pas d’un accès de plein droit à la Diète d’Empire.
Le titre de baron du Saint-Empire était généralement héréditaire, selon les modalités prévues par les lettres patentes impériales, sans qu’une règle uniforme de primogéniture s’impose à l’échelle de l’Empire. L’élévation d’un baron du Saint-Empire au rang d’immédiat, lorsqu’elle avait lieu, nécessitait une confirmation expresse de l’empereur.
Chevalier du Saint-Empire
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Le chevalier du Saint-Empire (en allemand: Reichsritter) désignait une catégorie particulière de la noblesse du Saint-Empire. Les chevaliers impériaux bénéficiaient de l’immédiateté impériale, relevant directement de l’empereur et échappant à l’autorité des princes territoriaux, sans toutefois disposer de la souveraineté territoriale attachée aux États immédiats[12].
Le titre de chevalier-banneret existait également dans le Saint-Empire, il désignait des chevaliers suffisamment puissants pour combattre sous leur propre bannière, en raison de leurs ressources militaires et de leur vassales. Le chevalier-banneret relevait davantage d’un statut militaire et honorifique que d’un rang juridique spécifique.
Apparus dès le XIVe siècle, principalement issus de la petite noblesse et de la ministérialité, les chevalier du Saint-Empire virent leur statut progressivement reconnu et consolidé, notamment à partir de 1577. Malgré leur immédiateté, ils ne disposaient pas du droit de siéger à la Diète d’Empire, constituant ainsi le seul groupe de la noblesse immédiate exclu de la représentation impériale[12].
Les chevaliers impériaux se regroupèrent en cercles régionaux (en allemand: Ritterkreise): en Franconie, en Souabe et dans la vallée du Rhin[13].
Les noblesses au sein de l'empire
[modifier | modifier le code]Il existe quatre types de noblesse au sein de l'empire[14].
- La noblesse impériale immédiate
- La noblesse impériale dite "honorifique"
- La noblesse mixte
- La noblesse médiate des États de l'empire
Noblesse impériale
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Contrairement à une idée assez répandue, un titre accordé par l'empereur, même élevé comme celui de prince, ne suffit pas pour prétendre bénéficier de l'immédiateté[15]. Ainsi, la noblesses impériale se divise en deux catégories qui sont aussi deux rangs hiérarchiques:
- La noblesse immédiate
- La noblesse honorifique
Les titres souverains sont, soit accordés à la base par l'empereur (chevalier, baron, comte et prince) ou, sont reconnus par lui[16] quand le territoire fait partie de l'empire (ex: Landgrave, duc, électeur, etc.). L'immédiateté est toujours liée à la souveraineté, soit l'anoblissement octroie l'immédiateté aux possessions actuelles ou futures de l'individu, soit ce dernier acquiert un territoire déjà reconnu comme immédiat. Un landgrave héréditaire de l'empire était membre de la noblesse du Saint-Empire en tant que souverain d'un État sous le titre de "prince du Saint-Empire"; même si initialement il n'était pas créé par l'empereur. Ce qui était également le cas des autres souverains dans l'empire comme les marquis, burgraves, palatins et ducs qui sont automatiquement intégrés à la hiérarchie nobiliaire du Saint-Empire en tant Prince d'empire et non sous leur titre initial. Ces titres souverains étaient supérieurs en préséance sur la catégorie suivante et forment la noblesse d'empire immédiate. Ceci explique que la hiérarchie des titres du Saint-Empire est moins fournie que celle du monde germanique en général.
Les titres honorifiques (noble, chevalier, baron, comte et prince) sont rattachés a un nom et peuvent être personnels ou héréditaires. Ils sont conférés exclusivement par l'empereur par lettres patentes. Cette noblesse est la plupart du temps médiate et se résume à un simple octroi de titre, également reconnu dans tout l'empire.
Ainsi par exemple pour un titre de baron on comptera trois rangs au sein de l'empire:
- *Baron de l'empire souverain
- *Baron de l'empire honorifique
- *Baron territorial médiat
Mais plusieurs autres facteurs entrent en compte. La noblesse du Saint-Empire est un monde hétéroclite complexe dans lequel s'enchevêtrent plusieurs groupes: Haute et petite noblesse, noblesse médiate et immédiate, noblesse personnelle ou héréditaire, noblesse d'extraction et noblesse par anoblissement et noblesse qui donne accès ou non à la diète d'empire. Toutes ces catégories influent sur les titres, leurs valeurs et leurs prérogatives créant ainsi une structure nobiliaire très complexe parfois floue. Par exemple un prince fraîchement anobli dont le titre est personnel aura nettement moins de poids et de prestige qu'un baron héréditaire de la noblesse d'extraction. Cela devient encore plus flou lorsqu'il s'agit de la noblesse mixte qui peut posséder des titres très différents de la noblesse d'empire et territorial. Néanmoins le critère le plus important reste celui de la médiateté et de l'immédiateté. Sans être non plus automatique, la haute noblesse est souvent immédiate : elle relève donc directement de l'empereur et possède des droits régaliens et des pouvoirs presque étatiques : droit de justice, de lever des armées, de lever des impôts, de battre monnaie et de choisir sa religion. Aucun organe ou autorité ne peut s'interposer entre eux et l'empereur. Elle a également accès à la diète d'empire. C'est d'ailleurs cette configuration en réseau de micro-États qui permettra la protection, puis l'expansion du protestantisme[17]. La haute noblesse comprend les titre de roi, princes; ducs, archiduc et comtes. La petite noblesse (barons, chevaliers, nobles libres et sans titres)[18] est elle-même est le plus souvent médiate et n'a pas accès à la diète d'empire. Si initialement les premiers barons du Saint-Empire étaient tous immédiats, le titre tendra à devenir de plus honorifique au fil des anoblissements. Les chevaliers font un peu exception car sont, comme la haute noblesse, en grande majorité immédiats[19]. Les nobles libres, un peu plus rares mais de même rang que les chevaliers, se voient confiés souvent l'immédiateté malgré la fréquente absence de souveraineté[20]. Leur immédiateté est attachée à leur nom mais peut devenir une réalité territoriale en cas d'acquisition d'un fief, ce titre était souvent un premier pas dans la noblesse impériale. Les nobles sans titres, bien souvent cadets de grandes familles, sont eux toujours médiats. Bien que tenant également leur noblesse de l'empereur, ils dépendent de leur souverain local. À la différence de la noblesse étatique, ils possèdent certains recours devant l'empereur en cas de litiges avec leur souverain. Les Nobles immédiats n'étaient justiciables que devant la Chambre impériale,et le Conseil aulique.
Transmission de la noblesse
[modifier | modifier le code]Là aussi le Saint-Empire recèle plusieurs cas de figure dans le domaine transmission du titre. Il y a d'abord les titres concédés à titre personnel et non héréditaire. Le titre de l’anobli disparaîtra à sa mort, il n y aura en principe pas de "de" (von) dans son nom de famille qui représente habituellement un lien a une terre ou un fief: Comte Jean X et du Saint Empire. Il peut arriver que la famille et les héritiers d'un titre personnel se voient quand même octroyer le statut de "noble"; et sont intégrés à la noblesse sans titre du saint-Empire. Pour celui qui le possède de façon héréditaire (ce qui était le plus souvent le cas), rien n'empêche plus tard au possesseur du titre, de l'associer au nom de leur terre en y ajoutant un « von ». Dans le cas d'un titre associé à un fief ou une terre, le fief revenait à l’aîné mais en cas d'absence d’héritier mâle, le fief pouvait éventuellement passer dans une branche féminine.
Contrairement à la transmission des titres de noblesse en France, par ordre de primogéniture des mâles, les titres de noblesse du Saint-Empire étaient transmissibles à tous les membres de la famille noble, quel que soit l'ordre de naissance[21]. En cas d’extinction de toutes les lignes masculines d’une maison, la succession passait généralement à l’aînée des filles de la ligne la plus proche du défunt et redevenait ensuite masculine dans la descendance de l’héritière qui reprenait souvent le nom et les armes de la maison éteinte[22].
Dans le Saint-Empire, la transmission est toujours déterminée par les lettres patentes qui sont alors supérieures aux traditions locales ou régionales de succession. L'empereur avait le choix de donner les caractéristiques qu'il voulait aux titres qu'il accordait, ainsi que de donner des modalités précises de succession selon sa volonté et sans forcément tenir compte des coutumes locales.
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Entre les XIIe et XVIe siècles, les chevaliers et les barons du Saint-Empire, portaient le titre de «Nobles libres du Saint-Empire» (en allemand : Edelfreï). Petit à petit, ce titre disparaitra et laissera place, au XVIIe siècle, à une hiérarchisation entre les chevaliers et les barons.
- ↑ Ils sont également appelé les princes-archevêque et sont à la tête d’un Electorat ou principauté archiépiscopale.
- ↑ Il existait à l'origine une différence entre ville d'Empire (Reichsstadt) et ville libre (Freie Stadt), à la fin du Moyen Âge, les droits et obligations des villes libres étaient semblables au statut des villes d'Empire. Par conséquent, les deux types de villes s'étaient plus ou moins confondus ; on parlait alors de « ville libre et d'Empire » (Freie und Reichsstadt), puis de « villes libres d'Empire »
Références
[modifier | modifier le code]- Ghellinck, 1989, p. 17.
- ↑ Josserand, 2017, p. 5.
- ↑ Ghellinck, 1989, p. 39.
- ↑ Ghellinck, 1989, p. 40.
- De Ghellinck 1989, p. 41
- ↑ C. Duhamelle, «Les noblesses du Saint-Empire du milieu du XVIe au milieu du XVIIIe siècle», vol. 46, Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, (Lire en ligne)
- ↑ Duhamelle 1999, vol. 46, p. 146-170
- ↑ E. Ortlieb, «Reichshofrat und Reichstage.», Böhlau Verlag Wien, (ISBN 9783205786283)
- ↑ Ortlieb 2010, p. 343–364
- Ghellinck (de), «Aperçu historique sur la noblesse de Belgique», 1989, p. 22.
- Neumaier, 2016, p. 10.
- Neumaier, 2016, p. 11.
- ↑ CHAS-DIEU, Adriaens, (lire en ligne)
- ↑ Christophe Duhamelle, « Les noblesses du Saint-Empire du milieu du XVIe au milieu du XVIIIe siècle », Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, vol. 46, no 1, , p. 146–170 (DOI 10.3406/rhmc.1999.1954, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Titularfürst », sur Histoire du Saint-Empire – regards franco-allemands (consulté le )
- ↑ Traite Sistematique touchant la Connoissance de L'etat du Saint Empire Romain de la Nation Allemande, (lire en ligne)
- ↑ Jean Paul Rabaut Saint-Étienne, Annuaire, ou répertoire ecclésiastique à l'usage des églises réformées et protestantes de l'empire français : Contenant une Notice historique sur la Situation civile, politique et religieuse des Réformés en France depuis l’Édit de 1787 ..., Rabaut-Pomier, (lire en ligne)
- ↑ (en) The popular encyclopedia; or, 'Conversations Lexicon': [ed. by A. Whitelaw from the Encyclopedia Americana]., (lire en ligne)
- ↑ « Reichsritterschaft », sur Histoire du Saint-Empire – regards franco-allemands (consulté le )
- ↑ Charles Emmanuel Joseph Poplimont, La Belgique héraldique : recueil historique, chronologique, généalogique et biographique complet de toutes les maisons nobles reconnues de la Belgique, Adriaens, (lire en ligne)
- ↑ Adolphe Lang, Éloge de M. le Maréchal de Merci, 1861, page 41.
- ↑ Intermédiaire des chercheurs et curieux, 2002 page 583.
Bibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Ouvrages
[modifier | modifier le code]- [Auerbach 1912] Bertrand Auerbach, La France et le Saint-Empire romain germanique, Paris, Slatkine, (lire en ligne).
- [Gérard 1846] Pierre Gérard, Histoire de la législation nobiliaire, Bruxelles, A. Vandale, (lire en ligne).
- [Wilson 2016] (en) Peter H. Wilson, Heart of Europe: A History of the Holy Roman Empire, Cambridge, Belknap Press, .
- [Stollberg-Rilinger 2018] (en) Barbara Stoollberg-Rilinger, The Holy Roman Empire: A Short History, Princeton, Princeton University Press, .
- [Carl 2000] (de) Horst Carl, Reichsritterschaft und frühmoderner Staat, Berlin, Vandenhoeck & Ruprecht, .
Chapitres
[modifier | modifier le code]- [Hueck (von) 1989] Walter von Hueck, « Origine et développement de la noblesse en Allemagne », dans CILANE Commission d'Information et de Liaison des Associations Nobles d'Europe), Madrid, Ediciones Hidalguia, (ISBN 978-8-489-85120-7), p. 37-46

- [Ghellinck (de) 1989] Xavier de Ghellinck Vaernewyck, « Aperçu historique sur la noblesse de Belgique », dans CILANE Commission d'Information et de Liaison des Associations Nobles d'Europe), Madrid, Ediciones Hidalguia, (ISBN 978-8-489-85120-7), p. 17-32

- [Dewitz (von) 1989] Hasso von Dewitz, « Droit nobiliaire allemand », dans CILANE Commission d'Information et de Liaison des Associations Nobles d'Europe, Madrid, Ediciones Hidalguia, (ISBN 978-8-489-85120-7), p. 53-58

- [Duhamelle 1999] Christophe Duhamelle, « Les noblesses du Saint-Empire du milieu du XVIe au milieu du XVIIIe siècle », dans Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, t. 46, Paris, Ediciones Hidalguia, , p. 146-170

Article académique
[modifier | modifier le code]- [Neumaier 2016] (de) Helmut Neumaier, Das Bauland als Reichsritterschaftslandschaft, Zeitschrift für Geschichte des Oberrheins, Berlin, Volker Press, (lire en ligne).

- [Josserand 2017] Philippe Josserand, Élites et ordres militaires au Moyen Âge: Rencontre autour d'Alain Demurger, Madrid, Casa de Velázquez, (lire en ligne).
