Noël X. Ebony

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Noël X. Ebony
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Noël X. Ebony
Biographie
Naissance
Vers 1950
Tanokoffikro, Koun-Fao
Décès
Nom de naissance
Noël Essy Kouamé
Nationalité
Activité
Période d'activité
1967 - 1986
Père
Paul Tano Koffi
Mère
Jeanne Adja Miézan
Fratrie
Raphaël Atta Koffi, Gabriel Atta Koffi, Michel Kouamé
Enfant
Essy Zié Ebony (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Genre artistique
poésie, théâtre, roman
Œuvres majeures

Déjà vu

Quelque part

Chutes

Les Masques

Noël X. Ebony, de son vrai nom Noël Essy Kouamé, né vers 1950 à Koun-Fao, en pays agni, et mort le à Dakar, fut un journaliste et homme de lettres ivoirien.

Collaborateur régulier du quotidien Fraternité Matin, il fut le correspondant ouest-africain du mensuel Demain l'Afrique, et était au moment de sa mort le rédacteur en chef du mensuel Africa International. Journaliste éclectique, ses articles abordèrent un large éventail de sujets, allant de la politique ivoirienne et internationale à la culture, avec une préférence marquée pour la musique. Il tint également une chronique rédigée en français populaire abidjanais dans le magazine Ivoire Dimanche.

En Côte d'Ivoire, le nom de Noël X. Ebony est aujourd'hui associé à l'excellence journalistique, et le prix éponyme, créé à l'initiative de l'Union nationale des journalistes de Côte d'Ivoire, demeure la principale distinction nationale en la matière.

Ebony est l'auteur du recueil poétique prosaïquement intitulé Déjà vu, publié en 1983 à Paris par la journaliste et éditrice américaine Nidra Poller, dont il était un ami proche. Le texte, au style novateur et à l'écriture peu conventionnelle, fut rapidement considéré comme un classique de la littérature africaine contemporaine par plusieurs critiques, auteurs et spécialistes de l'Afrique noire, à l'instar de la chercheuse belge Lilyan Kesteloot, qui voyait en Noël X. Ebony « le Soyinka de l'Afrique francophone ». Déjà vu, assorti d'un feuillet de treize poèmes isolés nommé Chutes lors de sa première édition, a depuis été enrichi d'un second ensemble poétique longtemps resté inédit, Quelque part, lors de sa réédition en 2010 aux éditions L'Harmattan par l'auteur belge Jean-Pierre Orban.

La mort prématurée de Noël X. Ebony, dans un accident de la circulation aux circonstances encore mal définies en , a freiné la diffusion d'une part importante de son œuvre, dont un volumineux roman de 500 pages intitulé Les Masques, et une pièce théâtrale en vers, Abidjan Conjoncture, ainsi que plusieurs essais et poèmes inédits à ce jour.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et origines familiales[modifier | modifier le code]

La date de naissance de Noël X. Ebony n'est pas connue avec certitude, et l'écrivain lui-même aimait entretenir autour de celle-ci une sorte de mystère. L'année 1953 a souvent été mentionnée, mais dans un article de 1971 dans lequel il évoque ses débuts de journaliste, Ebony affirme avoir eu 16 ans en , ce qui le ferait naître en 1951. Un entretien accordé en 1985 à l'écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop, lors de son séjour à Dakar suggère même une naissance antérieure à 1950, puisque Noël y prétend avoir entre 35 et 40 ans. On peut donc situer sa date de naissance vers 1950.

Ebony est issu de l'ethnie Agni, et est le fils d'un planteur du nom de Paul Tano Koffi, lui-même converti au catholicisme et fondateur du village de Tanokoffikro, situé dans la sous-préfecture de Koun-Fao, dans le grand Est ivoirien. Sa mère, Jeanne Adja Miézan, est elle originaire d'une famille noble du village de Broukro, dans la sous-préfecture voisine de Tanda. Noël appartient à une fratrie de journalistes et d'écrivains notoires, dont les jumeaux Raphaël et Gabriel Atta Koffi. Il est aussi le frère de Michel Kouamé, qui assura de 1994 à 1999 la direction du quotidien ivoirien Fraternité Matin.

Études, formation et débuts dans le journalisme[modifier | modifier le code]

Autodidacte, Noël X. Ebony interrompt ses études à l'âge de 16 ans, en classe de quatrième, et mène une brève existence de disc-jokey à Abidjan, puis de vendeur de disques au Ghana voisin. Il intègre en 1973, sous la recommandation de Laurent Dona Fologo, le prestigieux Centre d'études des sciences et techniques de l'information de Dakar, au Sénégal, où il vivra jusqu'en 1976. Il effectue, à la fin de sa formation, un stage de six mois en France (où il rencontre et devient l'ami de Babacar Fall, qui lui inspirera le narrateur de Les Masques), puis de trois mois au Canada.

La carrière de journaliste de Noël X. Ebony est à resituer dans un contexte politique dominé par la censure et le parti unique de Félix Houphouët-Boigny. Le jeune journaliste critique avec vigueur l'autoritarisme du premier président ivoirien, et désapprouve sa politique d'accueil des dictateurs déchus comme le centrafricain Jean-Bedel Bokassa, qui se réfugia en Côte d'Ivoire de 1979 à 1983 après son renversement.

Ebony fait alors l'objet d'une arrestation nocturne et est convoqué au palais présidentiel d'Abidjan pour une confrontation avec le président en personne, ainsi que plusieurs dignitaires du régime ; il y est séquestré, torturé, et fait face à des menaces de mort qui le contraignent à l'exil.

Exil parisien et entrée en littérature[modifier | modifier le code]

L'entrée en littérature de Noël X. Ebony fut relativement tardive, puisqu'elle précéda de trois ans seulement sa mort. En effet, après un passage à Londres, le journaliste s'installe à Paris, où il rencontre Nidra Poller, fondatrice des éditions Ouskokata, qui sera sa première éditrice. Déjà vu paraît donc en 1983, et est complété par treize poèmes isolés, qualifiés de Chutes. Poller se montre très enthousiaste vis-à-vis du recueil, dont elle apprécie l'originalité par rapport à « la vieille négritude », et se réjouit de découvrir en Ebony « un écrivain de génie chez un ami génial ». Le recueil rencontre néanmoins de sérieux problèmes de diffusion et devient vite introuvable : il faudra attendre et l'action de l'écrivain belge Jean-Pierre Orban pour que le recueil soit à nouveau accessible au public. Peu avant sa mort, Ebony avait par confié à Nidra Poller la publication d'un autre ensemble poétique intitulé Quelque part, mais à son décès, Poller ne trouve pas les fonds nécessaires à l'édition du manuscrit. Le roman Les Masques, lui, est achevé en 1985, et a pour propos, selon Ebony lui-même, « le drame d’un continent à travers le regard complexe de Babacar Faal, metteur en scène sénégalais en rupture de ban, écartelé entre deux images du père où se reflètent les contradictions d’une identité inassouvie ».[1]

Mort[modifier | modifier le code]

En 1984, Noël X. Ebony quitte la France et décide de s'installer définitivement à Dakar avec son fils de 13 ans, Essy Zié Ebony. Il y trouve la mort deux ans plus tard, dans un accident de voiture près du Phare des Mamelles, à Dakar, le lundi . Les soupçons de son entourage et d'une partie de l'opinion publique se dirigent alors vers le chef de l'État ivoirien, qui se serait débarrassé d'un chroniqueur devenu gênant pour son pouvoir en planifiant un assassinat maquillé.

Noël X. Ebony est inhumé dans son village natal de Tanokoffikro, en présence d'amis et de connaissances du monde entier.

L'écriture de Noël X. Ebony, influences et analyses[modifier | modifier le code]

Les poèmes de Noël X. Ebony sont caractérisés par une rupture vis-à-vis des conventions typographiques : ainsi, le texte de Déjà vu ne comporte presque pas de majuscule, y compris pour les noms propres, peu ou pas de ponctuation, des scissions parfois abruptes au milieu d'un mot, d'une phrase, etc. Certains passages semblent même relever de l'écriture automatique, ou de la libre association d'idées.

Le langage d'Ebony est lui aussi créatif, comme l'atteste l'usage de certains néologismes tels que « identités riennisées (Déjà vu, page 26) » ou encore « peuples ididadaminimisés (Déjà vu, page 28) ». L'auteur procède souvent à des associations surprenantes et inattendues, dans un style évoquant le surréalisme, comme ici :

« (...) il observait ses mains
fiévreuses de tendresse pour l'histoire assise
il écoutait battre nos cœurs qui tiennent éveillé
l'estomac des siècles orphelins
elles lui disaient la désespérance des canaris
électrifiés
des vieillards automatisés
cotés en bourses
des fétiches salariés
des mères immatriculées transit toléré
elles lui traduisaient
l'odeur brûlée et brique
de la couche de macadam
sur les
mémoires démissionnaires »

(Déjà vu, page 33)


Féru de jazz, de rock, et de pop anglo-saxonne, Noël X. Ebony admettait volontiers l'influence de Keith Jarrett ou des Pink Floyd sur sa création artistique, et n'hésitait pas à insérer des anglicismes dans plusieurs passages de Déjà vu ; le manuscrit de Les Masques comporte lui-même plusieurs références à des chansons anglophones. Le pseudonyme de l'auteur est un témoignage supplémentaire de son anglophilie, « ebony » signifiant ébène dans la langue de Shakespeare. Le dessinateur et scénariste italien de bande-dessinée Hugo Pratt a été, avec son œuvre phare Corto Maltese, une autre inspiration pour Ebony. Les poètes René Char et Rainer Maria Rilke, ainsi que le romancier russe Fiodor Dostoïevski sont également invoqués par l'écrivain ivoirien, qui, sans nécessairement nier l'héritage de la négritude, veut ancrer son écriture dans la modernité, et, selon son expression, « entre baobab et gratte-ciel ». Noël X. Ebony prétend à l'universalité, et refuse l'enfermement dans la couleur de peau, comme le révèlent ces vers :

« (...) qui suis-je
qui je suis
je suis noir je suis blanc je suis jaune
transparent
je suis
celui qui est né au carrefour des siècles
celui qui a reçu l'histoire en plein cœur
celui qui se désaltère à la source mosaïque
qui gémit des secousses de la planète
qui s'est fiancé au méridien de greenwich
je suis
le prince d'une vestale
violée à coups de baïonnette
le funambule en équilibre sur le mince fil des identités
sous vos soleils tyrans
entre le baobab et le gratte-ciel
je suis mille »

(Déjà vu, page 50)

Postérité[modifier | modifier le code]

Noël X. Ebony a donné son nom au Prix Ebony, qui récompense les meilleurs journalistes de Côte d'Ivoire. Essy Zié Ebony, fils unique de l'auteur, a suivi des études de comptabilité et réside à Rennes, en France. Lui aussi écrivain, il a fait paraître en 2012 un recueil de nouvelles, Pourquoi tous les vigiles sont Nègres.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ebony n'a publié qu'un recueil de poèmes de son vivant, Déjà vu, mais a pu faire paraître en 1985 dans la revue Présence Africaine, un long poème intitulé « Nina m'Amante », extrait de l'ensemble baptisé Quelque part. Plusieurs manuscrits contiennent des contes pour enfant, des essais, et des poèmes dont « Eau Forte ».

  • Déjà vu, suivi de Chutes, poèmes, éditions Ouskokata, Paris, 1983, 179 pages, réédité en 2010 aux éditions L'Harmattan, assorti de Quelque part, 323 pages.
  • Quelque part, poèmes, publié dans sa version intégrale pour la première fois en , en addition à Déjà vu.
  • Les Masques, roman, inédit, 500 pages, vraisemblablement achevé en 1985.
  • Abidjan Conjoncture, théâtre, inédit.
  • Eau Forte, poèmes, inédit.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Pierre Orban, « Introduction à l’œuvre de Noël X. Ebony à partir du tapuscrit de Quelque part », Continents manuscrits. Génétique des textes littéraires – Afrique, Caraïbe, diaspora, no 1,‎ (ISSN 2275-1742, DOI 10.4000/coma.249, lire en ligne, consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lilyan Kesteloot, « Noël X. Ebony », in Anthologie négro-africaine. Histoire et textes de 1918 à nos jours, EDICEF, Vanves, 2001 (nouvelle éd.), p. 437