Njinga du Ndongo et du Matamba

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Nzinga du Ndongo et du Matamba
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Fonction
Reine régnante (en)
-
Titre de noblesse
Reine régnante (en) (Royaume de Ndongo et Royaume du Matamba)
Biographie
Naissance
Décès
Domicile
Activité
Fratrie
Autres informations
Religion

Anna, Anne, Ana de Sousa Nzinga Mbande ou Njinga Mbandi[Note 1],[1], connue également sous le nom de Nzinga du Ndongo et du Matamba (vers 1583), fut reine du royaume de Ndongo et du royaume de Matamba dans l'actuel Angola.

Elle est aujourd'hui un symbole national angolais. Elle est aussi revendiquée par les anticolonialistes et les féministes pour sa longue résistance aux Portugais.

Enfance et ascension[modifier | modifier le code]

Nzinga, née vers 1581[2], est la fille des souverains du royaume de Ndongo, le Ngola Kiluanji et la reine Kangela, qui ont également trois autres enfants : un fils, Mbandi, et deux filles, Kifunji et Mukambu. De l'ethnie Mbundu[3], elle est prénommée Njinga parce qu'elle est née avec le cordon ombilical autour du cou (« kujinga » signifiant « tordre » ou « enrouler » en kikongo ainsi qu'en kimbundu). La tradition veut que les enfants nés ainsi deviendraient des adultes fiers et hautains ; une femme sage aurait dit à sa mère que Nzinga serait reine un jour. Elle se souvient avoir été choyée par son père, qui l'autorise à l'assister lorsqu'il gouverne son royaume et qui l'emmène avec lui lorsqu'il va faire la guerre.

La première mention de Nzinga dans les archives européennes remonte à 1622, lorsque son frère, devenu le Ngola Mbande en 1617[2], l'envoie comme émissaire à une conférence de paix à Luanda avec le gouverneur du Portugal João Correia de Sousa. Lors de cet entretien, Anna Zingha s’impose comme une redoutable négociatrice et diplomate[réf. nécessaire].

Prise du pouvoir et règne[modifier | modifier le code]

Nzinga lors des négociations avec le gouverneur portugais en 1657 à Luanda.

L'objectif du Ngola Mbande était de récupérer la forteresse d'Ambaca (que le prédécesseur de Correia de Sousa, Mendes de Vasconcelos, avait construite en 1618 sur son territoire), de récupérer certains de ses sujets tenus captifs (notamment des groupes de serfs ijiko), et de convaincre le gouverneur de faire cesser les raids des mercenaires imbangala à son service. Le gouverneur accéda à toutes ses demandes et signa un traité de paix ; les avis divergent toutefois sur le fait que Nzinga accepta un statut de vassalité ou non. Une histoire veut que le gouverneur n'offrit aucune chaise à Nzinga, l'invitant à s'asseoir sur une paillasse pendant les négociations, ce qui, selon la tradition Mbundu, ne convenait qu'aux subordonnés. Refusant de s'abaisser ainsi, Nzinga ordonna à l'une de ses esclaves de se mettre à quatre pattes pour s'asseoir sur son dos.

Nzinga se convertit au christianisme, possiblement pour renforcer son traité de paix avec le Portugal, et adopta le nom de Dona Ana de Sousa en hommage à l'épouse du gouverneur, qui est son parrain[3]. Le Portugal n'honora cependant pas sa part du traité, refusant de se retirer d'Ambaca, de rendre les sujets du Ndongo et de contenir les assauts des Imbangala.

Cet échec poussa le frère de Nzinga au suicide, convaincu qu'il ne pourrait jamais récupérer ce qu'il avait perdu à la guerre. Des rumeurs circulèrent accusant Nzinga de l'avoir empoisonné, rumeurs que le Portugal repris à son compte pour refuser de la reconnaître dans le successeur de son frère.

Nzinga assura la régence de son neveu et fils de son frère, Kaza, alors sous la garde des Imbangala. Nzinga envoya des émissaires le chercher, puis le fit assassiner. Elle endossa ensuite le pouvoir au Ndongo[4]. En 1624, elle signait ses lettres Madame du Ndongo puis, à compter de 1626, elle prit le titre de Reine du Ndongo[5].

Alliance avec les Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Illustration de l'alliance avec les Pays-Bas. UNESCO.

En 1641, les Pays-Bas, soutenus par le royaume du Kongo, s'emparèrent de Luanda. Nzinga s'empressa de leur envoyer un émissaire et conclut une alliance avec eux contre le Portugal. Espérant, grâce à l'aide des Pays-Bas, reconquérir ses territoires perdus, elle déplaça sa capitale vers Kavanga, au nord des anciens domaines du Ndongo. En 1644, elle défit l'armée portugaise à Ngoleme mais fut incapable de conclure. Deux ans plus tard, elle essuya une défaite à Kavanga, vit sa sœur capturée et ses archives saisies, ce qui révéla son alliance avec le Kongo. Ces mêmes archives révélèrent que sa sœur avait tenu une correspondance secrète avec elle, lui révélant des plans portugais. Les sources divergent quant au sort que connut sa sœur. Certaines affirment qu'elle fut noyée dans le Kwanza en rétorsion, d'autres qu'elle parvint à s'échapper et à gagner l'actuelle Namibie.

Les Pays-Bas envoyèrent alors des renforts à Nzinga depuis Luanda et cette dernière remporta une victoire en 1647 avant d'assiéger la capitale portugaise de Masangano. Cependant, le Portugal, avec l'aide du Brésil, reprit Luanda l'année suivante et Nzinga se replia sur Matamba d'où elle continua à défier les armées portugaises. Passé l'âge de soixante ans, elle assurait toujours personnellement la conduite de ses armées sur les champs de bataille.

Un modèle féminin[modifier | modifier le code]

Anne Zingha était une femme instruite et cultivée. En plus de sa langue maternelle, elle parlait portugais, atout de taille pour traiter avec ses adversaires. Elle connaissait également l’histoire et les populations portugaises, ce qui lui permettait de s’adapter aux situations de négociation avec une connaissance parfaite des enjeux. Redoutable stratège et diplomate, l’ensemble de son règne a consisté à préserver l’intégrité territoriale de son royaume, par la négociation avec les Portugais. Anna Zingha envoyait régulièrement des espions à Luanda étudier l’entraînement des troupes portugaises, afin de préparer son armée aux combats. Les enjeux religieux et commerciaux n’avaient aucun secret pour elle, et elle s’en servait pour négocier avec les Portugais. La promesse de conversion des peuples du Ndongo et du Matamba au christianisme était sa principale monnaie d’échange : elle s’est elle-même fait baptiser en 1623, lors d’une visite à Luanda.

Dernières années[modifier | modifier le code]

En 1657, fatiguée de ses incessantes luttes, Nzinga signa un traité de paix avec le Portugal. Elle y inséra une clause engageant les Portugais à soutenir le maintien de sa famille au pouvoir et, faute d'un fils pour lui succéder, elle tenta de marier sa sœur à João Guterres Ngola Kanini. Le mariage ne fut toutefois pas autorisé, les prêtres affirmant que ce dernier avait déjà une femme à Ambaca.

Malgré de nombreuses tentatives de coup d'État, en particulier du Kasanje, dont les groupes imbangala rôdaient toujours au sud, elle mourut paisiblement le au Matamba, à l'âge de 80 ans. Une guerre civile éclata mais Francisco Guterres Ngola Kanini parvint à lui succéder.

Un souvenir impérissable[modifier | modifier le code]

Aujourd’hui, elle reste un repère culturel, et une figure historique essentielle afin de comprendre la construction de l’identité angolaise. Durant la guerre de libération de l’Angola (1961 – 1974), sa mémoire a souvent été rappelée par les leaders de l’indépendance, qui l’ont érigée en icône. En 1975, à l’indépendance du pays, une statue a été érigée en son honneur à Luanda, comme symbole de la résistance et de la liberté. Mais l’esprit de résistance et de liberté de Zingha dépassera bientôt les frontières angolaises, devenant un symbole de la lutte contre la colonisation européenne. Et Anne Zingha incarne, aujourd’hui encore, une figure centrale de l’histoire de l’Afrique.

Héritage[modifier | modifier le code]

Illustration de Pat Masioni pour Njinga Mbandi, reine du Ndongo et du Matamba (série Unesco)[6], représentant sa statue érigée à Kinaxixi.

Les Angolais se souviennent de Nzinga pour ses compétences politiques et diplomatiques ainsi que pour sa brillante tactique militaire[7]. Une grande artère porte son nom à Luanda et une statue fut érigée à Kinaxixi en 2002 à l'occasion du 27e anniversaire de l'indépendance. Les femmes angolaises sont souvent mariées près de la statue[réf. nécessaire].

Son souvenir a inspiré de grandes figures de la résistance du parti Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), comme Deolinda Rodríguez de Almeida, Iena Engracia ou encore Vastok Inga. Son exemple a également marqué la société angolaise, où les femmes sont relativement bien représentées dans l’armée, la police, au gouvernement, et dans les secteurs publics et privés angolais.[réf. nécessaire]

La Banque de réserve nationale d'Angola (BNA) a émis une série de pièces en hommage à Nzinga « en reconnaissance de son rôle dans la défense de l'autodétermination et de l'identité culturelle de son peuple ».

Un film angolais, Njinga : la reine d'Angola (en portugais : Njinga, Rainha de Angola) est sorti en 2013[8].

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

  • Nzinga, reine du Ndongo et du Matamba, un chapitre de la bande dessinée Pénélope Bagieu, Culottées 1 - Des femmes qui ne font que ce qu'elles veulent, Paris, Gallimard, , 141 p. (ISBN 978-2-07-060138-7) consacré au destin de la reine.
  • Njinga, la lionne du Matamba, série de bande dessinée de Jean-Pierre Pécau (scénariste) et Alessia De Vincenzi (illustratrice) en cours de publication dans la collection « Les Reines de sang » aux Éditions Delcourt. Le premier tome a été publié en septembre 2020[10].
  • Une biographie de Nzinga figure dans le premier tome de la bande-dessinée Culottées de Pénélope Bagieu, qui met en scène des personnages historiques féminins ayant bravé des interdits ou normes sociales sexistes[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La forme Njinga est la plus exacte et correcte en kimbundu, la reine étant née dans une population Mbundu d’Angola. Les premiers missionnaires l'écrivaient d’ailleurs sous la forme Ginga. Sur sa statue en Angola, le nom inscrit est bien « Mwene Njinga Mbandi ». L'équivalent en kikongo est « Nzinga ». Jean Cuvelier, qui travaillait alors dans le Congo belge, dans sa biographie de la reine publiée en 1957, utilisa l’orthographe kikongo et contribua ainsi à répandre cette forme dans la littérature et les médias

Références[modifier | modifier le code]

  1. Njinga, reine d’Angola, 2° éd. 2014, p. 397-398 (note de John Thornton et Xavier de Castro).
  2. a et b « Njinga Mbandi biography | Women », sur en.unesco.org (consulté le 4 novembre 2020).
  3. a et b (en-US) Nassoumi Nyang, « Nzinga Mbande the warrior Queen of Angola », sur Afrika News, (consulté le 4 novembre 2020).
  4. « Njinga Mbandi, reine du Ndongo et du Matamba », UNESCO Bibliothèque Numérique (consulté le 6 juin 2020).
  5. « Angola : Anne Zingha, reine du Ndongo et du Matamba », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne, consulté le 8 mai 2018).
  6. Série Femmes dans l'histoire de l'Afrique, Unesco [1]
  7. Bagieu, Pénélope (1982 - ....)., Culottées : des femmes qui ne font que ce qu'elles veulent. 1, Paris, Gallimard bande dessinée, 141 p. (ISBN 978-2-07-060138-7 et 2070601382, OCLC 960192089, lire en ligne).
  8. Njinga Rainha de Angola (lire en ligne).
  9. (en) Njinga Rainha de Angola sur l’Internet Movie Database.
  10. « Les Reines de sang - Njinga, la lionne du Matamba T01 », sur Nouveautés Éditeur - BnF (consulté le 9 octobre 2020).
  11. Pénélope Bagieu, Culottées, des femmes qui ne font que ce qu'elles veulent (ISBN 978-2-07-060138-7), p. 13-17

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antonio Cavazzi de Montecuccolo (trad. de l'italien), Njinga, reine d'Angola, 1582-1663 : la relation d'Antonio Cavazzi de Montecuccolo, 1687, Paris, Chandeigne, , 2e éd., 446 p. (ISBN 978-2-36732-087-8)
  • Catherine Gallouët, « Farouche, touchante, belle et cannibale : transmissions et permutations des représentations de Njinga, reine d'Angola du 17e au 18e siècle », Dix-huitième siècle, no 44,‎ , p. 253–272 (ISSN 0070-6760, DOI 10.3917/dhs.044.0253, lire en ligne, consulté le 10 mai 2018).
  • Jean-Michel Deveau, La reine Nzingha et l'Angola au XVIIe siècle, Paris, Karthala, , 163 p. (ISBN 978-2-8111-1085-7)
  • (en) Elizabeth Orchardson-Mazrui, Nzinga, the warrior queen, Nairobi, Jomo Kenyatta Foundation, , 205 p. (ISBN 978-9966-22-547-4)
  • (pt) Inocência Mata, A rainha Nzinga Mbandi : história, memória e mito, Lisbonne, Edições Colibri, , 223 p. (ISBN 978-989-689-184-8)
  • Linda H. Heywood (trad. de l'anglais), Njinga : Histoire d'une reine guerrière (1582-1663) [« Njinga of Angola: Africa’s Warrior Queen »], Paris, La Découverte, (présentation en ligne)
  • Fadi El Hage, « L'odyssée de Njinga, l'African Queen », Guerres & Histoire, no 55,‎ , p. 80 (ISSN 2115-967X).

Liens externes[modifier | modifier le code]