Nitrazépam

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Nitrazépam
Image illustrative de l’article Nitrazépam
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Identification
Nom UICPA 7-nitro-5-phényl-1,3-dihydro-2H-1,4-benzodiazépin-2-one
No CAS 146-22-5
No ECHA 100.005.151
No CE 205-665-2
Code ATC N05CD02, N05CD03
SMILES
InChI
Propriétés chimiques
Formule brute C15H11N3O3  [Isomères]
Masse molaire[1] 281,2661 ± 0,0143 g/mol
C 64,05 %, H 3,94 %, N 14,94 %, O 17,07 %,
Propriétés physiques
fusion 225 °C
Données pharmacocinétiques
Biodisponibilité 55 à 95%
Liaison protéique 85%
Demi-vie d’élim. 16 à 38h (moy. 27h)
Considérations thérapeutiques
Classe thérapeutique hypnotique benzodiazépine
Voie d’administration orale
Conduite automobile dangereuse (niveau 3)
Antidote flumazénil
Caractère psychotrope
Catégorie hypno-sédatif
Mode de consommation

orale

Risque de dépendance Élevé

Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

Le nitrazépam est une substance chimique de la famille des benzodiazépines notamment commercialisée sous le nom de Mogadon (ou Imeson), ainsi que sous forme de médicament générique. Comme toutes les molécules de sa famille, elle possède des propriétés anxiolytiques, hypnotiques ou sédatives, anticonvulsivantes, et myorelaxantes, mais ce produit est surtout utilisé comme hypnotique.

Le nitrazépam a également une importante activité anti-convulsivante, il est utilisé dans la prise en charge du Syndrome de Lennox-Gastaut (exceptionnel). Au Canada, le nitrazépam n'est plus utilisé que dans de rares cas pour le traitement de l'épilepsie. Il est en général remplacé par le clonazépam dans ce cadre.

Produit depuis les années 1960, il est l'un des hypnotiques les moins prescrits avec 0.4 millions de boites vendues par an en France[2].

Pharmacologie[modifier | modifier le code]

Le nitrazépam étant une molécule aux propriétés sédatives puissantes, au délai d'action intermédiaire (Tmax de 2 h environ) et à demi-vie d'élimination longue (de 16 à 36h[3]'[4]'[5]'[6]'[7] pour une moyenne de 27h), il assure une sédation discernable durant environ 8h[4] et est donc utilisé davantage pour éviter les réveils nocturnes que pour induire le sommeil. Dans ce rôle, il se rapproche du loprazolam ou de l'estazolam, hypnotiques plus modernes.

Tout comme les nombreux produits apparentés, le nitrazépam influence l'action du GABA en renforçant l'activité des récepteurs GABA-A[8], activés de manière naturelle par le corps. On parle alors d'un modulateur allostérique positif. Contrairement au barbital, ce produit n'est pas un agoniste de ces récepteurs et ne fait que renforcer leur activité lors de leur activation naturelle[9] (ou bien par le fait d'un autre agoniste, comme l'alcool)[10] ce qui limite quelque peu les risques de surdosage.

Effets secondaires[modifier | modifier le code]

Les effets indésirables à déplorer sont les mêmes que pour les autres produits de sa classe, avec notamment une certaine somnolence résiduelle le lendemain (du fait notamment de son élimination lente), ainsi que des pertes de mémoire (affectant surtout la mémoire épisodique et la mémoire sémantique)[11]. Les risques de rencontrer ces complications varient de façon notoire en fonction des doses.

S'il est utilisé sur le long terme et a fortiori en grandes quantités, il peut mener à une tolérance et une dépendance non négligeables. Un tel usage implique un certain phénomène de rebond à l'issue du traitement (pouvant durer jusqu'à deux semaines); des doses de 5mg évitent toutefois l'accoutumance et la réduction progressive des effets sédatifs recherchés.[12]'[13]'[14]

Le traitement impliquant ce produit doit être le plus bref possible, et la dose de 5 mg ne devrait pas être dépassée. Des produits plus modernes à l'élimination rapide comme le zolpidem et le zopiclone, qui ont un potentiel d'accumulation et d'accoutumance moindre lors d'un usage quotidien lui sont préférés en cas d'utilisation à plus long-terme[15],[16],[17].

Une étude récente a mis en exergue le rôle possible de certaines benzodiazépines dans le développement de la maladie d'Alzheimer[18]. Toutefois, leur rôle dans l'apparition de ces symptômes est infirmé par des études et analyses contradictoires[19]'[20]. Davantage de recherche est nécessaire pour s'exprimer avec aplomb sur le rôle de ces médicaments vis-à-vis des cas de démence ou de certains cancers[21].

boite de Mogadon 5 mg (nitrazépam)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. ANSM, Etat des lieux (lire en ligne)
  3. « Nitrazepam », sur www.drugbank.ca (consulté le 13 mai 2020)
  4. a et b « Nitrazepam 5 mg Tablets - Summary of Product Characteristics (SmPC) - (emc) », sur www.medicines.org.uk (consulté le 13 mai 2020)
  5. L. Kangas, J. Kanto, T. Siirtola et A. Pekkarinen, « Cerebrospinal-fluid concentrations of nitrazepam in man », Acta Pharmacologica Et Toxicologica, vol. 41, no 1,‎ , p. 74–79 (ISSN 0001-6683, PMID 578380, DOI 10.1111/j.1600-0773.1977.tb02125.x, lire en ligne, consulté le 13 mai 2020)
  6. L. Kangas, E. Iisalo, J. Kanto et V. Lehtinen, « Human pharmacokinetics of nitrazepam: effect of age and diseases », European Journal of Clinical Pharmacology, vol. 15, no 3,‎ , p. 163–170 (ISSN 0031-6970, PMID 456400, DOI 10.1007/BF00563100, lire en ligne, consulté le 13 mai 2020)
  7. L. Kangas, J. Kanto et E. Syvälahti, « Plasma nitrazepam concentrations after an acute intake and their correlation to sedation and serum growth hormone levels », Acta Pharmacologica Et Toxicologica, vol. 41, no 1,‎ , p. 65–73 (ISSN 0001-6683, PMID 331868, DOI 10.1111/j.1600-0773.1977.tb02124.x, lire en ligne, consulté le 13 mai 2020)
  8. Tianze Cheng, Dominique Marie Wallace, Benjamin Ponteri et Mahir Tuli, « Valium without dependence? Individual GABAA receptor subtype contribution toward benzodiazepine addiction, tolerance, and therapeutic effects », Neuropsychiatric Disease and Treatment, vol. 14,‎ , p. 1351–1361 (ISSN 1176-6328, PMID 29872302, PMCID 5973310, DOI 10.2147/NDT.S164307, lire en ligne, consulté le 14 avril 2020)
  9. (en) Wolfgang Löscher et Michael A. Rogawski, « How theories evolved concerning the mechanism of action of barbiturates », Epilepsia, vol. 53, no s8,‎ , p. 12–25 (ISSN 1528-1167, DOI 10.1111/epi.12025, lire en ligne, consulté le 14 avril 2020)
  10. « modulations de la réponse GABA-A : l'alcool », sur neurobranches.chez-alice.fr (consulté le 12 septembre 2020)
  11. (en) T.ROTH, T.ROEHRS, R.WITTIG & F.ZORICK, « Benzodiazepines and memory »
  12. K. Adam, L. Adamson, V. Brezinová et W. M. Hunter, « Nitrazepam: lastingly effective but trouble on withdrawal », British Medical Journal, vol. 1, no 6025,‎ , p. 1558–1560 (ISSN 0007-1447, PMID 179657, PMCID 1640482, DOI 10.1136/bmj.1.6025.1558, lire en ligne, consulté le 14 avril 2020)
  13. (en) « Nitrazepam effective 24 weeks »
  14. L. Kangas, J. Kanto, V. Lehtinen et J. Salminen, « Long-term nitrazepam treatment in psychiatric out-patients with insomnia », Psychopharmacology, vol. 63, no 1,‎ , p. 63–66 (ISSN 0033-3158, PMID 112623, DOI 10.1007/bf00426923, lire en ligne, consulté le 14 avril 2020)
  15. J. C. Ware, J. K. Walsh, M. B. Scharf et T. Roehrs, « Minimal rebound insomnia after treatment with 10-mg zolpidem », Clinical Neuropharmacology, vol. 20, no 2,‎ , p. 116–125 (ISSN 0362-5664, PMID 9099463, DOI 10.1097/00002826-199704000-00002, lire en ligne, consulté le 14 avril 2020)
  16. Andrew D. Krystal, Milton Erman, Gary K. Zammit et C. Soubrane, « Long-term efficacy and safety of zolpidem extended-release 12.5 mg, administered 3 to 7 nights per week for 24 weeks, in patients with chronic primary insomnia: a 6-month, randomized, double-blind, placebo-controlled, parallel-group, multicenter study », Sleep, vol. 31, no 1,‎ , p. 79–90 (ISSN 0161-8105, PMID 18220081, PMCID 2225552, DOI 10.1093/sleep/31.1.79, lire en ligne, consulté le 14 avril 2020)
  17. James K. Walsh, Andrew D. Krystal, David A. Amato et Robert Rubens, « Nightly treatment of primary insomnia with eszopiclone for six months: effect on sleep, quality of life, and work limitations », Sleep, vol. 30, no 8,‎ , p. 959–968 (ISSN 0161-8105, PMID 17702264, PMCID 1978384, DOI 10.1093/sleep/30.8.959, lire en ligne, consulté le 14 avril 2020)
  18. (en-US) Beverly Merz, « Benzodiazepine use may raise risk of Alzheimer's disease », sur Harvard Health Blog, (consulté le 5 mai 2020)
  19. Carlota M. Grossi, Kathryn Richardson, Chris Fox et Ian Maidment, « Anticholinergic and benzodiazepine medication use and risk of incident dementia: a UK cohort study », BMC Geriatrics, vol. 19, no 1,‎ , p. 276 (ISSN 1471-2318, PMID 31638906, PMCID PMC6802337, DOI 10.1186/s12877-019-1280-2, lire en ligne, consulté le 5 mai 2020)
  20. (en) NuCare Pharmaceuticals et Inc., « Lorazepam (NuCare Pharmaceuticals,Inc.): FDA Package Insert, Page 2 », sur MedLibrary.org (consulté le 12 septembre 2020)
  21. Jaden Brandt et Christine Leong, « Benzodiazepines and Z-Drugs: An Updated Review of Major Adverse Outcomes Reported on in Epidemiologic Research », Drugs in R&D, vol. 17, no 4,‎ , p. 493–507 (ISSN 1174-5886, PMID 28865038, PMCID 5694420, DOI 10.1007/s40268-017-0207-7, lire en ligne, consulté le 5 mai 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]