Nihonga

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Noh Dance Prelude, Uemura Shōen, 1936.
Sur un radeau par Tomioka Tessai.
Madaraneko par Takeuchi Seihō.

Le terme nihonga (日本画, nihonga?), ou nihon-ga, signifie littéralement peinture (ga) japonaise (nihon) ; on réunit sous ce nom depuis plus d'un siècle des peintures faites selon les conventions, les techniques et les matériaux de la peinture japonaise traditionnelle.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le nihonga est une technique de peinture millénaire qui trouve son origine en Chine au VIIIe siècle. Cet art suit la Route de la soie et atteint le Japon, où il prend toute son ampleur. Le style originel nihonga se caractérise par des paysages bleus et verts propres à la dynastie Tang (618-907). Lorsque le Japon lance une réforme culturelle et politique au VIIe siècle, des étudiants sont envoyés en Chine ; à leur retour ils véhiculent la littérature et l'art de cette dynastie. C'est ainsi que le portrait coloré des bouddhas, des femmes et le thème de la nature ont beaucoup influencé l'art japonais.

La technique est peu à peu affinée par les Japonais au fil des siècles, avec de remarquables innovations survenues aux XVIe et XVIIe siècles, au point de devenir l'art japonais traditionnel. Les artistes majeurs de cette époque sont Hasegawa Tōhaku (1539-1610), Tawaraya Sotatsu (actif entre 1600-1640), Hon'ami Kōetsu (1558-1637). Ces deux derniers créent au XVIIe siècle l'école Rimpa. Tawaraya Sotatsu incorpore notamment la technique Tarashikomi, à partir de taches d'eau, dans les thèmes traditionnels.

Face à la croissance de l'influence artistique occidentale, un mouvement conservateur prend forme, tentant de défendre l'art traditionnel nippon ; le terme nihonga est d'ailleurs créé au XIXe siècle, sous l'ère Meiji, et il s'oppose à celui de yōga (洋画?) qui désigne la peinture de style occidental. Grâce à cette transmission culturelle, l'art de la peinture qui s'apprête à disparaitre en Chine est conservé au Japon : l'université des beaux-arts de Tokyo est fondée à la fin du XIXe siècle[1].

Au XXe siècle, une nouvelle génération de peintres nihonga contribue à perpétuer cet art : Togyū Okumura (1889-1990), Kaii Higashiyama (1908-1999), Kayama Matazo (1927-2004), Ikuo Hirayama (1930-2009). La renommée de cette technique picturale devient alors internationale. Okakura Kakuzō et Ernest Fenollosa, conservateurs du musée des beaux-arts de Boston, introduisent des œuvres majeures de la peinture japonaise sur la scène américaine. Le Metropolitan Museum of Art de New York ainsi que la Freer Gallery au sein du Smithsonian Museum à Washington acquièrent progressivement des collections importantes. En 1931 a lieu une exposition à Berlin[2].

Aujourd'hui, la peinture nihonga recherche davantage un renouvèlement par une alliance entre la tradition millénaire japonaise et l'abstraction des peintres occidentaux, notamment de l'école new-yorkaise. Ce courant est notamment représenté par Norihiko Saito, Yuzo Ono, Keizaburo Okamura, Chen Wenguang, Masamichi Kotaki, Makoto Fujimura (en), Hiroshi Senju, Reiko Bando, Asami Yoshiga, Masatake Kouzaki.

Technique[modifier | modifier le code]

La maitrise de la technique nihonga demande actuellement plus d'une dizaine d'années d'études.

Le procédé[modifier | modifier le code]

Le procédé est celui d'une peinture à l'eau et fait appel à des matériaux entièrement naturels : bois, papier, roche, sable, os. Il partage ainsi ses origines avec la technique de la fresque, puisqu'il procède à la base des mêmes pigments naturels, d'oxydes de métaux et de terre broyée ou de coquillages. Les pigments sont broyés avec de la colle animale préparée par le peintre pour l’œuvre, au fur et à mesure de sa création. Par ailleurs, des feuilles d’or, d’argent et de platine sont fréquemment utilisées. Il en est de même pour la préparation du support, un papier marouflé sur bois ou une soie tendue sur cadre. Chaque élément étant préparé par l’artiste contribue donc à la réalisation d'une œuvre originale.

Si les peintres de la Renaissance créent l’espace avec la perspective, les peintres japonais utilisent le yohaku, ou zones vides. L'encre sumi crée par exemple des taches d'eau qui permettent au papier de boucler et à la couleur de se répandre, selon la technique Tarashikomi inventée par Tawaraya Sotatsu ; le rythme donné par ces taches agit visuellement pour bloquer le mouvement et permettre aux pigments de tomber naturellement.

Les matériaux[modifier | modifier le code]

Les couleurs[modifier | modifier le code]

Les pigments de la peinture japonaise sont fabriqués à partir des minéraux naturels, d'ossements d'animaux et de végétation :

– le bleu est tiré de l'azurite, une substance minérale ;
– le blanc est obtenu à partir de coquillages concassés ;
– le vert-de-gris est de la malachite, minéral de cuivre translucide de couleur verte, vert jaune à vert noir ;
– le rouge est obtenu à partir du cinabre, minerai de mercure ;
– le jaune provient de pigments naturels de la terre.

La peinture nihonga utilise également d'autres minéraux tels que le vermillon (pigment minéral artificiel), le carmin, le lapis-lazuli, l'ocre, le corail, la turquoise, la tourmaline, la coquille d'huitre, ainsi que des pigments naturels de la terre. Il n'est pas rare que les artistes nihonga ajoutent à la peinture l'encre sumi, faite de résine de pin.

Le gel (nikawa)[modifier | modifier le code]

On utilisait beaucoup la gélatine pour fixer la couleur des peintures sur les fresques égyptiennes de l'Antiquité. La peinture japonaise emploie un procédé similaire par l'usage d'une colle ou gélatine appelée nikawa, faite à partir de la peau et des os d'animaux et de poissons. Cette colle est un des éléments centraux de la peinture nihonga. En effet, selon le temps et la saison, le degré de colle utilisé varie : si la colle est trop forte, les pigments deviennent ternes ; si elle est trop faible, ils n’adhèrent pas suffisamment à la surface.

Le papier[modifier | modifier le code]

Le papier est composé de fibres longues et résistantes pour faciliter l'adhésion des couleurs des minéraux, dont le grain est épais. La qualité du support varie de la soie au papier marouflé fait main, âgé d'une dizaine d'années pour les plus fins, selon le degré d’absorption désiré. Un mélange d'alun, de colle et d'eau peut également être appliqué pour réduire l'absorption. Les papiers les plus célèbres sont Washi, Mashi et Mulberry Gampi.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pour des listes d'artistes, consulter l'article de la Wikipédia en langue anglaise : en:List of Nihonga painters ou celui en japonais.
  2. Werke lebender japanischer Maler, Berlin, 1931. Catalogue de l'exposition

Bibliographie[modifier | modifier le code]

(ISBN 978-2-212-13352-3)
  • (de) Emi Akamatsu, Japanische Blumenmalerei, Munich, Knaur, 2005, (ISBN 978-3-426-64191-0).
  • (en) Margit Brehm, The Japanese experience - Inevitable. Hatje Cantz Verlag, 2002, (ISBN 3-7757-1254-2).
  • (en) Ellen P. Conant, J. Thomas Rimer et Steven D. Owyoung, Nihonga: Transcending the Past: Japanese-Style Painting, 1868-1968, Weatherhill, 1996, 351 p.
  • (ja) Setsuko Kagitani, Kagitani Setsuko Hanagashû - Flowers. Tohōshuppan, Tokyo, (ISBN 978-4885918520).
    Titre: 鍵谷節子花画集 ; auteur: 鍵谷 節子

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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