Nigra sum

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Incipit de la partition du Nigra Sum de Carlo Gesualdo , copie de 1620

Nigra sum, sed formosa (« Je suis noire mais je suis belle ») est un texte biblique ayant inspiré de nombreuses œuvres musicales. Il figure dans le Cantique des Cantiques (1:5).

Le texte biblique[modifier | modifier le code]

Le texte vient d'un livre de la Bible hébraïque ou Ancien Testament, le Cantique des Cantiques (שיר השירים, Chir HaChirim) (Ct 1:5) qui est un grand poème, interprété symboliquement chez les Juifs comme une déclaration de l'amour entre Dieu et son peuple Israël, et expliqué chez les Chrétiens comme la comparaison de l'amour de l'homme pour sa fiancée avec l'amour du Christ pour son Église.

« Nigra sum sed formosa, filiæ Jerusalem. Ideo dilexit me Rex et introduxit me in cubiculum suum. Et dixit mihi : surge et veni amica mea. Jam hiems transit imber abit et recessit. Flores apparuerunt in terra nostra. Tempus putationis advenit. Alleluia. »

« Je suis noire mais je suis belle, filles de Jérusalem. Aussi le roi m'a-t-il aimée et conduite dans ses appartements, Et il m'a dit : « Lève-toi, mon amie, et viens. L'hiver enfin s'en est allé, la pluie nous quitte et s'éloigne, les fleurs ont fait leur apparition sur la terre, le temps de la taille est venu. Alléluia. »

Traductions d'un ו[modifier | modifier le code]

Dans ce poème d'amour allégorique issu de la Bible hébraïque, le vers se présente ainsi :

  • version hébraïque : שחורה אני ונאוה, chehora ani ve nava : « je suis noire et belle »[1] (coordination) ;
  • version latine : Nigra sum sed formosa : « Je suis noire mais belle »[2] (opposition).

Toutes les versions postérieures à la Vulgate ont traduit pendant des siècles, au moins par tradition, une opposition entre « noire » et « belle »[3] en utilisant « mais / cependant / néanmoins », une « opposition sémantique entre l’idée de noirceur et celle de beauté », alors que littéralement et originellement, il n'existe qu'un lien additif et même d'enchérissement dans le texte hébraïque grâce à la lettre ו vaw (« et ») qui lie les deux adjectifs qualifiant la bienaimée[4].

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Dans le judaïsme, le Cantique des Cantiques (Chir HaChirim) est lu à la synagogue lors du shabbat de la fête de Pessa’h ainsi que, dans la tradition séfarade, lors de l’office de chaque vendredi soir.

Catholicisme[modifier | modifier le code]

Dans le catholicisme, cette antienne est chantée aux Vêpres[5], dites « Vêpres de la Très Sainte Vierge », après le psaume 112 (en) (Laudate pueri) et le psaume 121 (Lætatus sum), qu'elle introduit[6].

Œuvres musicales[modifier | modifier le code]

L'antienne Nigra Sum a été mise en musique par de nombreux compositeurs, parmi lesquels (liste non exhaustive) :

Motets :

Messes :

Discographie et enregistrements[modifier | modifier le code]

(Liste non exhaustive)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marc Honegger, Dictionnaire de la musique, Paris, Bordas, 1970-1993.
  • Marc Honegger, Paul Prévost, Dictionnaire des œuvres de l'art vocal, Paris, Bordas, 1991, tome III, p. 2010.
  • Edmond Lemaître, La musique sacrée et chorale profane, Paris, Fayard, tome I, p. 565 ; tome II.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Transcription de Henri Meschonnic, Poétique du traduire, Lagrasse, Verdier, 1999, p. 128.
  2. Transcription de saint Jérôme dans la Vulgate
  3. Traduction d'une opposition entre « noire » et « belle » notamment dans les Bibles de : Olivétan, 1535 ; Castellion, 1555 ; Port-Royal, 1701 ; Calmet, 1726 ; Ostervald, 1744 ; Renan, 1860 ; Segond, 1874 ; Crampon, 1938 ; Bible de Jérusalem ; Pléiade, 1956 ; Osty, 1973 ; Traduction œcuménique, 1976 ; Bible en français courant, 1982 ; Bible du Semeur, 1992. Seule la Bible des Écrivains (2001) traduit : « Je suis noire et magnifique ». Source
  4. Claire Placial, « « Je suis noire et belle ». Sur les traductions de Ct 1,5, et sur l’importance du mot “et” », sur langues de feu, (consulté le 8 août 2019)
  5. Antienne 3 des premières vêpres des fêtes de la sainte Vierge (bréviaire romain)
  6. Vespéral dominical, en notation grégorienne, Paris, Schola Cantorum, , 105+568*+146 p., p.33*
  7. a et b Marc Vignal, Larousse de la Musique, Paris, Larousse, , 864 p. (ISBN 2-03-511303-2), p.249
  8. Nigra sum, sed formosa - motet sur data.bnf.fr
  9. a et b André Pirro, Histoire de la musique de la fin du XIVe siècle à la fin du XVIe siècle, Paris, Librairie Renouard, H. Laurens, , 371 p., pp.299-300
  10. Nigra sum sur cpdl.org
  11. Edmond Lemaître, La Musique sacrée, Paris, Fayard, , 828 p. (ISBN 2-213-02606-8), p.565
  12. Marc Honegger, Dictionnaire des œuvres de l'art vocal, t. III, Paris, Bordas, , 2377 p. (ISBN 2-04-018533-X), p.2170
  13. http://ks.imslp.net/files/imglnks/usimg/5/5d/IMSLP345575-PMLP557798-Dognazzi.pdf
  14. Modèle {{Lien web}} : paramètre « titre » manquant. http://ks.imslp.net/files/imglnks/usimg/5/5d/IMSLP345575-PMLP557798-Dognazzi.pdf
  15. imslp.info
  16. Marc Honegger, Dictionnaire de la musique, Paris, Bordas, 1970-rééd.1993 (ISBN 2-04-019972-1), p. 1121
  17. Bernard Foccroulle sur francemusique.fr
  18. Bernard Foccroulle, Nigra Sum, Paris, Henry Lemoine, (ISMN 9790230991049)
  19. Voir sur Youtube

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Neumes en synopsis[modifier | modifier le code]