Nicole Girard-Mangin

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Nicole Girard-Mangin
Nicole Girard-Mangin (1878-1919) (crop).png
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 40 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nationalité
Domicile
Activités
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Religion
Athée (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Grade militaire
Médecin-major (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conflit

Nicole Girard-Mangin, née à Paris le et morte le dans la même ville, fut l'unique femme médecin affectée au front durant la Première Guerre mondiale. Mobilisée suite à une erreur administrative le , elle occulte sa condition féminine et se porte volontaire pour exercer à Verdun[1].

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Nicole et sa chienne, Dun (pour Verdun[2]).

Nicole Mangin naît à Paris de parents originaires du petit village de Véry-en-Argonne (Meuse)[3]. Elle est issue de la petite bourgeoisie[2].

À 18 ans, en 1896, elle entame des études de médecine à Paris[3]. Elle se marie en 1899 avec André Girard et aura un fils, Étienne[4]. Elle travaille alors, au côté de son mari, à l'exploitation du champagne. En 1903, elle divorce et revient à la médecine[5] et présente sa thèse sur les poisons cancéreux en 1906. Lors du Congrès international de Vienne en 1910, elle représente la France au côté d'Albert Robin (de)[6] et intègre en 1914 son dispensaire anti-tuberculeux à Beaujon. Elle effectue des recherches sur la tuberculose, sur le cancer[3] et signe différentes publications.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Lorsque la guerre éclate, elle se porte volontaire sous le nom de Docteur Girard-Mangin. L'administration ne doute pas un seul instant que ce docteur fut un homme. Malgré des réticences initiales, on la mobilise, l'armée manquant de médecins. Aucune uniforme de femme médecin militaire n'existant, on lui en créé un sur le modèle des doctoresses de l'armée britannique[2],[Notes 1]. Elle est affectée au soin des typhiques du secteur de Verdun qui croule sous les bombes le . Lorsque l'ordre d'évacuation est donné, Nicole Girard-Mangin ne peut se résoudre à abandonner les neuf blessés dont elle a la charge. Lorsqu'il est question d'évacuer cinq soldats nécessitant une hospitalisation, elle prend la tête du convoi, au mépris des obus qui pleuvent, au mépris de ses propres blessures (elle avait été légèrement blessée au visage par un éclat de mica). Opérant les blessés derrière les lignes, elle sillonne également le champ de bataille en camionnette avec un brancardier et un infirmier afin de prodiguer les premiers soins[2].

Régulièrement accueillie en héroïne, elle est envoyée dans la Somme puis dans le Pas-de-Calais, à l'hôpital de Moulle, où elle dirige un service de traitement pour tuberculeux, et enfin à Ypres (Belgique)[2]. En , malgré ses nombreux heurts avec l'administration militaire, elle est nommée médecin-major. Elle est alors affectée à Paris où elle se voit confier la direction de l'hôpital Edith Cavell, rue Desnouettes[7], où elle forme des infirmières auxiliaires, visite et opère des malades et préside le conseil de direction[2].

Après guerre[modifier | modifier le code]

Après guerre, elle s'investit au sein de la Croix-Rouge et donne des conférences sur le rôle des femmes durant la Grande Guerre. Elle milite également dans une association féministe et participe à la création de la Ligue nationale contre le cancer[2]. Préparant une tournée internationale, elle est retrouvée morte, peut-être victime d'un surmenage[3], au côté de son chien Dun, d'une overdose médicamenteuse[4],[5], le [1]. L'hypothèse qu'elle se soit suicidée après avoir pris connaissance qu'elle était atteinte d'un cancer incurable est aussi évoquée[2]. Athée, ses funérailles et sa crémation se déroulent au cimetière du Père-Lachaise avant l’inhumation dans le caveau familial à Saint-Maur-des-Fossés. Jamais, elle ne reçut ni citation, ni décoration[3].

Reconnaissances[modifier | modifier le code]

  • Les poilus lui décerne une plaque commémorative en remerciement des services prodigués aux blessés lorsqu'elle était au front.
  • La Poste lui consacre un timbre en mars 2015.
  • La Ville de Paris donne son nom à une allée en septembre 2018. L'allée Nicole Girard-Mangin est située sur le terre-plein central du boulevard de Ménilmontant, en face du passage de la Folie-Regnault et se terminant au numéro 67 du boulevard de Ménilmontant (11e et 20e)[8].
Nicole Girard-Mangin dans son bureau.

« Il est fort probable que peu d’années, que dis-je, peu de mois après notre victoire, j’aurai un sourire amusé pour mon accoutrement singulier. Une pensée critique pour l’affection que je porte à Dun, ma chienne. Ce sera du reste injuste et ridicule. Je dois à ma casquette d’avoir gardé une coiffure correcte, même en dormant sur des brancards; d’avoir tenu des heures sur un siège étroit sans gêner le conducteur. Je dois à mes multiples poches d’avoir toujours possédé les objets de première nécessité, un couteau, un gobelet, un peigne, de la ficelle, un briquet, une lampe électrique, du sucre et du chocolat. Je dois à ma chienne, née et élevée là-bas bien des minutes d’oubli, son attachement désintéressé m’a été doux. Enfin, je dois à mes caducées et mes brisques le prestige qu’il m’a fallu parfois auprès des ignorants et des sots[9]. »

Publications[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Jacques Schneider, Nicole Mangin Une lorraine au coeur de la grande guerre : l'unique femme médecin de l'armée française (1914-1918), Nancy Colmar, Editions Place Stanislas, , 223 p. (ISBN 978-2-355-78090-5, OCLC 762675232).
  • Catherine Le Quellenec, Docteure à Verdun : Nicole Mangin, Paris, Oskar éditeur, coll. « Histoire et société », , 56 p. (ISBN 979-1-021-40259-1, OCLC 893819357).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le curieux uniforme que l'on voit porté par Nicole Girard-Mangin sur les photos est dû au fait que l'armée française n'avait pas prévu d'uniforme d'officier pour les femmes, en conséquence elle a porté pendant toute la guerre un uniforme d'officier féminin britannique (source:Nicole Mangin au cœur de la Grande Guerre sur Verdun-Meuse.fr) ainsi qu'une casquette plate d'officier britannique.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Franck et Michèle Jouve, La vraie histoire des femmes de 14-18, éditions Chronique, 2013, 139 p. p. 29 (ISBN 9791090871809)
  2. a b c d e f g et h Guillaume de Morant, « Nicole Girard-Mangin, première femme médecin sur le front », Paris Match, semaine du 31 juillet au 6 août 2014, p. 66-67.
  3. a b c d et e Frédéric Plancard, « 14-18 Unique femme médecin de la Grande Guerre, mobilisée par erreur, la Meusienne Nicole Mangin accepte son affectation avec détermination : Médecine de guerre », Vosges Matin,‎ (lire en ligne)
  4. a et b Jean-Jacques Schneider, Nicole Mangin - Une Lorraine au cœur de la Grande Guerre - L'unique femme médecin de l'armée française (1914-1918), éditions Place Stanislas, 2011
  5. a et b Xavier Riaud in Verdun-Meuse.fr, Nicole Girard-Mangin (1878-1919), Une femme médecin dans le service de santé des armées consulté le
  6. Mélanie Lipinska - Les Femmes et le Progrès des sciences médicales
  7. « Nicole Mangin au cœur de la Grande Guerre - Verdun-Meuse.fr », sur verdun-meuse.fr (consulté le 4 juin 2017)
  8. « Conseil de Paris » (consulté le 19 février 2019)
  9. ANORAA Bulletin 67 du 15 07 2018 Nicole Girard-Mangin, médecin de guerre malgré eux !

Liens externes[modifier | modifier le code]