Nicole-Reine Lepaute

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Nicole-Reine Lepaute
Description de cette image, également commentée ci-après
Détail d'un portrait de Nicole-Reine Lepaute[1]
Nom de naissance Nicole-Reine Étable
Naissance
Paris, France
Décès (à 65 ans)
Paris, France
Nationalité française
Domaines Astronomie
Mathématiques
Formation Élève de Jérôme Lalande

Nicole Reine[2] Lepaute, née Étable, le à Paris, morte dans la même ville le , est une calculatrice[3] et astronome française. Son travail est souvent inclus dans celui d'autres auteurs, dont Jérôme de Lalande et son mari. Mais, s'il faut en croire Lalande, qui l'aimait beaucoup, elle était « un maître plutôt qu'un émule[4] ».

Lalande est d'ailleurs la principale source de ce que nous savons d'elle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Nicole Reine Étable[5] naît à Paris le , dans le palais du petit Luxembourg, où logent ses parents[6]. Elle est la sixième de neuf enfants. Plusieurs membres de la famille Étable sont alors au service de la famille d'Orléans, à Versailles, puis au palais du Luxembourg. Son père, Jean Étable, ancien valet de pied de la duchesse de Berry, sert maintenant Louise Élisabeth d'Orléans, reine douairière d'Espagne.

Son enfance et sa jeunesse donnent à Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande des raisons de penser que, même jeune, « elle avait trop d'esprit pour n'avoir pas de la curiosité[7] ».

Épouse d'un horloger[modifier | modifier le code]

Nicole Reine fait la connaissance des frères Lepaute lorsque ces derniers viennent installer au palais du Luxembourg une horloge particulièrement intéressante. Le , à l’âge de vingt-six ans, elle épouse l'horloger Jean André Lepaute. En partageant le travail de son mari, elle fait la connaissance de Jérôme de Lalande, qui obtient peu de temps après un observatoire au-dessus du porche du palais du Luxembourg.

En 1753, Lalande est chargé par l’Académie des sciences d’étudier une horloge de Jean André Lepaute qui est munie d’un échappement d’un nouveau type. Sur son encouragement, Jean André Lepaute – devenu horloger du roi en 1753 — se lance dans la conception et la construction de pendules astronomiques. Nicole Reine fait ses armes en calculant des tables d’oscillations du pendule pour le Traité d’horlogerie de son mari[8],[9].

Calculatrice : le retour de la comète de Halley[modifier | modifier le code]

Vient le temps du retour attendu de la comète de Halley. Lalande propose[10] à Alexis Clairaut d'appliquer à la prédiction d'Edmund Halley sa solution (approchée) du problème des trois corps[11]. Clairaut établira les modèles de calculs ; Lalande s'occupera, aidé de Lepaute, des monstrueux calculs que cela nécessite ; il s'agit principalement de mesurer l'effet des planètes Jupiter et Saturne (les « troisièmes corps », en-dehors du Soleil et de la comète) sur la date de retour.

Le projet est une course contre la montre : il serait dommage que les calculs, même bons, paraissent après le passage de la comète. Lalande écrit : « Pendant plus de six mois, nous [Nicole Reine Lepaute et moi] calculâmes depuis le matin jusqu'au soir, quelquefois même à table[12] ». Finalement, Clairaut annonce, en , le retour de la comète pour le 13 avril de l’année suivante. Justifiant leurs calculs — et assurant la gloire d’Edmund Halley — la comète passe à son périhélie tout juste un mois avant la date annoncée, le 13 mars 1759. L'équipe a eu un franc succès : non seulement on sait que les comètes peuvent revenir[13], mais on peut prédire la date de leur retour.

Clairaut publie en 1760 sa Théorie des comètes, mais en omettant de mentionner le nom de Mme Lepaute parmi les calculateurs ; cela est motivé par le caractère jaloux de son amie du moment, Mlle Goulier, qu'il ne veut pas irriter en vantant les mérites d’une autre[8]. Il met ainsi à mal sa longue amitié avec Lalande, qui préfère se ranger du côté de l’offensée. Clairaut a supprimé toute mention de Lepaute, écrira Lalande, pour « plaire à une femme jalouse du mérite de Madame Lepaute, prétentieuse mais dépourvue de quelque connaissance que ce fût. Elle parvint à faire commettre cette injustice par un homme de science judicieux mais faible, qu'elle avait subjugué ». Les deux hommes ne seront plus jamais aussi proches qu'auparavant ; Clairaut poursuivra seul ses recherches en astronomie.

Astronome : la Connaissance des temps et les Éphémérides[modifier | modifier le code]

L'académie publie chaque année des éphémérides astronomiques, qui s'appellent Connaissance des temps. En 1759, Jérôme Lalande s'en voit confier la charge. Il a besoin de calculateurs ; il engage Lepaute et de nombreux autres assistants[14].

Cassini de Thury, un dur critique de Lalande, présente cette équipe comme une « manufacture d'astronomie », dont il dit de plus qu'« elle est dirigée en second par une académicienne de je ne sais plus quelle académie[15] » (il ignore ou feint d'ignorer qu'il s'agit de celle de Béziers). Si nous n'avions pas les publications astronomiques de Lepaute, cela suffirait à établir son rôle.

« Madame Lepaute, morte en 1788, écrira pour sa part Lalande, a calculé plus de dix ans les éphémérides de l'académie [des sciences][16] ». Les éphémérides serviront par exemple de base au calcul du transit de Vénus de 1761 et à celui de 1769[8].

En 1774, Lalande passe, avec Mme Lepaute, à une publication qui s'appelle les Éphémérides, qui paraîtra en 1783[17]. On ne peut que présumer que Lepaute jouait, là aussi, le rôle de directrice de fait du travail de publication.

Lalande porte également au crédit de Lepaute le calcul des éléments de la comète observée en 1762[18], les éphémérides du Soleil, de la Lune et des planètes pour les années 1774 à 1784[8], ainsi que les éléments de l’éclipse annulaire du 1764, pour laquelle elle dresse une carte de visibilité donnant la progression de quart d’heure en quart d’heure pour toute l’Europe.

Par ailleurs, les contributions de Lepaute — et le présent qu'elle fait à l'académie de Béziers de tables astronomiques pour cette ville[19] — paraissent assez importantes à l'académie de la ville pour l'admettre comme membre associé en 1761.

Famille et retraite[modifier | modifier le code]

Mme Lepaute n'a pas eu d'enfant, mais elle accueille en 1768 l’un des neveux de son mari, Joseph Lepaute Dagelet (1751-1788), alors âgé de dix-sept ans[20], et lui enseigne si bien l’astronomie[4] qu’il deviendra professeur de mathématiques à l’École militaire en 1777, avant d’être élu adjoint astronome en 1785 à l’Académie royale des sciences ; Lalande compte cela comme une contribution de Lepaute à l'astronomie[21].

Elle consacre ses sept dernières années à s’occuper de son mari, atteint d’une grave maladie et qui avait abandonné l’horlogerie vers 1774[22]. Au même moment, sa propre santé, et surtout sa vue, déclinent. Précédant son mari de quelques mois, elle meurt, à Paris[23], le , à l’âge de soixante-cinq ans.

Publications[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  1. « Nicole Reine Lepaute et l'hortensia » — Biographie d'après Guy Boistel.
  2. « 6 décembre 1788 : mort de Nicole-Reine Lepaute, mathématicienne et astronome » — Biographie d'après Guy Boistel.

Compléments[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Poème à Nicole Reine[modifier | modifier le code]

Des tables de sinus toujours environnée,
Vous suivez avec nous Hipparque et Ptolémée ;
Mais ce serait trop peu que de suivre leurs traces
Et d'être au rang de ceux que nous comblons d'honneurs
REINE, si vous n'étiez et le sinus des grâces
Et la tangente de nos cœurs.

Lalande cite[29] ces vers d'un poète qui « a pris soin de cacher son nom » et qu'il trouve aussi prétentieux que singuliers ; mais c'est peut-être pour dissimuler qu'il en est lui-même l'auteur.

Éponymie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Détail d'un portrait par Guillaume Voiriot : Sagan et Druyan, p. 133. Voiriot a aussi fait des portraits de Jean André et de Jean-Baptiste Lepaute. Il ne s'agit pas du portrait décrit dans Lalande 1803, p. 680.
  2. On ne mettait pas alors systématiquement de traits d'union dans les prénoms composés.
  3. a et b Un calculateur humain était quelqu'un qui avait de très bonnes dispositions pour le calcul et qui pouvait se charger, par exemple, de la partie fastidieuse du travail d'astronome. La langue anglaise a le même mot (« computer ») pour le calculateur humain et pour l'ordinateur.
  4. a et b Cité dans Astronomie populaire, p. 123.
  5. Lalande lui attribuera faussement un nom de naissance « Étable de la Brière », qui n'était pas le sien. « Il ne s'agit pas d'un nom de naissance, mais d'une « rallonge » tardive » (Demouzon). Ce patronyme allongé fut celui choisi par l'un de ses frères, Jean Jacques, né à Versailles en 1716 et devenu inspecteur des bâtiments du roi sous le nom de « Monsieur de la Brière ». Quand, en 1757, Mme Lepaute signe le contrat où Lalande prête de l'argent à son ménage, elle signe « Nicole Reine Étable » ; pas de mention de « Brière ». Voir Demouzon.
  6. Les rectifications et précisions sur les origines familiales de Nicole Reine Lepaute proviennent principalement des registres d'état civil de Paris, de Versailles, de Saint-Cloud et du minutier notarial des Archives nationales. Demouzon, « De la bruyère dans l'étable ».
  7. Lalande 1803, p. 677.
  8. a b c et d Borg et Levasseur-Legourd 2018.
  9. Pierre Larousse, dont l'article (dans le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, t. 10, p. 382) fourmille d'erreurs, ne dit pas pourquoi il affirme que le Traité d'horlogerie de Jean André Lepaute « est en grande partie l'œuvre de sa femme ».
  10. « À ma sollicitation » : Lalande, Nécrologie.
  11. Astronomie populaire, p. 135.
  12. Lalande 1803, p. p. 678.
  13. Sénèque dans l'Antiquité et Fienus l'avaient pressenti : Tabitta Van Nouhuys, The ages of two-faced Janus : The comets of 1577 and 1618…, Brill, 1998, p. 263.
  14. Il semble y avoir eu plusieurs calculatrices parmi les calculateurs. Marguerite U. Briquet mentionne aussi les sœurs d'Eustachio Manfredi de même que Christine Kirch et sa sœur Margaretha (en), qui ont aidé leur frère Christfried : Dictionnaire historique, littéraire et bibliographique des Françaises, 1804, p. 207.
  15. Cité dans « De l'espace domestique à l'espace académique : le cas des calculatrices de Jérôme Lalande », 2016.
  16. Jérôme de Lalande, Astronomie des dames, 4e  éd., p. 6.
  17. Elisabeth Connor, p. 317.
  18. Le Lay, p. 306.
  19. Madame Lepaute avait offert à l'académie de Béziers, pour préparer son élection, « une table très exacte du lever et du coucher du Soleil sur notre horizon [celui de Béziers] pour chaque jour de cette année ». Mercure de France, 1762, p. 120. Cité par Demouzon.
  20. « [Né] en 1752, il vint à Paris en 1769 pour s'occuper d'astronomie avec moi ». Jérôme de Lalande, Éphémérides des mouvements célestes…, vol. 8, 1783, p. lxxii. On trouve généralement 15 ans.
  21. Embarqué comme astronome sur les frégates l'Astrolabe et la Boussole, Lepaute Dagelet périra en 1788 dans l’île de Vanikoro avec le reste de l’expédition de Jean-François de La Pérouse.
  22. « [D]epuis sept ans Mme le Paute a fait voir l'héroïsme de la vertu dans les soins qu'elle a pris d'un mari malade, perclus et séparé de la société, auquel elle a sacrifié son temps, ses occupations, ses plaisirs et même sa santé » : Lalande, « Nécrologie ».
  23. Saint-Cloud est souvent mentionné (par exemple par Pierre Larousse), mais c'est une erreur. Le registre paroissial de Saint-Cloud ne signale rien, alors que l'état civil parisien reconstitué en fait mention dans la paroisse Saint-Roch[réf. nécessaire].
  24. « [G]ravé par Mme Lattré » (qui porte le même nom que l'éditeur) ; « les gravures d'ornement sont de Mde. Tardieu » p. 1534.
  25. Recension contemporaine dans le « Journal de Trévoux ».
  26. Aussi dans l'Exposition du calcul astronomique (1762) de Lalande.
  27. P. iv.
  28. Le titre est de Wikipédia.
  29. Ernest Maindron, « Le prix d'astronomie fondé par Jérôme Lalande à l'Académie des sciences, dans La Revue scientifique, vol. 40, p. 459.
  30. Camille Flammarion (Astronomie populaire : Description générale du ciel, livre 5 (« Les comètes »), 1881, p. 609) a cru que Mme Lepaute s'appelait Hortense ; c'est une erreur : Borg et Levasseur-Legourd 2018.
  31. Page, site de la ville de Paris.
  32. Dans Google Maps.
  33. Dans Google Maps.
  34. Dans Google Maps.