Nicolas Siret

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Nicolas Siret
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Nicolas Siret, né à Troyes le et décédé dans cette même ville le , est un compositeur, claveciniste et organiste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

titre du livre de 1709
Page de titre du premier livre édité conjointement chez Ballard et Foucault.

Ami et admirateur de François Couperin, Nicolas Siret fut organiste de la cathédrale et de l'église St Jean à Troyes comme son-père, Louis, et son grand-père, Mile.

Nicolas a pu résider à Paris pour ses études (entre 1685–90[1]) et en tout cas il y venait assez fréquemment[1], notamment vers ses trente ans (1693). Sa tante Marguerite et son oncle Edme Raisin, s'établissent à Paris vers 1660, pour créer une troupe de comédiens. Leurs enfants sont de troupes prestigieuses, à l’hôtel de Bourgogne ou à la Comédie-Française[2]. On imagine ses séjours facilités par ce milieu familial d'artistes. Il y a rencontré François Couperin, peut-être chez Jacques-Denis Thomelin, organiste du roi depuis 1678 et de l'Église Saint-Jacques-de-la-Boucherie[1] dès 1669 (poste repris par Couperin)[2]. Dans sa dédicace du premier livre, il dit en parlant de Couperin : « Je quitte tous les ans la Province pour venir icy vous admirer ».

Sa connaissance du milieu parisien et de la facture d'orgue, lui permet, une fois attaché à Troyes, de solliciter les facteurs parisiens pour les restaurations des différents instruments de la ville : orgues de la Cathédrale en 1705, de l'Église Sainte-Madeleine en 1711 ; en 1749, réception du nouvel orgue de Saint-Pantaléon du facteur troyen François Mangin, avec Jacques Cochu, facteur de Châlons. Enfin, Siret sollicite un devis de François Mangin pour la restauration de l'orgue de l'Église Saint-Jean en 1752, mais la mort du musicien ou les raisons économiques, ne permirent pas l'aboutissement du projet[3].

Il se marie à l'âge de 45 ans à Troyes, en 1708, avec une troyenne, Jeanne Le Clerc. Mariage malheureux qui se termina au tribunal avec séparation de corps et de biens[4]. Il se remarie après le décès de Jeanne, avec Marie-Françoise Bibelet, âgée de 30 ans, dont le père est huissier au Châtelet de Paris. Elle occupe le poste d'organiste à l'Église Sainte-Madeleine de Troyes de 1712 jusqu'à sa mort en 1762[4]. Herlin, émet l'idée que Siret ne serait pas étranger à sa nomination[4]. Les époux s'installent dans une maison mitoyenne du cimetière de l'Église Sainte-Madeleine et eurent trois enfants.

En 1719, pour compléter ses revenus, outre les leçons de clavecin, il ajoute à ses charges celle de receveur des eaux et forêts de la maîtrise de Troyes[4].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Nicolas Siret a laissé deux livres de suites de danses pour le clavecin, gravés à ses frais et publiés, le premier, paru sans date (mais pas avant 1705[3],[5] et certainement avant 1709[6]), et le second en 1719. Une seule pièce d'orgue subsiste en manuscrit (20 mesures) : Fugue du premier ton.

Il faut remarquer que pendant cette décennie 1710-1720, Siret semble le seul, avec Couperin, à publier des pièces pour le clavecin, à la différence de la décennie antérieure qui a vu la diffusion, coup sur coup, des livres de Dieupart (1701), Marchand (1702), Clérambault (1704), Le Roux (1705), Dandrieu (1705), Rameau (1706) et Jacquet de la Guerre (1707).

Livre I[modifier | modifier le code]

Dans le premier livre qui comprend deux suites ( majeur et mineur), les pièces initiales sont des ouvertures à la française dans la tradition de Lully, trait original en France pour les suites de clavecin, mais qui se rencontrait déjà dans l'œuvre de Charles Dieupart (1701), par exemple. Mais contrairement à Dieupart, dont l'œuvre se teinte d'italianismes, Siret se situe délibérément dans la tradition française qui privilégie les danses et leurs rythmes caractérisés, ce que souligne le titre de la première allemande du recueil, Le Bouquet, puisqu'au XVIIe siècle, présenter le bouquet, c'était inviter au bal (André Pirro, op.cit.).

Ce recueil est dédié à François Couperin, ce qui à l'époque est assez inhabituel (généralement les ouvrages sont dédicacés à un membre de la noblesse)[7]. Le volume de format oblong est gravé par Henry de Baussen qui avait gravé le troisième livre d'orgue de Nicolas Lebègue dès 1685 et d'autres jusqu'en 1716, dont cinq ouvrages de clavecin[3],[8].


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  tagline = ##f
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  \clef treble 
  \key d \major
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  fis4.\prall e16 fis e4
  << { < d fis >4 d4.\prall cis8  } \\ { a4 b4. a8 } >>
  << { b4\prall e4.\mordent {\grace \times 8/5 { fis8([ e16 d cis d]) }} s8 } \\ { g,4 } >>
  cis4.\prall d16 e \grace e8( fis4\mordent) 
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  }
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   << { e2 r8 fis8 } \\ { a,8 b cis a d4 } >>
   << { e2. } \\ { r8 e,4 s8 a4 } >>
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    }
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Sarabande de la suite en majeur du premier livre.

Livre II[modifier | modifier le code]

Dans le second livre[9], formé de quatre suites (sol mineur, sol majeur, la mineur, la majeur), il est sans doute l'un des derniers à écrire un prélude non mesuré. Il introduit dans ses suites quelques pièces de genre qui rappellent son modèle, François Couperin. Dédié à Jacques-Bénigne Bossuet (neveu de Bossuet), nommé évêque à la Cathédrale de Troyes l'année précédante. L'ouvrage est d'ailleurs gravé par l'artiste de Couperin, le graveur François du Plessy.


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  \override TupletBracket #'bracket-visibility = ##f

  \partial 2 b'8.\mordent a16 g8.\prall fis16
  e8.\prall d16 c8.\prall c16 << { c16 b a b b8.\prall a16 } \\ { fis8\prall r8 g8. a16 } >>
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  << { s8 d8.[ b16] \grace { b8( } c16\mordent)[ b]  } \\ { fis16[ d~] d[ fis]  \grace { fis8( } g\mordent) r8 a16 a d a \grace { a8^( } b16^\mordent) e  \grace { e8^( } fis16^\mordent) g } \\ { fis,4\prall } >>
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    % **************************************

   
   \clef treble g''8 a \grace { a8( } b\mordent) g
   c,8 d \grace { d8( } e\mordent) c \clef bass d8 d, << { g4 } \\ { g8 g, } >>
   d'16 e' d\prall c b\prall a g\prall fis e[ d c b a\prall g fis\prall e]
   d8. b'16 e8.\mordent e16 \grace { e8( } fis8.\mordent) d16. g8.\mordent e16
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Extrait de l'Allemande de la suite en sol majeur du second livre.

Hommage[modifier | modifier le code]

Une rue de Troyes, est nommée Nicolas Siret.

Partitions[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les deux livres ont longtemps été conservés en un seul exemplaire : le premier à la Médiathèque de Troyes, le second à la BnF.
  • En 1997, un exemplaire contenant les deux livres, et ayant appartenu à Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Troyes, est acquis par la BM de Troyes[10].
  • Daté de vers 1690, et conservé à Troyes, le Ms. 2682[11] contient outre des anonymes, une compilation de pièces de Nivers, Lebègue, Boyvin, Raison, d'Anglebert et Siret. Il s'agit d'une copie réalisée par Claude Herluyson (1658–1736), prêtre et chanoine des cathédrales de Troyes et de Sens[12]. C'est ce manuscrit qui contient l'unique et courte pièce pour orgue, une fugue du premier ton, attribuée à « Mr. Siret » sans que soit indiqué le prénom. Selon le style, les musicologues, dont Denis Herlin, penchent pour Nicolas plutôt que Louis, le père.

Édition moderne[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Siret (préf. et éd. Denis Herlin, p. VII–XIX), Pièces dédiées à Monsieur Couperin et Second livre de pièces de clavecin, Paris, Société française de musicologie, coll. « Musica Gallica » (no 24), 2001, 87 p. (ISMN 979-0-56004-024-0, OCLC 52137244, notice BnF no FRBNF39685210, présentation en ligne)

Discographie[modifier | modifier le code]

photo : clavecin utilisé pour l’enregistrement de D. Moroney
Clavecin Stehlin de 1750. L'instrument est joué par Davitt Moroney dans son intégrale enregistrée en 1994.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Pirro, Les clavecinistes, Paris, Henri Laurens, coll. « Les musiciens célèbres », , 125 p., p. 85-86
  • Louis Morin, Deux familles troyennes de musiciens et de comédiens, les Siret et les Raisin, Mémoires de la Société académique de l'Aube, Troyes, 1927, imprimerie Paton, 74 pages (OCLC 458210457), (notice BnF no FRBNF34212105).
  • Norbert Dufourcq, Le clavecin, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », , 3e éd. (1re éd. 1949), 128 p. p. 112
  • Damien Vaisse, Les manuscrits musicaux de Claude Herluison, Cahiers rémois de musicologie, 3, 2005, p. 29–50.
  • Bertrand Porot, « Nicolas Siret : l’écho des musiques versaillaises à Troyes », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles,‎ 2015 (DOI 10.4000/crcv.13330, lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Herlin 2001, p. VIII
  2. a et b Porot 2015.
  3. a, b et c Herlin 2001, p. X
  4. a, b, c et d Herlin 2001, p. IX
  5. La mention de la dédicace dit : « À Monsieur Couperin, Chevalier de Latran… », appelé aussi éperons d'or. L'octroi du titre n'est pas datée mais attestée en mars 1705, date de la publication des troisièmes Versets.
  6. Herlin 2001, p. VIII et X : la date est déduite des propos de la dédicace à F. Couperin, ou Siret indique « la sincère amitié dont vous m'avez honoré depuis plus de vingt ans ». En outre la mention d'éditeurs Ballard et Foucault, un catalogue pour 1705 et 1706, permet de situer après 1705, puisque Siret n'y figure pas.
  7. D'autres exemples étant Les Principes de la musique (1709) de Michel Pignolet de Montéclair, dédié lui aussi à Couperin, le livre d'orgue de Louis-Nicolas Clérambault dédié à son maître André Raison (1710), ou le Premier livre de clavecin de Bernard de Bury. Une des raisons avancées par Herlin Denis étant que Siret ne faisait pas partie de la cour.
  8. de La Guerre (1687 et 1707), Marchand (1702), Le Roux (1705) et Siret.
  9. Édité chez Henri Foucault Second livre de pièces de clavecin disponible sur Gallica
  10. Herlin 1997, p. VII.
  11. (notice BnF no FRBNF16195258) et (notice BnF no FRBNF42161551)
  12. (notice BnF no FRBNF13262381) olim S.11.2451.

Liens contextuels[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]