Nelly Arcan

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Nelly Arcan
Nom de naissance Isabelle Fortier
Naissance
Lac-Mégantic, Canada
Décès (à 36 ans)
Montréal, Canada
Profession

Nelly Arcan (née Isabelle Fortier le à Lac-Mégantic[1] et morte le à Montréal) est une écrivaine québécoise.

Foncièrement nihiliste[2], son œuvre aborde des thèmes comme l'influence de l'image chez les femmes, la peur du vieillissement, le désir de plaire à tout prix, la sexualité, la marchandisation du corps et le suicide[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Nelly Arcan s'intéresse à la littérature dès son adolescence. Selon ses dires, elle était à l'époque une fervente lectrice des romans de Stephen King[4]. Au fil du temps, elle s'intéresse à des œuvres littéraires plus variées ainsi qu'à la philosophie. Parmi les figures d'influence qui la fascinent : le philosophe Nietzsche et le poète Lautréamont[5]. En 1994, après des études en sciences humaines au Cégep de Sherbrooke, elle quitte Lac-Mégantic pour entreprendre des études littéraires à Montréal et s'inscrit à l’Université du Québec à Montréal. Après son baccalauréat, elle entame une maîtrise sous la direction d'Anne Élaine Cliche[6]. Son mémoire s'intitule Le Poids des mots, ou La matérialité du langage dans Les mémoires d'un névropathe de Daniel Paul Schreber[7].

En 2001, elle publie Putain aux Éditions du Seuil, une autofiction qui lui vaut une nomination pour les prix Médicis et Femina. Son deuxième roman, Folle (2004), lui vaut une autre nomination pour le Femina. Elle publie également des nouvelles entre 2003 et 2006.

En septembre 2007, elle fait un passage remarqué à l'émission de grande écoute Tout le monde en parle[3],[8]. Elle y présente notamment son troisième et dernier roman À ciel ouvert (2007)[9]. Dans une entrevue accordée à l'écrivaine et amie Mélikah Abdelmoumen en 2007, Arcan s'exprime sur les changements stylistiques présents dans son œuvre :

« À ciel ouvert marque une coupure par rapport à Putain et Folle. C'est un roman et non un récit d'autofiction, d'abord; ensuite, étant écrit à la troisième personne, les thèmes qui me "travaillent", notamment l'aliénation des femmes à une marche à suivre commandée par une promotion massive de leur corps, l'énigme du désir sexuel des hommes perçu comme inépuisable et rejetant, et la rencontre de ces deux réalités dans un monde où la sexualité, surinvestie, est ouvertement marchandée — bref, tous ces thèmes ne sont pas pris en charge par un monologue narré à la première personne mais par trois personnages principaux qui les incarnent à travers leurs motivations, et les événements qui les font bouger[10]. »

Dans sa nouvelle inédite La Honte[11], Arcan écrit qu'elle a vécu cette expérience comme une humiliation[12]. La romancière Nancy Huston dénoncera pour sa part « le traitement que les médias ont réservé à Nelly Arcan » et range l'écrivaine parmi « l'école nihiliste qu'elle a sévèrement critiquée dans son essai Professeurs de désespoir[13] » paru chez Actes Sud.

En 2008, Arcan collabore avec la chorégraphe Manon Oligny en tant qu'autrice en direct pour la chorégraphie de danse contemporaine intitulée L'Écurie. Elle collabore également à la rédaction des dialogues du film Nathalie... d'Anne Fontaine et publie des chroniques dans l'hebdomadaire Ici Montréal.

Le 24 septembre 2009, Nelly Arcan est retrouvée sans vie dans son appartement du Plateau Mont-Royal, à Montréal[14],[15]. Son suicide par pendaison[15] crée une onde de choc dans le milieu littéraire et culturel[16].

Publications posthumes et hommages[modifier | modifier le code]

Moins de deux mois après la mort de l'écrivaine, le roman qu'elle venait d'achever est publié. Il s'agit d'un roman de fiction contrairement à ses œuvres précédentes qui, bien que cataloguées comme romans par son éditeur, donnaient dans l'autofiction. Paradis clef en main raconte l'histoire d'une jeune femme devenue paraplégique à la suite d'une tentative de suicide ratée et son désir retrouvé pour la vie[17].

En 2011, les éditions du Seuil publient un recueil posthume intitulé Burqa de chair. Ce recueil contient deux récits inédits, La Robe et La Honte, une version allongée de L'Enfant dans le miroir, les réflexions de l'écrivaine sur le speed dating et sa chronique Se tuer peut nuire à la santé. En 2017, les Éditions du remue-ménage publient un recueil d'essais sur l'écrivaine intitulé Nelly Arcan ; Trajectoires fulgurantes sous la direction d'Isabelle Boisclair, Christina Chung, Joëlle Papillon et Karine Rosso.

En 2013, la nouvelle bibliothèque municipale méganticoise (inaugurée le 5 mai 2014[18]) a été nommée « La Médiathèque municipale Nelly-Arcan » en son honneur[19],[20]. La romancière Camille Laurens lui dédie[21] son roman Celle que vous croyez, paru chez Gallimard en 2016.

En janvier 2017, un film intitulé Nelly, réalisé et scénarisé par Anne Émond, évoque la vie de l'écrivaine. La réalisatrice revendique une interprétation libre[22] par rapport aux éléments biographiques sur lesquels il est construit ; le film remporte plusieurs prix[23].

En 2019, une pièce présentée en ouverture du Festival international de littérature de Montréal met en scène une rencontre imaginaire entre Nelly Arcan et la poétesse américaine Sylvia Plath (également décédée par suicide en 1963) sous le titre Nelly Sylvia où, par un croisement d'extraits de leurs textes respectifs elles « échangeront de manière posthume sur les thèmes qui les réunissent, parmi lesquels l’amour, la mort, la création, l’enfantement, la mélancolie, la révolte, les stéréotypes et les apparences »[24].

Cette même année, la famille annonce, en partenariat avec l'alma mater de l'autrice, la création du prix Nelly-Arcan visant à honorer la relève étudiante en création littéraire[25] dans le but « d’assurer la postérité de l’écrivaine »[26].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Beaudry, Le cimetière des filles assassinées. Sylvia Plath, Ingeborg Bachmann, Sarah Kane, Nelly Arcan, Éditions Nota bene, 2015.
  • Eloïse Delsart, Nelly Arcan – L’Enfant dans le miroir. Multiplicité des identités et égarement de soi, Postface de Jacques Henric, PULIM, 2018.
  • Martine Delvaux, Les filles en série. Des Barbies aux Pussy Riot, Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2013.
  • Patricia Smart, De Marie de l'Incarnation à Nelly Arcan. Se dire, se faire par l'écriture intime, Montréal, Boréal, 2014.
  • Liza Steiner, Sade aujourd'hui. Anatomie de la pornographie, préface de Jean-Christophe Abramovici, Paris, Classiques Garnier, 2019.
  • Mélissa Thériault, « Ce corps qui n’est pas soi : nihilisme, dualisme et autofiction chez Arcan », in Grell, Isabelle, dir., Les enjeux (en-je) de la chair dans l’écriture autofictionnelle, Louvain-la-Neuve, EME Éditions, 2016, p. 27–41.
  • Yolande Villemaire, « Lumière noire de Nelly Arcan. » Entre les lignes, volume 6, numéro 2, hiver 2010, p. 6.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nadeau, Jean-François, L'élan vers l'abîme, Le Devoir, 26 septembre 2009, consulté en ligne le 24 février 2013.
  2. « « Putain », de Nelly Arcan : le feuilleton littéraire de Camille Laurens », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 2 avril 2020)
  3. a et b Guy A. Lepage, Dany Turcotte, « Entrevue de Nelly Arcan », Tout le monde en parle, .
  4. Mélanie Saint-Hilaire, « La deuxième vie de Nelly Arcan », L'Actualité.com, (consulté le 1er juillet 2010).
  5. David Hughes, « Hommages à Nelly Arcan », sur La Presse, (consulté le 9 novembre 2019)
  6. Pascale Navarro, « Nelly Arcan : Journal intime », Voir, (consulté le 26 septembre 2009).
  7. Isabelle Fortier (Nelly Arcan), Le poids des mots, ou, La matérialité du langage dans Les mémoires d'un névropathe de Daniel Paul Schreber, Montréal, Université du Québec à Montréal, , 122 p. (lire en ligne)
  8. Jocelyne Robert, « Si vulnérable », sur La Presse, (consulté le 9 novembre 2019)
  9. Arcan, Nelly, 1973–2009., À ciel ouvert : roman, Éditions du Seuil, [2010] (ISBN 9782757817506 et 2757817507, OCLC 713871003, lire en ligne)
  10. Mélikah Abdelmoumen, « L’autofiction québécoise. Pastiche et mise en abyme chez Catherine Mavrikakis et Nelly Arcan », dans Littératures francophones, ENS Éditions, (ISBN 978-2-84788-361-9, lire en ligne), p. 65–75
  11. Nelly Arcan, « La honte », sur http://nellyarcan.com, .
  12. « « La Honte », 2007 [inédit] », sur http://nellyarcan.com, .
  13. « Nelly Arcan, philosophe nihiliste selon Nancy Huston », sur La Presse, (consulté le 2 avril 2020)
  14. Radio-Canada.ca en collaboration avec La Presse canadienne, « Mort de Nelly Arcan », Société Radio-Canada, (consulté le 25 septembre 2009).
  15. a et b Catherine Handfield, « Le suicide a toujours été son obsession », sur http://www.cyberpresse.ca, 26 septembre 2009, (consulté le 4 août 2016).
  16. Chenelière, Évelyne de la. « Lettre à Nelly Arcan. » Liberté, volume 50, numéro 4 (286), décembre 2009, p. 92–95.
  17. Martine-Emmanuelle Lapointe, « Dans la fiction, absolument », Voix et Images, vol. 36, no 1,‎ , p. 133–136 (ISSN 0318-9201 et 1705-933X, DOI https://doi.org/10.7202/045239ar, lire en ligne, consulté le 28 janvier 2019)
  18. http://mediathequenellyarcan.ca/publications/publication/article/ouverture-de-la-mediatheque/
  19. http://www.echodefrontenac.com/actualitedujour.asp?IdNouv=2475.
  20. http://www.lapresse.ca/la-tribune/estrie-et-regions/201308/12/01-4679294-place-a-la-mediatheque-nelly-arcan.php.
  21. « L’indifférence est un autre genre de burqa », sur Le Devoir (consulté le 2 avril 2020)
  22. Zone Arts- ICI.Radio-Canada.ca, « Nelly en quelques pages », sur Radio-Canada.ca (consulté le 9 novembre 2019)
  23. « Nelly », sur Le site officiel du Gala du cinéma québécois (consulté le 9 novembre 2019)
  24. « Festival international de la littérature: lorsque Nelly rencontre Sylvia », sur Le Devoir (consulté le 2 avril 2020)
  25. « Création du prix Nelly-Arcan en études littéraires | UQAM », sur Actualités UQAM (consulté le 2 avril 2020)
  26. Zone Arts- ICI.Radio-Canada.ca, « Un prix Nelly-Arcan pour encourager la relève », sur Radio-Canada.ca (consulté le 2 avril 2020)
  27. Arcan, Nelly. « La ride. » Moebius, numéro 99, automne 2003, p. 9–16.
  28. Arcan, Nelly. « Cocaïne et chihuahuas. » XYZ. La revue de la nouvelle, numéro 88, hiver 2006, p. 11–22.
  29. Arcan, Nelly. « Saoule. » Liberté, volume 48, numéro 2 (272), mai 2006, p. 9–9.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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