Ndaté Yalla

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Linguère Ndaté Yalla Mbodj
Illustration.
La linguère Ndaté Yalla Mbodj,
reine du Royaume du Waalo
Biographie
Titre complet Linguère Ndaté Yalla Mbodj
Dynastie Dynastie des Tedyek maternelle et dynastie Dyoos' paternelle
Nom de naissance Ndaté Yalla Mbodj
Date de naissance - 1860[1]
Lieu de naissance Waalo, Sénégal
Père Brak Amar Fatim Borso Mbodj
Mère Linguère Awo Fatim Yamar Khuri Yaye Mbodj
Conjoint 1. Brak Yerim Mbagnik Tegg Rell
2. Marosso Tassé Diop (Sakoura Barka Diop) - Prince de Cauyor[2],[3]
Enfants Sidya Léon Diop
Religion Africaine

La linguère Ndaté Yalla Mbodj – ou Ndete Yalla – (1810-1860)[1] est la dernière grande reine du Waalo, un royaume situé dans le Nord-Ouest de l'actuel Sénégal.

C'est une héroïne de la résistance à la colonisation française dans l'Afrique de l'Ouest du XIXe siècle. Elle est la mère de Sidya Léon Diop – ou Sidya Ndaté Yalla Diop – qui deviendra à son tour l'un des plus grands résistants à la colonisation du Sénégal.

Biographie[modifier | modifier le code]

Succédant à sa sœur Ndieumbeutt Mbodj, elle s'est battue avec acharnement à la fois contre les Européens et les Maures. Ndaté est la plus jeune fille du roi Amar Fatim Borso Mbodj et de la reine Fatim Yamar Khuri Yaye.

De son côté maternel, elle appartenait au matriclan des Tedyek (ou Teejed), de par sa mère Fatim Yamar Khuri Yyae (ou Faatim Yamar Xuuri Yaay). La linguère Guet May Beut est la matriarche du clan. Degèune Mbodj est la matriarche des Loggars. Le père de Ndaté Yalla, Amar Fatim Borso, mourut en janvier 1826 quand Ndaté Yalla et sa sœur Ndjeumbeut étaient adolescentes. Il était connu pour la position qu'il a tenu contre les musulmans qui faisaient le Djihab à cette époque dans la région de la Sénégambie, notamment contre les Almamy du Fouta (Almamy Biran), et pour sa célèbre réplique " Un brak ne devrait jamais se convertir à l'Islam."

A tout juste 16 ans, Ndaté Yalla se maria avec son cousin et roi du Waalo, Brak Yerim Mbanyik Tigereleh Mbodj (ou Yerim Mbagnik Tegg Rell). Ce mariage était surtout un mariage politique, puisqu'il permettait d'accroitre le pouvoir des Tedyek.

Plus tard dans sa vie, Ndaté Yalla s'est remariée, cette fois avec Sakoura Barka Diop, plus connu sous le nom de Marosso Tassé Diop, prince du Cayor and Roi du Koki, également proche parent de Lat Dior Diop ( futur Roi du Cayor et du Baol), et de Sayerr Jobe, (fondateur de la ville Serrekunda en Gambie).

Règne[modifier | modifier le code]

Elle est officiellement couronnée reine du Waalo le à Nder, la capitale[4]. Dès le début de l'année 1847, elle se heurte aux autorités françaises et réclame un droit de passage pour les Soninkés qui approvisionnent Saint-Louis en bétail. Elle succéda à sa sœur Ndieumbeutt Mbodj comme lingère, de 1846 à 1855 (l'année où le Waalo est tombé sous les mains des Français).

Début 1847, elle s'opposa aux Français à propos de la libre circulation des Sarakoles qui fournissait la ville de Saint-Louis en bétail. Dans une lettre déposée aux Archives nationales sénégalaises (Archives nationales du Sénégal - 13 G 91, Lettre N ° 61), les Français affirment que, la Reine et / ou son peuple, contrevenant au traité qui existait entre Waalo et Saint-Louis (Sénégal), a arrêté un troupeau de 160 bœufs qu'un habitant de Saint-Louis (un Français) avait acheté des marchands Sarakoles, et gardait 16 des meilleurs animaux pour eux-mêmes, ne laissant passer que 144 bœufs . Les Français ont ajouté que la reine ne pouvait être payée qu'après l'arrivée des marchandises à Saint-Louis. Ils ont ensuite menacé la reine et lui ont demandé de lui rendre les 16 bœufs qui, selon eux, étaient en sa possession, et si elle se refusait à le faire, elle serait considérée comme ennemi du gouverneur. La reine considérait la menace comme un affront à sa souveraineté et à la souveraineté du Waalo. Le 18 juin 1847, elle écrivit une lettre au gouverneur français dans les termes suivants:

" Nous n'avons causé de tort à personne. Le Waalo nous appartient, c'est la raison pour laquelle nous garantissons la liberté de passage des marchandises dans notre pays. Pour cette raison, nous facturons 1/10ème de ces marchandises, et rien de plus. Saint-Louis appartient au Gouverneur, le Cayor au Damel, le Djollof au Bourba, Le Fuuta à l'Almamy, et le Waalo au Brak. Chacun de ces chefs gouverne son territoire selon la manière qui lui convient". - Ndaté Yalla Mbodj (18 juin 1847)[5],[6].

L'abbé Boilat, reçu en grande pompe par la reine le , décrit sa demeure dans Esquisses sénégalaises[7].

En , alors que les colonnes de Faidherbe sont entrées au Waalo avec 15 000 hommes, la Linguère s'adresse ainsi aux principaux dignitaires de son pays :

« Aujourd'hui nous sommes envahis par les conquérants. Notre armée est en déroute. Les tiédos du Walo, si vaillants guerriers soient-ils, sont presque tous tombés sous les balles de l'ennemi. L'envahisseur est plus fort que nous, je le sais, mais devrions-nous abandonner le Walo aux mains des étrangers[4] ? »

Postérité[modifier | modifier le code]

Une école de Saint-Louis porte son nom, de même que l'un des bateaux-taxis mis en service sur l'axe maritime Dakar-Rufisque. Elle est considérée comme une véritable héroïne dans l'histoire Sénégambienne, et est l'une des femmes les plus influentes du 19ème siècle dans l'histoire de la Sénégambie. Avec d'autres héroïnes d'Afrique de l'Ouest, elle a jouée un rôle cruciale dans la lutte pour la résistance contre la colonisation. Les historiens de tradition orale ( communément appelés griots) continuent à faire l'éloge de sa bravoure et de son courage. Au long de sa vie et même après, Ndaté Yalla a été le symbole de la résistance contre la colonisation Française.

Ndaté Yalla est morte à Dagana, où une statue a été érigée en son honneur. Sa mère était également connue comme martyr, après s'être immolée par le feu avec d'autres femmes à Talaata-i-Nder au nom de l'honneur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (fr) Christine Messiant, Premières dames en Afrique, Karthala, 2004, p. 22 (ISBN 2845865783)
  2. Afrique Histoire U.S., Volume 3, Afrique histoire U.S. (1985), p. 32
  3. Barry, Boubacar, Senegambia and the Atlantic Slave Trade (ed: David Anderson, and Carolyn Brown ; trans: Ayi Kwei Armah ; con: David Anderson, American Council of Learned Societies, Carolyn Brown, University of Michigan. Digital Library Production Service, Christopher Clapham, Michael Gomez, Patrick Manning, David Robinson, Leonardo A. Villalon), Cambridge University Press (1998), p. 182, (ISBN 9780521592260)
  4. a et b (en) Alexis B.A. Adande et Emmanuel Arinze (dir.), « The place of Women in the Museum of Saint-Louis », dans Museums & urban culture in West Africa, Institut africain international, Oxford, 2002, p. 145-146 (ISBN 0-85255-276-9)
  5. Adandé, Alexis., Arinze, E. N., West African Museums Programme. et International African Institute., Museums & urban culture in West Africa, Published on behalf of the West African Museums Programme in association with the International African Institute [by] James Currey, (ISBN 0-85255-276-9, 978-0-85255-276-6 et 0-85255-275-0, OCLC 47117358, lire en ligne)
  6. Barry, Boubacar., Le royaume du Waalo : le Sénégal avant la conquête, Karthala, (ISBN 2-86537-141-7 et 978-2-86537-141-9, OCLC 17301236, lire en ligne)
  7. (fr) David Boilat, « Demeure des rois wolofs », Esquisses sénégalaises, Karthala, Paris, 1984 (1853), p. 292-294

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Alexis B.A. Adande et Emmanuel Arinze (dir.), « The place of Women in the Museum of Saint-Louis », dans Museums & urban culture in West Africa, Institut africain international, Oxford, 2002, 168 p. (ISBN 0-85255-276-9)
  • (fr) Boubacar Barry, « Le règne de la linger Ndate Yalla et la conquête du Waalo par Faidherbe en 1855 », dans Le royaume du Waalo. Le Sénégal avant la conquête, Karthala, Paris, 1985, p. 275-281 (ISBN 2-86537-141-7)
  • (fr) David Boilat (abbé), Esquisses sénégalaises (avec une introduction de Abdoulaye-Bara Diop), Karthala, Paris, 1984 (1853), 499 p. (ISBN 2865370976)
  • (en) Sylviane Anna Diouf, « Ndate Yalla Mbodj, Queen of Walo », dans Kings and Queens of West Africa, Franklin Watts Library, 2000, p. 41-49 (ISBN 9780531203750) (livre pour la jeunesse)
  • (fr) Yves-Jean Saint-Martin, Le Sénégal sous le Second Empire, Karthala, Paris, 2000, p. 320, 322, 331 (ISBN 2865372014)
  • (fr) Sylvia Serbin, Reines d'Afrique et héroïnes de la diaspora noire, Éditions Sépia, 304 p. (ISBN 2842800826)
  • (fr) Amadou Wade, « Chronique du Wâlo sénégalais (1186?-1855) (traduite du wolof par Bassirou Cissé ; publiée et commentée par Vincent Monteil) », dans Bulletin de l'IFAN, 1964, tome 26, no 3-4, p. 440-498

Liens externes[modifier | modifier le code]