Nations de Bruxelles

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Les Neuf Nations de Bruxelles sont un organisme de droit urbain bruxellois au sein duquel étaient choisis une partie du magistrat de la Ville à partir de 1421, à savoir, entre autres, le Second Bourgmestre, six Conseillers (chargés comme les échevins de l'exécutif), une partie des Maîtres ou Proviseurs de la Suprême Charité, etc.

Également le second Doyen et la moitié des Huit (Acht en néerlandais) du Tribunal de la draperie ou Gilde Drapière. Auparavant les dix membres de la Gilde Drapière, qui était à la fois un tribunal et une chambre de commerce, à savoir les deux Doyens et les Huit assesseurs, étaient tous choisis parmi les lignages de Bruxelles, après la révolte de 1421, les Nations purent élire le Second Doyen et quatre assesseurs les Huit (en latin : Octovir).

Les membres des Nations étaient élus parmi les Doyens des 49 corporations privilégiées de la Ville.

Ces neuf nations étaient la Nation de Notre Dame, de Saint Gilles, de Saint Laurent, de Saint Géry, de Saint Jean, de Saint Christophe, de Saint Jacques, de Saint Pierre et de Saint Nicolas.

Un pouvoir bourgeois[modifier | modifier le code]

Loin d'être un pouvoir démocratique ou populaire, les membres des Nations étaient les représentants les plus importants du pouvoir économique de leur époque et d'ailleurs dans la plupart des villes européennes sans privilège lignager, ils appartenaient à cette classe sociale appelée patricienne qui dirigeait les villes. Il est donc inexact d'appeler "plébeiens" les représentants des Nations, transposant une notion tirée de l'histoire romaine, et employant un mot tout à fait étranger des institutions bruxelloises. Les vrais plébéiens étaient les "inhabitants" ("ingesetene") n'ayant pas la qualité de "Bourgeois de Bruxelles".

Deux pouvoirs antinomiques à Bruxelles: Lignages et Nations[modifier | modifier le code]

Le partage du pouvoir avec les Lignages de Bruxelles n'existe que depuis la révolte de 1421 et ne s'est pas fait sans terribles combats avec les Lignages qui n'entendaient pas partager leur domination sans coup férir.

Déjà en 1306 eut lieu une sanglante révolte des Métiers (En néerlandais Ambachten)[1] qui avaient contraint les gens des Lignages (Geslachten) à se réfugier dans la forteresse de Tervuren. Mais le duc de Brabant ayant pris fait et cause pour les Lignages, ceux-ci purent entreprendre une contre offensive contre les Métiers qui furent vaincu près de Vilvorde en 1306.

Ce fut alors une période de domination absolue des Lignages qui dura plus d'un siècle, les chefs des Métiers, affaiblis, n'osant plus broncher. Cette période fut en contrepartie une grande époque de développement économique de la ville. La paix civile était également provoquée par les graves menaces extérieures que l'ambition des comtes de Flandre, faisant officiellement partie du Royaume de France, faisait peser sur Bruxelles, terre d'Empire. La ville fut ainsi occupée par les troupes du comte de Flandre en 1356. Mais Éverard t'Serclaes, du lignage Sleeuws, à la tête d'une troupe de jeunes lignagers bouta l'envahisseur hors de la ville.

L'attitude des gens de métiers qui furent solidaires des Lignages contre l'ennemi extérieur démontra qu'ils pouvaient mériter la confiance des Lignages et du Magistrat de Bruxelles et qu'ils étaient mûrs pour un futur partage du pouvoir.

C'est ainsi que dès 1356 et 1357, en récompense de leur attitude patriotique, des tisserands et des foulons furent choisis parmi les échevins, et que dès 1359 des membres des métiers purent participer avec les lignages au contrôle des comptes des receveurs. Les membres des Métiers ("Ambachten") purent également se regrouper en corporations et en 1368 un tribunal des apaiseurs fut créé, composé de quatre Lignagers et quatre gens des Métiers ("Ambachten").

Cette période de paix intérieure florissante voit en 1402 le début de la construction de l'hôtel de ville et l'épanouissement des arts de la paix: tapisserie, peinture et le début de l'École de sculpture bruxelloise.

Et pourtant, cette période de tranquillité fut à nouveau troublée par des luttes internes. Comme c'est souvent le cas, c'est de la tête que partit tout le mal qui affecta le corps.

Arrivée au pouvoir des Nations de Bruxelles et partage avec les Lignages de Bruxelles[modifier | modifier le code]

Le duc Jean IV de Brabant, que les chroniqueurs présentent comme un prince faible et tout entier adonné au plaisir, était dominé par sa femme, une bavaroise décrite comme arrogante, Jacqueline de Bavière. Elle était à ce point détestée qu'un jour le maître d'hôtel du duc, Everard t'Serclaes, refusa de lui servir à table ainsi qu'à ses dames de compagnie hollandaises les portions qu'elles voulaient. Offensée elle quitta Bruxelles, et son mari, le faible Jean IV, la suivi en exil. Mal lui en prit, car Philippe de Saint-Pol, frère du duc, s'empara du pouvoir en tant que "Ruward du Brabant" en 1420 et fut plébiscité par les Métiers.

Les toujours redoutables Lignages quant à eux, fidèles à la légitimité prirent le parti de Jean IV, et firent un retour en force à Bruxelles avec une troupe de 1500 cavaliers le 26 janvier 1421. Les métiers pleins de colère s'emparent de la Grand-Place, assiègent l'Hôtel de Ville, massacrent cinq membres des Lignages (dont Éverard, fils du héros Éverard t'Serclaes) et en torturent vingt-et-un autres.

Pour faire renaître la paix, Philippe de Saint-Pol, promulgue son édit du 11 février 1421, qui fut approuvé par le duc Jean IV le 15 juillet suivant: désormais le pouvoir serait partagé entre Lignages et Nations représentants le pouvoir économique de la ville parallèlement au pouvoir traditionnel des Lignages, possesseurs du sol et des libres alleux bruxellois. jusqu'à la fin de l'Ancien Régime les Nations éliront désormais presque la moitié du magistrat, toutefois le nombre de représentants des Lignage y restera supérieur, leur conférant ainsi une majorité.

Métiers composant les Nations de Bruxelles[modifier | modifier le code]

Les neuf Nations regroupaient les 49 métiers reconnus[2].

  • La Nation de Notre Dame (Onse Lieve Vrouwe Natie), comprenant quatre métiers, se composait des bouchers, des marchands de poisson salé, des légumiers et scieurs de long, et des orfèvres.
  • La Nation de Saint Gilles (Sinte Gielis Natie), comprenant six métiers, se composait des merciers, des graissiers, des fruitiers, des plombiers, et des marchands de poisson de rivière.
  • La Nation de Saint Laurent (Sinte Lauwreys Natie), comprenant six métiers, regroupait les tisserands en lin et en chanvre, les chapeliers, les distillateurs, les blanchisseurs et les drapiers.
  • La Nation de Saint Géry (Sinte Guericx Natie), comprenant cinq métiers, regroupait les tailleurs, la bâteliers, les chaussettiers et les marchands de draps en détail, les pelletiers, les brodeurs, les fabricants de camelots, les marchands de vieux habits, les chirurgiens et les barbiers.
  • La Nation de Saint Jean (Sinte Jans Natie), comprenant sept métiers, regroupait les forgerons, ferblantiers et maréchaux-ferrants, les tuiliers, les coutelliers, les serruriers, les horlogers, les peintres, les batteurs d'or, les vitriers, les selliers, les bourreliers, les tourneurs de chaises, les menuisiers en blanc, les plafonneurs, les couvreurs en chaume et les vanniers.
  • La Nation de Saint Christophe (Sinte Christoffels Natie), comprenant quatre métiers, regroupait les teinturiers, les tondeurs de draps, les passementiers et les faiseurs de chaises.
  • La Nation de Saint Jacques (Sinte Jacobs Natie), comprenant sept métiers, regroupait les boulangers et les pâtissiers, les meuniers, les brasseurs, les tonneliers, ébénistes, les couvreurs en tuile et les marchands de vin.
  • La Nation de Saint Pierre (Sinte Peeters Natie), comprenant cinq métiers, regroupait les gantiers, les tanneurs, les ceinturoniers, les cordonniers et les savetiers.
  • La Nation de Saint Nicolas (Sinte Nicolaes Natie), comprenant cinq métiers, regroupait les armuriers, les fourbisseurs, les regrattiers, les éperonniers, les doreurs, les arquebusiers, le métier des Quatre Couronnés (tailleurs de pierre, maçons, sculpteurs et ardoisiers) et les charpentiers.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Certes, à part le mot, les "ambachten", ne sont pas à confondre avec les ambactes, un vieux mot d'origine celtique "ambactos" , qu'on retrouve déjà chez César, pour désigner ses auxiliaires militaires Gaulois, mais qui par la suite aura comme équivalent en latin tardif "servus" et restera dans le Néerlandais avec le sens d'homme de métier)
  2. Lire : Alphonse Wauters, Liste chronologique des doyens des corps de métiers de Bruxelles de 1696 à 1795, Bruxelles, 1888, ainsi que Philippe De Bruyne, Histoire du règne de Jean Ier, duc de Brabant, Namur, 1855, p.144.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]