Nationalités de l'ex-Yougoslavie

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De 1918 à 1991 a existé en Europe un État appelé « Yougoslavie ». Le mot jug (Yougo en français) dans les langues slaves signifie « sud » : la Yougoslavie est donc un pays qui réunit plusieurs peuples slaves du Sud. En 1991, ce pays a éclaté, donnant lieu à une série de conflits, comme l'Europe n'en avait plus connus depuis la Seconde Guerre mondiale. Pour comprendre ces conflits qui ont menacé la stabilité de l'Europe et ne sont pas vraiment terminés, il importe de comprendre pourquoi ces peuples se sont d'abord unis et pourquoi ils se sont ensuite séparés. Pour cela il faut remonter très loin dans l'Histoire.

Situation géographique[modifier | modifier le code]

L'ex-Yougoslavie se situe dans la péninsule des Balkans, c'est-à-dire la partie sud-est de l'Europe, limitée grosso modo au nord par le Danube. La péninsule des Balkans est composée des pays issus de l'ex-Yougoslavie, de l'Albanie, de la Grèce, de la Bulgarie et d'une partie de la Turquie.

La plus grande partie de cette région est habitée par des Slaves. Les langues slaves constituent avec les langues romanes et germaniques un des grands groupes actuels des langues indo-européennes. On distingue les Slaves du sud (ceux de la péninsule des Balkans) des slaves de l'ouest (Polonais, Tchèques, Slovaques) et de l'est (Russes, Ukrainiens, Biélorusses).

Avant l'arrivée des Slaves dans les Balkans, cette région était habitée par des populations illyriennes, par des populations romanisées, dont les Albanais sont les descendants, ainsi que par des Grecs.

La question yougoslave[modifier | modifier le code]

Origines (du VIe au XIIIe siècles)[modifier | modifier le code]

Au VIe siècle, les Balkans faisaient partie de l'empire byzantin. À cette époque, des tribus Slaves, franchirent la frontière et occupèrent la plus grande partie des Balkans et constituèrent de petits États, appelés sclavinies. Certaines de ces tribus donneront leur nom à des peuples actuels : Slovènes, Croates, Serbes et Bulgares.

À la fin du IXe siècle, les Slaves du sud furent séparés des autres Slaves par l'arrivée des Hongrois dans la plaine du Danube.

Du VIIIe au Xe siècles, les Byzantins reconquirent progressivement les Balkans et la plupart des Slaves du sud adoptèrent la civilisation byzantine.

À partir du IXe siècle, les Carolingiens établirent leur influence sur les Slovènes et les Croates : ces peuples feront désormais partie de l'espace politique occidental.

À cette fracture politique vint s'ajouter une fracture religieuse lorsque les slaves adoptèrent le christianisme au IXe siècle (missions des moines Cyrille et Méthode, inventeurs d'un alphabet qui donnera naissance à l'alphabet cyrillique actuel).

Les nouvelles Églises se rallièrent soit à celle de Rome, soit à celle de Constantinople, selon qu'elles se trouvaient dans la zone d'influence franque ou byzantine. Lorsque des différences de rites et de sensibilité aboutiront à un schisme (1051), il existera une profonde fracture entre Slaves du Sud catholiques (Slovènes et Croates) et Slaves du sud orthodoxes (Serbes et Bulgares). Cette fracture joue un rôle important dans les conflits de la fin du XXe siècle.

Au Moyen Âge, les peuples slaves du sud connaissent des destins très différents :

Origines de la question serbe (XIIIe-XVIIIe siècles)[modifier | modifier le code]

Les Serbes formaient le peuple le plus nombreux de la Yougoslavie. Comme la plupart des pays européens depuis le XIXe siècle, les Serbes veulent créer un État nation, un État regroupant tous les Serbes. Cela pose le problème de la définition du peuple serbe. En quoi est-il différent des autres ? Sur base de quels facteurs : l'histoire, le territoire, la langue, la religion... ? Les nationalistes serbes font surtout référence à un passé glorieux et héroïque, à des États antérieurs pour justifier leur politique.

La période sur laquelle ils s'appuient principalement pour justifier leurs revendications territoriales est celle de la dynastie des Nemanjićs (1170-1371).

Le premier souverain de cette dynastie a libéré deux petites principautés serbes de la domination byzantine. C'est son fils, saint Sava qui a créé l'Église autocéphale serbe.


Un souverain de cette dynastie, Étienne Dušan crée un empire serbe (1331-1355), qui est une des références des nationalistes serbes actuels. C'est à cette époque que furent construits de nombreux monastères serbes dans l'actuel Kosovo.

Tout cela a contribué à justifier aux yeux des Serbes leur domination sur cette région.

L'empire de Dušan se disloqua rapidement après sa mort.

C'est à cette époque que les Turcs ottomans font irruption dans les Balkans. Ils battent les Serbes conduits par le prince Lazare à la bataille de Kosovo Polje (1389). Le six centième anniversaire de cette bataille a été célébré en 1989 par les Serbes, qui la considèrent comme l'épisode le plus sombre mais aussi le plus héroïque de leur histoire.

Les Turcs conquièrent et occupent toute la péninsule des Balkans pendant près de cinq siècles. Pendant la domination ottomane, seule la petite principauté montagneuse du Monténégro, peuplée de Serbes, parviendra à conserver son indépendance.

Les Turcs ne cherchent pas à convertir les peuples conquis à l'islam. Ils les laissent vivre sous l'autorité de leur propre clergé. Certains serbes et croates (surtout en Bosnie) et la majorité des Albanais se convertissent néanmoins à l'islam, par opportunisme, pour échapper à certaines taxes ou pour pouvoir exercer un poste dans l'administration.

Cette conversion est à l'origine de la dimension religieuse des conflits de l'ex-Yougoslavie.

À la fin du XVIIe siècle, la domination ottomane est ressentie plus durement par les peuples soumis qui essaient de se soustraire au « joug turc ». Les Autrichiens accueillent volontiers des Serbes réfugiés de l'empire ottoman et leur confient la défense de la frontière croate contre les Turcs. Ils créent à cet effet « les confins militaires de Croatie », c'est-à-dire la région actuelle de Krajine, où Serbes et Croates se sont opposés de 1991 à 1995.

Renaissance de la Serbie (1804-1914)[modifier | modifier le code]

C'est seulement au XIXe siècle qu'ont lieu les premières révoltes sérieuses contre la domination turque, après deux révoltes (1804, 1815). En 1830, les Turcs reconnaissent l'autonomie d'une principauté serbe réduite à la partie nord.

En même temps qu'éclatent des révoltes réprimées de façon sanglante par les Turcs, les Balkans deviennent le théâtre des rivalités des grandes puissances qui veulent dépecer l'empire ottoman : la Russie qui se veut la protectrice des peuples slaves (panslavisme) et souhaite atteindre la Méditerranée, s'oppose à l'Autriche qui souhaite s'accroître territorialement dans les Balkans.

L'Angleterre, quant à elle, veut protéger ses intérêts vitaux en Méditerranée.

En 1878, le congrès de Berlin essaie de régler la question d'Orient : la Roumanie, la Serbie et le Monténégro deviennent complètement indépendants ; la Bulgarie reçoit un statut d'autonomie, tandis que la Bosnie-Herzégovine est occupée et administrée par l'Autriche-Hongrie.

Au cours du XIXe siècle se répand dans les Balkans la conception moderne de la nation, basée sur des notions de communauté de langue et d'héritage « naturel ». Le nationalisme donne naissance dans les Balkans à des projets très différents :

  • l'idée d'une Grande Serbie défendue par Ilija Garašanin dans L'Esquisse (1844). Pour Garašanin, la Serbie est la protectrice de « tous les slaves Turcs ». Il s'appuie sur l'histoire serbe du XIVe siècle (empire de Dušan) et réclame pour la Serbie le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine et le nord de l'Albanie. Ce projet s'opposait au nationalisme bulgare, pour lequel les Macédoniens étaient des Bulgares ;
  • l'Illyrisme s'appuie sur les similitudes linguistiques et l'origine commune des slaves du sud pour proposer la création d'un pays commun aux peuples de la région. La première étape a été la création par des intellectuels croates d'une langue commune : le serbo-croate. Le terme « illyrisme » fut bientôt remplacé par celui de « yougoslavisme ». Il existait différentes variantes de ce projet  : la création d'un état yougoslave ou une fédération balkanique.

L'annexion de la Bosnie par l'Autriche-Hongrie en 1908 est mal reçue par tous les Yougoslaves, et particulièrement par les Serbes, dont l'expansion vers l'ouest est bloquée. La rancœur des nationalistes envers l'Autriche favorise la naissance de nombreuses sociétés secrètes, y compris en Bosnie.

La politique de répression pratiquée par les Turcs en Macédoine a pour effet une alliance de la Serbie, de la Bulgarie et de la Grèce, qui revendiquent toutes les trois cette région. Ils forment une alliance balkanique et attaquent la Turquie. Victorieux, ils n'arrivent pas à se mettre d'accord sur le partage de la Macédoine. Au cours d'une deuxième guerre balkanique, les Bulgares attaquent les Serbes puis sont vaincus par une alliance des Serbes, Grecs, Roumains et Turcs. La plus grande partie de cette région reviendra à la Serbie. Les grandes puissances imposent la création d'un État d'Albanie, mais le Kosovo est attribué à la Serbie. À la suite de ce conflit, la Bulgarie se trouve exclue de tout projet d'union yougoslave.

Le 28 juin 1914, l'héritier du trône d'Autriche-Hongrie est assassiné à Sarajevo par un jeune Serbe. L'Autriche accuse la Serbie d'avoir organisé l'attentat et lui déclare la guerre. C'est le début de la Première Guerre mondiale. La Serbie mène la guerre aux côtés des Alliés et entre en contact avec des représentants des peuples slaves d'Autriche.

L'entre-deux guerres (1918-1941)[modifier | modifier le code]

Le 1er décembre 1918, le prince régent Alexandre proclama la constitution du Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes. La Macédoine et le Monténégro avaient été intégrés dans cette construction, sans qu'il soit tenu compte de leur identité. Dès le début régna un malentendu entre les Slaves de l'ancien empire autrichien, partisans d'une union sur un pied d'égalité, et certains Serbes, qui considéraient la Serbie comme la libératrice des autres peuples, et estimaient que le peuple serbe majoritaire devait guider ces peuples.

Le pouvoir royal serbe devint rapidement autoritaire et opprima les autres nationalités, en particulier les Croates. En 1929, le pays prit le nom de « Royaume de Yougoslavie ». Le découpage administratif du pays en 1929 ne tenait aucun compte des frontières historiques. En 1934, le roi Alexandre fut assassiné en France par des extrémistes macédoniens et croates. Face à la montée des tensions internationales (Hitler, Mussolini), le gouvernement fit une concession aux Croates en créant une banovina (= région) croate (1939).

La Seconde Guerre mondiale (1941-1945)[modifier | modifier le code]

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement yougoslave essaya de maintenir une position de neutralité. Sous la pression allemande, le pays adhéra néanmoins au Pacte tripartite (25 mars 1941), mais, deux jours plus tard, des officiers serbes anglophiles renversèrent le gouvernement Cvetkovic. Le nouveau gouvernement était indécis, tandis que des manifestations anti-allemandes avaient lieu dans les rues[1]. Furieux, Hitler envahit la Yougoslavie, qui capitula après dix jours. Le gouvernement royal se réfugia à Londres.

Démembrement de la Yougoslavie après l'invasion allemande

Le pays fut démembré.

  • Certaines parties du pays furent annexées par l'Italie, la Hongrie et la Bulgarie.
  • La Serbie, réduite à son territoire de 1878, fut occupée par les Allemands, les Bulgares et les Albanais et les Italiens (au Kosovo), la voïvodine fut occupée par les Hongrois et un gouvernement de collaborateurs fut établi à Belgrade.
  • Les Allemands créèrent un « État indépendant de Croatie », dont le gouvernement fut confié à Ante Pavelić, chef de l'organisation fasciste des Oustachis.

Dans cet État, qui comprenait la Bosnie-Herzégovine, et donc d'importantes minorités serbes, les Oustachis instaurèrent un régime de terreur. D'inspiration catholique, ce régime persécuta les juifs ainsi que les orthodoxes serbes, dont beaucoup furent forcés de se convertir au catholicisme (240 000 entre 1941 et 1942)[2]. En cas de refus, ils furent envoyer dans le camp d'extermination de Jasenovac ou tout simplement exécutés.

Rapidement se constituèrent des organisations de résistance :

  • les Tchetniks (= nom donné traditionnellement aux guérilleros luttant contre les Turcs), organisation royaliste et anti-communiste, dirigée par le général Draža Mihailović. Ce mouvement purement serbe combattit non seulement les Allemands, mais aussi les nationalités voisines et se livra à des massacres ;
  • le mouvement des partisans, dirigé par Josip Broz, alias Tito, qui dépendait du parti communiste et qui accueillit des membres de toutes les nationalités, avec une forte proportion de serbe de Croatie victime du régime oustachi.

Rapidement on aboutit à une situation confuse où les deux mouvements de résistance combattaient les occupants, mais se battaient aussi entre eux.

Les atrocités commises au cours de cette guerre ont fait l'objet de controverses : combien de victimes ont fait les Tchetniks d'un côté et les Oustachis de l'autre ? Il n'existe pas de chiffre fiable ( ex. de 700 000 Serbes exterminés par les Oustachis à 80 000, selon que l'historien soit serbe ou croate)[3]. Ce problème a contribué à alimenter les polémiques entre Serbes et Croates.

Les Britanniques, qui soutenaient d'abord Mihailović, estimèrent bientôt que Tito était plus efficace dans la lutte contre les Allemands et lui donnèrent leur appui.

Tito entra à Belgrade en libérateur le 20 octobre 1944. Le roi de Yougoslavie fut écarté et Tito instaura un nouveau régime.

La Yougoslavie de Tito (1945-1991)[modifier | modifier le code]

Tito était communiste et le régime socialiste qu'il instaura était aligné sur l'URSS de Staline. En créant la République fédérale socialiste de Yougoslavie, les dirigeants communistes voulaient résoudre le problème des nationalités qui avait empoisonné la vie de la première Yougoslavie.

La Constitution, basée sur l'égalité des peuples, leur garantissait de nombreux droits politiques et culturels. Par ailleurs, comme le pays était dirigé par un parti unique (la Ligue des communistes de Yougoslavie), ces droits restaient largement théoriques tant que le pouvoir était fort.

Les revendications nationalistes étaient durement réprimées (répression du « printemps croate » en 1971, dont fut victime le général communiste Franjo Tuđman, (le futur président croate), mais le système évolua néanmoins vers une plus grande autonomie des Républiques, et un amoindrissement du pouvoir de la Fédération. Tito, qui intervenait comme arbitre, était le ciment de cette construction.

Au cours des années soixante, le niveau de développement économique devint de plus en plus différent, et les républiques « riches » (Slovénie, Croatie) furent de plus en plus réticentes à faire preuve de solidarité avec les Républiques « pauvres » du sud (contribution à un fonds général d'investissement), d'où un conflit Nord (partie anciennement autrichienne)-sud (partie anciennement turque).

La décentralisation est accélérée par la constitution de 1974. Cette constitution renforce l'autonomie des provinces autonomes (Voïvodine et Kosovo) qui ont presque les mêmes compétences qu'une République, ce qui provoque l'amertume des Serbes. Cette situation ne satisfait malgré tout pas les Albanis du Kosovo, qui réclament le statut d'une République.

Sous le régime de Tito, le gouvernement procède à des recensements qui mentionnent l'appartenance nationale : seuls environ 5 % de la population se déclarent « Yougoslaves » en 1981, plutôt que Serbes, Croates, Albanais, etc. Le sentiment d'identité « yougoslave » était donc plutôt faible.

À la mort de Tito (1980), son régime lui survit difficilement. La Yougoslavie connaît un système compliqué de présidence tournante annuelle entre les présidents des républiques yougoslaves.

La situation continue de se détériorer au Kosovo où éclatent des émeutes en 1981, durement réprimées.

Au cours des années 1980, la Yougoslavie est touchée par le climat de libéralisation politique en URSS et dans les pays de l'Est. Cette libéralisation se manifeste en Serbie par la rédaction du « memorandum » de l'Académie serbe des sciences et des arts (1986). Ce texte, extrêmement critique à l'égard du régime communiste de Tito et résolument nationaliste, analyse les causes du mauvais état de l'économie yougoslave et condamne le découpage des républiques et surtout des provinces autonomes réalisé par Djias (un dirigeant communiste d'origine monténégrine) comme une injustice à l'égard des Serbes, 2 millions des serbes se retrouvant hors de la république de Serbie principalement en Bosnie et en Croatie.

Ce dernier thème est repris par Slobodan Milošević, un des dirigeants de la Ligue communiste de Serbie. Il accuse les autorités albanaises du Kosovo de ne rien faire pour empêcher les violences contre les Serbes du Kosovo.

Tous ces éléments contribuent à relancer le nationalisme serbe. Ce sentiment d'identité nationale est appuyé par l'Église orthodoxe et s'étend à tous les territoires de la Yougoslavie où vivent des Serbes.

Milošević a compris l'usage qu'il peut faire de nationalisme pour prendre le pouvoir en Serbie. Lors d'un discours prononcé le 24 avril 1987 à Kosovo Polje, il devient un héros pour les Serbes. En 1989, il parvient à faire adopter une révision de la constitution de Serbie, qui prive le Kosovo et la Voïvodine de leur autonomie. À l'occasion du six centième anniversaire de la bataille de Kosovo Polje, il organise une manifestation qui rassemble plus d'un million de Serbes.

La montée du nationalisme serbe inquiète les autres républiques, en particulier les Slovènes et les Croates. En 1990, lors de son congrès la Ligue communiste yougoslave éclate.

En 1990, la libéralisation politique aboutit à l'instauration du multipartisme. Suite aux premières élections libres, le Parti communiste perd le pouvoir en Croatie et en Slovénie, au profit de partis nationalistes, hostiles à Milošević. La tension croît entre Serbes et Croates. Les Serbes de la Krajina, en Croatie, de peur de subir le même génocide que pendant la Deuxième Guerre mondiale, ne reconnaissent plus l'autorité du gouvernement croate, puis font sécession.

Cette rébellion s'étend à la Slovénie. Les incidents sanglants se multiplient. L'armée « fédérale », dominée par les Serbes, prend parti pour les insurgés.

En 1991, Milošević s'oppose à l'accession d'un Croate à la présidence de la direction collégiale de la Fédération. Face à cette attitude, les Slovènes et les Croates se retirent de la Fédération (juin 1991). La Yougoslavie communiste a éclaté.

La guerre en ex-Yougoslavie (1991-1995)[modifier | modifier le code]

  • Un conflit de quelques jours oppose les Slovènes à l'armée fédérale, au terme duquel celle-ci évacue la Slovénie (juin 1991) en effet il n'existait pas de minorité serbe en Slovénie.
  • Officiellement, les combats qui éclatent en Croatie opposent les forces armées croates aux milices serbes locales, mais celles-ci sont appuyées par l'armée fédérale. La supériorité militaire des Serbes leur permet d'occuper près du quart du territoire croate. Les opérations militaires s'accompagnent d'atrocités et de déplacements de population. Les épisodes les plus connus de la guerre sont la destruction de la ville martyr de Vukovar, on accuse souvent Tujman d'avoir abandonné Vukovar et le bombardement de Dubrovnik.

La communauté internationale (CEE et ONU) est impuissante : tous les accords conclus sont immédiatement violés. L'Europe est divisée : certains pays sont pro-Croates (Allemagne), d'autres comme la France pro-serbe ne veulent pas prendre de mesures contre. Ce n'est qu'en janvier 1992 qu'une force de l'ONU se déploiera entre les combattants.

  • En mars 1992, un référendum en Bosnie-Herzégovine décide de l'indépendance de cette république, qui comporte trois ethnies principales : Serbes, Croates et musulmans. Les Serbes boycottent le référendum. La guerre éclate de la même façon qu'en Croatie (sécession des Serbes locaux soutenus, indirectement cette fois, par l'armée « yougoslave »), mais les conditions sont très différentes. Les trois communautés sont imbriquées les unes dans les autres (voir carte), et les combats donnent lieu à des déplacements de population encore plus importants (entre deux et trois millions de personnes). Les combats opposent les Serbes aux Croato-musulmans, mais également les Croates aux musulmans.

Les Serbes de Bosnie, sous la direction de Radovan Karadzic, proclament la « République serbe de Bosnie », malgré la reconnaissance de la République de Bosnie-Herzégovine par la communauté internationale (avril 1992).

Il est maintenant clair que la Yougoslavie est morte et que les Serbes, depuis Belgrade, mettent en œuvre leur projet nationaliste, c'est-à-dire de réunir tous les Serbes, y compris ceux qui vivent en dehors de la République de Serbie.

Les Serbes parviennent à s'emparer de 70 % du territoire. Une politique de nettoyage ethnique sur une grande échelle (siège d'enclaves musulmanes comme celles de Gorazde ou Srebrenica) vise à unifier le territoire serbe.

Les massacres commis par les Serbes, la création de camps de concentration, ainsi que le siège de Sarajevo, contribuent à mobiliser l'opinion internationale. L'ONU intervient progressivement, en envoyant des casques bleus (FORPRONU). Malgré des ultimatums et des frappes aériennes, elle est impuissante à arrêter les Serbes. La prise en otage de casques bleus ainsi que les atrocités commises par les Serbes lors de la prise de Srebrenica (1995) obligent Milošević à lâcher les Serbes de Bosnie.

En août 1995, les forces croates reconquièrent la Krajina qu'il purifie aussi en chassant 250 000 serbes de Croatie. Grâce au bombardement de l'OTAN, les forces serbes perdent du terrain en Bosnie.

Des négociations s'ouvrent à Dayton, aux États-Unis d'Amérique, où Milošević représente les Serbes. Elles aboutissent aux accords du même nom (novembre 1995). Sur papier, la Bosnie doit rester un État, mais ces accords consacrent la division de la République en deux entités : une Fédération croato-musulmane et une République serbe de Bosnie. Les accords sont garantis par la présence de troupes de l'OTAN. Ils prévoient le retour des réfugiés, mais celui-ci n'a pas encore eu lieu. Le Tribunal international de La Haye a été chargé de poursuivre les auteurs des crimes commis au cours de la guerre.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Lutard, Géopolitique de la Serbie-Monténégro, éditions Complexe, Bruxelles, 1998
  • Stefano Bianchini, La question yougoslave, Casterman-Giunti, Florence, 1996
  • Paul Garde, Vie et mort de la Yougoslavie, Fayard, Paris, 1996
  • Tim Judah, The Serbs. History, Myth & the Destruction of Yugoslavia, Yale University Press, 1997
  • Dusan T. Batakovic, « Le génocide dans l'État indépendant croate (1941-1945) », Hérodote, no 67,‎ , p. 70-80

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Stefano Bianchini, La question yougoslave, Casterman-Giunti, 1996, p. 54
  2. Batakovic 1992, p. 79
  3. Batakovic 1992, p. 80