Nathalie Quintane

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Nathalie Quintane
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Biographie
Naissance
(57 ans)
Paris (France)
Nom de naissance
Nathalie Bérard
Nationalité
Activités
Œuvres principales
  • Formage (2003)
  • Tomates (2010)
  • Un œil en moins (2018)

Nathalie Quintane, née le à Paris, est une poétesse, écrivaine et enseignante française[1].

Repères biographiques[modifier | modifier le code]

Après une enfance et des études en banlieue parisienne, Nathalie Quintane enseigne le français dans un collège de Digne[2]. En 1993, elle rencontre Stéphane Bérard et Christophe Tarkos à Marseille. Ils fondent RR - une revue sous forme d'une feuille A3 photocopiée - qui parodie les textes et les mœurs de la poésie contemporaine. Elle est distribuée essentiellement « en interne », aux principales figures de la poésie de l'époque. L'autrice publie alors dans d'autres revues de poésie (Action poétique, Revue Nioques, Doc(k)s, Java (revue) ou encore la Revue de littérature générale) et participe à de nombreuses lectures publiques, en France et à l'étranger. Elle est l'actrice principale des films de Stéphane Bérard (Mortinsteinck, 1998[3]).

Évolution littéraire[modifier | modifier le code]

Ses six premiers livres, publiés entre 1997 et 2001, sont constitués d'un assemblage ou montage de phrases, proses courtes ou fragments de récits, qui portent un regard humoristique et critique sur des lieux communs (Jeanne Darc, P.O.L, 1999 ; Saint-Tropez, P.O.L, 2001) ou des genres littéraires, savants ou populaires, eux-mêmes lieux communs de la littérature ou du commerce, comme la « poésie du quotidien » (Remarques, Cheyne, 1997 ; Chaussure, P.O.L, 1997), l'autobiographie (Début, P.O.L, 1999), les livres associés à la sortie d'un film (Mortinsteinck, 1999). On y reconnaît l'influence d'écrivains « autoréflexifs » comme Diderot ou Thomas de Quincey, et de la poésie critique d'Isidore Ducasse et de Francis Ponge[4].

Les livres de Quintane publiés à partir de 2003 (Formage, Antonia Bellivetti, Cavale, tous chez P.O.L), en conservant une construction fragmentée, non linéaire, semblent mettre en scène un arbitraire de l'intrigue (dans Cavale, on passe de la Californie à la Picardie sans explication) et des personnages (des rencontres de hasard sans psychologie particulière). Cependant, autant qu'une critique du roman réaliste, cet arbitraire pourrait renvoyer à la férocité de l'Histoire et des injustices sociales[5], thème récurrent depuis le début de l'œuvre (cf. en particulier Jeanne Darc, Une Américaine, deuxième partie de Saint-Tropez, Formage, Cavale et Grand Ensemble, écrit en 2002 et publié en 2008 chez P.O.L).

Elle a contribué à la redécouverte de l'œuvre de Raymond Federman en France[6].

L'époque des revues[modifier | modifier le code]

Fer de lance d'une génération poétique apparue dans les années 1990, Nathalie Quintane s'inscrit d'abord dans le champ littéraire français à travers ses publications en revues. Déterminée à rester indépendante[7], elle s'inscrit dans la lignée d'artistes de la génération précédente, et est une des « modernes » à qui s'adresse Christian Prigent dans son ouvrage Salut les Anciens, Salut les Modernes, ne cherchant pas à choisir entre Monstres et Couillons dans la partition du champ poétique contemporain[8]. Cette époque, pour Quintane, est celle de catégorisations par défaut : elle accepte l'étiquette de poète comme elle accepte d'être invitée avec les autres poètes de manière circonstancielle[9] :

Quant à mon classement en poésie, il vient de ce que j'ai rencontré des poètes et publié d'abord dans des revues de poésie, qui étaient des organes militants, pour lesquels la poésie est une cause, avant d'être un genre commode […] Peut-être que s'ils avaient été architectes, j'aurais fait de l'architecture, et que s'ils avaient été garagistes j'aurais fait de la mécanique. Cela dit, j'ai toujours eu du mal à comprendre comment des programmes, des revues, des individus aussi forts, pouvaient se contenter d'un terme aussi faiblard aujourd'hui que « poésie ».

Remarques, un « quiproquo »[modifier | modifier le code]

En 1997, Nathalie Quintane publie son premier ouvrage, Remarques, aux éditions Cheyne. Si Alain Farah parle d'un quiproquo[10], c'est que cette maison d'édition lui apparaît comme étant « conservatrice » et que Quintane au contraire apparaît comme une autrice largement engagée à l'extrême gauche et en faveur du renouveau poétique[11]. Remarques est un ouvrage très court décrivant des scènes banales sous l’œil d'un narrateur dont la transcription est faite sans médiation intellectuelle ou psychologique. Il s'agit d'une analyse d’événements quotidiens dont Quintane remotive le potentiel poétique. Quintane revendique une inspiration extra-européenne, autre quiproquo vis à vis de la critique et évoque notamment les Notes de chevet de Sei Shōnagon comme principale source d'inspiration.

Engagement militant[modifier | modifier le code]

Elle est une collaboratrice occasionnelle du site de la gauche radicale Lundi matin[12].

Le , plusieurs intellectuels français publient dans Libération une tribune appelant à manifester le à Paris malgré l'interdiction. Ils notent que « C’est une victoire pour Daesh que d’être parvenu, avec moins d’une dizaine d’hommes, à faire sombrer l’État dans ses pires réflexes réactionnaires. », dénoncent la « mise sous tutelle sécuritaire de la population tout entière [...] S’il existe quelque chose comme une valeur française, c’est d’avoir refusé depuis au moins deux siècles de laisser la rue à l’armée ou à la police [...] nous n’acceptons pas que le gouvernement manipule la peur pour nous interdire de manifester ». Parmi les signataires : Frédéric Lordon, Pierre Alféri, Hugues Jallon, Éric Hazan, Ivan Segré, Nathalie Quintane, Serge Quadruppani, François Cusset[13].

En , Nathalie Quintane est signataire d'une pétition en collaboration avec des personnalités issues du monde de la culture pour boycotter la saison culturelle croisée « France-Israël », qui selon l'objet de la pétition sert de « vitrine » à l'État d'Israël au détriment du peuple palestinien[14].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Accueil/Poètes/Nathalie Quintane », sur hprintempsdespoetes.com (consulté le 25 novembre 2019)
  2. « Nathalie Quintane », sur Agence Régionale du Livre,
  3. Mortinsteinck 1998, Vidéo VHS, PAL, 75 min, sous-titré en anglais avec Alexandre Gérard, Nathalie Quintane, etc. Édition et diffusion : UR, 59 rue de l’Aqueduc, 75010 Paris http://www.documentsdartistes.org/artistes/berard/repro5-1.html
  4. Bénédicte Gorillot, Alain Lescart (dir.), L'illisibilité en questions, Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, , 316 p. (ISBN 978-2-7574-0741-7, lire en ligne), p. 188-190
  5. Noura Wedell, Nathalie Quintane, sous la direction de Benoît Auclerc, Paris, Classiques Garnier, , 266 p. (ISBN 978-2-8124-3717-5), p. 127-150
  6. RMC, « L'invitée du 06/12: Nathalie Quintane », sur RMC (consulté le 8 avril 2019)
  7. Nathalie Quintane et Alain Rivière, Un embarras de pensées, Argol,
  8. Nathalie Quintane, « Monstres et Couillons, la partition du champ poétique contemporain », sur Sitaudis.fr, (consulté le 18 décembre 2019)
  9. Nathalie Wourm, Entretiens
  10. Entretien d'Alain Farah avec Nathalie Quintane dans Bénédicte Gorrillot, Alain Lescart (dir.), L'illisibilité en questions, Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, , 316 p. (ISBN 978-2-7574-0741-7), p. 177
  11. Jérome Mauche dans Benoît Auclerc (dir.), Nathalie Quintane, Paris, Classiques Garnier, , 266 p. (ISBN 978-2-8124-3717-5), p. 28
  12. Nathalie Quintane : « Une partie de l’extrême gauche lit davantage de littérature », entretien, lemonde.fr, 14 mars 2018
  13. Collectif, « Bravons l'état d'urgence, manifestons le 29 novembre », Libération,‎ (lire en ligne).
  14. « Contre la saison France-Israël », sur mediapart.fr, (consulté le 18 juin 2018)

Liens externes[modifier | modifier le code]