Nana (Niki de Saint Phalle)

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Les Nanas sont des sculptures de l'artiste franco-américaine Niki de Saint Phalle, qui faisait partie du groupe des Nouveaux Réalistes. Elles rappellent par leur nom une femme moderne et par leur forme la silhouette féminine en mettant l'accent sur les rondeurs telles que la poitrine et les fesses. La plupart des Nanas sont fabriquées en polyester peintes en couleurs luisantes. Commencées vers la fin des années 1960, elles incarnent la féminité en opposition à la féminité féroce des Tirs de ces mêmes années.

Les Nanas représentent aussi l'intervention de Niki de Saint-Phalle dans le mouvement féministe des années 80.

La transformation des nanas[modifier | modifier le code]

« Le pouvoir des Nanas est vraiment la seule possibilité. Le communisme et le capitalisme n'ont pas tellement réussi. Je pense que le temps est venu d'une nouvelle société matriarcale. Pensez-vous qu'on mourrait encore de faim dans le monde si les femmes avaient leur mot à dire?[1]. »

Au début des années 1960, l'artiste présentait plutôt des femmes au corps délabré, comme Lucrezia (The White Goddess) (1964), peinture grillage et objets divers sur panneau, 180 × 110 × 39 cm, collection particulière[2]. Vers la fin des années 1960, et au début des années 1970, ce corps féminin va se recouvrir de surfaces décoratives, avec des poses festives, de grosses fesses, de grosses poitrines, des cabrioles. Plus exubérantes et plus libres, dégagées de la rage et de la violence exprimée par Lucrezia, les nanas invitent à la fête[3].

Les nanas dansent, mais, « ...aussi enjouées soit-elles, elles vont inspirer une certaine angoisse dans les milieux artistiques et critiques d'art masculins des années 1960-1970. Pierre Descargues, dans le catalogue de l'exposition de 1965 à Paris, écrit : « Les nanas font la fête, c'est à nos dépens. Messieurs, que ça se passe. Elles nous piétinent le ventre, l'armée, la morale, elles nous sautent sur la philosophie, elles nous font le grand écart sur la patrie [...] Niki de Saint Phalle sait se servir des armes féminines » [4]. ».

Il est vrai que ces amazones maternelles comme les surnomme Kalliopi Minioudaki[5], présentent encore un aspect joyeux, si on les compare aux effrayantes Devouring Mothers (Mères dévorantes) aussi importantes en volume et plus « violentes dans leurs fondements sous-jacents[6] »

Hon[modifier | modifier le code]

La plus grande des nanas est également la plus éphémère : Hon/Elle , présentée au Moderna Museet de Stockholm en 1966, c'est une géante couchée, jambes écartées, que l'on visite en entrant par son sexe pour y découvrir des quantité d'objets fabriqués par Niki, Jean Tinguely et Per Olof Ultvedt[note 1]. La structure a été montée par Jean Tinguely qui a aussi participé à la décoration intérieure avec sa Machine for broken glass, de même Ulf Linde qui a notamment créé une absurde machine à caresses.

C'est un évènement dont on a gardé les photos et l'on voit hommes, femmes, enfants, entrant dans la gigantesque ouverture vaginale[7]. Niki retourne la représentation par Salvador Dalí de la femme comme objet sexuel en forçant l'homme à rentrer dans le canal de la naissance et à affronter son horreur secrète de l'anatomie féminine[8].

Un des commentaires les plus crus mais les plus sincères est celui de l'artiste pop américano-suédois Claes Oldenburg qui déclare avec son franc parler : « Depuis mon atelier et jusqu'au Moderna Museet, je regarde en plein le con de Hon[8]. »

Hon sera détruite après l'exposition. Son démantèlement a pris trois jours.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. sculpteur et scénographe, né le 5 juillet 1927 à Kemi, Finlande, mort le 21 novembre 2006 à Lidingö, Suède

Références[modifier | modifier le code]

  1. Niki de Saint Phalle citée par Charlotte Phelan, dans l'article Leave it to the nanas dans The Houston Post, 25 mars 1969, p.10
  2. Kalliopi Minioudaki historienne d'art dans Camille Morineau et al 2014, p. 165.
  3. Amelia Jones professeure titulaire de la chaire des beaux-arts à l'Université de Californie du Sud, Los Angeles, dans Camille Morineau et al 2014, p. 16é.
  4. Pierre Descargues cité par Camille Morineau et al 2014, p. 162.
  5. Kalliopi Minioudaki, historienne d'art, citée par Camille Morineau et al 2014, p. 168.
  6. Kalliopi Minioudaki, historienne d'art, citée par Camille Morineau et al 2014, p. 171.
  7. Hon photo des visiteurs et de l'entrée
  8. a et b Amelia Jones titulaire de la chaire des beaux-arts à l'Université de Californie du Sud, Los Angeles, dansCamille Morineau et al 2014, p. 163.

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