Najm oud-Dine Bammate

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Najm Oud Din Bammate)
Aller à : navigation, rechercher

Najm Oud-din Bammate (1922-1985), est un intellectuel, écrivain, linguiste et islamologue franco-afghan.

Une grande figure de l'Islam contemporain[modifier | modifier le code]

Najm Oud Din Bammate nait à Paris, en exil, d’un père, Haïdar Bammate, éphémère ministre étranger de la non moins éphémère République du Caucase du Nord. Sa mère appartenait à une famille Tchétchène ( Zeynab Tchermoeff) dont les aïeux avaient d'ailleurs participé à la résistance contre le régime tsariste. Le père de Bammate, Haïdar, fit des études de droit à Saint-Pétersbourg et étudia diverses langues occidentales.

C'est en français qu'il publia de nombreux articles en Suisse et en France, dès son installation à Paris au début des années 1920. Ces écrits reflètent assez bien l'enseignement soufi mais sont également inspirés par les thèses réformistes développées par des rénovateurs comme le théologien historien archéologue Murjani (1818-1889). Une pensée qui s’orientait vers des adaptations de l'enseignement religieux musulman, du statut de la femme, vers la maîtrise des méthodes et des techniques occidentales dans le maintien de l'éthique de l'islam, vers la réforme du califat ottoman par la démocratisation de la vie politique, etc.

En raison de ses liens privilégiés avec la monarchie afghane, Haïdar Bammate obtint la nationalité afghane et devint ambassadeur d'Afghanistan à Paris et à Berne. Il fut également, sous le pseudonyme de Georges Rivoire, l'auteur de plusieurs publications dont Apport des musulmans à la civilisation, et Visages de l'islam, en 1947, dans lequel son fils rédigea le chapitre sur les arts.

Fort de cet héritage et de cette éducation, Najm Oud-din Bammate se lança dans plusieurs formations : le droit romain à Lausanne (où il soutiendra une thèse sur l'"Origine et Nature du Legs Sinendi Modo"[1]), les cours de Louis Massignon[2] à Paris, la théologie musulmane à al-Azhar, les sciences sociales à Cambridge et à Paris, tout en s'initiant en parallèle à une quinzaine de langues. Durant son séjour au Caire il rendit visite à René Guénon dont son père lui avait offert Le Symbolisme de la Croix alors qu’il était encore enfant, ouvrage qui l'avait profondément marqué[3].

En 1947, il est nommé délégué de l'Afghanistan à l'ONU et intègre l'Unesco au sein de laquelle il sera le coordinateur du projet « Orient-Occident ». Il y occupera plusieurs postes jusqu'en 1979, quand il deviendra conseiller spécial auprès du sous-directeur général pour la culture et la communication. Les promoteurs des dialogues inter religieux le solliciteront beaucoup et il se joindra également à de nombreuses réunions internationales interculturelles. Ami de Jacques Berque, il partageait ses conceptions sur la nécessité de concilier dans l'islam « l'authenticité et la modernité ». Il était également très attaché à l'organisation de causeries sur l'islam dans les maisons des jeunes et de culture de la banlieue parisienne ou dans des salles de prière de province. Professeur d'islamologie à l'université de Paris-VII au milieu des années 1970, après le départ de Vincent Monteil, il s'occupa également à partir de 1983, à la demande de Berque, de l'émission télévisée islamique dominicale. Il enregistra plusieurs émissions pour France Culture en collaboration avec Eva de Vitray-Meyerovitch, spécialiste de Jalâl ud Dîn Rûmî et du soufisme. Ses interventions mêlant clairvoyance, reconnaissance et équilibre contribuèrent à répandre une conception élevée, ouverte et nuancée de l'islam.

Ainsi que l'écrit Jean d'Ormesson dans une préface à la publication de certaines des conférences de Bammate : "Il était éblouissant. Tous ceux qui l'ont rencontré, ne fût-ce qu'une fois, ont été sous le charme de son savoir et de son talent[4]".

Son discours, empli de spiritualité, tourné vers l’universel, visait à déborder les frontières confessionnelles ou politiques. Sa vision de l’islam se fondait sur une vérité intérieure dont le support et le point d'équilibre correspondaient d’ailleurs à la notion de secret spirituel (Sirr) dont il pensait que la civilisation musulmane a permis la projection extérieure sur les plans éthique et esthétique[5], mais aussi technique. D'où, selon lui, les possibilités qu’avait cet islam de s’adapter à la modernité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Najm Oud Din Bammate, Origine et Nature du Legs Sinendi Modo, Thèse de Licence et de Doctorat Présentée a la Faculté de Droit de l'Université de Lausanne, Édité par F. Roth & Cie, et Librairie du Recueil Sirey, Lausanne et Paris, 1947.
  2. Voir le texte d'une de ses conférences : "Présence de Louis Massignon", in : Najm-oud-Dine Bammate, L'Islam et l'Occident. Dialogues, éd. Destremau/UNESCO, 2000, p. 147-167.
  3. Najm-oud-Dine Bammate, "Visites à René Guénon", ibid., p. 37-40.
  4. Najm-oud-Dine Bammate, Ibid, préface par Jean d'Ormesson, p. 5.
  5. Voir son ouvrage : Cités d'Islam, Paris, Arthaud, 1986.

Liens externes[modifier | modifier le code]