Aller au contenu

Naja melanoleuca

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Cobra des forêts, Cobra noir et blanc

Naja melanoleuca
Description de cette image, également commentée ci-après
Naja melanoleuca (au sens strict[1]), au Gabon.
Classification ReptileDB
Règne Animalia
Embr. Chordata
Classe Reptilia
Sous-classe Lepidosauria
Ordre Squamata
Sous-ordre Serpentes
Infra-ordre Alethinophidia
Famille Elapidae
Genre Naja

Espèce

Naja melanoleuca
Hallowell, 1857

Synonymes

  • Naja haje var. melanoleuca Hallowell, 1857
  • Aspidelaps bocagii Sauvage, 1884
  • Naja haje var. leucosticta Fischer, 1885

Naja melanoleuca, appelé en français cobra des forêts ou cobra noir et blanc[2], est une espèce de serpents de la famille des Elapidae[3].

À la suite de plusieurs travaux génétiques récents, ce taxon longtemps considéré comme une espèce unitaire a été subdivisée en cinq espèces distinctes formant un complexe d'espèces cryptiques : Naja melanoleuca (sens restreint), Naja peroescobari, Naja guineensis, Naja savannula et Naja subfulva, cette dernière ayant l'aire de répartition la plus vaste. Ces cinq espèces différentes sont génétiquement très divergentes mais sont morphologiquement très proches et assez difficiles à distinguer de manière sûre par les caractères morphologiques, bien qu'il existe un certain nombre des différences[1].

Distribution et habitat

[modifier | modifier le code]

Naja melanoleuca (stricto sensu) est une espèce inféodée aux régions de forêts tropicales d'Afrique centrale. On le trouve dans toute la forêt du bassin du Congo et dans la partie orientale de la forêt guinéenne jusqu'au Bénin. Plus à l'ouest il est remplacé par Naja guineensis qui peuple la partie occidentale de la forêt guinéenne[1].

Il est présent dans les pays suivants : Bénin, Nigeria, Cameroun, Centrafrique, Guinée équatoriale, Gabon, Congo-Brazzaville, Congo-Kinshasa et Angola.

Il vit dans les forêts, mais il s'adapte aussi très bien aux plantations et pénètre jusque dans les villes en passant par les jardins et les cours d'eau[4].

Description

[modifier | modifier le code]
Naja melanoleuca (au sens strict[1]), près de Yaoundé, Cameroun.

Naja melanoleuca, au sens restreint, à le dos entièrement noir, avec facultativement une ou deux ocelles claires sur le dos du capuchon. Ces marques sont plus nettes chez les juvéniles qui sont aussi finement mouchetés de clair. La partie avant de la face ventrale est blanche ou jaune avec une série de bandes noires bien marquées, généralement quatre ou cinq, tandis que le reste de la face ventrale est noire[4].

Alimentation

[modifier | modifier le code]

Ce serpent chasse sur terre, dans l'eau et dans les arbres. Son alimentation est donc très varié : petits mammifères, reptiles divers, poissons, amphibiens et oiseaux[4].


Venimosité

[modifier | modifier le code]

C'est un serpent très venimeux dont la morsure est potentiellement mortelle. Il ne crache pas de venin[4]

Les morsures sur l'homme causées par ce serpent sont cependant moins fréquentes que celles causées par d'autres serpents venimeux, car c'est un serpent très alerte, sur lequel il n'est pas facile de marcher dessus par accident. Cependant il se défend de manière particulièrement vive s'il se sent acculé, ce qui en fait un serpent très dangereux si on le menace directement, alors qu'il n'est pas agressif si on le laisse tranquille. Les espèces de ce groupe sont considérées comme les plus rapides et agiles de tous les Naja.

Systématique

[modifier | modifier le code]

Naja melanoleuca a été décrit pour la première fois par l'herpétologiste américain Edward Hallowell en 1857 à partir de spécimens provenant du Gabon[5],[6].

L'ancien taxon Naja melanoleuca a été récemment subdivisé en cinq espèces bien distinctes : Naja melanoleuca, Naja peroescobari, Naja guineensis, Naja savannula et Naja subfulva. C'est un bon exemple de complexe d'espèces cryptiques. Il y a à la fois des espèces allopatriques ou parapatriques (espèces probablement vicariantes) et des espèces sympatriques (probablement différenciées par leur niche écologique). Ici les espèces sympatriques sont les plus divergentes génétiquement entre elles, et donc les plus anciennement séparées.

Répartition des deux groupes d'espèces du complexe de Naja melanoleuca sur la base des échantillons analysés dans l'étude de Wüster et al[1].

L'espèce Naja melanoleuca a longtemps été considérée comme formant une seule espèce, malgré l’existence de nombreuses variations au niveau de l'écaillure et de la coloration. Laurent avait décrit une sous-espèce en 1955, Naja melanoleuca subfulva, sur la base de ces divergences, mais elle ne fut pas reconnue par la suite à cause de la forte variabilité des deux formes considérées et de leur sympatrie. Il a fallu attendre l'arrivée de la biologie moléculaire pour découvrir l’existence de profondes divergences génétiques entre plusieurs spécimens testés considérés comme des Naja melanoleuca, et donc l’existence d'un complexe d'espèces cryptiques au lieu d'une seule espèce. Des études contenant des résultats génétiques de Chirio et Ineich en 2006 puis de Ceríaco et al. en 2017 reconnaissent Naja subfulva cette fois comme une espèce à part entière, fort divergente génétiquement de Naja melanoleuca. L'étude de Ceríaco et al. décrit aussi une autre nouvelle espèce proche, Naja peroescobari, endémique de l'île de São Tomé, qu'on considérait auparavant comme une population introduite de Naja melanoleuca. En 2018 Wüster et al. publient une étude approfondie avec de nombreux échantillons génétiques provenant de toute l'aire de répartition de « Naja melanoleuca » afin de réviser la taxonomie de ce groupe, ce qui les conduit à décrire encore deux nouvelles espèces : Naja guineensis et Naja savannula, tout en reconnaissant les espèces déjà décrites, portant le total à cinq espèces distinctes. Ainsi Naja subfulva et Naja sanannula sont génétiquement encore plus divergentes vis-à-vis de Naja melanoleuca (sens restreint) et de Naja guineensis que ne l'est, dans un autre sous-genre, Naja ashei vis-à-vis de Naja nubiae par exemple qui sont des espèces bien différentes morphologiquement[1].

Le Cobra des forêts est classé dans le genre Naja de la famille des Elapidae. Le nom générique Naja est une latinisation du mot sanscrit nāgá (नाग) qui signifie « Cobra » [7]. Le genre a été décrit par Josephus Nicolaus Laurenti en 1768[8]. Le genre Naja a été divisé en plusieurs sous-genres en fonction de divers critères, morphologiques, phylogénétiques et écologiques. Naja melanoleuca fait partie du sous-genre Boulengerina, dans lequel on trouve aussi Naja annulata, Naja christyi, et Naja multifasciata. Ce sous-genre a en commun une préférence pour les habitats boisées, notamment dans la forêt d'Afrique centrale et de l'Ouest où ils vivent tous. Ils sont aussi plus aquatiques et se nourrissent plus d'espèces aquatiques. Les espèces du sous-genre Boulengerina montrent cependant une grande diversité de taille, allant de Naja melanoleuca ou Naja subfulva qui peuvent atteindre des longueurs de 3 mètres à Naja multifasciata qui ne dépasse pas 0,8 mètre. L'épithète spécifique, melanoleuca est tiré du grec ancien melano qui signifie « noir »[9], et de leuca qui signifie « blanc »[10], donc « noir et blanc », traduit dans son nom français de « Cobra noir et blanc ».

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. a b c d e et f W. Wüster, L. Chirio, J.F. Trape, I. Ineich, K. Jackson, E. Greenbaum, … C. Hall, Integration of nuclear and mitochondrial gene sequences and morphology reveals unexpected diversity in the forest cobra (Naja melanoleuca) species complex in Central and West Africa (Serpentes: Elapidae), 2018, [1].
  2. « Encyclopédie Larousse en ligne - cobra », sur larousse.fr (consulté le ).
  3. (en) Reptarium Reptile Database : Naja melanoleuca
  4. a b c et d Jean-François Trape. Guide des serpents d’Afrique occidentale, centrale et d’Afrique du Nord. IRD Éditions, 2023, [2].
  5. « Naja melanoleuca » (consulté le )
  6. E. Hallowell, Notes of a collection of reptiles from the Gaboon country, West Africa, Philadelphie, Academy of Natural Sciences of Philadelphia, by Dr. Herny A. Ford, , 48–72 p.
  7. « Naja », sur The Free Dictionary, Princeton University (consulté le )
  8. « Naja » (consulté le )
  9. « melano », Merriam-Webster Medical Dictionary (consulté le )
  10. « leuc- », Merriam-Webster Medical Dictionary (consulté le )

Liens externes

[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :