Nabta Playa

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Nabta Playa
Calendar aswan.JPG
Le calendrier de Nabta Playa remonté dans les jardins du musée de la Nubie à Assouan.
Géographie
Pays
Coordonnées
Fonctionnement
Statut

Nabta Playa est un site désertique situé à l'ouest d'Abou Simbel qui fut occupé à partir du IXe millénaire avant notre ère par une population préhistorique venant probablement de la vallée du Nil, qui en est assez proche. L'étude de leur histoire, encore mal connue, génère actuellement beaucoup de retombées historiques et scientifiques.

Toponymie[modifier | modifier le code]

La première partie du nom, « Nabta », vient de celui d'une montagne toute proche (Djebel Nabta) ; la second partie « playa » signifie plage en espagnol.

Situation[modifier | modifier le code]

Localisation en bas et au centre de la carte.

Ce site préhistorique est situé au sud de l'Égypte (en Haute-Égypte, à 100 km à l’ouest d’Abou Simbel), avec pour position approximative : latitude 22° 32' 00" Nord ; longitude 30° 42' 00" Est. Ce site, qui occupe une dépression située en plein désert de Nubie (partie orientale du Sahara) semble avoir été actif du IXe au Ier millénaire avant notre ère. Ce site se trouvait sur l'ancienne piste caravanière qui reliait Abou Simbel à Bir Kiseiba[1] et au-delà.

Ce site, bien conservé par les conditions désertiques du climat, offre un grand intérêt pour plusieurs disciplines : anthropologie, archéologie, préhistoire, égyptologie, agriculture, etc.

Analyse climatique[modifier | modifier le code]

Sur ce site a été découvert, outre des silex et poteries, un important champ mégalithique, qui a été daté de 6000 à 6500 ans (soit 1000 ans de plus que Stonehenge, Wiltshire, en Angleterre, lequel est contemporain avec le cercle de Goseck en Allemagne : il s'agit tous de monuments à orientation astronomique).

Le climat passé de cette région nous donne la clef de l'implantation de cette curieuse population préhistorique. Alors qu'aujourd'hui, le désert occidental égyptien est tout à fait aride, ce n'était pas le cas dans un ancien passé. Certains éléments donnent à penser qu'il y eut plusieurs épisodes humides (jusqu'à 500 mm de pluie annuelle), la période la plus récente se situant au cours de la dernière période interglaciaire et glaciaire (glaciation), soit entre 130 000 et 70 000 ans avant notre ère. À ce moment, on devait rencontrer dans cette région une savane qui abritait une faune très nombreuse, telle que des bovidés et de grandes girafes, ou encore certaines variétés d'antilopes et de gazelles.

Cette période fut suivie d'une autre, hyperaride, jusqu'au Xe millénaire environ, lorsque les pluies d'Afrique tropicale commencèrent à remonter vers le nord. Une estimation de 50-100 mm de pluie annuelle a été avancée pour cette période. On vit alors réapparaître une steppe semi-aride, composée d'herbe sahélienne, d'arbres et de buissons. L'eau s'accumulait dans certaines dépressions, formant des lacs temporaires, principalement au pied des zones montagneuses. Nabta Playa fut une de ces régions, qui vit alors une population progressivement s'établir, entre -10 000 et -7000 ans.

Fred Wendorf et Romuald Schild ont déterminé que ces populations humaines furent présentes pendant plus de 5000 ans, jusqu'à -2500 ans environ. Toutefois, la majorité de l'occupation s'est faite entre -4500 et -2500.

Origine des populations[modifier | modifier le code]

Ces nomades, suivant les zones pluvieuses, ont emmené leurs troupeaux paître sur ces nouveaux herbages. D'où venaient-ils ? Les chercheurs pensent qu'ils auraient eu pour origine la vallée du Nil, près d'Abou Simbel, ou de Wadi Halfa, ou encore la moyenne vallée du Nil, au nord du Soudan. Ils établirent des camps qui n'étaient habités que pendant une partie de l'année. Aux environs de -6000, un changement intervint lorsque ces peuplades se mirent à creuser des puits, ce qui permit aux populations d'y séjourner toute l'année, et notamment pendant l'hiver, la saison sèche.

Leurs établissements purent également s'agrandir, certains des plus grands comptant jusqu'à dix-huit ou vingt tentes, rondes ou ovales. Après une nouvelle période très sèche (-4700 à -4500 ans), le retour de la pluie ramena d'autres populations, qu'on qualifie de néolithiques anciennes. Des indices très forts semblent indiquer que ces nouvelles populations avaient un système social qui impliquait un niveau d'organisation supérieur, qu'on ne rencontre pas jusqu'alors en Égypte.

Le cercle de pierre orienté[modifier | modifier le code]

le cercle mégalithique à Nabta, au moment de son relevé en 1992

Ce monument supposé à cérémoniel est vraiment impressionnant, même s'il n'est pas très grand (environ 4 mètres de diamètre - voir photo et plan). Il consiste en une série de blocs de pierres de grès arrangés en cercle. Sur le cercle, on peut distinguer un quatre couples de pierres plus grandes formant « portes d'accès ». À l'intérieur du cercle, on a trouvé trois autres couples de pierres disposées en ligne. Ces rangées, aussi bien sur que celles qui se trouvent dans le cercle, dessinent deux lignes d'alignements, orientées l'une nord-sud et l'autre 70° nord-est. Cette dernière direction correspondait à la position du lever du soleil au solstice d'été, telle qu'elle a été calculée pour l'époque où l'ensemble a été construit (voir calcul de Malville), date qui est aussi le début de la saison des pluies dans le désert.

L'âge exact de ce cercle n'est pas connu ; une mesure au carbone 14 a fourni une date aux alentours de -4900.

Un centre cérémoniel[modifier | modifier le code]

En plus de divers lieux d'habitations retrouvés à Nabta Playa, on a découvert un nombre important de dispositifs monumentaux. Vu le grand nombre de mégalithes présents dans ce lieu, on pense qu'il a pu être un centre cérémoniel régional. Trois ensembles, en dehors du cercle de pierres déjà analysé ci-dessus, peuvent être distingués :

  • un premier, constitué de huit tumuli recouverts de pierres, contenant des restes de bœufs, chèvres, gazelles et d'humains ; l'un d'eux contenait même un veau entier, enterré dans une chambre souterraine. Ces restes dateraient du néolithique tardif (-4500 à -3500 ans).
  • un deuxième ensemble, comprenant une douzaine d'assemblages complexes constitués de stèles ou menhirs, accompagnés chaque fois de grandes pierres, taillées ou non, enterrées sous les stèles à plusieurs mètres de profondeur. Ces structures sont regroupées en quatre grands champs de stèles, et remonteraient au néolithique final (-3500 à -2500 ans). La construction de ces structures très importantes (plusieurs tonnes) a certainement nécessité des efforts très importants, ce qui ne s'explique que s'il existait une autorité, religieuse et politique, disposant de ressources humaines en grand nombre.
  • le troisième est formé de mégalithes alignés ; il a été identifié dès les premières années de recherche (1974-77) par le groupe dirigé par F. Wendorf, connu alors sous la désignation d'« Expédition Combinée Préhistorique ». Ce groupe a effectué des recherches complémentaires entre 1990 et 2000, dont les résultats ont été publiés en deux volumes en 2001 et 2002. Il y est décrit trois lignes de mégalithes dressés, qui s'étirent dans la partie nord de Nabta Playa. La plupart de ces pierres ont été taillées en formes plus ou moins rectangulaires ou ovales (voir photo), et orientées face au nord. Le paléoastronome J. M. Malville a calculé que cette ligne de mégalithes, de 600 mètres de long, divisée en fait en trois sous-lignes, était dirigée vers le point du ciel où se levait entre -4700 et -4000 l'étoile la plus brillante de la Grande Ourse (Arcturus).
Plusieurs autres lignes de mégalithes ont été repérées au sud de la ligne principale. L'une est un double alignement de pierres, de 250 mètres de long, pointant (au moment du solstice) vers les étoiles les plus brillantes de la ceinture d'Orion. La ligne la plus au sud pointe quant à elle vers l'endroit du lever héliaque de Sirius (α Canis Majoris).

Comme la population de Nabta Playa devait retourner vers la vallée du Nil, au moment de la saison sèche, et vu le caractère hautement socialisé de ce groupe, on peut se demander s'il n'aurait pas pu être à l'origine de la civilisation pré-dynastique et des premières dynasties pharaoniques, ou du moins y contribuer. Cette question reste ouverte.

Le site archéologique en danger et son sauvetage[modifier | modifier le code]

Wendorf rapporte lors de la découverte du site en 1973 :

« Le site a été découvert par un groupe de scientifiques que je dirigeais alors que j'étais professeur d'anthropologie à la Southern Methodist University du Texas. L'équipe avait fait un arrêt après un trajet éprouvant en passant la frontière libyenne en direction du Nil. Chacun s'occupait de ses petites affaires, lorsque nous vîmes des tessons de poterie et divers autres artefacts. »

Pendant plusieurs années, Fred Wendorf et son collègue Romuald Schild retournèrent à Nabta Playa, notamment pour prendre les premières photographies des lieux.

Au début des années 2000, plusieurs archéologues, passant le long du site, remarquèrent que ces lieux n'étaient en rien protégés, ni par une clôture ni au moins par des panneaux. Après les événements de 1997 à Deir el-Bahari en Égypte, les touristes recommencèrent à circuler dans le désert du sud, surtout depuis l'ouverture de la nouvelle route vers Uweinat; certains groupes se sont arrêtés à cet endroit, mettant en danger ces fragiles monuments. L'« Expédition Combinée Préhistorique » fut contactée pour donner son avis quant à la protection du site, et après avoir appris que l'on pourrait en « démonter » certaines parties, Robert Bauval, auteur de plusieurs livres sur l'histoire alternative de l'Égypte entama une campagne auprès de l'UNESCO et des autorités égyptiennes.

Romuald Schild, directeur de l'expédition de 1999 à 2007, et le Conseil suprême des antiquités égyptiennes décidèrent alors qu'une action immédiate et drastique était nécessaire, en particulier pour le cercle de pierres. Tout le monument fut démonté et emporté au musée de la Nubie à Assouan.

Romuald Schild nous décrit l'opération de sauvetage :

« La réinterprétation de nos découvertes par MM. T. Brophy (astrophysicien) et R. Bauval en 2002 amena à Nabta Playa des groupes de touristes venus illégalement sur le site pour exercer leur religion du « Nouvel Âge ». Ces groupes de touristes commencèrent la destruction systématique et massive des monuments, notamment en reconstruisant le calendrier sur des bases non scientifiques. Il était impossible au Conseil suprême des Antiquités de maintenir sur place une garde permanente dans cette partie totalement désertique de l'Égypte. Le calendrier et une série de mégalithes furent enlevés le 18 février 2008 en ma présence, de même qu'en la présence de membres de l'expédition et d'un Comité spécial des Antiquités dirigé par M. Atia Radwan, sous-secrétaire d'État de la Haute Égypte. Le démontage a été entièrement filmé et photographié. Les antiquités furent chargées sur un camion et transportées sous escorte policière au musée de la Nubie. Le Dr. Osama Abdel Meguid, directeur du musée d'Assouan, a décidé de réédifier les pierres dans le jardin du musée, où on peut retrouver aujourd'hui la structure du calendrier et certains mégalithes. »

Le monument sur le site fut remplacé par une réplique, qui marque la position originale du cercle de pierres.

Toutes les pierres furent inventoriées au moment de leur arrivée au musée; une nouvelle analyse a montré qu'il n'y avait pas trois mais bien cinq paires de pierres dans le centre du cercle. C'est cette disposition que l'on voit aujourd'hui dans la reconstruction faite au musée.

La proto-agriculture[modifier | modifier le code]

C'est également sur ce site que les chercheurs américains de l'équipe de Fred Wendorf ont pu mettre en évidence un stockage intensif de sorgho sauvage (sorghum bicolor), ce qui pourrait être la trace d'une forme de proto-agriculture.

Fred Wendorf note, à cette époque, une forte poussée démographique dans la moyenne vallée du Nil. Il relève que « le processus de domestication des bovins au Sahara oriental, sur les sites de Nabta Playa et de Bir Kiseiba, peut être daté de -10 000 à -9000. Il serait donc légèrement plus ancien que celui dont on a retrouvé trace en Eurasie ».

En fait, le processus de domestication attesté dans la vallée du Nil, 1000 ans plus tôt, aurait lentement gagné la Basse Nubie au cours du IXe millénaire.

Rapide pour quelques espèces, le sorgho et les bovins sauvages par exemple, la domestication de dizaines d'autres plantes et animaux connus des pharaons (dont le mouton), se serait accomplie de façon beaucoup plus lente et progressive.

La céramique[modifier | modifier le code]

Les similitudes entre les poteries nubiennes de Nabta Playa et celles de Khartoum (poterie rouge à bord noir, à décor ondulé) traduisent l'arrivée au Sahara, d'hommes vivant de l'exploitation des cours d'eau et provenant du moyen Nil. En plein désert, la pêche n'est évidemment pas possible ; la perte de cette ressource traditionnelle (et accessoirement l'absence de possibilité de chasse au gibier d'eau) a dû favoriser, sinon même susciter, l'appropriation d'espèces alimentaires les plus facilement accessibles.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Bir Kiseiba se trouve également à l'ouest d'Abou Simbel.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Fred Wendorf et Romuald Schild :
    • (en) Prehistory of the Nile Valley, Academic Press, New-York, 1976
    • (en) Prehistory of the Eastern Sahara – Academic Press, New-York, 1980
  • Fred Wendorf, Romuald Schild et al.:
    • (en) Holocene Settlement of the Egyptian Sahara. Volume I: The archeology of Nabta Playa – Vol. II: The pottery of Nabta Playa - New York, 2001 – 2002
    • (en) Implications of Incipient Social Complexity in the Late Neolithic in the Egyptian Sahara dans Egypt and Nubia – Gifts of the Desert – édité par Renée Friedman – British Museum Press – 2002 – pp. 13 – 20 - voir les nombreuses références bibliographiques
  • (en) Romuald Schild et Fred Wendorf, The megaliths of Nabta Playa – Academia no 1 (1) 2004 - Online Journal of the Polish Academy of Science. (pdf)
  • (en) Fred Wendorf, Nabta Playa during the early and middle Holocene, in Ankh, 4-5, 1995-96, p. 33-55
  • (en) J.M. Malville, F. Wendorf, A.A. Mazar et R.Schild, Megaliths and Neolithic Astronomy in Southern Egypt – Nature 392 (488-490) - 1998
  • (en) Thomas G. Brophy, The Origin Map – iUniverse September 2002 - (ISBN 9780595241224)
  • (en) Thomas G. Brophy et Paul A. Rosen, Satellite Imagery Measures of the Astronomically Aligned Megaliths at Nabta Playa, Mediterranean Archaeology and Archaeometry - 5(1) (2005) pp.15 - 24
  • (fr) Achilles Gautier, La Domestication : et l'homme créa ses animaux, Paris, Errance, Collection des Hespérides, 1990, (ISBN 2-903442-89-4),
  • (fr) Achilles Gautier, La domestication du mouton : Contribution à l'archéozoology de l'Égypte, in Prehistory of the Eastern Sahara (p. 317-340), sous la direction de Wendorf et Schild, Academic Press, New-York, 1980
  • (fr) Jean Vercoutter, Le Sahara et l'Égypte pharaonique, in Sahara, I, 1988, p. 9-19
  • (fr) Fred Wendorf, A. Close, A. Gautier et R. Schild, Les débuts du pastoralisme en Égypte, in La Recherche, vol. 21, no 220, avril 1990, p. 436-446.