Nabil Karoui

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Nabil Karoui
NabilKaroui.jpg

Portrait de Nabil Karoui

Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (54 ans)
BizerteVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Famille
Ghazi Karoui, frère
Conjoint
Salwa Smaoui

Nabil Karoui, né le à Bizerte, est un homme d'affaires tunisien et l’un des principaux acteurs du monde de la publicité dans son pays. Il est à la tête du groupe Karoui & Karoui World et de la chaîne de télévision Nessma.

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Il est formé au marketing et à la vente dans des multinationales. Après avoir sillonné les routes du sud de la France chez Colgate-Palmolive, il intègre le département vente et marketing de la multinationale Henkel[1]. C’est là qu’il est approché par un cabinet de recrutement pour rejoindre la cellule internationale de Canal+ qui entame son implantation en Afrique du Nord. Il y entre comme premier employé de sa filiale Afrique du Nord[2] et y assure la direction commerciale pendant deux années[1].

Il rejoint par la suite son frère Ghazi dans la publicité : ils fondent ensemble, en 2002, un groupe international indépendant de médias et de publicité, Karoui & Karoui World. À la tête du groupe[3] et après le succès rencontré par un premier bureau installé au Maroc, il ouvre successivement des bureaux à Alger, Riyad, Khartoum, Nouakchott et Tripoli[4]. Son groupe est désormais reconnu internationalement[4] pour sa créativité et ses idées innovantes, ce qui lui vaut plusieurs distinctions[5] décernées par le public et les professionnels[6].

En parallèle au développement international, il mène une politique de diversification[2] et crée des filiales de production audiovisuelle, d’interactivité digitale, d’affichage urbain et un label musical[7]. En 2009[2], il prend la direction de la filiale télévision du groupe, Nessma[8].

Convaincu de la nécessité de l’union du Maghreb, il s’érige en chantre de cette cause et, voulant démontrer sa faisabilité, il entreprend de la concrétiser par le volet culturel : il redonne vie au patrimoine musical maghrébin et produit l'émission de télé-crochet Star Academy Maghreb[9] où des jeunes Maghrébins cohabitent et se familiarisent rapidement les uns avec les autres, prouvant que les barrières à l’union ne sont que politiques[10].

Activité politique[modifier | modifier le code]

Le , alors que des troubles ébranlent la région de Sidi Bouzid au Centre de la Tunisie et que les médias sont muselés par le régime de Zine el-Abidine Ben Ali, il entreprend de diffuser[11] sur sa chaîne de divertissement un débat politique[12] où la vérité des faits est dévoilée pour la première fois au public par un média local[13].

Pendant la révolution de 2011, il transforme la chaîne en un canal d'information qui devient une référence dans le paysage médiatique tunisien[14]. Karoui diffuse alors l'interview d’une personnalité absente de la scène politique depuis plus de vingt ans : Béji Caïd Essebsi[15]. À la suite de cette interview, ce dernier est sollicité pour occuper les fonctions de chef du gouvernement de transition[16].

Le , sa chaîne diffuse Persepolis. Le film terminé, environ 200 salafistes tentent de brûler l'immeuble de Nessma[17] avant de s'en prendre à son domicile quelques jours plus tard[18]. À la suite de cela, il est poursuivi pour atteinte aux valeurs du sacré lors du « procès Persepolis »[19], un procès qui connaît un retentissement à l’étranger[20]. S'il risque jusqu'à trois ans de prison pour blasphème, il est finalement condamné le à payer une amende de 2 400 dinars tunisiens[21], mais il se réserve le droit de faire appel[22]. Lors du procès, la plaidoirie de Chokri Belaïd, leader de gauche et avocat de Nabil Karoui, fait sensation ; il sera assassiné neuf mois plus tard[23]. Nessma assure la couverture de l'événement[24] et le chef du gouvernement démissionne[25].

Après la victoire des islamistes d'Ennahdha à l'élection de l'assemblée constituante, il initie, avec Béji Caïd Essebsi et un petit groupe de personnalités politiques, la création d’un parti politique visant à constituer un contrepoids au pouvoir en place. Nidaa Tounes tient ses premières réunions, durant des mois, dans les bureaux de Karoui et sa chaîne pèse de tout son poids pour mobiliser les démocrates de tous bords[26].

En tant que membre fondateur de Nidaa Tounes, Karoui contribue à maintes reprises à apaiser les tensions entre les partis rivaux et à rapprocher les points de vue entre leurs chefs, dans l’intérêt du pays. Il est particulièrement remarqué lorsqu'il initie et organise la rencontre historique de Paris[27] entre Rached Ghannouchi, le chef d'Ennahdha, et Caïd Essebsi[28] ; cette rencontre surprend les observateurs et fait sensiblement baisser la tension dans le pays. Nabil Karoui accompagne également Caïd Essebsi lors d'un déplacement en Algérie[29]. Toutefois, certains au sein de son parti lui reprochent son ambition, son impatience et sa propension à l'intrigue[30].

En moins de deux années, Nidaa Tounes devient la première formation du pays[31] en remportant les élections législatives d’octobre 2014 ; la campagne est réalisée par son groupe, Karoui & Karoui[32],[33]. Lors de l'élection présidentielle, il fait office de prestataire de services dans le domaine visuel pour la candidature de Caïd Essebsi[34], qui accède à la magistrature suprême le 31 décembre de la même année[35].

Alors qu'il se trouve dans le collimateur de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle en 2015 pour un éventuel rôle joué dans la campagne électorale de Nidaa Tounes[36], il appuie Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président, dans la lutte pour le leadership du parti et devient membre de son bureau exécutif en janvier 2016 après avoir contribué à écarter Mohsen Marzouk ; il quitte alors la direction de Nessma même s'il utilise la chaîne pour médiatiser ses actions[30]. Néanmoins, face aux désaccords qui surgissent avec Hafedh Caïd Essebsi, il gèle son adhésion au parti puis jette l'éponge en avril 2017[30]. C'est alors que fuite sur les réseaux sociaux une vidéo où il déclare vouloir compromettre une ONG luttant contre la corruption, I Watch, qui avait pris pour cible les frères Karoui un an auparavant avec des accusations d'évasion fiscale et de non-remboursement d'un crédit à la Banque de l'habitat[30].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Son fils Khalil meurt le 21 août 2016 dans un accident de voiture sur la route de Gammarth. Son épouse, Salwa Smaoui, est alors en déplacement professionnel en Afrique du Sud et ne rentre que le lendemain ; leur fils est enterré le 23 août à Carthage[37].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Nabil Karoui », sur tunisia-live.net
  2. a, b et c Sonia Mabrouk, « Karoui et Karoui », sur jeuneafrique.com,
  3. « Karoui&Karoui », sur karouikaroui.com
  4. a et b « Karoui&Karoui s’étend à l’Arabie saoudite et au Bahreïn », sur lesafriques.com,
  5. « Karoui&Karoui remporte deux prix », sur webmanagercenter.com,
  6. « Tunisie. Ces fils de pub ont du génie ! », sur kapitalis.com,
  7. « La saga Karoui », sur babnet.net,
  8. Samy Ghorbal, « Citizens Karoui », sur jeuneafrique.com,
  9. « Le premier bébé médiatiatique des frères Karoui », sur saphirnews.com,
  10. « Star AC, un bilan extrêmement positif », sur babnet.net,
  11. « Spécial Sidi Bouzid sur Nessma TV », sur babnet.net,
  12. « C'est bien un mouvement sans précédent que nous vivons là pour la Tunisie », sur lemonde.fr,
  13. Marie Kostrz, « Émeutes en Tunisie : à la télé, une brèche dans la censure », sur rue89.nouvelobs.com,
  14. Mustapha Benfodil, « Un paysage audiovisuel en pleine mutation », sur djazairess.com,
  15. « Présidentielle tunisienne : Béji Caïd Essebsi, le pouvoir et le style », sur jeuneafrique.com,
  16. « Qui est Béji Caïd Essebsi, le nouveau Premier ministre tunisien ? », sur tunisienumerique.com,
  17. « Tunis : les salafistes en colère », sur lefigaro.fr,
  18. « Le domicile du PDG de Nessma attaqué », sur lefigaro.fr,
  19. Ulysse Gosset, « Nébil Karoui : « En Tunisie, je suis dans la peau de Salman Rushdie » », sur lexpress.fr,
  20. « Le « procès Persepolis » interroge la liberté d'expression en Tunisie », sur lemonde.fr,
  21. Tarek Amara, Benjamin Massot et Jean-Stéphane Brosse, « Nabil Karoui condamné pour la diffusion de Persepolis en Tunisie », sur lepoint.fr,
  22. Ursula Soares, « Tunisie : le jugement du patron de Nessma TV ne satisfait personne », sur rfi.fr,
  23. « Meurtre de l'opposant tunisien Chokri Belaïd tué par balles devant son domicile », sur huffingtonpost.fr,
  24. « Les Tunisiens en masse aux obsèques de Belaïd », sur lefigaro.fr,
  25. « Le Premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, démissionne », sur lemonde.fr,
  26. « Tunisie : s’excusera, s’excusera pas, les bisbilles continuent à Nida Tounes », sur gnet.tn,
  27. « Paris : une rencontre entre Ghannouchi et Sebsi avec la médiation de Nabil Karoui », sur mosaiquefm.net,
  28. Frida Dahmani, « Que se sont dit Rached Ghannouchi et Béji Caïd Essebsi à Paris ? », sur jeuneafrique.com,
  29. « Tunisie – Algérie : Abdelaziz Bouteflika reçoit Béji Caïd Essebsi », sur businessnews.com.tn,
  30. a, b, c et d Frida Dahmani, « Tunisie : avis de gros temps pour Nabil Karoui, le patron de Nessma TV », sur jeuneafrique.com,
  31. « La Tunisie confirme la victoire de Nidaa Tounès aux législatives », sur liberation.fr,
  32. (ar) « Chronique IL », sur mosaiquefm.net,
  33. « Photos du jour : le provisoire fait sa campagne », sur businessnews.com.tn,
  34. « Tunisie : Nabil Karoui est décidément encombrant pour Nidaa Tounes », sur jeuneafrique.com,
  35. « Tunisie : Béji Caïd Essebsi vainqueur de la présidentielle », sur lexpress.fr,
  36. « B. Rmili revient sur l’intégration de Nabil Karoui au comité constitutif de NT », sur tunisienumerique.com,
  37. « L’enterrement de Khalil Karoui demain au cimetière de Carthage », sur kapitalis.com,