Néoplatonisme médicéen

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Statue de Laurent de Médicis dit « Le Magnifique », situé dans le passage des Offices.

Le néoplatonisme médicéen est un mouvement philosophique et artistique local à la Toscane, qui regroupe penseurs d'une part, et artistes florentins d'autre part. Tous bénéficièrent, durant les Quattrocento et Cinquecento, de l'appui de la famille régnante des Médicis.

Les uns travaillaient les concepts du beau et du sublime à partir des écrits grecs, et redécouvraient les ouvrages et la pensée de Platon, d'Aristote, de Plotin et plus généralement du legs gréco-romain, faisant évoluer les visions du monde issues de la chrétienté médiévale.

Les autres illustraient, par des représentations artistiques, les travaux de l'école philosophique de la Nouvelle Académie des Arts de Florence.

Le néoplatonisme et l'art[modifier | modifier le code]

Cette Adoration de la Vierge médicéenne regroupe tout le gotha de la cour des Médicis, réunie en dévotion pour marquer son ralliement rituel autant que l'affirmation de l'importance de cette cour de Florence sur les arts et les terres alentour. « Dieu est avec nous ! » disent par cette peinture les commanditaires de Botticelli : au centre Cosme, Pierre et Jean de Médicis. Pic de la Mirandole fait partie des spectateurs de la dévotion. Quant au peintre, son regard est ailleurs, il nous fait face tout à droite.

Le néoplatonisme a eu un retentissement non seulement sur la formation de la théologie chrétienne et l'évolution de la pensée médiévale, mais aussi, à la Renaissance, sur la formulation de l'esthétique et la pratique de l'art.

En 1434, Cosme de Médicis, négociant à la tête de la plus puissante famille de Florence à la Renaissance, accède au pouvoir. Il inaugure le mécénat et imprime un renouveau à l'art. Un de ses protégés, Marsile Ficin, entreprend sur son conseil de traduire et commenter les œuvres complètes de Platon et de Plotin, qui exerceront un impact considérable sur l'art de la Renaissance. Une Académie néoplatonicienne est fondée à Florence sur l'exemple de l'Académie de Platon, rassemblant de nombreux érudits de tous genres. Cette aura culturelle se poursuivra au-delà de cette période.

D'après Erwin Panofsky et André Chastel, la conception de l'art serait issue de l'influence néoplatonicienne et les artistes reproduiraient ces thèses. Une conception hiérarchique de l'Univers où le sensible symbolise l'intelligible, particulièrement disposée à insuffler un esprit créateur aux peintres.

Marsile Ficin, contre Thomas d'Aquin qui les séparait[1], reprend l'idée platonicienne[2] selon laquelle le Beau est identique à l'Idée suprême, au-delà de l'essence, Idée qui est aussi le Bien dans d'autres dialogues[3]. Il fond dans la pensée platonicienne le dogme chrétien : la beauté des choses provient de la splendeur divine. De plus Ficin reconnaît une valeur d'enseignement non seulement aux écrits chrétiens, mais aussi aux mythes grecs rapportés par Pythagore ou Platon.

Selon Panofsky, cette philosophie qui abolit toute limite entre le sacré et le profane a tout particulièrement séduit les poètes et les artistes. Il décrit ainsi les références néoplatoniciennes présentes dans le Printemps et la Naissance de l'amour de Botticelli[4].

L'Académie néoplatonicienne de Florence[modifier | modifier le code]

L'Académie néoplatonicienne de Florence (en italien Accademia neoplatonica) est fondée en 1459 par Cosme de Médicis (Cosme l'Ancien, 1389-1464), et dirigée par Marsile Ficin (1433-1499). Cette Académie regroupe Marsile Ficin, Guido Cavalcanti (vers 1250-1300), Jean Pic de la Mirandole (mai 1486), le Dr Fortuna, Ange Politien (1454-1494), Laurent le Magnifique (Laurent de Médicis, 1449-1492). En 1462, installé par Cosme de Médicis à Careggi, Marsile Ficin commence à traduire Platon avec l'aide d'une assemblée de savants, à laquelle il donne le nom d'Académie, en hommage à celle que Platon avait fondée en 387 av. J.-C. Il commente Le Banquet de Platon (De amore, 1469), écrit une Théologie platonicienne (1482), traduit en latin Platon (1484) et Plotin (1486), ainsi qu'Hermès Trismégiste. L'Académie disparut en 1521.

Le renouveau du platonisme qu'elle a engendré eut une influence sur la philosophe Tullia d'Aragon, auteur du dialogue De l'Infinité d'amour.

Les artistes médicéens[modifier | modifier le code]

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  • peintres
Andrea del Castagno
Andrea Mantegna
Antonio Pollaiuolo
Sandro Botticelli
Fra Angelico
Paolo Uccello
  • sculpteurs
Benvenuto Cellini
Donatello
atelier de Luca della Robbia (1429, sculptures et céramiques)
atelier de Andrea del Verrocchio
apprentis: Le Pérugin ; Léonard de Vinci;
  • artistes pluridisciplinaires
Michel-Ange
  • hors catégorie
Léonard de Vinci : compte tenu de l'universalité de son œuvre et de ses démêlés avec les Médicis qui l'emmèneront à la Cour de François Ier, ne saurait s'inclure uniquement dans ce mouvement artistique.

Postérité[modifier | modifier le code]

L'historien et essayiste Frédéric Ozanam rend hommage à Marsile Ficin et aux autres personnalités contemporaines de l'Italie, dans son Essai sur la philosophie de Dante, en ces termes :

« Le soleil italien ne cessa pas de luire sur des générations de philosophes, moralistes, jurisconsultes, publicistes, et de poètes qui se firent honneur de philosopher. C'est Marsile Ficin, confondant en son enthousiasme néo-platonique la science, l'art, et la vertu ; c'est Campanella, rêvant une cité idéale ; Machiavel, qu'il suffit de nommer[5]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Chez les scolastiques, les quatre transcendantaux ou idées les plus générales sont l'être (ens), le bon (bonum), l'un (unum), le vrai (verum). Thomas y ajoute le quelque chose (aliquid). On voit que le « beau » est absent de la liste des transcendantaux. L'idée du beau semble avoir été « oubliée » par les philosophes médiévaux, et donc redécouverte par les néoplatoniciens médicéens. Néanmoins, Umberto Eco (Le problème esthétique chez Thomas d'Aquin) et Jacques Maritain (L'intuition créatrice dans l'art et la poésie, p. 151, note 6) considèrent que le beau n'est pas absent de la pensée scolastique, mais qu'il n'est simplement pas nommé comme tel. Pour Maritain par exemple, le beau exprime l'éclat, le rayonnement des transcendantaux qui « brillent » tous ensemble, dans une acception à la fois métaphysique et esthétique du terme.
  2. Platon, Le Banquet, 210 – 211.
  3. Notamment dans Platon, République. La philosophe Hannah Arendt problématise le rapport entre le Beau et le Bien dans l'œuvre platonicienne dans la Crise de la culture, chapitre III : « Qu'est-ce que l'autorité », section 2.
  4. Erwin Panofsky, « Rinaschimento dell'Antichità : le XVe siècle », La Renaissance et ses avant-courriers dans l'art d'Occident, Champs, Flammarion.
  5. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Néo-platonique » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Michael J. B. Allen, The Platonism of Marsilio Ficino, Berkeley, University of California Press, 1984.
  • Daniel Beresniak, Les premiers Médicis et l'Académie Platonicienne de Florence, Detrad, 1994.
  • André Chastel, Marsile Ficin et l'art (1954), Droz, 2000.
  • André Chastel, Art et Humanisme à Florence au temps de Laurent le Magnifique, PUF, 1959.
  • Caroline Combrone, « Les platoniciens de l'art à la Renaissance », Revue Philosophique de Louvain, vol. 97, no 2,‎ , p. 268 à 288 (lire en ligne).
  • (en) James Hankins, Plato in the Italian Renaissance, Leyde, Brill, 1990, 2 t.
  • (de) Karl Sieveking, Geschichte der Platonischen Akademie zu Florenz, Göttingen, 1812.books.google.fr
  • Louis Valcke, Pic de la Mirandole : Un itinéraire philosophique, Belles Lettres, « Le Miroir des Humanistes », 2005.
  • Frances Yates, Les Académies en France au XVIe siècle, trad., PUF, 1996, chap. I : « Académies italiennes et académies françaises ».

Articles connexes[modifier | modifier le code]