Mythanalyse

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Le concept de mythanalyse apparaît en France dans les années 1980 sous la plume de Gilbert Durand et celle d'Hervé Fischer.

Le concept de mythanalyse apparaît en France avec la publication en 1961 de l'ouvrage de Denis de Rougemont Comme toi-même, Essais sur les mythes de l'amour[1]. Selon Pierre Brunel : "Mythanalyse”est un mot qui appartient d'abord à Denis de Rougemont. Je lui en rendrai donc la paternité, abusivement revendiquée par Gilbert Durand. »[2]

Gilbert Durand[modifier | modifier le code]

Gilbert Durand est un anthropologue des mythologies qui a réhabilité l'imaginaire, dévalorisé dans la tradition occidentale rationaliste, et dont il fait le substrat de la vie mentale. Professeur à l'université de Grenoble II, fondateur de ce qu'on a appelé L'École de Grenoble et du Centre de recherche sur l'imaginaire,il est connu notamment pour deux ouvrages : Les Structures anthropologiques de l'imaginaire, 1960 et Figures mythiques et visage de l'œuvre, de la mythocritique à la mythanalyse, 1978. On retiendra aussi L'Imagination symbolique, 1964 et L'Âme tigrée, 1980. Influencé par Carl Gustav Jung (il a participé régulièrement aux Rencontres d'Éranos) et Gaston Bachelard, il situe l'origine des mythes dans l'angoisse existentielle des hommes face à la perspective de la mort. Il a tenté d'établir une grammaire structurelle de ce qu'il appelle les « mythèmes », les éléments mythiques, qui se configurent selon divers axes postural, copulatif, digestif, selon les structures héroïque, mystique et dramatique et selon les régimes diurne ou nocturne. Il a travaillé à une « mythocritique » des œuvres d'art, notamment de La chartreuse de Parme. Durand n'a cependant pas vraiment développé le concept de mythanalyse dans sa différence avec ceux de mythocritique et de mythodologie qu'il utilise plus couramment, ni appliqué la mythanalyse aux sociétés actuelles. Le Centre de recherche sur l'imaginaire poursuit son œuvre à l'université de Grenoble.

Hervé Fischer[modifier | modifier le code]

Hervé Fischer, quand il était maître de conférence à l'université Paris V, a davantage consacré ses activités à l'« art sociologique ». Mais, en partant de la sociologie et de la psychanalyse, qu'il tente de lier, il arrive à la nécessité d'élaborer une nouvelle approche, la « mythanalyse », pour élucider le mythe de l'art et l'idéologie des avant-gardes des années 1970. Il l'aborde dans son livre intitulé L'histoire de l'art est terminé, 1981, où il consacre un chapitre conclusif à la mythanalyse, dont il propose le concept et qu'il présente comme l'analyse des mythes contemporains qui gouvernent nos idéologies collectives et expriment nos rapports de force sociaux. Il y déclare que nous dépendons aujourd'hui, tout autant que les Grecs en leur temps, de représentations mythiques, qui se traduisent dans nos croyances — religieuses, rationalistes et politiques — aussi bien que dans la syntaxe et les métaphores de notre langage. C'est à tort que nous croyons nous en être libérés sous prétexte que nous serions des adultes et non plus des enfants, ou des modernes et non plus des archaïques. Selon Hervé Fischer, notre représentation du monde demeurera toujours mythique.

Selon Hervé Fischer, la mythanalyse dépasse le caractère individuel biographique de la psychanalyse pour s'engager dans le domaine des imaginaires sociaux, donc collectifs, sans en appeler à des archétypes de type jungien. De nature idéologique, les mythes qui nous gouvernent naissent, meurent et se métamorphosent, en reflétant l'évolution de nos structures sociales et familiales. La mythanalyse démystifie jusqu'à un certain degré seulement, par une approche rationaliste critique des langages sociaux, dont elle ne peut éviter d'user elle-même, notre aveuglement aux mythes qui nous déterminent dans nos valeurs et nos comportements. On en peut repérer l'évolution dans les changements de cosmogonie des sociétés. Elle permet ainsi éventuellement une lucidité qui pourrait déboucher sur une thérapie sociale ou « civilisationnelle ».

Hervé Fischer, à la différence de Gilbert Durand, ne se présente pas comme un historien des mythologies, mais s'intéresse avant tout aux mythes actuels. Il a repris et développé ces idées dans Mythanalyse du futur, puis dans Cyberprométhée, l'instinct de puissance à l'âge du numérique (où il ajoute Prométhée aux instincts freudiens Éros et Thanatos),Nous serons des dieux et La société sur le divan. Éléments de mythanalyse.

Ni Gilbert Durand, ni Hervé Fischer n'inscrivent la mythanalyse dans le courant psychanalytique. Gilbert Durand se situe dans le courant de la recherche mythologique, et Hervé Fischer, très polémiste par rapport à la psychanalyse, dont il propose une critique politique et mythanalytique, représente le courant athée et matérialiste de la mythanalyse. Il se réfère à la construction biologique de la mémoire au cours des premières années de l'individu dans la matrice fabulatoire et dynamique du «carré parental»: la mère, le père, l'autre (la sociogenèse) et le nouveau-né/monde. Pour Hervé Fischer, «c'est le monde qui vient au nouveau-né» et non pas le contraire que véhicule le langage courant. Au début le nouveau-né distingue mal son corps du monde qui l'entoure (Piaget et Mendel). Et «de la lumière qu'il perçoit à travers ses paupières, dans laquelle le monde émerge à lui, il fera un dieu créateur : Theos, Zeus, Dieu, le jour - el dia - le soleil des Incas)» Hervé Fischer pense que c'est dans les premières prises de conscience et la fabulation biologique du nouveau-né qu'il faut chercher l'origine du monde qui naît des ténèbres, dont les mythologies nous proposent tant de récits divers (http://mythanalyse.blogspot.ca/) .

Autres auteurs[modifier | modifier le code]

Il existe un important courant jungien de la mythanalyse, animé notamment par Michel Cazenave et Pierre Solié, qui ont travaillé à partir de la psychanalyse jungienne sur la culture et, dans le cas de Pierre Solié, en thérapie. En 2007, Michel Cazenave a présidé le Groupe d'études C. G. Jung de Paris et appliqué la théorie jungienne à de nombreuses œuvres littéraires et notamment à la légende de Tristan et Iseult. Il a organisé les "Rencontres Pierre Solié" sur le thème "La Mythanalyse" à l'abbaye de Sylvanès. On lira aussi utilement Anne Clancier, dans le domaine de la littérature.

Plus récemment, des auteurs de plus en plus nombreux développent une approche mythanalytique, notamment dans le domaine des productions culturelles. L'Université de Grenoble 3 en France, l'université de Sherbrooke au Québec y consacrent des laboratoires de recherche. Cependant ces démarches démontrent une grande diversité d'inspiration théorique et de méthodologie.De nouveaux auteurs publient, tels que Christian Gatard, Georges Lewi. Divers courants peuvent être rapprochés de la mythanalyse, tels que l'anthropoïétique développée par l'écrivain québécois Pierre Ouellet, dans laquelle il s'interroge sur la construction de l'identité personnelle en fonction des contextes culturels (ce que Hervé Fischer nomme "l'autre" dans le carré parental).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Durand Gilbert. Les structures anthropologiques de l'Imaginaire, Bordas, Paris, 1983 (1re édition : Bordas, Paris, 1969).
  • Durand Gilbert. Figures mythiques et visage de l'œuvre, de la mythocritique à la mythanalyse, Berg, Paris, 1970.
  • Fischer Hervé. Mythanalyse et société, in L'oiseau-chat, roman-enquête sur l'identité québécoise 4e partie, éditions La Presse, Montréal, 1983.
  • Fischer Hervé. Mythanalyse du futur, publié seulement en ligne sur internet à http://www.hervefischer.net/, 2000.
  • Fischer Hervé. Cyberprométhée, l'instinct de puissance à l'âge du numérique, éditions vlb, Montréal, 2003.
  • Fischer Hervé. Nous serons des dieux, vlb, Montréal, 2006.
  • Fischer Hervé. La société sur le divan. Éléments de mythanalyse, vlb, Montréal, 2007.
  • Fischer Hervé. Québec imaginaire et Canada réel, vb, Montréal, 2008
  • Fischer Hervé. La pensée magique du Net, éditions François Bourin, Paris, 2014
  • Clancier Anne: Psychanalyse et Critique littéraire. Préface d'Yvon Belaval.Toulouse:Ed.Edouard Privat, 1973.228p
  • Clancier Anne: Mythes et Psychanalyse. Centre culturel international Cerisy La Salle.Paris.Ed:In Press.1997. 251p
  • Michel Cazenave: Le philtre et l’Amour, Ed. José Corti, 1969
  • Michel Cazenave: La subversion de l’âme, Mythanalyse de l’histoire de Tristan et Iseut, Seghers, 1981
  • Michel Cazenave: Tristan et Iseut, Albin-Michel, 1985
  • Gatard, Christian, Mythologies du futur, édition L’Archipel, Paris 2014
  • Lewi Georges. Bovary21, François Bourin éditeur, 2013
  • Lewi Georges. Les Nouveaux Bovary. Génération Facebook, l’illusion de vivre autrement, Pearson, 2012
  • Lewi Georges. Europe, bon mythe, mauvaise marque , édition François Bourin, 2014
  • Ouellet, Pierre. L'engagement de la parole. Politique du poème, Montréal, VLB Éditeur, coll. « Le soi et l'autre », 2005
  • Pierre Solié . La femme essentielle, Seghers, 1980
  • Pierre Solié: Psychanalyse et Imaginal, Imago, 1981
  • Pierre Solié: Mythanalyse jungienne, ESF, 1982

Références[modifier | modifier le code]

  1. Comme toi-même, Essais sur les Mythes de l'Amour, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2011 [1961].
  2. Pierre Brunel, Mythocritique, théorie et parcours, PUF, Paris, 1992, p. 38.

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]