Bal musette

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Un bal musette est un bal populaire, souvent champêtre, où l'on danse au son de l'accordéon. On y pratique surtout des danses de style musette telles que la valse musette, le tango musette et le paso musette, mais également la java et le paso doble, ainsi qu'un grand nombre d'autres danses suivant les époques, les régions, ou le répertoire d'un orchestre de bal.

Le « bal à la musette », ancêtre du bal musette[modifier | modifier le code]

La musette est un instrument à vent de la famille des bois, sorte de petite cornemuse particulièrement appréciée des Auvergnats au cours de leurs fêtes et célébrations[1].

Ces derniers vont importer leur instrument favori dans la capitale française au milieu du XIXe siècle, dans le quartier de la Bastille. Antoine Bouscatel, originaire de Lascelle, le plus célèbre des joueurs professionnels d'Auvergne, s’installera en 1890 à Paris[2],[3] où la musette est devenue l’instrument le plus populaire et où cela fait près de 40 ans que les « bals à la musette » — ou « bals des Bougnats — ont du succès. Toute la ville vient y danser la bourrée auvergnate dans des arrière-salles de cafés, particulièrement rue de Lappe où Bouscatel va fonder le bal le plus populaire du quartier et où toute la ville se pressera[4],[5],[6],[7].

Naissance du « style musette »[modifier | modifier le code]

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Histoire des bals musette, sur le site de l'INA
Jean GABIN - La Belle Equipe (1936) - Quand On Se Promene Au Bord de l'Eau

Autour de 1880, avec l'immigration d'Italiens qui animaient de nombreux bals de quartier, ces bals à la musette seront bientôt supplantés par les « bals musette » que donnent les Transalpins et dans lesquels ces derniers remplacent l’instrument des Auvergnats par leur instrument de prédilection, encore jeune et peu connu : l’accordéon[7].

Souvent accompagné d’une batterie, d’une contrebasse et d’une guitare, cet instrument va très vite créer « le musette » (au masculin cette fois), ou « style musette » — dans lequel, paradoxalement, la musette (l'instrument) a disparu —, plus enjoué, et dans lequel la valse détrône définitivement la bourrée auvergnate. C’est ainsi que de terribles bagarres vont éclater entre Italiens et Auvergnats, qui n’apprécient pas cette concurrence qu’ils jugent déloyale. Les conflits naissent si souvent, à coups de poing et coups de couteau, que le préfet de police de Paris prend la décision d’interdire les bals populaires dans l’enceinte de la capitale et que musiciens et danseurs émigrent pour quelque temps aux bords de Marne, à quelques kilomètres de Paris[4],[5],[6],[7].

« LA » musette et « LE » musette

LA musette désigne à la fois l'instrument et la danse qu'elle a suscitée, tandis que LE musette — abbrėviation de « le style musette » — est le genre musical né en France de la rencontre de la bourrée dansée dans les bals à la musette avec des genres musicaux préexistants tels que la valse, le tango et le paso-doble. Ravivés par l'usage de l'accordéon, de la batterie, de la guitare et, plus tard, d'autres instruments, ils donneront naissance à la valse musette, au tango musette et au paso musette[8],[9],[10],[11],[12],[13].

« Le style musette va naître d’un métissage sans précédent[4] » (Félicien Brut). Chacun apportant sa pierre à l’édifice, des Parisiens d’adoption venus de tous les pays vont faire ensemble de la musique à danser : les Polonais débarquent avec la mazurka et la polka, les Espagnols avec le paso-doble, les Américains avec le fox-trot, les Argentins avec le tango, les Sud-Américains avec le cha-cha-cha et la rumba[4]. Ces styles de danse naissent d’échanges entre musiciens venus des quatre coins du monde. Peu à peu, l’intérêt pour la cornemuse des Auvergnats, la musette, tombera en désuétude pour donner définitivement sa place à l'accordéon[14],[15].

Dans le musette, les danseurs privilégient des danses susceptibles d'être pratiquées dans des espaces restreints, comme les arrière-salles de bistros[6], et d’autres types de danse[16] sont également plébiscités :

  • la java, qui est une danse spécifique née du musette et la seule danse à deux qui soit réellement née en France[17],

et des formes musette de danses existantes :

Au cours de son âge d’or, l’entrée du bal musette était gratuite, mais les danseurs devaient acheter des jetons à la caisse. Ces jetons étaient en aluminium ou en bronze, de formes diverses (cercle, losange, octogone, etc.) avec des découpures différentes permettant de les identifier dans l'obscurité au simple toucher. Ils portaient au recto le nom du bal et au verso l'inscription « Bon pour une danse ». Vers la moitié de la danse, le patron du bal passait entre les couples avec une sacoche en annonçant « Passez la monnaie » et les danseurs donnaient un jeton de bal[15].

Les orchestres de musette actuels sont aujourd'hui généralement composés d'instruments amplifiés, comme l'accordéon, la guitare, la guitare basse, le clavier, le synthétiseur, la batterie et d'un chanteur utilisant un microphone.

L'accordéon musette[modifier | modifier le code]

Un accordéon à touches piano et un accordéon à boutons.

Instrument symbole du musette, célébré dans quantité de chansons, l'accordéon utilisé dans ce style se caractérise par des registres spécialement adaptés, dans lesquels les deux ou trois anches métalliques mises en vibration pour chaque note sont légèrement désaccordées. Cela permet d'émettre des harmoniques aigües donnant à l'instrument une sonorité perçante voire un peu criarde (le même principe est appliqué pour accorder un piano bastringue), qui imite approximativement le son des cornemuses et cabrettes d'autrefois, et qui a surtout l'avantage d'assurer une présence sonore bien supérieure, ce qui était essentiel pour se faire entendre dans le brouhaha des salles de bal au temps où il n'y avait pas de sonorisation.

L'introduction de l'accordéon dans les bals musette est en grande partie le fait de la diaspora italienne. Dès la fin du XIXe siècle, la fabrication d'accordéons est devenue en Italie une grosse industrie fortement exportatrice, et les émigrants italiens contribuent à populariser l'instrument dans les grandes villes de France. L'adoption de l'accordéon dans le style musette fait fleurir dans les premières décennies du XXe siècle tout un secteur d'activité essentiellement tenu par des Italiens : revendeurs, réparateurs, accordeurs, et même fabricants, comme la famille Cavagnolo. Les grandes marques consacrées dans le musette, outre Cavagnolo, sont toutes italiennes : Fratelli Crosio, Piermaria, Crucianelli. La communauté italienne a également donné à la cette musique un grand nombre d'instrumentistes[7].

Le déclin[modifier | modifier le code]

À partir du début des années 1960, la popularité du bal musette régresse pour des causes convergentes :

  • la mondialisation des musiques sous les influences anglo-saxonnes ;
  • la généralisation de la télévision, qui remplace peu à peu les loisirs en extérieur ;
  • le développement des danses à quatre temps telles que le rock 'n' roll ;
  • étant par définition une musique amplifiée, le rock impose son volume bien avant que le musette ne s'adapte à la sonorisation ;
  • l'utilisation croissante des enregistrements sonores pour danser : la discothèque remplace le bal ;
  • la déferlante disco à la fin des années 1970 ;
  • la gentrification de Paris : les anciens quartiers populaires de Paris s'embourgeoisent, les classes populaires partent en banlieue.

Toutefois, les bals musette bénéficient aujourd’hui d'un regain d'intérêt[18] en tant qu'élément du patrimoine populaire, témoignage resté vivant du folklore urbain français de la première moitié du XXe siècle.

Principaux bals musette à Paris à la grande époque du musette[modifier | modifier le code]

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Pochette et étiquettes du disque Et ça tournait! avec Mouloudji et Marcel Azzola[19]

Artistes du musette[modifier | modifier le code]

En 1976, Marcel Mouloudji et Marcel Azzola sortent une anthologie de la chanson musette, intitulée Et ça tournait !, comprenant vingt-quatre titres célébrant la valse musette[20],[21].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Amandine Dewaele : Les origines du bal musette, mémoire de maîtrise d'anthropologie, Paris VIII, 1995
  • Roger Chenault : La danse musette, Édition de l'auteur, Courbevoie, 1995
  • Alphonse Boudard et Marcel Azzola : La valse musette et l'accordéon, Solar, 1998
  • Claude Dubois : La Bastoche- Bal-musette, plaisir et crime, Le Félin, 1996, revu, relu et augmenté in La Bastoche - Une histoire du Paris populaire et criminel, Perrin-Tempus, 2011

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « musette » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  2. « Antonin BOUSCATEL (1867-1945) : Enregistrements historiques 1910-1932 », sur ericmontbel.com (consulté le )
  3. « Antonin Bouscatel », sur modalmusic.eu (consulté le )
  4. a b c et d « Courte histoire du musette », sur felicienbrut.com (consulté le )
  5. a et b « L'histoire du «Musette» », sur accordeon-esch.lu (consulté le )
  6. a b et c Histoire des bals musette, INA, 14 juillet 1999 [voir en ligne]
  7. a b c et d Marie-Claude Blanc-Chaléard, « Les trois temps du bal-musette ou la place des étrangers (1880-1960) », dans Jean-Louis Robert et Danielle Tartakowsky, Paris le peuple : XVIIIe-XXe siècle, Paris, Éditions de la Sorbonne, (ISBN 9782859448530, DOI 10.4000/books.psorbonne.1272, lire en ligne)
  8. Musette, définition du dictionnaire Le Larousse.
  9. Identité nationale, Gilles Montcoudiol, sur le site du CAIRN (2007).
  10. Du musette à Beethoven, l'accordéon monte en gamme, Valérie de Senneville, Les Échos, 28 mai 2021.
  11. Ils ont guinché avec les rois du musette, Laurence Chegaray, Centre Presse, 30 juillet 2012.
  12. La pratique de la cabrette, ou musette, fiche d’inventaire du patrimoine culturel immatériel, Ministère de la Culture (France), p. 15 (2018).
  13. [vidéo] LA musette ou LE musette ??? sur YouTube
  14. Rémi Hess, La valse, un romantisme révolutionnaire, Paris, Editions Métailié, coll. « Sciences humaines », , 191 p. (ISBN 2-86424-468-3)
  15. a et b Henri Joannis Deberne, Danser en société, Paris, Christine Bonneton, , 223 p. (ISBN 2-86253-229-0)
  16. « Les danses », sur tdce.be (consulté le )
  17. Louis Péguri et Jean Mag, Du Bouge... au Conservatoire, Paris, World-Press,
  18. « Jazz Culture : Paris Musette, l'intégrale », sur France Musique, (consulté le )
  19. Source: Discogs.com
  20. « Biographie », sur melody.tv (consulté le )
  21. « Mouloudji, Marcel Azzola – ... Et Ça Tournait ! Anthologie De La Chanson Musette », sur discogs.com (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]