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Musée historique d'Abomey

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Palais royaux d'Abomey *
Image illustrative de l’article Musée historique d'Abomey
Coordonnées 7° 11′ 12″ nord, 1° 59′ 40″ est
Pays Drapeau du Bénin Bénin
Subdivision Zou
Numéro
d’identification
323
Année d’inscription (9e session)
Année d’extension (31e session)
Type Culturel
Critères (iii) (iv)
Superficie 47,6 ha
Zone tampon 181,6 ha
Région Afrique **
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification UNESCO

Le musée historique d’Abomey est un ensemble de palais royaux dont une partie contient l’un des plus prestigieux musées du Bénin. Le site de 47 hectares dont il fait partie est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis [1].

Palais royaux d'Abomey.

La tradition raconte que Tado, localité située près du fleuve Mono, non loin d’Aplahoué dans le sud-ouest du Bénin, mais en territoire aujourd’hui togolais, fut à l’époque où il n’existait pas de frontières en Afrique, le berceau des peuples du Sud-Danhomey et du Togo méridional.

Tado fut une cité royale d’où les descendants d’Agassou, fils de la princesse Aligbonon et d’une panthère mâle, et leurs partisans partirent en exil, après de profondes discordes, pour fonder plus tard le Royaume d'Allada ou Ardra.

À la mort du chef de cette première migration, la succession fut difficile. Lassés des querelles de succession, deux des princes, Awesu et Dogbali, décident de s’exiler et de laisser le trône à leur frère Kokpon. Le premier remonta vers le Sud-est dans la région de l’actuelle Porto-Novo et fonda le royaume d’Ajacè (lire Adjatchè) : « mon territoire Adja ». Il prit le nom de Tê Agbanlin. Quant au second, Do-Gbagli, il vint s’installer au pays des Guédévi, précisément à Houawé, près de la ville actuelle de Bohicon. Do-Gbagli mort, son fils Dako prit la succession au détriment de l’aîné Ganyéhessou.

Mais Aho, surnommé Houégbadja, fils de Ganyéhessou, reprit le pouvoir et fonda le royaume d’Agbomè, où il bâtit son palais. Ses successeurs contribuèrent à tour de rôle à l’expansion des palais royaux qui, depuis le siècle dernier, s’étendent sur une superficie de 44 hectares.

En raison de sa structure organisationnelle, le royaume d’Agbomè enregistra des succès parfois très éclatants, mais aussi des échecs quelquefois très humiliants notamment avec les Nagots de Kétou et d’Oyo au Nigéria. Cependant le royaume d’Agbomè finit par s’imposer et sa fougue guerrière inspirait la terreur aux peuples voisins, même après la conquête du royaume par les troupes françaises.

Le palais de Simbodji, après l'incendie (gravure de 1895).

Les ambitions de conquête protectorale des Français, couplées à un différend sur l'attribution des revenus douaniers, aboutirent à la guerre de résistance, par les troupes d’Agbomè contre l'Armée d'Afrique.

Le , le drapeau français fut hissé sur le point culminant du palais de Singbodji (maison à étage du roi Guézo). Devant l’adversaire victorieux, le roi Béhanzin prit la fuite et ordonna l’incendie des palais pour éviter leur profanation par des troupes françaises. C’est ainsi que de multiples richesses accumulées au fil des siècles disparurent en fumée.

Alors que toute rencontre avec le président français lui est refusée, le roi vaincu Béhanzin est déporté en Martinique, loin de la terre sacrée de ses ancêtres qu’il a défendue pendant son bref règne.

Le prince Goutchili, son frère et général de l’armée de Danxomè pendant la guerre contre les troupes françaises, lui succéda, désigné par la famille royale. Goutchili fut intronisé roi du Danxomè par le gouvernement français le sous le nom fort de Agoli-Agbo.

Agoli-Agbo fut le premier restaurateur des Palais royaux d’Abomey. Cependant, après avoir été évincé du trône, Agoli-Agbo connut le même sort que son prédécesseur. Il fut à son tour exilé au Gabon.

Il faudra alors attendre l’administrateur Edmond Chaudoin en 1911 et surtout le gouverneur Reste, soutenu par le prince Justin Aho, petit-fils de Glèlè, pour engager l’exécution d’importants travaux de restauration dans les palais de Guézo et de Glèlè. Un embryon de musée fut alors constitué. En 1938, le commandant du Cercle en était le conservateur officiel.

En 1943, le Gouvernement général de l’AOF (Afrique-Occidentale française) confia les palais royaux et le Musée historique à l’Institut français d'Afrique noire (IFAN). Un arrêté datant de 1944 confirme la tutelle de l’IFAN et crée le Musée. L’IFAN fut remplacé, après l’indépendance nationale, par l'Institut des recherches appliquées du Dahomey (IRAD) créé le [2].

Collections

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Le musée historique d'Abomey abrite des témoignages du passé ; bien plus il reflète l’héritage historique et culturel du peuple Fon.

Il est remarquable par sa situation géographique et ses collections. En effet, les palais royaux furent autrefois la capitale du royaume. La ville d’Abomey est jalonnée de multiples temples de vodoun et palais de princes héritiers : palais de Kpengla et de Tegbessou à Adandokpodji, palais d’Agonglo de Guézo à Gbècon et palais de Glèlè à Djègbé palais de Béhanzin à Djimè, d’Agoli-Agbo à Gbindo etc.

Le musée historique d’Abomey couvre actuellement une superficie de 10 hectares. Il comprend deux départements : le plus ancien, qui existe depuis l’ouverture du musée en 1944, est installé dans les palais de Guézo et de Glèlè, le plus récent, situé au sud non loin du marché historique Houndjro date de 2004. Ce dernier, consacré exclusivement au roi Béhanzin, a pour particularité d’offrir aux visiteurs, d’une part la vie et les œuvres de ce roi, d’autre part sa dimension nationale et internationale.

L’exposition qu’abrite ce palais est conçue non pour en faire un musée de type classique, mais un centre d’interprétation.

Fréquentation

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Évolution de la fréquentation du Musée historique d'Abomey[3].

1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003
--10 65915 04816 66321 37022 01329 15221 191
2004 2005 2006 2007 - - - - -
21 37322 00422 41023 269-----

Projets de valorisation et perspectives

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Dans le cadre du Programme d'Action du Gouvernement (PAG 2021-2026), le Bénin a engagé un vaste chantier de réhabilitation et d'extension du site palatial d'Abomey, dont le musée historique constitue le cœur. Piloté par l'Agence Nationale des Patrimoines Touristiques (ANPT), ce projet comprend trois volets principaux : la réhabilitation des palais royaux de Ghézo, Glèlè, Béhanzin, Agoli-Agbo et Akaba, la construction d'un nouveau musée aux normes internationales (MuRAD), et l'aménagement d'une promenade patrimoniale reliant les différents sites du domaine[4].

Le Musée de l'Épopée des Amazones et des Rois du Danhomè (MuRAD)

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Porte du palais royal d'Abomey restituée.
Trésor royal restitué en exposition.

La restitution par la France, en novembre 2021, de vingt-six trésors royaux pillés lors de la conquête coloniale de 1892 a constitué l'élément déclencheur d'un projet muséal inédit sur le site des palais royaux d'Abomey[5]. Ces objets — statues anthropo-zoomorphes des rois Glélé, Ghézo et Béhanzin, trônes, portes du palais royal, récades et autels portatifs — avaient été conservés pendant plusieurs décennies au musée du quai Branly - Jacques Chirac à Paris[6]. Dans l'attente de l'ouverture d'un musée dédié, ces pièces sont conservées dans une réserve provisoire au palais de la Marina à Cotonou, siège de la présidence de la République[6].

Pour accueillir ces collections de manière permanente, le gouvernement béninois a lancé la construction du Musée de l'Épopée des Amazones et des Rois du Danhomè, dit MuRAD. Le nouveau bâtiment est implanté au sein même du site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, dans la « Cour des Amazones », ancien terrain d'entraînement des Agoodjiés (guerrières du palais royal)[7]. D'une superficie de 2 000 m2, le projet est confié à l'architecte franco-camerounaise Françoise N'Thépé[8]. Le parti architectural retenu vise à s'inscrire dans la continuité des constructions traditionnelles du site sans reproduire mimétiquement l'architecture royale existante[9].

Le MuRAD est financé par l'Agence française de développement (AFD) à hauteur de 35 millions d'euros — dont 25 millions sous forme de prêt souverain et 10 millions de subvention —, avec l'appui technique d'Expertise France[10]. Le projet prévoit également un volet de renforcement des capacités locales : une centaine d'artisans d'Abomey ont été formés aux techniques du bâti traditionnel dans le cadre d'un chantier-école au Centre de Formation Professionnelle et d'Apprentissage (CFPA) d'Abomey, en partenariat avec les Compagnons du Devoir[11]. Ces formations portent notamment sur des savoir-faire ancestraux tels que la construction en chaume, la réalisation de bas-reliefs et les techniques de restauration des bâtiments en terre, contribuant ainsi à pérenniser les métiers du patrimoine liés au site[12].

Après plusieurs reports successifs depuis le lancement du chantier, l'ouverture du MuRAD est désormais prévue au printemps 2027[6]. L'architecte a elle-même reconnu que le calendrier a été « un sujet depuis le début du projet », notamment en raison des discussions approfondies menées avec l'UNESCO sur l'intégration du bâtiment dans le périmètre classé, ainsi que de la concertation avec les chefs traditionnels associés au projet[6]. Une fois achevé, le MuRAD viendra compléter le musée historique d'Abomey existant, faisant du site palatial d'Abomey un ensemble muséal de rayonnement international.

Notes et références

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  1. UNESCO Centre du patrimoine mondial, « Palais royaux d'Abomey », sur UNESCO Centre du patrimoine mondial (consulté le )
  2. (fr) Répertoire des services de documentation, de bibliothèque et d'archives d'Afrique, UNESCO, Paris, 1977, p. 69
  3. Joubert et Vital 2008, p. 131
  4. « Promotion du tourisme autour du site palatial d'Abomey : Bientôt un grand musée et cinq palais royaux réhabilités », sur gouv.bj (consulté le )
  5. « Le Bénin redessine sa carte culturelle entre restitutions et musées », sur APAnews (consulté le )
  6. 1 2 3 4 « « Je sais que le public est impatient » : au Bénin, les 26 œuvres d'art restituées par la France attendent toujours leur écrin », sur Franceinfo, (consulté le )
  7. (en) « The Museum of Dahomey Kings and Amazons (MuRAD) », sur L'Architecture d'Aujourd'hui, (consulté le )
  8. « Le MuRAD (Musée des Rois et des Amazones du Danxomè), Abomey, Bénin », sur Les Crayons (consulté le )
  9. « Au Bénin, un chantier patrimonial et mémoriel colossal », sur Bénin Révélé, (consulté le )
  10. « Le Bénin et la France main dans la main pour la création du MuRAD », sur Ambassade de France au Bénin (consulté le )
  11. « Inauguration du chantier-école d'Abomey : Plus d'une centaine d'artisans-apprenants formés », sur gouv.bj (consulté le )
  12. « Bénin : 30 milliards FCFA pour la construction du Musée des rois et amazones du Danxomè », sur Africa24, (consulté le )

Bibliographie

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  • (en) Léonard Ahonon, « The living consecration of the history of the Kingdom of Abomey : the Musée historique d'Abomey », in Claude Daniel Ardouin (dir.), Museums and history in West Africa, Smithsonian Institution Press, Washington, DC ; James Currey, Oxford, 2000, p. 164-168
  • (en) Anne Ambouroué Avaro et Alain Godonou, « The revitalization of the Abomey History Museum and the Web », in Museum international (Paris), 53 (3), no 211, juillet-, p. 53-57
  • (en) Suzanne Preston Blier, « The Musée Historique in Abomey : art, politics, and the creation of an African museum », in Arte in Africa 2 : raccogliere, documentare, conservare, restaurare ed esporre le opere d'arte traditionale africana, Centro di studi di storia delle arti africane, Florence, 1991, p. 140-158
  • (en) Francesca Piqué et Leslie H. Rainer (et al.), « The Historic Museum of Abomey », in Palace sculptures of Abomey : history told on walls, Getty Conservation Institute : J.Paul Getty Museum, Los Angeles, 1999, p. 94-103 (ISBN 0-89236-569-2)
  • Léandre R. Accalogoun, Palais et sites royaux d'Abomey : réflexions pour une réhabilitation des ouvrages de fortification, Imp. Grande Marque, Benin, 2003?, 72 p. (ISBN 978-99919-9993-7)
  • Étienne Codjovi Joseph Adandé, Les grandes tentures et les bas-reliefs du musée d'Agbome, Université nationale du Bénin, 1977 (mémoire de maîtrise d'Histoire)
  • Adolphe Pape Cissé Alitonou, « La nouvelle exposition permanente du Musée d'Abomey », in West African Museums Programme bulletin (Londres), no 8, 2000, p. 80-95
  • Marlène-Michèle Biton, L'art des bas-reliefs d'Abomey : Bénin-ex-Dahomey, L'Harmattan, Paris, Montréal, 2000, 202 p. (ISBN 2-7384-9445-5)
  • Arsène Dossou, « Que devient le Musée Historique d'Abomey après PREMA 92 ? », in Prema newsletter (Rome), no 4, 1994, p. 33
  • Hélène Joubert et Christophe Vital, Dieux, rois et peuples du Bénin : arts anciens du littoral aux savanes, Paris, Somogy / Conseil général de la Vendée, , 304 p. (ISBN 978-2-7572-0185-5), p. 143
  • Emery Patrick Effiboley, « Les musées béninois : du musée ethnographique au musée d'histoire sociale », in French Studies in Southern Africa, no 44, 2015, p. 30-61, [lire en ligne] (article tiré de la thèse de l'auteur, Les Béninois et leurs musées : étude ethno-historique, soutenue à l'université Paris-Nanterre en 2013)
  • Junzo Kawada (dir.), La restauration du Palais du Roi Gbèhanzin : Palais royaux d'Abomey : un bien du patrimoine mondial, Unesco, Paris ; CRATerre-ENSAG, Villefontaine, 2007, 28 p. (ISBN 2-906901-50-4)
  • Paul Mercier et Jacques Lombard, Guide du Musée d'Abomey, IFAN, Porto-Novo?, 1959, 40 p.
  • Th. Constant-Ernest d'Oliveira (et al.), La visite du Musée d'histoire d'Abomey, Abomey, 1970 (brochure)
  • (it) Roberta Cafuri, In scena la memoria : antropologia dei musei e dei siti storici del Bénin, L'Harmattan Italia, Turin, 2003, 139 p. (ISBN 9788888684178)

Articles connexes

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Liens externes

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