Musée Pierre-Noël de Saint-Dié-des-Vosges

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Musée Pierre-Noël
L'entrée du musée
L'entrée du musée
Informations géographiques
Pays Drapeau de la France France
Ville Saint-Dié-des-Vosges
Adresse 11 rue Saint-Charles
place Georges Trimouille
Coordonnées 48° 17′ 19″ nord, 6° 57′ 07″ est
Informations générales
Date d’inauguration mars 1977
Conservateur Éléonore Buffler (directrice du pôle scientifique)
Pascal Morel (directeur administratif)
Collections Archéologie gallo-romaine, beaux-arts, arts décoratifs, collection militaire, faune vosgienne, traditions populaires, Jules Ferry, Claire et Yvan Goll, Le Corbusier
Nombre d’œuvres plus de 45 000 œuvres
Superficie 2 400 m2

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Musée Pierre-Noël

Le musée Pierre-Noël est un musée d'art et d'histoire situé à Saint-Dié-des-Vosges. Labellisé musée de France, il porte le nom de Pierre Noël, maire de la ville de 1965 à 1977. Une inscription gravée sur la partie moderne du bâtiment rappelle sa vocation initiale, « musée de la vie dans les Hautes-Vosges », mais les collections font désormais une large place à l'art contemporain.

Le musée ayant été restructuré en 2013, la description des salles peut ne plus être entièrement d'actualité.

Histoire[modifier | modifier le code]

Poterne et mur du quartier canonial

Depuis la construction du musée en 1977, la colonnade de l'ancien palais épiscopal construit sur le flanc nord de la cathédrale par l'architecte Jean-Michel Carbonnar en 1782 permet d'accéder à ce nouvel espace.

La partie médiévale se trouve du côté de la rue Saint-Charles, à droite de l'entrée principale. On y découvre un escalier couvert, dernier vestige des murailles élevées jadis pour consolider le terrain du quartier des églises créé sur le Mont et qui permettait notamment d'accéder à un bras de la Meurthe, détourné depuis. Une brèche dans ce mur fut pratiquée en 1781, au moment de l'édification du palais épiscopal.

Le vaste bâtiment moderne ouvert au public en 1977 intègre cet ancien escalier, classé monument historique comme la colonnade.

Ce nouvel édifice, réalisé entre 1973 et 1976, est l'œuvre d'Aldo Travaglini, un architecte arrivé à Saint-Dié en 1947. À l'extérieur, les trois panneaux en faux-relief (Promenade dans un parc, Le Banquet et Le mouvement vers la connaissance) ont été conçus par Françoise Schrepfer-Malaprade.

Albert Ronsin a dirigé le Musée et la Bibliothèque de 1960 à 1990, tout en rédigeant une série d'ouvrages consacrés à l'histoire de la ville. Le Musée Pierre-Noël est aujourd'hui (2013) animé par Éléonore Buffler, directrice du pôle scientifique, et Pascal Morel, directeur administratif.

Collections[modifier | modifier le code]


Archéologie gallo-romaine[modifier | modifier le code]

Stèle du « Maître de forge »

Dans la salle Marcelle et Georges Tronquart, on découvre des traces d’activité dans la région de Saint-Dié dès la fin du néolithique (lames, grattoirs, pointes de flèches), mais les pièces de grande taille datent plutôt du début du premier millénaire, comme cette stèle funéraire en grès rose de 700 kg (Ier et IIe siècles), sur laquelle une torche allumée entre deux personnages semble suggérer l’immortalité. La plus connue est sans doute celle du « Maître de forge » (200 apr. J.-C.) où la femme du forgeron y tient un gobelet et un flacon. Elle contient des stèles-maisons, comme celle dédiée aux Dieux Mânes du Caranta (Ier et IIe siècles) qui a l’aspect extérieur d’une maison gauloise et pèse environ une tonne.

Au centre de la section archéologique, une maquette réalisée en 1980 représente le Camp celtique de la Bure, un site tout proche de Saint-Dié, d’où proviennent quelques-uns des objets exposés, par exemple la stèle en grès rose, dite du « Maître de forge » (une copie de cette œuvre d'art naïf du IIIe siècle a été installée sur le site du camp). Réalisée par Georges Trimouille (après avoir été s'initier à ce travail pénible et délicat à l'atelier du musée des monuments Français à Paris) et aidé de M. Renaud, ancien contremaître à l'usine Larger. À l'époque Georges Trimouille était président de la Société philomatique vosgienne. Il a participé grandement aux fouilles, dans les années 1960 à 1974, avec Jacques Cadiot qui y consacrait tous ses dimanches.

Beaux-Arts[modifier | modifier le code]

La Glorification de saint Déodat (B. Prot)

Le saint patron de la ville est honoré à travers plusieurs œuvres, dont celle de Claude Bassot, La Consécration de Déodat (vers 1620) ou celle de B. Prot, La Glorification de saint Déodat, une huile sur toile de 1662 en provenance de la chapelle du Petit-Saint-Dié.

Autoportrait de Jean-Baptiste Jacques Augustin (1796)

Jean-Baptiste Jacques Augustin, un miniaturiste de renom né à Saint-Dié en 1757, est présent sous la forme de trois œuvres (aquarelle et gouache) : un portrait de Louis Hector Chalot de Saint-Marc (1778 ?), un premier autoportrait de 1784 environ, et un second de 1796. Aux côtés de ces petits tableaux figurent aussi quelques objets personnels de l’artiste, dont son nécessaire de miniaturiste, son journal de bord, ainsi qu’une esquisse sur plaque d’ivoire.

Une place significative est accordée aux artistes de la région, par exemple le Vosgien Henri Valentin, principal dessinateur de la revue L'Illustration entre 1844 et 1855. Portrait du père de l’artiste 1855 et Les Lavandières dans le sous-bois 1867 sont deux huiles de Louis Français, né à Plombières-les-Bains et membre de cette École de Barbizon qui valorisa le paysage dans la peinture.

Quant à Jean Lurçat, né à Bruyères, deux tapisseries d’Aubusson, Le pêcheur (1941) et Jungle et papillons (1959), sont complétées par quelques céramiques et une huile sur bois, Paysage au voilier (1930-31). Notons aussi Femme enceinte, un bronze de William Chattaway, et Femme, une huile de Wifredo Lam de 1975. Composition est une toile de 1986, due à Fausto Olivares qui avait un atelier près de Saint-Dié où il passait une partie de l’année. On pourrait citer également les œuvres de Pierre Didier, Marc Petit, Philippe de Belly, Maurice Ehlinger (La Skieuse), Paul Descelles, Roger Decaux, Robert Caël, Bertholin dont les installations ont fait le tour du monde ou encore les huiles d’Henri-Alain Lesprit ou de Charles Peccatte.

Sur le thème des nouveaux vitraux de la cathédrale réalisés en 1986-1987 sous la direction de Jean Bazaine sont réunies des réalisations de plusieurs maîtres-verriers ayant participé au projet. Celui de Raoul Ubac, prématurément décédé, ne put aboutir, mais l’une de ses résines est exposée ici, aux côtés d’un verre peint de Claire de Rougemont, de plusieurs huiles sur toile de Vera Pagava, Jean Le Moal, Alfred Manessier et Geneviève Asse, d’un acrylique sur papier marouflé sur toile d’Albert Bitran (1975-76) et de plusieurs peintures vinyliques de Jean Messagier.

Sous le titre 11.11.71., on trouve auprès d’eux une grande huile sur toile de l’artiste franco-chinois Zao Wou-Ki, un proche de Claire Goll. Jean Bazaine lui-même figure en bonne place. En effet, Saint-Dié-des-Vosges lui doit, outre l’ensemble de la cathédrale, la grande mosaïque (80 m2) L’Envol de la liberté qui orne depuis 1999 la façade de l’Espace François-Mitterrand, aux pieds de la Tour de la liberté. Le musée détient la maquette originale de cette mosaïque (un collage d’éléments à la gouache), ainsi que les types de pierres et d’émaux entrant dans sa composition. Le tout est complété par quelques huiles et aquarelles de l’artiste. En 1998, le musée s'est enrichi du laps 1507 de l'artiste Alexis Thomas Astier. Ce 'fragment' de "l'œuvre universelle du temps" avec le Caryotype est un hommage au baptême de l'Amérique par Martin Waldseemuler[1].

Arts décoratifs[modifier | modifier le code]

Soupière en faïence de Raon-l'Étape (Emile Gallé)

Les éléments les plus significatifs de cette section sont tout d’abord les collections de faïences de la région (Saint-Clément, Lunéville, Épinal ou Rambervillers).

Le service de table décoré par Émile Gallé, le chef de file de l’École de Nancy, réalisé en 1889 à Raon-l'Étape et offert à la reine de Roumanie à l’occasion de sa venue à l’Exposition universelle de Paris de 1889, constitue ici un autre pôle d’attraction. Son service de verres et de carafes « à larmes » fut exécuté à Meisenthal (Moselle) en 1884.

Notons aussi, aux côtés de fines peintures sur céramique de Paul Descelles, une collection de montres et de mouvements des XVIIIe et XIXe siècles.

Collection militaire[modifier | modifier le code]

Shako de Jäger bavarois

Des dizaines de vitrines rappellent — si besoin était — que Saint-Dié-des-Vosges et sa région furent le théâtre de grandes batailles. On y découvre nombre d'uniformes, d'armes, de munitions, de décorations, d’artisanat de guerre, de soldats de plomb, d’affiches et de documents divers. Les périodes couvertes sont surtout 1860-1945 pour l'armée allemande et 1800-1960 pour l'armée française, mais quelques sabres et objets rappellent aussi les guerres napoléoniennes.

À titre d’exemple, voici le shako, une coiffure distinctive des chasseurs à pied portée par l’armée prussienne depuis 1807 et qui sera supplantée par le casque à pointe en 1842.

Une grande vitrine est consacrée à René Fonck, un as de l'aviation de la Première Guerre mondiale né dans la commune voisine de Saulcy-sur-Meurthe où il est enterré. Ce visionnaire, membre de la célèbre Escadrille des Cigognes aux côtés de Guynemer, aurait abattu 75 avions ennemis entre 1916 et 1918. Sa carrière et cette épopée sont illustrées ici et l'on remarque notamment cette hélice d’avion civil en sapin de 1910, fabriquée dans l’atelier de construction d’avions ouvert à Saint-Dié en 1909.

Faune vosgienne[modifier | modifier le code]

La salle Gaston Laurent, qui met en scène de nombreux animaux naturalisés, fait la part belle à l'ornithologie. Les espèces locales sont certes valorisées, mais la collection offre également un large panorama des oiseaux d'Europe – de la toundra aux abords de la Méditerranée.

On remarque quelques beaux spécimens, comme l'aigle royal, le gypaète barbu, le balbuzard, le pygargue à queue blanche, le harle huppé, le chevalier combattant ou la chouette lapone. Des vitrines spécifiques sont dédiées à l'outarde barbue (l'un des oiseaux volants les plus lourds au monde, mais aujourd’hui éteint dans les Vosges et en France), et surtout au Grand Tétras, également appelé « grand coq de bruyère », une espèce sensible et farouche dont le mâle peut peser jusqu’à 5 kg et atteindre une envergure de plus d’un mètre. C’est aussi une espèce menacée : il ne subsisterait que 160 mâles environ dans le Massif vosgien.

Les mammifères de la région ne sont pas absents : chamois, cerfs, chevreuils ou blaireaux. À noter en particulier le lynx, un animal protégé dont la réintroduction dans les Vosges en 1983 ne manqua pas de déclencher quelques polémiques.

Traditions populaires[modifier | modifier le code]

Une ancienne épicerie de village

Ainsi que l'appellation « Musée de la Vie dans les Hautes-Vosges » l'annonce, il s'agit avant tout de faire découvrir au visiteur une région riche en traditions, tout particulièrement à travers les métiers d'antan : la vie à la ferme, la fenaison, le perçage de tuyaux de fontaine, le ferrage des bœufs, la chasse, la scierie (hauts-fers), le schlittage (transport du bois à l'aide de Schlitte, le flottage du bois, le tissage de stores, le blanchiment sur pré ou la fabrication du fromage.

Une épicerie-mercerie de village et un atelier de cordonnier (réels) ont été entièrement reconstitués ici.

La nature est toujours présente, et toutes les espèces d'arbres de la région sont évoquées.

Collection Jules Ferry[modifier | modifier le code]

Portrait de Jules Ferry par Léon Bonnat (1888)

Cette section rassemble de nombreux souvenirs, meubles et objets ayant appartenu à Jules Ferry et à sa famille. Une touche d’exotisme est apportée au mobilier classique par les cadeaux reçus au cours de sa carrière de diplomate (tapis, selle de chameau…).

Des articles de presse, des affiches, des caricatures et des portraits — tel celui exécuté par Léon Bonnat en 1888 —, complètent l'ensemble.

Le recueil des lois de 1881 sur la gratuité de l’enseignement primaire est exposé dans une vitrine et, plus concrètement, une salle de classe de cette époque, avec tous ses accessoires (tableaux, cartes géographiques, livres et cahiers…), a été mise en scène.

Le fonds Claire et Yvan Goll[modifier | modifier le code]

Grâce au legs de sa veuve Claire, elle-même romancière, poétesse et journaliste, l’univers du poète Yvan Goll, né à Saint-Dié-des-Vosges en 1891, est suggéré dans cette section du musée et l'on retrouve également l’ambiance de l’École de Paris et des milieux surréalistes qu’ils fréquentèrent tous les deux.

L’élément central de l'agencement du musée est la reconstitution réduite de deux pièces de l’appartement occupé par Claire Goll à Paris entre 1960 et 1977. Outre le mobilier, on y aperçoit plusieurs œuvres remarquables, comme ce buste en terre cuite de Henry Moore, une Mélusine aux crayons feutre d’André Masson (1967), ou cette Femme au vase, une encre de Chine et gouache de Fernand Léger (1950).

Beaucoup d’autres souvenirs et objets rares témoignent de la vie sociale riche du couple Goll, comme ce portrait de Claire Goll dessiné par Jacques Audiberti, ce flacon de parfum que Rilke avait offert à la jeune femme ou ces œuvres de Miro, Tanguy, Delaunay ou Dali (Angel), présentées au musée par roulement, en raison de la fragilité à la lumière de certaines.

Avec la plaque de bronze de Chagall réalisée pour la tombe d'Yvan Goll et de sa femme au cimetière du Père-Lachaise s’achève la visite de cette section.

Section Le Corbusier[modifier | modifier le code]

Lorsque le moment arriva de reconstruire la ville après le dynamitage de 1944, un projet audacieux de l'architecte Le Corbusier fut envisagé. Très en avance sur son temps, donnant la priorité aux espaces verts et aux piétons, celui-ci proposa une vision globale de la ville du futur, que ses opposants jugèrent trop collectiviste. Ses idées ne furent donc pas retenues. Au sous-sol du musée, la salle François Cholé s’organise autour d’une grande maquette de la ville telle que Le Corbusier l’avait imaginée au moment de la reconstruction.

Cette présentation en trois dimensions est complétée par des plans, plans-masse, perspectives et photos diverses, notamment celles liés au seul projet effectivement réalisé par l’architecte-urbaniste à Saint-Dié-des-Vosges, l’usine Claude et Duval, une bonnetterie qui est aussi le seul bâtiment industriel dans une œuvre abondante par ailleurs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

  • Association des Amis de la Bibliothèque et du Musée
  • Sylviane Cousin, Claude Royer, François Sigaut, introduction de Jean Cuisenier, Le guide du patrimoine rural, Besançon, Les guides de la manufacture, , 382 p. (ISBN 2-7377-0237-2)
    400 musées, écomusées, collections d’agriculture présentés par l’association française des musées d’agriculture : Deuxième édition revue et actualisée. Ouvrage publié avec le concours de la Direction des Musées de France (D.M.F.) : 13. Lorraine, Musée de Saint-Dié p. 226 ; Ferme-musée Le Moho de Soyotte p.227

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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