Peinture murale

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La peinture murale est la première histoire de la peinture. L’humanité a commencé par l'art pariétal des peintures murales des cavernes, premiers signes transmis entre les hommes. Dessins, tracés, images de beauté, d’effroi, de magie. La paroi, le mur ont été les premiers supports de la peinture.

Le support de la peinture murale est la pierre, le béton, la brique, le plâtre, les matériaux de l'architecture. Le peintre peint directement sur le support ou peint sur des toiles qui sont ensuite marouflées (collées) sur les murs.

La fresque est une technique particulière de la peinture murale[1], la couleur y est appliquée sur un enduit à la chaux fraîche (technique dite a fresco en italien). Le terme de fresque est le plus souvent utilisé à tort par métonymie dans le langage courant et désigne la peinture murale en général et rarement la technique elle-même. A contrario, la peinture murale classique est réalisée selon la technique "a secco" (sur un enduit sec).

Faux oculus a fresco, plafond de la Chambre des Époux, palais ducal de Mantoue, Andrea Mantegna (1474)

Définition[modifier | modifier le code]

Peinture murale, art universel[modifier | modifier le code]

La peinture murale ou pariétale est aussi ancienne que l'humanité. De la préhistoire à l'antiquité, du Moyen âge à l'époque industrielle, les hommes ont toujours cherché à peindre sur les murs, que ce soit pour des raisons religieuses, esthétiques ou mercantiles[2].

Domaines de la peinture murale[modifier | modifier le code]

La peinture murale témoigne des préoccupations de chaque époque, art public ou privé, laïque ou religieux[3], populaire ou élitiste, jouant un rôle social, voire politique. La peinture murale est solidaire de l'architecture, elle en est le prolongement et à ce titre, la perspective est son outil pour la troisième dimension.

Au Moyen Âge, « [...] une église... n'était jamais considérée comme achevée tant que la pierre, matériau terrestre, n'avait pas été masquée par un revêtement peint digne de la « Maison de Dieu » »[4]. Ainsi à cette époque, toutes les églises étaient recouvertes intérieurement de peintures murales ou autres fresques, contredisant la mode des pierres apparentes en vogue au XXe siècle.

La peinture murale peut mieux et autrement que la publicité valoriser et marquer les entrées de ville, créer des repères, identifier des lieux. Elle favorise l'expression, le lien social. Elle appartient au domaine de l'art public, de l'imagination de ses artistes et de ses décideurs.

Cet art mural populaire, art d’artisan modeste et ambitieux, jouit du respect et de la complicité du spectateur et reste méconnu et souvent ignoré des instances culturelles.


Dans le monde[modifier | modifier le code]

Allemagne[modifier | modifier le code]

Peinture d'une Trabant passant le Mur de Berlin.

Le Mur de Berlin, construit en 1961 pour séparer Berlin-Est de Berlin-Ouest à l'époque de la guerre froide, a été le support de nombreuses peintures, qui contestaient notamment sa présence.

Après sa destruction en 1989, la majeure partie du Mur a disparu, mais des fragments ont été conservés par des particuliers (les Mauerspecht, pic de mur), par l'État allemand et par d'autres pays (Parlement européen à Bruxelles; fort Langley de la CIA aux États-Unis; Centre de commerce mondial, à Montréal).

Le reste le plus connu du Mur est situé le long de la Spree, entre la gare de l'Est et le pont de l'Oberbaum, qui enjambe la Spree. Ce n'était pas une partie du mur externe, mais de ce que l'on a appelé le mur de l'arrière-pays, qui séparait la zone frontalière de la RDA avec Berlin-Est. En 1990, il a été transformé par des artistes internationaux en « East Side Gallery » et classé monument historique. Il n'y avait pas de mur extérieur à cet endroit, car la frontière était située sur la rive opposée de la Spree.

Un autre fragment du mur (réel) se trouve le long de la Niederkirchnerstraße, dans le district centre, à proximité de la chambre des députés de Berlin. Il a aussi été classé monument historique en 1990.

Un style particulier de peinture murale, Lüftlmalerei, propre à la Bavière surtout, consiste en une décoration parfois en trompe l'œil de façades.

Façade du restaurant Zum Husaren à Garmisch-Partenkirchen

Belgique[modifier | modifier le code]

Louvain-la-Neuve accueille plusieurs œuvres de peintures murales monumentales, notamment de Roger Somville, Claude Rahir, Irie Tatsuya, Roxana Alvarado, Paul Neeffs, Jean-Marc Collier, Francisco Rivero, François Schuiten, Frank Pé, Thierry Bosquet, sans compter des reproductions monumentales de peintures de Paul Delvaux.

A Bruxelles: La fresque les Jeux et Jouets du Monde réalisée par Inêz Oludé de Silva[5].Il s'agit d'une scène grandiose, ludique et attrayante, étalée sur 50 m2, dans laquelle des enfants de différentes nationalités jouent aux jeux et jouets du monde. Les jeux montrés sont plus au moins connus des enfants du monde entier, comme la marelle, le saut à la corde, les bulles de savon, les échasses, les billes, le cerf-volant, le footbal, la capoeira et des jouets de toutes sortes. Les enfants sont dans la lumière solaire (fond jaune), souriants, joyeux, comiques et en perpétuel mouvement. A Bruxelles aussi, Claude Rahir a réalisé une grande fresque sur l'histoire de la médecine dans le hall d'entrée de l'Hôpital Saint-Jean, boulevard Botanique, et une seconde sur le thème du cosmos dans la chapelle multi-confessionnelle de cet hôpital.

Article détaillé : Parcours BD de Bruxelles.

France[modifier | modifier le code]

Guyane Française[modifier | modifier le code]

À Kourou, au Centre Spatial Européen, deux peintures murales ont été réalisées par le peintre muraliste belge Claude Rahir: Le lancement de Giotto, 12 m × 4 m et La comète de Halley, 15 m × 7 m. Ces œuvres ont été peintes en 1985, à l'occasion du lancement de la sonde Giotto par une fusée Ariane 1 en vue de l'exploration de la comète de Halley. Le nom de Giotto rend hommage au peintre italien qui semble avoir représenté la comète de Halley sur son Adoration des mages, peinte en 1303-1304.

Irlande du Nord[modifier | modifier le code]

En Irlande du Nord, les peintures murales (murals) font partie du paysage des villes et des villages. Chaque communauté a sa spécificité bien que l’on retrouve des thèmes communs.

Les fresques loyalistes

La première fresque loyaliste a été peinte à Belfast autour de 1908. L’exécution des fresques loyalistes faisait partie des festivités du 12 juillet, jour de la commémoration de la Bataille de la Boyne, occasion pour la population protestante de réaffirmer sa loyauté à la couronne d’Angleterre et sa suprématie sur la population de confession catholique.

Le nombre de murals loyalistes a décliné dans les années 1970 pour reprendre dans la deuxième moitié des années 1980, notamment autour de thèmes militaristes nécessaires à la propagande des groupes paramilitaires loyalistes.

Cependant, d’autres thèmes sont abordés depuis la fin des années 1990 : historiques, culturels ou encore liés à l’actualité politique.

Les fresques républicaines

Les premières fresques républicaines apparaissent dans un contexte de lutte et de censure.

À partir de la fin des années 1970, au moment de la lutte des prisonniers pour un statut politique, les républicains ont commencé à peindre des slogans sur les murs comme moyen de soutien et de propagande.

De manière générale, même si dans un premier temps, les fresques en l’honneur des membres de la PIRA (Armée républicaine irlandaise provisoire) et des prisonniers ont continué à apparaître, dans la deuxième partie des années 1980 et les années 1990, les thèmes utilisés dans les murals républicains ont été les suivants : l’histoire, la culture, les solidarités internationales, les réactions aux sujets d’actualité.

Il existe en permanence environ trois cents murals en Irlande du Nord. L'étendue et sa diversité de cette pratique de « propagande murale » n’ont pas d’équivalent en Europe.

Italie[modifier | modifier le code]

Peinture murale à Orgosolo, Sardaigne

De nombreuses peintures ont été effectuées sur l'île de Sardaigne à partir de la deuxième moitié du XXe siècle. On trouve ces fresques murales sur les murs des villes ou sur des rochers avec des couleurs pastels et assez tristes, des visages profonds où l'on peut remarquer un peuple sarde fortement touché par l'histoire. Le message qu'elles transmettent est souvent de nature politique, mais peut être également historique ou citoyen.

Les premières apparurent à San Sperate, au sud, puis le phénomène essaima et se développa particulièrement à Orgosolo, dans les montagnes du centre. Ce village compte à lui seul 400 murales, dont bon nombre ont été réalisés, souvent dans un style inspiré par Picasso, par Francesco del Casino et ses élèves. Les peintures portent sur la vie du village ou sur des thèmes politiques : luttes d'ouvriers et de bergers, contestation contre le nucléaire ou les occupations militaires (de l'OTAN, des États-Unis). Le mouvement se poursuit aujourd'hui grâce à des artistes sardes, allemands, français...

Dans la région du Frioul-Vénétie julienne, les peintures murales sont appelées murales. Le village de Bordano est connu notamment pour ses représentations de papillons.

Jamaïque[modifier | modifier le code]

Kingston, University of The West Indies : 2 murales (325 m2 et 74 m2), l'une sur le bâtiment administratif, l'autre sur le bâtiment des "Mass communications", réalisées par peintre belge Claude Rahir en 1976, avec l'aide de deux étudiants, Doreen Kong et Boos Ramsay.

Japon[modifier | modifier le code]

Wakamatsu : peintures murales sur le thème de la conquête de l'espace, 2 × (41 m × 7,5 m) sur un château d'eau, par le muraliste belge Claude Rahir, 1987, avec l'aide de l'artiste japonais Ire Tatsuya.

Mexique[modifier | modifier le code]

Peinture murale à Chapala.
Article détaillé : Muralisme.

La peinture murale est une véritable institution au Mexique[citation nécessaire]. Partout dans le pays, aussi bien dans les villes que les petits villages isolés, le visiteur remarquera la qualité et la variété des œuvres réalisées qui tournent autour de trois axes principaux : la religion, la politique... et la publicité.

Peinture publicitaire à Mexico

Même les plus grandes marques, comme Coca-Cola, y ont recours [réf. nécessaire] Souvent, l'artiste signe sa réalisation et indique son numéro de téléphone pour trouver de futurs clients. Peindre les murs plutôt que d'utiliser des affiches en papier s'explique simplement par le fait que le papier coûte cher[citation nécessaire] au Mexique et que la peinture résiste bien mieux aux intempéries[citation nécessaire].

Les deux muralistes mexicains les plus connus sont Diego Rivera, qui réalisa à partir des années 1920 des peintures portant sur des thèmes politiques - Palais présidentiel de Mexico - et visant à créer un « style mexicain » combinant l'art mexicain indigène avec les influences modernes venues d'Europe, et David Alfaro Siqueiros, qui évoque des thèmes plus engagés et réalisa de nombreuses œuvres « édifiantes » pour le gouvernement - École Nationale Préparatoire de Mexico, École d'Agriculture de Chapingo[6] - ou pour des institutions comme le « Portrait de la bourgeoisie » peint en 1939 pour la Maison des syndicats de Mexico.

République tchèque[modifier | modifier le code]

Le mur John Lennon dans le quartier de Malá Strana.
Graffiti mural – Gutovka, Prague 10, 2012

À Prague, en face du palais Bucquoy, siège de l’ambassade de France, le « mur John Lennon » héberge depuis les années 1980 le portrait du célèbre chanteur, régulièrement effacé par les sbires de la Sécurité d'État, tout aussi régulièrement repeint et graffité par de jeunes contestataires, il devient l'un des symboles de la dissidence politique et de la rébellion artistique contre la Normalisation en Tchécoslovaquie.

Il a survécu à la chute du Mur de Berlin et à la Révolution de Velours et est désormais « entretenu » par les hordes de touristes qui ne manquent pas d'y laisser une marque de leur passage. On est passé du Politique au Postmodernisme

Sénégal[modifier | modifier le code]

Le mouvement Set Setal a poussé à la fin du XXe siècle de nombreux jeunes et enfants à peindre sur les murs de la capitale, Dakar.

Suisse[modifier | modifier le code]

Dès 1985, Carolus, alias de Carol Gertsch, réalise de nombreuses peintures murales à La Chaux-de-Fonds et plus d'une centaine à travers le monde.

États-Unis[modifier | modifier le code]

Le mexicain Diego Rivera peignit sur les murs de Détroit et (mais la peinture fut bientôt retirée) sur le Rockefeller Center de New York. De jeunes artistes développèrent cette pratique à partir des années 1960-1970, notamment à Los Angeles ou à New York. Jean-Michel Basquiat peint et dessina des graffitis dans cette dernière ville dans les années 1980.

À Philadelphie, 3 000 fresques ornent les murs des bâtiments[7]. Dans les années 1990, afin d'endiguer la prolifération des graffitis, le conseil municipal décida de céder quelques murs aux tagueurs. Plusieurs façades devinrent aussitôt des terrains d'expression pour les graffeurs et les peintres, encouragés par le Mural Arts Program (MAP). Les fresques représentent des paysages, des personnalités de la culture populaire, dans un style s'apparentant à l'hyperréalisme et à Diego Rivera[7]. La plus grande de ces fresques s'intitule Common Thread : réalisée par Meg Saligman, elle est peinte sur un bâtiment de huit étages[7]. Legacy de John Sarantis, a coûté quelque 250 000 $ (soit plus de 170 000 euros). Il existe un circuit touristique pour admirer ces fresques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les techniques de la peinture murale.Marcel Stefanaggi
  2. Guy Loumyer.Les traditions techniques de la peinture médiévale.1914.p.84.
  3. Yves Morvan.Montfermy: les peintures murales du sanctuaire. Bulletin Historique et Scientifique de l'Auvergne,vol.93,no 689.1986
  4. Yves Morvan, Des témoins ressuscités, Monuments historiques, no 197, 1995
  5. Oludé da Silva sur Africultures
  6. Raquel Tibol, « Los Murales de Diego Rivera, Universidad Autónoma Chapingo », Museo Nacional de Agricultura de Chapingo, 2001 (ASIN B001F999AM)
  7. a, b et c Bruno Lesprit, « Philadelphie, capitale mondiale du muralisme », dans Le Monde du 30-09-2009, mis à jour le 15-10-2009, paru dans l'édition du 01-10-2009, [lire en ligne]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

Romans ayant pour thème les peintures murales[modifier | modifier le code]

Voir également[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]