Multiréférentialité

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A partir des années 50 les objets complexes de recherche ont fait l'objet de travaux où s'articulaient des chercheurs de différentes disciplines.

Ces chercheurs ont dû préciser ce qu'ils apportaient depuis leur discipline d'origine qui permettait d'élucider l'objet complexe.

Ils ont donné le nom de référentiel à ces ensembles de concepts, modèles, etc.

Une équipe pluridisciplinaire va ainsi soit juxtaposer soit tisser les référentiels apportés par chacun : cette dynamique est dite multiréférentielle.

Nécessité du concept et de la pratique[modifier | modifier le code]

Pour les disciplines multiples[modifier | modifier le code]

Une discipline multiple est une pratique de recherche qui dispose de son fond propre de modèles mais qui emprunte également des modèles - des référentiels - aux monodisciplines (sociologie, psychologie, psychosociologie, linguistique, etc.)

Ces disciplines multiples sont en particulier les sciences de l'éducation et de la formation (SEF), les sciences de l’information et de la communication (SIC), les sciences infirmières et la gérontologie.

Pour les approches transverses[modifier | modifier le code]

En particulier la systémologie, regard sur les objets de recherche considérés comme complexes.

Dans ces deux cas, deux manières nouvelles de faire de la science apparaissent :

Histoire du développement de l'approche multiréférentielle[modifier | modifier le code]

L'approche multiréférentielle s'est construite dans le contexte des travaux de l'Association Nationale pour le Développement des Sciences Humaines Appliquées (ANDSHA) (à partir de 1956) qui réunissaient des Chercheurs et Praticiens de l'industrie, du management, des sciences sociales, de l'action sanitaire, sociale et éducative.

L'approche multiréférentielle anticipe les approches et modèles actuels de recherche collaborative multidisciplinaire.

Au tournant des années 1950-60 Jacques Ardoino est de ceux qui travaillent à préciser comment la multiréférentialité est indispensable pour des acteurs mobilisant ou relevant de référentiels socio-cognitifs différents, voir : Communications et Relations Humaines (1966). Jacques Ardoino développant ses activités universitaires en Sciences de l'éducation, le concept s'y est trouvé plus particulièrement mis en oeuvre.

Discours positif[modifier | modifier le code]

Lorsqu’un chercheur multiréférentiel explore un objet de recherche vu comme complexe, il est comme l’ethnographe, ou le géographe, son travail est d’abord descriptif avant d’être un discours compréhensif ou un discours explicatif.

Michel FoucaultLes mots et les choses (1966) – souligne que ce que produit ce chercheur a « à peine » le statut de savoir et qu’il convient de le dire « discours positif ».

Remarque : Le terme « positif » a ici le sens donné par Michel Foucault. Est positif ce qui n’est « ni croyance, ni idéologie » mais discours issu du travail critique lui-même défini comme « défi aux allant de soi ».

Construire un îlot de discours positif[modifier | modifier le code]

Définir le travail multiréférentiel ne peut se faire qu'à l'aide des matrices - schémas - qui représentent le travail du chercheur sur son objet 1. Geste multidimensionnel 2. Geste multiréférentiel 3. Prise en compte de l'incomplétude, etc. (1)

L’exemple pris est celui d’un chercheur qui a pour objet de recherche le projet Wikipédia.

Pour les nécessités de la schématisation, cet objet de recherche est représenté par un carré

Multireferentialite objet recherche.png

Phase holistique[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, le chercheur embrasse l’objet de recherche dans son ensemble (posture holistique).

Phase multidimensionelle[modifier | modifier le code]

Ensuite, le chercheur fait le choix de considérer un certain nombre de dimensions de l'objet de recherche.

Multireferentialite dimensions.png

Par exemple, les dimensions D1 humaine, D2 discursive et Dn technique du projet Wikipédia.

Phase de choix des référentiels[modifier | modifier le code]

Dans sa tentative de produire du savoir, le chercheur multiréférentiel a recours à des référentiels (nommés aussi modèles conceptuels). Dans notre schématisation, la pluralité de regards qui découle de la multiréférentialité est représentée par des bandes orthogonales aux bandes représentant les dimensions.

Multireferentialite referentiels.png

Croisement des dimensions et des référentiels[modifier | modifier le code]

En particulier pour des raisons de volume, le chercheur multiréférentiel va procéder à un croisement entre un choix de dimensions et un choix de référentiels.

Multireferentialite discours ilot.png

Ce qu'il obtient par ce croisement est nommé îlot de discours positif.

L’îlot de discours positif D1 R1 c’est par exemple la dimension humaine du projet Wikipédia « décodée » à l’aide d’un référentiel de psychologie ou de psychosociologie.

En 2000 un îlot de discours Dn Rn considère par exemple le projet Wikipédia dans son développement du moment en regard du référentiel dit Web 2..

Incomplétude, incertitude, hétérogénéité[modifier | modifier le code]

La pratique multiréférentielle est nettement différentiée des habitudes de l’épistémè de la science moderne.

En effet, contrairement au principe de la Méthode de René Descartes, le chercheur ne cherche pas à couvrir tout l’espace de son objet de recherche. Il est dans une dynamique dite « modeste » qui laisse entre les îlots de savoir des « fentes d’incertitude ».

Dimension referentiel ilot.png

L’ensemble d’îlots de discours positif produit à partir de référentiels (R1 … Rn) empruntés à différents auteurs ne cherche pas artificiellement une homogénéité des points de vue. Dans notre exemple, un même chercheur multiréférentiel pourra dire dans le même travail : - Îlot 1 : le projet Wikipédia en 2000 s’inscrit parfaitement dans le référentiel Web 2 à partir de l'auteur A1, - Îlot 2 : le projet Wikipédia en 2000 est mal inscrit dans le référentiel Web 2 tel que compris par l’auteur A2.

Comme le souligne Peter Sloterdijk - après les travaux de Michel Foucault en particulier, mais aussi ceux de Jacques Ardoino – la recherche hypermoderne ne cherche pas à produire de synthèse. Le mot synthèse étant compris comme moyen terme, arbitrage, compromis, consensus entre une thèse et une antithèse.

La tension entre plusieurs visions d’un même problème est maintenue au niveau de la recherche.

La conséquence en est que le choix entre thèse et antithèse est souvent reporté au niveau du politique qui s’attend à être éclairé par le travail du chercheur.

Notes[modifier | modifier le code]

(1) Les schémas utilisés. sont extraits de la thèse de Christian Bois avec son accord[réf. souhaitée]

Références[modifier | modifier le code]

  • Ardoino, Jacques, Communications et Relations Humaines (thèse de Doctorat de spécialité), cahier numéro 12 de la collection "Travaux et Documents" de l'Institut d'Administration des Entreprises de l'Université Bordeaux 1966, ( 4e 1.000).
  • Ardoino Jacques L'analyse multiréférentielle Texte en ligne
  • Bazin Hugues Architecture fluide, mobilité urbaine et recherche-action 2014 32 p. Texte en ligne
  • Bois, Ch, « Réseaux & pratiques collaboratives : vers une épistémographie de la construction des savoirs en ligne. », Thèse de Doctorat en SIC, Université du Sud Toulon-Var, décembre 2005. Scribd
  • Blanchard-Laville, Claudine De la co-disciplinarité en sciences de l'éducation Revue française de pédagogie  Année 2000  132  pp. 55-66
  • Danvers Francis. S’orienter dans la vie : une valeur suprême ? Dictionnaire de sciences humaines Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2009, 656 p.
  • Oury, Jean. « Transfert, multiréférentialité et vie quotidienne dans l'approche thérapeutique de la psychose », Cahiers de psychologie clinique, vol. 21, no. 2, 2003, pp. 155-165.