Muhammad Kurd Ali

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Muhammad Kurd Ali (1876-1952), intellectuel syrien, né d'une mère circassienne et d’un père kurde de Suleymania dont la famille est descendante de la dynastie kurde Ayyoubide. Il est l’une des grandes figures du mouvement de renaissance arabo-islamique (nahda) de la première moitié du XXe siècle.

Maitrisant le français et le turc, il exerça le métier de journaliste et écrivit de nombreux ouvrages.

L’Égypte n’a pas été seule à détenir le leadership de la renaissance intellectuelle musulmane au début du XXe siècle. Nombre de pays arabes ont participé avec elle à cette renaissance, en fournissant leurs leaders locaux, parmi les intellectuels, les écrivains et les réformateurs.

La Syrie était un terreau propice pour le développement de cette renaissance intellectuelle qui venait de voir le jour, mais qui œuvrait ardemment pour la réforme de la société, qu’il fallait débarrasser du joug de l’ignorance et de l’arriération, et pour relever le statut de la littérature arabe, afin de lui faire retrouver sa force et son épanouissement d’antan. La bannière de cette renaissance a été portée par d’honorables personnages, parmi les figures de proue de la Syrie. A leur tête, on trouvait le Sheikh Tâhir Al-Jazâ’irî ainsi que son brillant élève Muhammad Kurd `Alî qui poursuivit largement le parcours de son maître, en menant le mouvement intellectuel en Syrie, de manière confiante et assurée. Jusqu’à son dernier souffle, l’élève ne cessa de se mouvoir et de travailler, ne connaissant ni le calme ni le repos, et ne cessant d’écrire et de publier.

Muhammad Kurd-Ali

Activités et formation[modifier | modifier le code]

Muhammad, fils de `Abd Ar-Razzâq, fil de Muhammad Kurd `Alî naquit à Damas en 1876, d’un père kurde et d’une mère circassienne. La famille de son père était originaire de Sulaymâniyyah, une ville de la province de Mossoul, en Irak. Il grandit dans une noble famille, et reçut son enseignement primaire à l’école Kâfil Sîbây où il apprit à lire, à écrire et à compter, et où il eut également des notions de sciences islamiques et de sciences physiques. Il s’inscrivit ensuite, pour ses études secondaires, à la médersa Ar-Rushdiyyah, où il apprit le turc et le français. L’enseignement du français étant insuffisant à l’école, son père engagea un professeur à domicile qui lui enseigna l’orthographe et la grammaire de la langue française, et ce, pendant trois ans, au point que le jeune Muhammad excella rapidement en thème et en version arabo-français. Ce fut à cette époque qu’il se découvrit un intérêt pour la lecture des livres et des journaux arabes, turcs et français. Il trouva en son père, pourtant analphabète, une grande aide pour combler cet intérêt, dans la mesure où celui-ci l’aidait à acquérir les livres qu’il voulait.

Outre son intérêt pour la lecture, il entra en contact avec un certain nombre des savants damascènes les plus réputés, comme le Sheikh Tâhir Al-Jazâ’irî, le Sheikh Salîm Al-Bukhârî ou le Sheikh Muhammad Al-Mubârak. Il étudia auprès d’eux des ouvrages de littérature, de linguistique, de rhétorique, de droit, d’exégèse et de philosophie. Il domina ainsi l’héritage culturel arabe et put s’en faire une idée très précise.

Il ne négligea pas non plus de lire les plus grands auteurs français comme Voltaire, Rousseau et Montesquieu, ou d’autres auteurs européens comme Bentham ou Spencer. Il était par ailleurs particulièrement assidu à la consultation des périodiques français qui parvenaient jusqu’à Damas.

Après avoir achevé ses études secondaires, il entra dans l’administration en 1892 où il occupa un poste de secrétaire au Ministère des Affaires étrangères. Il n’avait que 17 ans. Mais sa maîtrise du français et du turc l’aidèrent à rester à ce poste pendant six ans, au cours desquels il rédigeait des articles pour les journaux locaux. Pendant qu’il travaillait, il poursuivit des études en français pendant deux ans à l’école des Lazaristes, et étudia la physique et la chimie dans cette langue étrangère, afin d’y gagner en aisance. Il apprit par ailleurs le persan mais faute d’exercice régulier, il oublia par la suite cette langue.

Le journaliste[modifier | modifier le code]

En écrivant pendant plusieurs années dans la presse, Muhammad Kurd `Alî acquit en expérience et en maturité. Son style d’expression était assuré et ses analyses précises. Ces qualités journalistiques lui ouvrirent les portes de la rédaction de la revue hebdomadaire Ash-Shâm (Syrie), qui était la première revue ayant vu le jour à Damas. Il travailla pour cette revue à partir de 1897 pendant trois ans, au cours desquels il noua des liens avec la revue égyptienne Al-Muqtataf (Citations), dont le patron s’était plaint à Shakîb Arslân, célèbre émir libanais et autorité incontestée de la littérature arabe, d’être seul à la rédaction, et du besoin qu’il éprouvait pour recruter un journaliste. Shakîb Arslân lui indiqua alors de contacter Muhammad Kurd `Alî. Ce dernier travailla dès lors pour la revue égyptienne, propulsant ainsi sa renommée dans tout le monde arabe.

Le voyage en Egypte[modifier | modifier le code]

Muhammad Kurd `Alî souhaita partir en France pour y poursuivre sa formation. Il quitta alors la Syrie en 1901 et se rendit en Egypte d’où il projetait de rejoindre l’Europe. Au cours de son séjour sur les rives du Nil, il visita le pays, découvrit son patrimoine et rencontra ses hommes de lettres et ses penseurs. L’un de ses amis parvint à le convaincre de rester en Egypte et de ne pas partir à l’étranger. Il lui proposa un poste au journal Ar-Râ’id Al-Misrî (Le Pionnier égyptien), qu’il accepta. Le jeune journaliste fréquentait les écrivains et les milieux intellectuels. Il était ainsi assidu aux leçons d’exégèse coranique que donnait deux fois par semaine le Sheikh Muhammad `Abduh à la Mosquée Al-Azhar. Son séjour en Egypte fut cependant écourté, puisqu’un peu moins de dix mois après son arrivée, il dut retourner à Damas, fuyant la peste qui avait pris ses quartiers en Egypte durant cette période.

Après quelques années passées à Damas, au cours desquelles il fut inquiété par les autorités politiques et par les menées de ses ennemis, il revint une deuxième fois en Egypte en 1905 où il décida de s’établir. Il y fonda la revue mensuelle Al-Muqtabas (Extraits), qui proposait à ses lecteurs les plus belles pages de littérature et poésie ancienne et contemporaine. Il travaillait par ailleurs pour le quotidien Adh-Dhâhir (Le Premier). Lorsque ce journal disparut, le Sheikh `Alî Yûsuf, directeur du journal Al-Mu’ayyid (Le Supporteur), qui était à cette époque le plus grand journal du monde musulman, l’invita à rejoindre sa rédaction. Muhammad Kurd `Alî y travailla jusqu’en 1908, date à laquelle il quitta Le Caire pour rentrer à Damas, après le rétablissement de la Constitution ottomane de 1876.

Le retour à Damas[modifier | modifier le code]

Après son retour dans sa ville natale, Muhammad Kurd `Alî fonda, avec l’aide de son frère Ahmad, une imprimerie et un quotidien qu’il nomma une nouvelle fois Al-Muqtabas. Il reprit par ailleurs la publication de la revue mensuelle éponyme qu’il avait fondée au Caire, pour en faire un témoin de la haute culture arabe. Le quotidienAl-Muqtabas représentait quant à lui la voix de la liberté et l’instrument de la douleur contre l’injustice et le despotisme. Ses articles bouillants y combattaient l’ignorance et les ignorants ; ils appelaient à la libération des esprits de toutes les chimères, parlaient de réforme et de renouveau, d’assimilation des techniques modernes, de remise au goût du jour des aspects bénéfiques du patrimoine arabo-musulman, de connaissance de l’histoire glorieuse de la nation, pour que celle-ci s’en inspirât pour ressusciter et se redresser.

Le journal Al-Muqtabas acquit ainsi une grande notoriété, ses lecteurs se firent de plus en plus nombreux, et son influence grandit, si bien, qu’il était craint voire redouté par les hauts fonctionnaires de l’Etat et les grandes personnalités. L’audace d’Al-Muqtabas en coûta à Muhammad Kurd `Alî. Les autorités ottomanes lui causèrent des ennuis, le poursuivirent en justice et firent fermer son journal, après qu’un dignitaire turc l’eut accusé de porter atteinte à la famille sultanienne dans l’un de ses articles. Ainsi, et à de multiples reprises, des plaintes étaient déposées contre lui pour le museler, mais à chaque fois, il était acquitté, la justice estimant que ses articles et ses critiques étaient motivés par une volonté authentique de réforme. Lorsque les campagnes de diffamation et les accusations portées contre lui s’intensifièrent, il quitta Damas pour Paris, où il résida pendant trois mois dans le Quartier Latin. Il y prit la mesure de l’activité intellectuelle en Europe et y rencontra des hommes politiques et des intellectuels, parmi lesquels le philosophe Emile Boutroux, avec qui il se lia d’amitié. Il fit part de ses impressions de ce voyage à Paris dans une série de trente-cinq articles publiés dans son livre Gharâ’ib Al-Gharb (L’Occident au singulier), qui, à cette époque, écrit Muhammad Kurd `Alî, "ne contenait en réalité que les singularités de Paris, sans plus1.

Après son retour à Damas en 1910, les ennuis reprirent de plus belles, et il dut faire face à de nombreuses plaintes, qui le contraignirent à revenir une nouvelle fois en Europe.

Lorsque éclata la Première Guerre mondiale, ses tourments atteignirent leur paroxysme lors d’une vague d’arrestations orchestrée par les Ottomans contre les indépendantistes arabes, soupçonnés par les autorités d’être à la solde de la Grande-Bretagne. Il ferma alors sa revue et son journal, et manqua de peu d’être conduit, comme le furent nombre de détracteurs du despotisme, vers la potence. Toutefois, un compte-rendu trouvé au consulat français à Damas lui permit d’être épargné. Ce compte-rendu avait été rédigé avant la guerre par un fonctionnaire français, qui avait rendu visite à Kurd `Alî chez lui, et qui, exploitant la rancœur de celui-ci vis-à-vis des Unionistes turcs, lui proposa de rallier la politique française en Orient. Kurd `Alî lui opposa alors une fin de non recevoir, lui suggérant plutôt de modifier la politique française en Algérie et en Tunisie.

De même, dans un bulletin officiel secret envoyé par l’ambassadeur français à Istanbul aux consuls français au Proche-Orient, et retrouvé lors de la perquisition des consulats occidentaux au début de la guerre, il était fait mention d’une mise en garde contre Muhammad Kurd `Alî, qui était considéré comme un pro-turc.

Blanchi de l’accusation de collusion avec l’ennemi, le gouverneur militaire ottoman et despote de Syrie, Ahmad Jamâl Pacha, lui demanda, au cours de la guerre, de reprendre la publication d’Al-Muqtabas, avec une ligne éditoriale alignée sur la politique ottomane. Muhammad Kurd `Alî, craignant de nouvelles accusations de collaboration avec l’Occident s’exécuta. Il fut ainsi instrumentalisé par les autorités militaires qui lui dictaient ses articles de presse, espérant ainsi influencer par sa plume, les masses arabes. On lui fit écrire des ouvrages de propagande pro-ottomane censés participer à l’effort de guerre. En 1915, les autorités turques créèrent, avec la participation des autorités allemandes, le journal arabophone Ash-Sharq (L’Orient), dont la direction fut confiée à Muhammad Kurd `Alî, qui fut sommé de ne plus signer d’articles dans Al-Muqtabas, et de signer de manière exclusive dans Ash-Sharq, afin que la renommée de ce quotidien grandît au sein du monde arabo-musulman. Pour Muhammad Kurd `Alî, ce n’était là rien de plus qu’un organe de presse germano-turc créé à des fins de propagande.

Las de ses activités politiques et journalistiques pour lesquelles il consacra près de vingt ans de sa vie et éprouvant une certaine humiliation après avoir été instrumentalisé par Ahmad Jamâl Pacha, Muhammad Kurd `Alî décida de se tourner vers le champ de la recherche académique et littéraire. En Europe, il fréquenta les plus grandes bibliothèques d’Italie, de Suisse et de Hongrie, où il amassait la matière bibliographique pour son livre Khutat Ash-Shâm (Cartes de Syrie), dans lequel il souhaitait écrire l’histoire de la Syrie, y décrire sa géographie et sa culture.

Fondation de l’Académie arabe[modifier | modifier le code]

Après la défaite de l’Empire ottoman lors de la Première Guerre mondiale, un royaume arabe vit le jour en Syrie sous l’impulsion du roi Faysal Ibn Al-Husayn. Ce changement de régime fut accompagné par l’institution d’administrations civiles, parmi lesquelles figurait le Bureau des Savoirs, dont la mission était, entre autres, d’arabiser l’administration (fortement turcisée) et de rédiger les manuels scolaires. La direction de ce bureau fut confiée à Muhammad Kurd `Alî, qui était assisté de quelques grands savants syriens.

En 1919, et avec l’accord du gouverneur militaire Ridâ Pacha Ar-Rukâbî, ce bureau devint l’Académie arabe de Damas, première académie du monde arabe. Muhammad Kurd `Alî consentit de nombreux efforts pour la fondation de cette institution, sur le modèle de ce qui se faisait dans les nations civilisées pour préserver leur patrimoine culturel et leur langue. Il dut ensuite se battre pour la maintenir à l’abri des courants politiques et partisans, afin qu’elle demeurât au service exclusif de la langue et de la littérature arabes. Il créa ainsi une revue littéraire publiée par l’Académie, et dont le premier numéro fut édité le 2 janvier 1921. Au total, Muhammad Kurd `Alî écrivit dans cette revue quarante-et-un articles ayant trait à la littérature et à l’histoire. Il ouvrit en outre au public les portes de l’Académie, pour que celui-ci pût assister aux diverses conférences données par les intellectuels qui s’y pressaient. Muhammad Kurd `Alî donna ainsi lui-même soixante-deux conférences.

Muhammad Kurd `Alî demeura au poste de président de l’Académie arabe tout au long de sa vie, malgré les autres fonctions qu’il avait pu être amené à occuper par ailleurs. L’Académie était sa principale préoccupation, pour laquelle il se dépensait sans compter et pour laquelle il avait dédié toute sa vie.

Le Ministre de l’Education nationale[modifier | modifier le code]

Outre ses fonctions à la présidence de l’Académie arabe, Kurd `Alî fut désigné en 1920 au poste de ministre de l’Education nationale, après que les forces françaises eurent mis la main sur la Syrie. Pendant son ministère, il partit avec une délégation de dix étudiants qui allaient poursuivre leurs études universitaires en France. Il visita ainsi la France pour la troisième fois et s’engagea dans en tournée en Europe à la rencontre des orientalistes et des savants occidentaux, se rendant en Belgique, en Hollande, en Angleterre, en Espagne, en Allemagne, en Suisse et en Italie. Il consigna cette tournée à but académique dans son ouvrage susmentionné Gharâ’ib Al-Gharb, dans lequel il intégra les observations de ses trois voyages en Europe.

Suite à un conflit avec les autorités françaises dirigées par le général Henri Gouraud, qui cherchaient elles aussi à l’instrumentaliser pour faire accepter le mandat français sur la Syrie à la population locale, Muhammad Kurd `Alî quitta son poste de ministre pour se reconcentrer pleinement sur l’Académie arabe. Quelque temps plus tard, en 1924, on lui proposa un poste de professeur de lettres arabes à l’Institut du Droit de Damas, qu’il accepta.

En 1928, Muhammad Kurd `Alî revint au gouvernement dirigé par le Sheikh Tâj Ad-Dîn Al-Hasanî, toujours au poste de ministre de l’Education nationale. Il fonda alors l’Ecole Supérieure de Lettres, qu’il rattacha à l’Université syrienne, et prépara le terrain à la création de la Faculté de Théologie, elle aussi rattachée à l’Université. L’Université devait ainsi compter quatre facultés : la Faculté de Médecine, la Faculté de Droit, la Faculté de Lettres et la Faculté de Théologie, auxquelles il souhaitait ajouter également la Faculté de Sciences.

Lorsqu’il quitta définitivement le gouvernement, il s’en remit à la lecture, à l’écriture et à l’Académie qu’il avait fondée. A la fin de sa vie, il publia ses mémoires en quatre volumes, lesquels eurent un vif retentissement, et créèrent la polémique.

Héritage intellectuel[modifier | modifier le code]

Muhammad Kurd `Alî écrivit des dizaines de livres et des centaines d’articles ayant trait à l’histoire, à la sociologie, à la littérature, à la religion, à la politique ou à la réforme. Son style d’écriture a été décrit comme un style aisé et précis : Kurd `Alî s’exprimait avec finesse, en des termes profonds, avec des mots seyant au sens qu’il souhaitait véhiculer. En toutes situations, il se refusait au style pompeux ou grandiloquent : il cherchait à viser juste dans le fond, sans prêter grande attention à la forme, imitant en maints endroits le style d’Ibn Khaldûn dans sa Muqaddimah.

Parmi les livres qu’il laissa à la postérité, citons :

  1. Khutat Ash-Shâm (Cartes de Syrie), publié en 1925 en trois volumes, et qui est l’une de ses œuvres maîtresses ;
  2. Al-Islâm wal-Hadârah Al-`Arabiyyah (L’Islam et la civilisation arabe), publié en 1934 au Caire en deux volumes ;
  3. Umarâ’ Al-Bayân (Les Princes de l’éloquence), publié en 1937 ;
  4. Aqwâlunâ wa Af`âlunâ (Nos Paroles et nos actes), publié au Caire en 1946 et qui contient un certain nombre de ses articles réformistes ;
  5. Gharâ’ib Al-Gharb (L’Occident au singulier) ;
  6. Dimashq Madînat As-Sihr wash-Shi`r (Damas, ville de poésie et de magie) ;
  7. Ghâbir Al-Andalus wa Hâdiruhâ (L’Andalousie, hier et aujourd’hui) ;
  8. Al-Qadîm wal-Hadîth (Tradition et modernité), qui est une sélection d’articles qu’il avait écrit ;
  9. Kunûz Al-Ajdâd (Trésors de nos ancêtres), qui consiste en des biographies de personnalités célèbres ;
  10. Al-Idârah Al-Islâmiyyah fî `Izz Al-`Arab (L’Administration islamique à l’apogée arabe) ;
  11. Ghûtat Dimashq (La Ghûta de Damas) ;
  12. Al-Mudhakkirât (Mémoires) en quatre volumes ;
  13. Rasâ’il Al-Bulaghâ’ (Epîtres des maîtres de l’éloquence) ;
  14. Riwâyat Al-Mujrim Al-Barî’ (Récit du criminel innocent) ;
  15. Qissat Al-Fadîlah war-Radhîlah (Histoire de la vertu et du vice) ;
  16. Yatîmat Az-Zamân (L’Orpheline du temps), un roman qui est le premier livre publié par l’auteur, en 1894 ;
  17. Muktashafât Al-Ahfâd (Découvertes contemporaines) ;
  18. Akhlâq Al-Mu`âsirîn (Ethique de nos contemporains).

Muhammad Kurd `Alî édita et publia par ailleurs des livres anciens extraits du patrimoine arabe, tels que :

  1. Sîrat Ahmad Ibn Tûlûn (Biographie d’Ahmad Ibn Tûlûn) de `Abd Allâh Al-Balawî (Xe siècle), publié en 1939 à Damas ;
  2. Al-Mustajâd min Fa`alât Al-Ajwâd (Les Actes de bien des gens de bien) d’Al-Muhassin At-Tannûkhî (Xe siècle), publié en 1946 à Damas ;
  3. Târîkh Hukamâ’ Al-Islâm (Histoire des philosophes de l’Islam) de Dhahîr Ad-Dîn Al-Bayhaqî (XIIe siècle), publié en 1946 à Damas ;
  4. Kitâb Al-Ashribah (Le Livre des boissons) de `Abd Allâh Ibn Qutaybah (IXesiècle), publié en 1947 à Damas.

Muhammad Kurd `Alî traduisit également de nombreux ouvrages de langue étrangère, tels que :

  1. Histoire de la civilisation (Târîkh Al-Hadârah) de l’historien français Charles Seignobos ;
  2. La Liberté politique (Al-Hurriyyah As-Siyâsiyyah) du philosophe français Jules Simon ;
  3. La Liberté de conscience (Hurriyat Al-Wijdân) du même auteur ;
  4. La Liberté civile (Al-Hurriyah Al-Madaniyyah) du même auteur.

Décès[modifier | modifier le code]

Muhammad Kurd `Alî fut un homme intègre, affable et aimant. Il dit de lui-même dans son autobiographie, qu’il a insérée à la fin de son livre Khutat Ash-Shâm (Cartes de Syrie) : "Je suis quelqu’un de nerveux dont le sang ne fait qu’un tour. Je suis passionné par la musique arabe ; j’aime la chanson, la bonne compagnie et les plaisanteries ; je suis un amoureux de la nature et des voyages. [...] Je suis un amoureux de l’ordre et de la précision ; j’aime la liberté et la franchise. Je suis un inconditionnel du renouveau, et j’ai pour habitude, lorsque je traite ce thème, de ne pas outrepasser les limites fixées par les fondements sacrés. J’appelle à une réforme intellectuelle progressive, non à une révolution des idées. Je clame la vérité haut et fort. J’attaque sans la moindre compassion les hypocrites, et j’affronte les corrompus et les destructeurs, ce pourquoi, mes ennemis, issus de cette caste, sont nombreux. [...] Je déteste le chaos, et je me sens blessé par l’injustice. Je combats le sectarisme et j’abhorre l’ostentation. Lorsque je mène un combat pour les opprimés, et que j’attaque le clan des sectaires, je combats et j’attaque en règle générale, avec goût et intelligence. J’ai une tendance à la sévérité, qui frise parfois à l’exagération, afin que l’éloquence agisse sur l’esprit de ceux que je souhaite guider, ou au contraire, abattre.1

Après une longue vie active d’écrivain et d’académicien, Muhammad Kurd `Alî retourna auprès de Dieu le 2 avril 1953, après 76 ans de combat intellectuel et d’œuvres bienfaitrices. Il fut enterré près de la tombe du Compagnon du Prophète Mu`âwiyah Ibn Abî Sufyân, à Damas. Puisse Dieu lui faire miséricorde[1].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (ar) « مركز الشرق العربي ـ رجال الشرق ـ محمد كرد علي », sur www.asharqalarabi.org.uk,‎ (consulté le 12 mars 2017)

Liens externes[modifier | modifier le code]