Mució Miquel

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Miquel Serret est un nom espagnol. Le premier nom de famille, paternel, est Miquel ; le second, maternel, souvent omis, est Serret.
Miguel Mucio
MUCIOVELO.jpg

Coupure de journal, de gauche à droite Cañardo, Miquel et Bovet.

Informations
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 43 ans)
LübtheenVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Équipes professionnelles
1923 individuel
1924-1925 UE Sants
1926 UE Sant-Andreu
1927 FC Barcelona[n 1]
1928-1929 Dilecta-Wolber
Principales victoires
1 Championnat
MaillotEspaña.PNG Champion d'Espagne sur route (1927)
2 courses par étapes
Tour de Catalogne (1924 et 1925)

Mució, Joseph, Emmanuel Miquel[n 2] également connu sous le patronyme catalan de Muç Miquel[1],, est un cycliste professionnel et résistant[n 3] espagnol. Né le 12 mars 1902 dans le quartier de Les Corts à Barcelone (Espagne) de Emmanuel Miquel et Emmanuelle Serret, Il est mort empoisonné en déportation le 27 mai 1945 à Lübtheen (Allemagne)[2]. Si son palmarès comprend un titre de champion d'Espagne de cyclisme sur route obtenu en 1927, il est surtout connu comme étant le premier coureur à avoir gagné deux fois de suite le Tour de Catalogne (en 1924 et 1925)[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et débuts cyclistes[modifier | modifier le code]

Église de Vila-seca.

Mució, Joseph, Emmanuel Miquel, également connu sous le patronyme catalan de Muç Miquel, nait le 12 mars 1902 dans le quartier de Les Corts à Barcelone (Espagne) où son père exerce la profession de veilleur de nuit. Orphelin de père et de mère dès l'âge de cinq mois, il ne connait donc pas ses parents. Recueilli par des membres de sa famille qui habitent à Vila-seca dans la province de Tarragone, il travaille dans l'agriculture jusqu'à ses seize ans. On peut affirmer sans peine que ce travail difficile lui a permis de se forger une certaine résistance physique qui lui permettra plus tard de s'imposer en course[3]. Par la suite, et même si on ne connait pas avec exactitude la date de son départ, Mució Miquel émigre en France où il devient mécanicien dans un magasin de cycle[3]. C'est à cette période qu'il découvre le cyclisme en compétition et dispute sa première course régionale. Sans pour autant vouloir en faire une passion ou un métier dans un premier temps, il commence à s'entrainer sérieusement et gagne ses premières courses[4]. Il s'aligne sur plusieurs épreuves en Espagne et en France, mais sa carrière ne débute véritablement qu'en 1923 grâce à la cinquième place qu'il obtient au Tour de Catalogne[3].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Premier départ du Tour de Catalogne (1911)

Mució Miquel se fait connaitre du public en 1923 quand il gagne le championnat de Catalogne de cyclisme[5]. Au cours de la saison, il termine également cinquième du Tour de Catalogne remporté par le coureur français Maurice Ville[6]. Il est probable que son inexpérience des grandes compétitions cyclistes et son tempérament impétueux l'empêchent d'obtenir un meilleur résultat sur cette épreuve qui constitue à l'époque la plus grande course espagnole par étapes[3]. Cependant, celui que Maurice Ville qualifie de courageux et intelligent, emmagasine à cette occasion de l'expérience qu'il mettra à profit l'année suivante[3]. Il est également troisième du championnat d'Espagne sur route[7] au cours de l'année. Ses performances lui ouvrent les portes de l'équipe Unió Esportiva de Sants qui lui offre un contrat professionnel pour la saison suivante alors qu'il court jusque la en individuel.

En 1924 il se classe neuvième du Tour du Pays basque et troisième de la Vuelta a Vitoria. Il est aussi sixième du championnat d'Espagne de cyclisme sur route[8] et s'offre un nouveau titre de champion de Catalogne[5]. Le point d'orgue de sa saison est constitué par sa victoire au Tour de Catalogne où il remporte pour la première fois le classement général de la course. Instruit par son échec de l'année précédente, il change sa façon de courir et économise ses forces[3] pour s'imposer sans coup férir après avoir gagné deux étapes et porté le maillot de leader d'un bout à l'autre de l'épreuve. Il établit au cours de cette édition le record de la vitesse moyenne du tour (26,3 km/h). Ses performances conjuguées à celles de ses coéquipiers permettent également à sa formation de l'Unió Esportiva de Sants de gagner le classement par équipes de cette course[9]. De plus, en tant que vainqueur final il se voit offrir une voiture Citroën à deux places[3].

La saison suivante, il remporte pour la deuxième fois consécutive le Tour de Catalogne. Comme l'année précédente il s'adjuge la première étape[10] de cette course et porte la tunique de leader du début à la fin de l'épreuve. À l'arrivée à Barcelone, il devance Jaume Janer second (et vainqueur de trois étapes au sprint) de plus de cinq minutes. Le troisième du classement général, Teodor Monteys, étant relégué à 10 minutes[11]. Ce triomphe lui permet d'acquérir une certaine notoriété en Espagne et de devenir un coureur populaire souvent ovationné par le public[3],[12]. Par ailleurs, il monte sur la seconde marche du podium au Tour de Cantabrie et au Grand Prix Opel[13]

Luciano Montero, champion d'Espagne de cyclisme et coéquipier de Mució Miquel en 1928.

Au cours de l'année 1926 Mució Miguel change de formation et rejoint l'Unió Esportiva Sant-Andreu. En tête du classement général du Tour de Catalogne au soir de la troisième étape, il est dépossédé de son leadership par le jeune espoir du cyclisme espagnol Mariano Cañardo. Ce dernier est lui-même dépassé le lendemain par le coureur français Victor Fontan qui remporte la victoire finale à Barcelone[14] devant cent-mille spectateurs[15]. Mució Miquel réalise au cours de cette saison quelques performances honorables, il se classe par exemple deuxième du Tour des Asturies, neuvième du Tour du Pays basque et du Grand Prix de Biscaye mais ne remporte pas de succès probants[8]. Il s'illustre cependant sur des courses moins prestigieuses qu'il peut même parfois gagner comme le Grand Prix d’Ulldecona[13].

En 1927, il est engagé par la section cycliste du prestigieux Football Club de Barcelone où il côtoie le Navarrais Mariano Cañardo avec qui il finit par se fâcher[4]. Cette année la il s'adjuge le mémorial William Tarin[13], le titre de champion d'Espagne sur route[16] et la troisième édition du Tour des Asturies. On le retrouve également sur la dernière marche du podium du Grand Prix de Biscaye.

Au début de l'année 1928, il rejoint la formation française Dilecta-Wolber en compagnie d'autres coureurs espagnols comme Luciano Montero[17]. Il y fait la connaissance des frères Pélissier (Henri, Francis et Charles) qui sont tous les trois membres de cette équipe[17] et se marie avec Marie Gubert le 28 janvier à Perpignan. Pour sa première saison sous ses nouvelles couleurs, il gagne le Grand Prix de Prueba Villafranca de Ordizia et finit second du Tour de Catalogne après avoir une nouvelle fois porté le maillot blanc rayé de vert dévolu au premier du classement général pendant plusieurs étapes. Il obtient également quelques accessits sur des courses comme la Clasica a los Puertos disputée dans la sierra de Guadarrama près de Madrid qui le voit finir cinquième ou le championnat d'Espagne sur route qu'il boucle en sixième position[8]. Il ne termine, par contre, que vingt-troisième du Tour du Pays basque à plus de deux heures et vingt-huit minutes du vainqueur le Belge Maurice De Waele[18].

Il arrête sa carrière professionnelle à la fin de l'année 1929.

Il est à noter qu'à cette époque beaucoup de coureurs professionnels disputent des courses sous un autre maillot que celui de leur sponsor principal. Ainsi Mució Miquel court parfois pour le compte de France Sport - Wolber en 1925, des formations espagnoles Helvetia - Pouchois en 1926, Aracil et Lazaro y Lopez - Hutchinson l'année suivante. En 1929, il prend aussi part à quelques épreuves sous les couleurs du FC Barcelone qu'il retrouve à cette occasion[19].

Si le coureur est passé à la postérité en Espagne en devenant le premier cycliste à gagner deux fois de suite le Tour de Catalogne, il fait également partie des dix champions catalans à avoir remporté cette épreuve depuis sa création (le dernier en date étant Joaquim Rodríguez en 2014)[20]. Si on prend en compte l'ordre chronologique, Miquel est le quatrième coureur catalan à gagner cette course après Sebastián Masdeu (1911), José Magdalena (1912) et Juan Martí (1913). C'est le coureur d'origine navarraise, il est né à Olite, mais barcelonais d'adoption Mariano Cañardo qui poursuit la série en s'imposant à sept reprises entre 1928 et 1939 ce qui constitue un record.[21]

Après-cyclisme et engagement politique[modifier | modifier le code]

Wagon (reconstruit à l'identique) du mémorial de Neuengamme et dans lequel on acheminait les déportés durant la Seconde Guerre mondiale.

On sait peu de choses sur la vie du coureur dans les années 1930[4]. Avec sa femme Marie, il a un fils qui nait le 14 février 1930, Robert Miquel (décédé le 8 octobre 2012) et vit en France à Perpignan.

Adhérent du Parti socialiste unifié de Catalogne, il soutient le camp des Républicains contre les rebelles de Franco pendant la Guerre Civile Espagnole[12],[22]. Proche du Parti Communiste Français il participe à l'action de la résistance contre l'occupant allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus particulièrement, il est membre des Francs-tireurs et partisans où il utilise le pseudonyme de clandestinité : « Roca »[4],[23].

Il est arrêté par la Gestapo le 10 avril 1944 à 4 heures du matin. Après l'avoir rudoyé devant sa famille, elle lui permet de passer une chemise, un pantalon et ses chaussures. Il est emmené par trois hommes armés de mitraillettes. Après de durs interrogatoires, il est incarcéré puis très rapidement transféré au camp de transit de Royallieu à Compiègne[24]. Déporté en Allemagne le 21 mai 1944 en compagnie de 194 autres détenus espagnols[24], il est interné au camp de concentration nazi de Neuengamme au sud-est de Hambourg[3]. Au cours de sa détention il est probablement affecté aux Kommandos de travail de Fallersleben-Laagberg[n 4] et Wöbbelin[24],[n 5]. À la libération du camp par l'armée américaine Mució Miquel est en vie, mais souffrant. Alors que ses camarades de captivité sont rapatriés, il demande à être hospitalisé. Trois jours après avoir repris des forces, le personnel hospitalier allemand, que les officiers américains avaient laissé en place, lui sert à manger, ainsi qu'à tous les autres déportés dans son cas, de la nourriture empoisonnée[25]. Il décède le 27 mai 1945 à Lübtheen[2].

Reconnaissance et hommages à titre posthume[modifier | modifier le code]

En France, un arrêté du 27 octobre 1995 permettant l'apposition de la mention « Mort en déportation » sur l'acte de décès du coureur et résistant espagnol parait au journal officiel de la République française le 18 janvier 1996 (page 886)[26]. Une rue de la ville de Perpignan dans les Pyrénées-Orientales porte son nom[3].

Très longtemps oublié en Espagne[n 6], il est depuis quelques années l'objet d'articles de presse dans différents périodiques cyclistes ou sites internet consacrés à ce sport. On peut également trouver des informations à son sujet dans la rétrospective que le journaliste et universitaire Rafael Vallbona consacre au Tour de Catalogne en 2011[n 7].

Palmarès[modifier | modifier le code]

La famille Miquel : Marie, Mució et Robert.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Si on connait bien les exploits des footballeurs du FC Barcelone, on ignore parfois qu'il s'agit d'un club omnisports. À partir de 1927 il possède une équipe cycliste professionnelle qui disparaît en 1943 à cause de problèmes économiques.
  2. Les revues cyclistes de l'époque traitent parfois de l'actualité et des résultats du champion espagnol en modifiant son patronyme. Il peut être ainsi nommé Mució Miquel, Mució Miguel, Miguel Mució ou bien encore Mussio Miquel. Ces différences rendent difficiles l'étude de la vie, de la carrière et des résultats du coureur dont on sait finalement assez peu de choses.
  3. Pseudonyme de clandestinité : « Roca », matricule no 30257.
  4. La ville de Fallersleben-Laagberg est située à environ vingt-cinq kilomètres de Brunswick, les détenus travaillent pour l'entreprise automobile Volkswagen ou sont employés à des travaux de construction.
  5. Situé à neuf kilomètres de Ludwigslust, ce site est initialement choisi pour la construction d'un camp de prisonniers de guerre. Cependant de nombreux déportés y sont transférés lors de l'évacuation de Neuengamme. Le site est libéré le 02 mai 1945.
  6. On peut ici voir un lien entre le parcours politique du coureur et la censure longtemps exercée dans la presse espagnole par la dictature franquiste.
  7. (ca) Rafael Vallbona, Volta a Catalunya, 1911-2011: un segle d'esport i país, Cossetània (ISBN 9788415403609).

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Fiche de Mució Miquel », sur memoire-du-cyclisme.eu (consulté le 11 décembre 2013)
  2. a et b « MIQUEL Mucio Joseph Emmanuel », sur memorialgenweb.org (consulté le 25 octobre 2016)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k (ca)Isaac Vilalta, « Un mite del ciclisme català, atrapat en plena fuga », sur directa.cat, (consulté le 27 octobre 2016)
  4. a, b, c et d (es)Gonzalo Diaz Bonet, « Miquel Mucio, el ciclista que sobrevivió a un campo de concentración nazi y murió envenenado », sur eltiodelmazo.com, (consulté le 27 octobre 2016)
  5. a et b « Campeonato de Cataluña (Esp) - Ex. », sur memoire-du-cyclisme.eu (consulté le 29 octobre 2016)
  6. « Volta Ciclista a Catalunya 1923 », sur cyclingfever.com (consulté le 30 octobre 2016)
  7. (es)« Palmarès de los campeonatos de España », sur fccv.es (consulté le 29 octobre 2016)
  8. a, b et c « Mució Miquel », sur cyclebase.nl (consulté le 27 octobre 2016)
  9. (es)Canto Arroyo, « La VI Vuelta a Cataluña terminó ayer con un final apoteósico despues de cuatro dias de verdadera battala por nuestras carreteras », sur mundodeportivo.com, (consulté le 28 octobre 2016)
  10. (es)« Miquel Mussio por segunda vez gana la primera etapa de la Vuelta a Cataluña; con todo éxito », sur mundodeportivo.com, (consulté le 29 octobre 2016)
  11. (es)« En la Avenida de la Exposición tuvo fin ayer soberbiamente, la VII Vuelta ciclista a Cataluña, en la que por segunda vez vence Miguel Mussió », sur mundodeportivo.com, (consulté le 28 octobre 2016)
  12. a et b (es)« Competiciones deportivas en el Campo de Ibaiondo », sur getxosarri.blogspot.fr, (consulté le 29 octobre 2016)
  13. a, b et c (ca)« Miquel Muç », sur enciclopedia.cat, (consulté le 31 octobre 2016)
  14. « Volta Ciclista a Catalunya 1926 », sur cyclingfever.com (consulté le 29 octobre 2016)
  15. (ca)« La visió de la Volta », sur mdc2cbuc.cat, (consulté le 30 octobre 2016)
  16. « Championnat d'Espagne - le palmarès », sur lequipe.fr, L'Équipe (consulté le 30 octobre 2016)
  17. a et b « Dilecta - Wolber (1928) », sur memoire-du-cyclisme.eu (consulté le 27 octobre 2016)
  18. « 5éme édition du Tour du Pays Basque 1928 », sur alinou-is-grumpy.skyrock.com, (consulté le 30 octobre 2016)
  19. « Mució Joseph Emmanuel Miquel », sur siteducyclisme.net (consulté le 28 octobre 2016)
  20. (es)« 27 años después un catalán vuelve a ganar la Volta », sur biciciclismo.com, (consulté le 28 octobre 2016)
  21. (es)« 27 años después un catalán vuelve a ganar la Volta », sur biciciclismo.com, (consulté le 30 octobre 2016)
  22. (es)« Cap. 148: Mucio Miquel (ciclismo) », sur thonysblaugrana.blogspot.fr, (consulté le 29 octobre 2016)
  23. « MIQUEL Mucio (Muç en catalan), Joseph, Emmanuel [“ Roca ”, pseudonyme de clandestinité] », sur le maitron-en-ligne.univ-paris1.fr (consulté le 25 octobre 2016)
  24. a, b et c « Transport parti de Compiègne le 21 mai 1944 (I.214.) », sur bddm.org, (consulté le 29 octobre 2016)
  25. (es)« Múcio Miquel », sur ayudamosconocer.com (consulté le 29 octobre 2016)
  26. « Arrêté du 27 octobre 1995 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes de décès », sur legifrance.gouv.fr, (consulté le 27 octobre 2016)

Liens externes[modifier | modifier le code]