Mouvement du 22 Mars

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Le mouvement du 22 Mars est un mouvement étudiant français, antiautoritaire[1] et d'inspiration libertaire, fondé dans la nuit du vendredi à la faculté de Nanterre. Il réunit des anarchistes, des situationnistes, des trotskistes et des futurs mao-spontex. Daniel Cohn-Bendit en est la personnalité la plus médiatisée.

Resté dans l'histoire pour la conjugaison originale de revendications de vie quotidienne (possibilité pour les garçons d'aller dans les chambres des filles de la résidence universitaire) et son opposition à la guerre du Vietnam, il est l'un des éléments déclencheurs des événements de Mai 68.

Il est interdit par le gouvernement dans le cadre du décret du 12 juin 1968 portant dissolution d'organismes et de groupements en même temps qu'onze autres mouvements d'extrême gauche.

Fondation[modifier | modifier le code]

Le , à l'occasion d'une manifestation organisée par le Comité Viêtnam national (CVN) « pour la victoire du peuple vietnamien contre l'impérialisme américain », trois cents étudiants saccagent le siège de l'American Express, à l'angle de la rue Scribe et de la rue Auber à Paris. Six personnes sont arrêtées dont Xavier Langlade (décédé à Cuba le ) du service d'ordre de la Jeunesse communiste révolutionnaire et Nicolas Boulte, mort par suicide en 1975, futur membre de la Gauche prolétarienne (mao-spontex), ancien secrétaire général de la Jeunesse étudiante chrétienne et secrétaire du Comité Viêtnam national.

Le 22 mars 1968, à 15 heures, une assemblée générale étudiante constitue un mouvement de soutien, le mouvement du 22 Mars pour la libération des militants interpellés et en garde à vue.

Le 22 mars 1968, à 21 heures, ces étudiants, ayant eu l'occasion de récupérer un jeu de clefs, occupent le huitième et dernier étage du bâtiment administratif de l'université, la salle du conseil des professeurs. Daniel Cohn-Bendit, à la tête d'une délégation d'une vingtaine d'étudiants, vient annoncer la nouvelle à la fin du concert que l'Orchestre de Paris donne à l'amphithéâtre B2 de la faculté, au rez-de-chaussée[2].

Dans la nuit, le texte d'une motion, distribué ensuite sous forme de tract, est voté par 142 étudiants (deux contre et trois abstentions). Une nouvelle structure est créée, le CREPS, (Centre d'études et de recherches politiques et sociales)[3]. Le mouvement appelle à une journée de débats le 29 mars 1968.

La salle du conseil a été choisie pour sa valeur symbolique. En 1968, alors que la faculté est encore en pleins travaux, il n'existe qu'une seule tour dans tout le campus : le bâtiment B, bâtiment administratif — aujourd'hui, une autre tour se dresse, celle de la bibliothèque universitaire. Les étudiants politisés considèrent le bâtiment B comme le symbole phallique du pouvoir à renverser. Actuellement, la salle du conseil des professeurs se trouve en bas du bâtiment B pour représenter l'égalité des enseignants avec les étudiants. Il est aussi intéressant de préciser qu'une sécurité extrêmement rigoureuse a été mise en place pour interdire aux étudiants l'accès aux étages du bâtiment.

Le 28 mars, en riposte à cette initiative, le doyen Grappin suspend tous les cours pour deux jours, mais sans réussir à empêcher l'organisation de plusieurs journées de débats parmi les étudiants. À l'une d'elles, assiste Rudi Dutschke de l'Union socialiste allemande des étudiants[4].

Origines[modifier | modifier le code]

Affiche de Mai 68.

L'affaire démarre un an plus tôt, le 29 mars 1967, lorsque 60 étudiants décident de manière spontanée d'investir un des pavillons de la cité universitaire réservé aux étudiantes : les jeunes filles ont le droit d'accéder au bâtiment des garçons mais l'inverse est interdit.

Le doyen Grappin fait appel aux forces de l'ordre, ce qui choque, car à l'époque, et depuis le Moyen Âge, les forces de police n'ont pas le droit d'intervenir dans le périmètre universitaire. Cernés par la police, 25 étudiants maintiennent l'occupation pendant une semaine, nourris par les filles. Enfin, après de longues tractations, ils obtiennent le droit de se retirer du pavillon des filles sans donner leur identité et avec l'engagement qu'il n'y aura ni poursuites, ni sanctions.

Cependant, quelques jours plus tard, 29 étudiants (les 25 derniers occupants et 4 autres n'ayant pas participé à l'action mais étant connus comme « militants politiques ») reçoivent un courrier les informant qu'ayant enfreint le règlement intérieur, ils sont exclus des œuvres universitaires et perdent le droit à avoir une chambre à la résidence de Nanterre. Cette sanction étant appliquée avec sursis.

Par ailleurs, une « liste noire » est dressée par les autorités universitaires : des étudiants contestataires que les professeurs sont invités à refuser à leurs cours, parmi lesquels Cohn-Bendit qui se voit même notifier une demande de quitter le territoire (ce qui finira par advenir : il ne participera qu'au prélude de Mai 68).

Les étudiants de ce qui allait devenir le mouvement du 22 Mars passent une année à diffuser leurs idées sur la liberté sexuelle et sur les « névroses » qu'induit le manque de liberté dans ce domaine et dans d'autres.

Le 26 janvier 1968, Cohn-Bendit interpelle François Missoffe, ministre de la Jeunesse et des Sports, qui inaugure la nouvelle piscine de Nanterre, sur son livre blanc sur la jeunesse : « Monsieur le ministre, j’ai lu votre Livre blanc sur la jeunesse. En trois cents pages, il n’y a pas un seul mot sur les problèmes sexuels des jeunes. » à quoi le ministre répond : « Avec la tête que vous avez, vous connaissez sûrement des problèmes de cet ordre. Je ne saurais trop vous conseiller de plonger dans la piscine. — Voilà une réponse digne des Jeunesses hitlériennes. » répond Cohn-Bendit[5]. Il existe plusieurs versions de cette altercation, dépendant de la source, en particulier sur l'insulte qu'aurait retournée Cohn-Bendit au ministre. En février, nouvelle altercation, mais cette fois avec le doyen de l'université.

Ce mouvement ne reste pas qu'un « parisianisme » et s'étend à l'ensemble de la France où des lycéens « non politisés » se prévalent du mouvement du 22 Mars pour organiser des mouvements de grève dans leurs établissements. Claire Auzias, alors lycéenne, témoigne des évènements à Lyon[6].

Mai 68[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mai 68.

Lorsque le bruit court que Daniel Cohn-Bendit va être transféré dans une autre université, une grande grève est déclenchée par tous les étudiants anarchistes et/ou de gauche, comme ceux de la JCR. Sitôt Nanterre fermée par son doyen Pierre Grappin (le 2 mai), le mouvement se dirige vers la Sorbonne le vendredi . C'est le début des événements de Mai 68.

Par la suite, le mouvement du 22 Mars se politise encore davantage, trahissant peut-être ses origines potaches, perdant un peu de sa composante libertaire et de son identité « nanterroise ». S'y grefferont alors des personnalités comme Serge July ou Félix Guattari.

Une partie des éléments du mouvement proches du groupe anarchiste Noir et Rouge collaborent ensuite au groupe conseilliste, Informations et correspondances ouvrières tandis que d'autres forment, avec des membres issus de l'UJC (ml), la Gauche prolétarienne.

Dissolution[modifier | modifier le code]

Le mouvement du 22 Mars s'auto-dissout fin mai 1968. Ce qui n'empêche pas sa dissolution officielle le 12 juin 1968 selon la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées, comme onze autres mouvements d'extrême gauche.

Personnalités marquantes[modifier | modifier le code]

Le mouvement du 22 Mars n'est pas homogène idéologiquement, c'est un carrefour créé pour l'action. Il fonde son organisation sur la démocratie directe, avec des décisions prises en assemblée.

Différentes tendances le compose :

Publications[modifier | modifier le code]

  • Émile Copfermann, Ce n'est qu'un début, continuons le combat: mouvement du 22 mars, F. Maspero, , 143 p. (ISBN 978-2707134233).

Fiction[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Derrière la vitre.

La création du Mouvement du 22-Mars a été racontée par l'écrivain Robert Merle, prix Goncourt, alors professeur d'anglais à la faculté de lettres de Nanterre, dans son roman Derrière la vitre, dont l'essentiel de l'intrigue se passe dans la résidence universitaire de Nanterre le 22 mars 1968.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Foucault, Dits et Écrits, vol. 1 : 1954-1969, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des Sciences humaines », 1994, lire en ligne.
  2. Christian Charrière, Le Printemps des Enragés, Fayard, 1968.
  3. « Action et contestation », Le Nouvel Observateur, no 176, semaine du .
  4. Émeline Cazi, Le vrai Cohn Bendit, 2010, texte intégral.
  5. Le « dialogue » est rapporté dans Hervé Hamon, Patrick Rotman, Génération, Tome 1, Les années de rêve, Paris, Seuil, 1987, p. 401.
  6. Mimmo Pucciarelli, Claire l'enragée ! entretien avec Claire Auzias, Éditions Atelier de création libertaire, 2006, p. 45-53.
  7. Cécilia Gabizon, Johan Weisz, Opa sur les juifs de France : Enquête sur un exode programmé (2000-2005), en ligne.
  8. Wolfgang Drost, Ingrid Eichelberg, Mai dix-neuf cent soixante-huit, 1986, page 221.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Vidéos[modifier | modifier le code]

Radio[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]