Mouvement de résistance polonais pendant la Seconde Guerre mondiale

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Le mouvement de résistance polonais pendant la Seconde Guerre mondiale, avec l'Armia Krajowa (armée de l’intérieur) à son avant-garde, était le plus grand mouvement de résistance clandestin dans toute l'Europe occupée par les Nazis, [a] couvrant les zones d'occupation allemande et soviétique. La défense polonaise contre l'occupation nazie était une partie importante du mouvement européen de résistance anti-fasciste. Il est surtout connu pour avoir perturbé les lignes d'approvisionnement allemandes du front de l'Est, pour avoir fourni des renseignements militaires au Royaume-Uni, et pour avoir sauvé plus de vies juives de l'Holocauste que toute autre organisation ou gouvernement alliés. Il faisait partie de l’État polonais clandestin.

Organisations[modifier | modifier le code]

Des soldats de Kedyw dans la rue Stawki dans le quartier de Wola - Insurrection de Varsovie en 1944.
Partisans polonais de la région de Kielce - unité "Jędrusie" en 1945

La plus importante de toutes les organisations de résistance polonaise était l'Armia Krajowa (Armée de l'Intérieur, AK), fidèle au gouvernement polonais en exil à Londres. L'AK fut créée en 1942 à partir de la Związek Walki Zbrojnej (Union pour la lutte armée ou ZWZ), elle-même créée en 1939) et intégra la plupart des autres groupes polonais de résistance armée (à l'exception des communistes et des groupes d'extrême droite)[1],[2]. Elle était le bras armé de l'État polonais clandestin et était fidèle au gouvernement polonais en exil[1].

La plupart des autres organisations armées polonaises clandestines furent créées par un parti politique ou une faction, dont:

Le plus grand groupe qui refusa de rejoindre l’AK était l'Armia Ludowa (armée populaire ou AL), pro-soviétique et communiste, soutenu par l'Union soviétique et contrôlé par le Polska Partia Robotnicza (Parti ouvrier polonais ou PPR)[11].

« Dans l'ensemble des opérations de renseignement de l'ennemi à l'encontre de l'Allemagne, le service de renseignement du mouvement de résistance polonais a une grande importance. L'étendue et l'importance des opérations de la résistance polonaise, qui a été ramifiée vers des groupes plus petits et bien organisés, ont été (selon diverses sources) mis à jour par de grandes opérations de sécurité de la police. Heinrich Himmler 31 décembre 1942[12] »

Effectifs[modifier | modifier le code]

En , l’AK fut formée, elle comptait environ 100 000 membres[2]. Au début de 1943, elle avait atteint une force d'environ 200 000 membres[2]. À l'été 1944, lorsque l'opération Tempête commença, l’AK atteignait son effectif maximum, les estimations variant de 300 000 [13] à 500 000[14].

Les effectifs de la deuxième plus grande organisation de résistance, le Bataliony Chłopskie (bataillons de paysans), peuvent être estimés, pour l'été 1944 (date à laquelle ils fusionnèrent la plupart du temps avec l’AK[3]), à environ 160 000 hommes[15].

Le troisième plus important groupe était le Narodowe Siły Zbrojne (Forces armées nationales ou NSZ) avec environ 70 000 hommes vers 1943-1944 ; seule une petite partie de cette force fusionna avec l’AK[8].

À son apogée en 1944, l’Armia Ludowa (communiste), qui ne fusionna jamais avec l’AK, comptait environ 30 000 personnes[11]. Une estimation datant de l'été 1944 évaluait la force de l’AK et ses alliés, y compris le NSZ, à 650 000 hommes[16]. Dans l'ensemble, la résistance polonaise est souvent décrite comme la plus importante ou l'une des plus importantes organisations de résistance durant la Seconde Guerre mondiale en Europe.[a]

Actions, opérations et renseignement de 1939 à 1945[modifier | modifier le code]

1939[modifier | modifier le code]

Witold Pilecki, fondateur de l'organisation TAP et agent secret de la résistance polonaise à Auschwitz.

Le , deux soldats de l'armée polonaise Witold Pilecki et le major Jan Włodarkiewicz fondèrent la Tajna Armia Polska (armée secrète polonaise, TAP), l'une des premières organisations clandestines en Pologne après la défaite[17]. Pilecki devint son commandant organisationnel alors que la TAP s’étendait pour couvrir non seulement Varsovie, mais également Siedlce, Radom, Lublin et d'autres grandes villes du centre de la Pologne[18]. En 1940, la TAP disposait d’environ 8 000 hommes (plus de la moitié d'entre eux armés), quelque 20 mitrailleuses et plusieurs fusils antichars wz.35. Plus tard, l'organisation fut incorporée à la Związek Walki Zbrojnej (Union pour la lutte armée), rebaptisée plus tard et mieux connue sous le nom d'Armia Krajowa (Armée de l’intérieur)[19].

1940[modifier | modifier le code]

Major Henryk Dobrzański alias "Hubal".
"Hubal" et son unité de partisans - hiver 1940.
Łapanka, peut-être celle dans lequel Witold Pilecki fut capturé à l'automne 1941, dans le quartier de Żoliborz à Varsovie.

Dans la nuit du 21 au , dans la ville de Czortków en Podolie occupée par les Soviétiques, le soulèvement de Czortków débuta ; c'était la première insurrection polonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Des Polonais anti-soviétiques, pour la plupart des adolescents des écoles secondaires locales, prirent d'assaut les casernes de l'Armée rouge locale et une prison, afin de libérer les soldats polonais qui y étaient emprisonnés.

En 1940, Witold Pilecki, un membre de la résistance polonaise, présenta à ses supérieurs un plan pour entrer dans le camp de concentration d’Auschwitz, pour recueillir des renseignements sur le camp de l'intérieur, et organiser la résistance des détenus[20]. L'Armée de l'Intérieur, approuvant ce plan, lui fournit une fausse carte d'identité, et le , il sortit délibérément dans la rue au cours d'une rafle à Varsovie, et se laissa capturer par les Allemands ainsi que d'autres civils et fut envoyé à Auschwitz. Dans le camp, il organisa l’organisation clandestine Związek Organizacji Wojskowej - ZOW[21]. À partir d’, ZOW envoya son premier rapport sur le camp, et sur le génocide en , au quartier général de l'armée de l’intérieur à Varsovie via le réseau de résistance organisé à Auschwitz[22].

En , une unité de partisans des premiers commandants de la guérilla dans la Seconde Guerre mondiale en Europe[Quoi ?] sous le commandement du major Henryk Dobrzański alias "Hubal" détruisit complètement un bataillon d'infanterie allemand dans une escarmouche près du village d’Huciska. Quelques jours plus tard, dans une embuscade près du village de Szałasy, elle infligea de lourdes pertes à une autre unité allemande. Pour contrer cette menace, les autorités allemandes formèrent une unité spéciale anti-partisan, mixtes SS-Wehrmacht, forte de mille hommes, comprenant un groupe de Panzer. Bien que l'unité du major Dobrzanski ne dépassa jamais 300 hommes, les Allemands dépêchèrent au moins 8 000 hommes dans la région pour la sécuriser[23],[24].

À la fin de 1940, Aleksander Kamiński créa une organisation de résistance de la jeunesse polonaise « Wawer »[25]. Elle faisait partie de la Szare Szeregi (Association clandestine des scouts polonais). Cette organisation réalisa de nombreuses opérations mineures de sabotage en Pologne occupée. Sa première action fut de dessiner des graffitis à Varsovie autour du réveillon de Noël de 1940 commémorant le massacre de Wawer[26]. Les membres des unités Wawer "Petit sabotage" de l'AK peignirent "Pomścimy Wawer" (« Nous allons venger Wawer») sur les murs de Varsovie. Au début, ils peignaient l'ensemble du texte, puis pour gagner du temps ils le raccourcirent à deux lettres, P et W. Plus tard, ils inventèrent la Kotwica – « Ancre », qui devint le symbole de la résistance polonaise en Pologne occupée[27].

1941[modifier | modifier le code]

À partir d', le Bureau de l'information et de la propagande de l'Union pour la lutte armée commença l'opération N dirigée par Tadeusz Żenczykowski. Elle impliquait le sabotage, la subversion et des activités de propagande noire[28].

À partir de , les rapports de Witold Pilecki furent transmis au gouvernement polonais en exil et à travers lui, aux gouvernements alliés, britannique et à d'autres instances. Ces rapports informèrent les Alliés occidentaux sur l'Holocauste et furent la principale source de renseignements sur Auschwitz-Birkenau[29].

Le , deux agents polonais de l'Armée de l’intérieur tuèrent l’acteur et collaborateur nazi Igo Sym dans son appartement à Varsovie. En représailles, 21 otages polonais furent exécutés. Plusieurs acteurs polonais furent également arrêtés par les Nazis et furent déportés à Auschwitz, parmi eux des personnalités connues comme les directeurs Stefan Jaracz et Leon Schiller.

En France en , Mieczysław Słowikowski (utilisant le nom de code "Rygor", Rigueur en polonais) mit en place l’Agence Afrique, l'un des organismes de renseignement les plus efficaces de la Seconde Guerre mondiale[30]. Il fut aidé par le lieutenant-colonel Gwido Langer et le major Maksymilian Ciężki. Les informations recueillies par l'Agence furent utilisées par les Américains et les Britanniques dans la planification de l'opération Torch en [31]. Ce débarquement en Afrique du Nord fut le premier grand débarquement allié de la guerre, et son succès ouvrit la voie à la campagne d'Italie.

1942[modifier | modifier le code]

Partisan polonais Zdzisław de Ville "Zdzich", membre de l’AK "Jędrusie" avec la version polonaise du M1918 BAR.

Le , l'évasion la plus spectaculaire du camp de concentration d'Auschwitz eut lieu. L’Ukrainien Eugeniusz Bendera et trois Polonais, Kazimierz Piechowski, Stanisław Gustaw Jaster et Józef Lempart s’évadent[32]. Les évadés étaient habillés comme des membres de la SS-Totenkopfverbände, bien armés et dans une voiture de la SS. Ils conduisirent jusqu’à la porte principale une automobile Steyr 220 de Rudolf Höss volée avec un rapport de contrebande de Witold Pilecki sur l'Holocauste. Les Allemands ne les reprirent jamais[33].

En , le Conseil Żegota pour l'aide aux Juifs fut fondée par Zofia Kossak-Szczucka et Wanda Krahelska-Filipowicz (alias "Alinka"). Il était composé de démocrates polonais et de militants catholiques. La Pologne fut l'un des rares pays en Europe occupée où il existait une telle organisation secrète dédiée. La moitié des Juifs qui survécurent à la guerre (plus de 50 000) furent aidés sous une forme ou un autre par Żegota[34]. Le militant le plus connu de Żegota était Irena Sendler, chef de la division des enfants, qui a sauvé 2 500 enfants juifs en les faisant sortir clandestinement du ghetto de Varsovie, en leur fournissant de faux documents, et les abriter dans des maisons à l'extérieur du ghetto en groupe ou individuellement[35].

En 1942, Jan Karski fit un rapport aux gouvernements polonais, britannique et américain sur la situation en Pologne, en particulier sur l'Holocauste des Juifs. Il rencontra des politiciens polonais en exil, dont le Premier ministre et des membres de partis politiques comme le Parti socialiste, le Parti national, le Parti des travailleurs, le Parti populaire, le Bund juif et le Poale Zion. Il parla également à Anthony Eden, secrétaire aux Affaires étrangères britanniques, et fit un exposé détaillé sur ce qu'il avait vu à Varsovie et à Bełżec[36].

Le soulèvement de Zamość fut un soulèvement armé de l'Armia Krajowa et du Bataliony Chłopskie contre l'expulsion forcée des Polonais de la région de Zamość alors sous la coupe du Generalplan Ost[37]. Les Allemands tentèrent de supprimer les Polonais de la grande région de Zamość (par le retrait forcé, transfert dans des camps de travaux forcés, ou, dans certains cas, par des assassinats de masse) afin qu'elle soit prête pour la colonisation allemande. L’opération dura de 1942 à 1944. Malgré de lourdes pertes subies par les clandestins, les Allemands échouèrent[38].

Dans la nuit du 7 et , l’opération Wieniec commença. Elle cibla l'infrastructure ferroviaire, près de Varsovie. Des opérations similaires visant à perturber les transports et les communications allemands en Pologne occupée se poursuivirent dans les mois et années suivants. Elle visait les chemins de fer, les ponts et les dépôts d'approvisionnement, principalement près des points de convergence de circuits logistiques tels que Varsovie et Lublin.

1943[modifier | modifier le code]

Au début de 1943, deux Polonais garde-esclaves[39] du camp de Trassenheide de Peenemünde fournirent des cartes[40], des croquis et des rapports au service de renseignement de l’Armia Krajowa, et en , le renseignement britannique reçut deux rapports qui identifiaient le hall d'assemblage des fusées, la fosse expérimentale, et la tour de lancement. Lorsque des informations issues des reconnaissances et du renseignement sur la fusée V-2 devinrent convaincants, le Comité de défense du Cabinet de guerre ordonna l’opération Hydra un raid de bombardement de Peenemünde en ) et l’opération Crossbow[41].

Le , à Varsovie, l’opération Arsenal fut lancée par le groupe clandestin polonais Szare Szeregi (Rangs gris) La réussite de l'opération permit la libération du chef de groupe Jan Bytnar alias Rudy qui avait été arrêté lors de l’attaque de la prison. Bytnar et 24 autres prisonniers furent ainsi libérés[42].

En 1943, à Londres, Jan Karski rencontra le journaliste, alors peu connu, Arthur Koestler. Il se rendit ensuite aux États-Unis et fit un compte rendu au président Franklin D. Roosevelt. Son rapport fut un facteur majeur dans l'information de l'Occident. En , à nouveau, il fit personnellement un rapport à Roosevelt sur la situation en Pologne. Il rencontra également de nombreux dirigeants du gouvernement et d'autres civils aux États-Unis, dont Felix Frankfurter, Cordell Hull, William Joseph Donovan, et Stephen Wise. Karski a également présenté son rapport aux médias, à des évêques de différentes confessions (dont le cardinal Samuel Stritch), à des membres de l'industrie cinématographique d'Hollywood et à des artistes, mais sans succès. Beaucoup de ceux à qu'il parla ne le croyaient pas ou supposaient que son témoignage était très exagéré ou encore était de la propagande du Gouvernement polonais en exil.

En , les Allemands commencèrent à déporter les Juifs subsistants dans le ghetto de Varsovie provoquant son insurrection, du 19 avril au 16 mai. Certaines unités de l'AK essayèrent d'aider le soulèvement, mais la plupart du temps la résistance n’était pas préparée et incapable de vaincre les Allemands. Une unité de l’AK, le Państwowy Korpus Bezpieczeństwa(Corps de sécurité nationale), sous le commandement d’Henryk Iwański alias Bystry, combattit dans le ghetto avec le ŻZW. Par la suite, les deux groupes firent retraite ensemble (dont 34 combattants juifs). Bien que l'action d’Iwański soit la mission de sauvetage la plus connue, ce ne fut que l'une des nombreuses actions menées par la résistance polonaise pour aider les combattants juifs[43]. Lors d'une attaque, trois cellules de l’AK, sous le commandement du capitaine Józef Pszenny alias Chwacki essayèrent d’ouvrir une brèche dans les murs du ghetto avec des explosifs, mais les Allemands les en empêchèrent[39]. L’AK et le GL engagèrent les Allemands entre le 19 avril et le 23 avril à six endroits différents en dehors des murs du ghetto, tirant sur les sentinelles et les positions allemandes et dans un cas tentèrent de faire sauter une porte[39]. Après l'échec de l'insurrection, les dirigeants juifs savaient qu'ils seraient écrasés, mais ils préféraient mourir en combattant que d'attendre d'être déportés vers les camps de la mort.

Membres de l’AK récupérant un V-2 dans la rivière Bug.

En , le quartier général de l'Armia Krajowa ordonna l’opération Akcja Taśma qui fut l'une des grandes opérations anti-nazies de l'AK pendant la guerre. En , 13 avant-postes allemands furent détruits avec peu de pertes du côté polonais[44].

L’opération Główki, prévoyant l’assassinat en masse des nazis condamnés à mort par des tribunaux spéciaux pour crimes contre les citoyens polonais en Pologne occupée, commença.

Le , l'Armée de l'intérieur tua Franz Bürkl, lors de l'opération Bürkl. Bürkl était un agent de haut rang de la Gestapo, responsable de l’interrogatoire brutal et de l'assassinat de milliers de Juifs polonais, de combattants de la résistance et de partisans. En représailles, 20 détenus de Pawiak furent assassinés lors d’une exécution publique par les Nazis.

À partir de , l'opération Most III commença. L'Armia Krajowa fournit aux Alliés des informations cruciales sur les fusées allemandes V-2. En effet, quelque 50 kg des pièces les plus importantes de la fusée V-2 furent récupérés, ainsi que le rapport final, les analyses, les dessins et photos, furent transportés à Brindisi par un avion Douglas Dakota de la Royal Air Force. À la fin de , les parties du V-2 furent livrées à Londres[45].

1944[modifier | modifier le code]

Soldats de la résistance polonaise du Batalion Zośka durant l’insurrection de Varsovie en 1944.
"Loup gris" avec le drapeau national polonais, véhicule blindé de combat allemand SdKfz 251 capturé par les insurgés de Varsovie, 8e régiment "Krybar", le 14 août 1944, à la 5e Panzerdivision SS Wiking.

Le , les combattants de la résistance de l'unité Agat de l'Armée l’intérieur exécutèrent Franz Kutschera, SS et chef de la police de Reich à Varsovie, lors d’une action baptisée opération Kutschera[46],[47]. En représailles, le , 140 détenus de Pawiak, des Polonais et des Juifs furent fusillés lors d'une exécution publique par les Allemands.

Du 13 mai au , eut lieu la bataille de Murowana Oszmianka, le plus grand affrontement entre l’Armia Krajowa et la Force territoriale de défense lituanienne nazie (Lietuvos vietinė rinktinė, LVR), une force de sécurité, constituée de volontaires lituaniens, subordonnée à l'Allemagne nazie[48]. La bataille eut lieu aux abords et dans le village de Murowana Oszmianka dans le Generalbezirk Litauen du Reichskommissariat Ostland. À l'issue de la bataille le 301e bataillon de la LVR fut mis en déroute et l'ensemble de la force fut démantelée par les Allemands peu après[49].

Le , la bataille de Porytowe Wzgórze eut lieu entre Polonais et partisans soviétiques, au nombre d'environ 3 000, et les unités allemandes fortes de 25 000 à 30 000 soldats, appuyés par de l’artillerie, des chars et des véhicules blindés et par l’aviation.

Du 25 au , se tint la bataille d’Osuchy, une des plus grandes batailles entre la résistance polonaise et l'Allemagne nazie en Pologne occupée pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle fut essentiellement une continuation du soulèvement de Zamość[50].

À partir de 1943, l'Armée de l'Intérieur prépara ses forces en vue d'un soulèvement national. Le plan du soulèvement national contre les Nazis dans la Pologne d'avant guerre reçut le nom de code d'opération Tempête[51]. Sa préparation commença à la fin de 1943, mais les actions militaires commencèrent en 1944. Ses composantes les plus connues étaient l’opération Ostra Brama, les insurrections de Lwów et de Varsovie[52],[53],[54],[55].

Le , l'opération Ostra Brama débuta. Environ 12 500 soldats de l'Armée de l’intérieur attaquèrent la garnison allemande et parvinrent à prendre le contrôle de la plus grande partie du centre-ville. De violents combats de rue dans la périphérie de la ville durèrent jusqu'au 14 juillet. Dans la banlieue est de Vilnius, les unités de l'Armée de l’intérieur coopérèrent avec des groupes de reconnaissance du 3e Front biélorusse soviétique[56]. L'Armée rouge entra dans la ville le 15 juillet, et le NKVD commença à interner tous les soldats polonais. Le 16 juillet, le QG de la 3e Front biélorusse invita les officiers polonais à une réunion et les arrêta[57],[58],[59].

Le , le soulèvement de Lwów commença. Il débuta comme une partie d'un plan d'ensemble de soulèvements à l’échelle nationale connu sous le nom de code d'opération Tempête. Les combats durèrent jusqu'au 27 juillet et aboutirent à la libération de la ville[60]. Cependant, peu de temps après, les soldats polonais furent arrêtés par les Soviétiques d'invasion et furent soit forcés de rejoindre à l'Armée rouge soit envoyés au goulag. La ville elle-même a été occupée par l'Union soviétique[61].

En , les forces armées soviétiques approchaient de Varsovie, le gouvernement en exil appela à un soulèvement dans la ville, afin qu'ils puissent revenir dans une Varsovie libérée et essayer ainsi d'empêcher une prise de contrôle par les communistes. L'AK, dirigé par Tadeusz Bór-Komorowski, lança l'insurrection de Varsovie[62]. Les forces soviétiques étaient à moins de 20 km, mais sur les ordres du haut commandement soviétique, elles n’apportèrent aucune aide. Staline décrivit le soulèvement comme une « aventure criminelle ». Les Polonais appelèrent à l'aide les Alliés occidentaux. La Royal Air Force et ses squadrons polonais basés en Italie, larguèrent quelques munitions, mais il était presque impossible pour les Alliés d’aider les Polonais sans l'aide soviétique.

Le combat dans Varsovie était désespéré. L'AK avait entre 12 000 et 20 000 soldats armés, la plupart avec seulement des armes légères, contre une armée allemande bien armée forte de 20 000 SS et des unités de l'armée régulière. L'espoir de Bór-Komorowski que l'AK pourrait prendre et tenir Varsovie pour le retour du gouvernement de Londres ne fut jamais susceptible d'être atteint. Après 63 jours de combats acharnés, la ville fut réduite à des décombres, et les représailles furent sauvages. Les SS et les unités auxiliaires furent particulièrement brutaux.

Après la reddition de Bor-Komorowski, les combattants AK furent traités comme des prisonniers de guerre par les Allemands, à la grande indignation de Staline, mais la population civile fut impitoyablement punie. Les pertes globales polonaises furent estimées entre 150 000 et 300 000 tués, 90 000 civils furent envoyés dans des camps de travail dans le Reich, tandis que 60 000 furent expédiés vers les camps de la mort et les camps de concentration dont Ravensbrück, Auschwitz, Mauthausen. La ville fut presque totalement détruite après que les sapeurs allemands aient systématiquement démoli la ville. L'insurrection de Varsovie permit aux Allemands de détruire l'AK en tant que force de combat, mais le principal bénéficiaire était Staline, qui sut imposer à la Pologne un gouvernement communiste après-guerre, avec peu de crainte d’une résistance armée.

1945[modifier | modifier le code]

Article principal : Soldats maudits.

En fut organisée, à Moscou, une parodie de procès des 16 dirigeants de l'Etat polonais clandestin détenus par l'Union soviétique (Procès des seize)[63],[64],[65],[66]. Le délégué du gouvernement, ainsi que la plupart des membres du Conseil de l'unité nationale et du commandant en chef de l'Armia Krajowa, furent invités par le général soviétique Ivan Serov, avec l'accord de Joseph Staline, à une conférence sur leur éventuelle entrée au gouvernement provisoire soutenu par les Soviétiques. Ils reçurent une garantie quant à leur sécurité, mais ils furent arrêtés à Pruszków par le NKVD, le 27 et 28 mars[67],[68]. Leopold Okulicki, Jan Stanisław Jankowski et Kazimierz Pużak furent arrêtés le 27 et 12 autres le lendemain. Alexander Zwierzynski avait été arrêté plus tôt. Ils furent amenés à Moscou pour interrogatoire à la Loubianka[69],[70],[71]. Après plusieurs mois d'interrogatoire brutal et de torture[72], ils furent accusés de « collaboration avec l'Allemagne nazie » et « de planification d'une alliance militaire avec l'Allemagne nazie »[73],[74].

Dans les dernières années de la guerre, il y avait de plus en plus de conflits entre les partisans polonais et soviétiques. Les soldats maudits continuèrent à s'opposer aux Soviétiques longtemps après la guerre. Le dernier soldat maudit, membre de la résistance anti-communiste en Pologne, fut Józef Franczak qui fut tué avec une arme de poing par la ZOMO en 1963.

Le en Bohême, la brigade Narodowe Sily Zbrojne libéra des prisonniers d'un camp de concentration nazi à Holiszowo, dont 280 femmes juives[75]. La brigade subit de lourdes pertes.

Le , une unité de l'Armia Krajowa, dirigée par le colonel Edward Wasilewski, attaqua un camp du NKVD situé à Rembertów dans la banlieue est de Varsovie. Les Soviétiques y gardaient des centaines de Polonais[76],[77],[78], membres de l'Armée de l'Intérieur[79], qui étaient systématiquement déportés en Sibérie. Toutefois, cette action de la résistance polonaise pro-indépendance permit de libérer tous les prisonniers politiques polonais du camp. Entre 1944 et 1946, les soldats maudits attaquèrent de nombreuses prisons communistes en Pologne occupée par les Soviétiques (cf. Résistance anti-communiste en Pologne (1944–46)).

Le , dans le village de Kuryłówka, dans le sud-est de la Pologne, la bataille de Kuryłówka commença. C'était la plus grande bataille de l'histoire de l'organisation des soldats maudits, Alliance nationale militaire (NZB). Dans la bataille contre les unités du NKVD, les partisans anti-communistes tuèrent 70 agents du NKVD. La bataille se termina par une victoire des forces clandestines polonaises[80].

Du 10 au , se déroula la chasse à l'homme d’Augustów. C'était une grande opération menée par les forces soviétiques de l'Armée rouge, du NKVD et du SMERSH, avec l'aide d’unités polonaises de l’UB et de la LWP contre les anciens soldats de l’Armia Krajowa dans la région de Suwałki et d’Augustow en Pologne. L'opération couvrit également le territoire occupé de la Lituanie. Plus de 2 000 combattants anticommunistes polonais présumés furent capturés et détenus dans des camps d'internement russes. 600 des « disparus d’Augustów » furent présumés morts et enterrés dans un lieu inconnu dans le territoire actuel de la Russie. La chasse à l'homme d’Augustów faisait partie d'une opération anti-guérilla en Lituanie.

Mouvements / unités[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

a ^  Un certain nombre de sources indiquent que l'Armée de l'intérieur, qui représentait la majeure partie de la résistance polonaise, était le plus important mouvement de résistance dans les pays européens occupés par les Nazis. Norman Davies écrit que l’« Armia Krajowa (Armée de l'intérieur), l'AK, ... pourrait se targuer d'être la plus grande [des organisations] européennes de résistance »[82]. Gregor Dallas écrit que l' « Armée de l'intérieur » (Armia Krajowa ou AK) à la fin de 1943 comptait environ 400 000 hommes, ce qui en faisait le plus grand mouvement de résistance en Europe »[83]. Mark Wyman écrit que l’« Armia Krajowa a été considérée comme la plus grande unité de résistance clandestine en Europe durant la guerre »[84]. Le nombre de partisans soviétiques était très similaire à celui de la résistance polonaise[85].

Références[modifier | modifier le code]

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