Mouvement de contrôle des naissances aux États-Unis

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Le mouvement de contrôle des naissances aux États-Unis a été une campagne de réformes sociales qui a débuté en 1914. Ce mouvement visait à accroître la disponibilité de la contraception pour les femmes américaines par les voies de l'éducation et de la légalisation.

Contraception au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Les pratiques de contrôle des naissances[modifier | modifier le code]

Avant 1914, les pratiques contraceptives étaient communes à travers les États-Unis. Ces pratiques incluaient la méthode du rythme (pas de rapport sexuel non protégé pendant les jours de fécondité), la méthode de retrait, les diaphragmes, les éponges contraceptives, les préservatifs, l'allaitement maternel prolongé, et les spermicides[1]. L'utilisation des contraceptifs a augmenté tout au long du XIXe siècle, contribuant à baisser de 50% le taux de fécondité aux États-Unis entre les années 1800 et 1900, en particulier dans les régions urbaines[2].

La seule enquête connue des habitudes de contraception des femmes américaines menée au cours du XIXe siècle, a été réalisée par Clelia Mosher, de 1892 à 1912[3]. L'enquête est basée sur un petit échantillon de femmes de classe sociale supérieure, et montre que la plupart des femmes utilisent ces pratiques contraceptives (principalement les douches vaginales, mais aussi le retrait, le rythme, les préservatifs et les diaphragmes). De plus, celles-ci considèrent les rapports sexuels comme des actes agréables qui pourraient être entrepris sans le but de procréer[4].

Commencement du mouvement (1914-1916)[modifier | modifier le code]

Margaret Sanger, meneuse du mouvement du contrôle des naissances aux États-Unis

Le mouvement de contrôle des naissances a commencé dans la ville de New-York en 1914 lorsqu'un groupe politique radical, dirigé par Emma Goldman, Marie Dennett, et Margaret Sanger, s'est préoccupé des problèmes que provoquaient l'accouchement et l'auto-avortement aux femmes à faible revenu. En particulier, Margaret Sanger cherchait à allier sa cause avec le mouvement eugéniste, montant à cette époque aux États-Unis[5]. Elle a donc fait régulièrement appel à l'autorité des chercheurs eugénistes Karl Pearson, Charles Davenport ainsi que d'autres chercheurs cités dans son magazine Birth Control Review au début des années 1920[6]. Pour faire accepter ce contrôle des naissances, le groupe politique défend donc une forme d'eugénisme en souhaitant empêcher la reproduction de groupes de population jugés « indésirables » [7].

Tout en cherchant à légitimer le mouvement de contrôle des naissances, en partie grâce à l'approbation de l'eugénisme organisé, Margaret Sanger, et d'autres militants, ont également travaillé sur le front politique. Puisque la contraception était considérée comme obscène à l'époque[8], les militants ont ciblé les lois Comstock, qui interdisaient la distribution de tout document « obscène, vulgaire, et/ou lascive » par le service postal des États-Unis[9]. En espérant provoquer une décision de justice favorable, Margaret Sanger a délibérément enfreint la loi en distribuant, en 1914, La Femme Rebelle, un bulletin d'information contenant une discussion sur la contraception[10].

En 1916, Margaret Sanger a ouvert la première clinique de contrôle des naissances aux États-Unis, mais celle-ci fut immédiatement fermée par la police[11] tandis que Margaret Sanger fut condamnée à 30 jours de prison[12].

Temps de l'acceptation (1917-1923)[modifier | modifier le code]

Un tournant majeur pour le mouvement est survenu au cours de la Première Guerre mondiale, où de nombreux militaires américains ont été diagnostiqués avec des maladies vénériennes. En réponse, le gouvernement a inclus une campagne contre les maladies vénériennes et a finalement considéré les rapports sexuels et la contraception comme des sujets légitimes pour la recherche scientifique. Ce fut la première fois qu'une institution gouvernementale des États-Unis s'engage dans une discussion publique sur des sujets d'ordre sexuel[13]. En conséquence, la contraception est passée d'une question morale à une question de santé publique.

Encouragée par le changement d'attitude du public concernant le contrôle des naissances, Margaret Sanger a ouvert une deuxième clinique de contraception, en 1923, et cette fois il n'y a eu ni arrestation ni controverse[14]. Pendant les années 1920, les discussions publiques sur la contraception sont devenues plus courantes, et le terme « contrôle des naissances » est devenu solidement établi dans la langue vernaculaire de la nation. La disponibilité généralisée de la contraception marque une transition vers une société sexuellement plus permissive vis-à-vis de la rigidité des mœurs de l'époque victorienne.

Progrès et regressions (des années 1920 à 1940)[modifier | modifier le code]

Les victoires judiciaires ont motivé l'American Medical Association à adopter, en 1937, la contraception comme un élément essentiel des programmes scolaires de médecine[15]. Mais la communauté médicale a tardé à accepter cette nouvelle responsabilité et les femmes continuaient à s'appuyer sur des conseils contraceptifs dangereux et inefficaces provenant de sources mal informées. En effet, bien que les cliniques de contraceptions soient devenues plus courantes à la fin des années 1920, le mouvement de contrôle des naissances restait confronté à d’importantes oppositions. De grands secteurs de la communauté médicale s'opposaient encore à la contraception. Les défenseurs de la contraception ont été mis sur liste noire par l’industrie de la radio. Les lois des États-Unis ainsi que les lois fédérales – bien qu’elles ne soient généralement pas appliquées – interdisaient toujours à cette époque la contraception[16].

En 1942, la Planned Parenthood Federation of America a été créée[17], développant ainsi un réseau national de cliniques de contrôle des naissances (400 cliniques en 1942[17]). Ainsi, après la Seconde Guerre mondiale, la contraception était acceptée par la profession médicale, et les lois anti-contraception Comstock (qui restaient encore dans les livres) n'étaient que rarement appliquées.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Peter C.Engelman, A History of the Birth Control Movement in America, ABC-CLIO, , 231 p. (ISBN 978-0-313-36509-6, lire en ligne), p. 3-4
  2. (en) Peter C. Engelman, A History of the Birth Control Movement in America, ABC-CLIO, , 231 p. (ISBN 978-0-313-36509-6, lire en ligne), p. 5
  3. (en) Peter C. Engelman, A History of the Birth Control Movement in America, ABC-CLIO, , 231 p. (ISBN 978-0-313-36509-6, lire en ligne), p. 11
  4. (en) Andrea Tone, Devices and Desires : A History of Contraceptives in America, Hill and Wang, , 366 p. (ISBN 978-0-8090-3816-9), p. 73-75
  5. (en) « Eugenics and Birth Control | American Experience | PBS », sur www.pbs.org (consulté le )
  6. (en) Diane B. Paul, Controlling Human Heredity : 1865 to the Present, Humanity Books, , 158 p. (ISBN 978-1-57392-343-9), p. 95
  7. (en) Elasah Drogin, « « Margaret Sanger, father of modern society » », New Hope,‎
  8. (en) Nicola Kay Beisel, Imperiled Innocents : Anthony Comstock and Family Reproduction in Victorian America, 1998, Princeton University Press, , 288 p. (ISBN 978-1-4008-2208-9, lire en ligne)
  9. The Comstock Act 17 Stat. 598, adoptée par le Sénat des États-Unis le 3 mars 1873.
  10. Emma Goldman, Épopée d'une anarchiste. New York 1886 : Moscou 1920, trad. de Living my life 1931, Éditions Complexe, , p. 174
  11. (en) Peter C. Engelman, A History of the Birth Control Movement in America, ABC-CLIO, , 231 p. (ISBN 978-0-313-36509-6, lire en ligne), p. 86
  12. (en) Cox, Vicki, Margaret Sanger : Rebel For Women's Rights, Chelsea House Publications, , 65 p. (ISBN 0-7910-8030-7)
  13. (en) Peter C. Engelman, A History of the Birth Control Movement in America, ABC-CLIO, , 231 p. (ISBN 978-0-313-36509-6, lire en ligne), p. 109
  14. (en) Peter C. Engelman, A History of the Birth Control Movement in America, ABC-CLIO, , 408 p. (ISBN 978-0-684-83498-6, lire en ligne), p. 137
  15. (en) Margaret Sanger, « Finding Aid to the Margaret Sanger papers SSC.MS.00138 », sur asteria.fivecolleges.edu (consulté le )
  16. (en) McCann, Carole Ruth, Birth Control Politics in the United States, Cornell University Press, , 242 p. (ISBN 978-0-8014-8612-8, lire en ligne), p. 67-69
  17. a et b (en) Peter C. Engelman, A History of the Birth Control Movement in America, ABC-CLIO, , 408 p. (ISBN 978-0-684-83498-6, lire en ligne), p. 181-186

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Peter C. Engelman (2011), A History of the Birth Control Movement in America, ABC-CLIO, (ISBN 978-0-684-83498-6).