Moustique du métro de Londres

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Le moustique du métro de Londres est une forme de moustiques du genre Culex. On le trouve notamment dans les stations du métro de Londres mais il est présent à l'échelle mondiale[1]. Il a été pour la première fois décrit comme une espèce particulière par Pehr Forsskål en 1775[2] qui le nomme Culex molestus en raison de sa morsure vorace[3]. Il est ensuite renommé Culex pipiens f. molestus, n'ayant pas de différence morphologique avec Culex pipiens mais il est un exemple de spéciation péripatrique en cours montrant que l'homme est facteur d’évolution de la biodiversité, dans la mesure où il provoque la disparition d'espèces, mais aussi l'apparition de nouvelles. C. p. f. molestus est notamment connu pour ses attaques sur les populations londoniennes réfugiées dans les sous-sols de la ville pendant le Blitz[4].

Description[modifier | modifier le code]

Ce moustique, bien qu'originellement découvert en Égypte à la fin du XVIIIe siècle[1], est présent dans de nombreux réseaux de métro à travers le monde. Il pourrait avoir évolué à partir de l'espèce Culex pipiens à la fin du XXe siècle[5], bien que des recherches plus récentes suggèrent qu'il s'agirait d'une variété méridionale du moustique apparentée à Culex pipiens, qui se serait adapté aux milieux chauds des espaces souterrains des métros des villes du Nord[6]

Ce moustique est reconnu comme une espèce distincte de Culex pipiens depuis les recherches de Kate Byrne et Richard Nichols. Les deux espèces ont des comportements très différents[4], il leur est extrêmement difficile de s'accoupler entre elles[7], et disposent de fréquences d'allèles différentes compatibles avec une dérive génétique au cours d'un événement fondateur[8]. Plus spécifiquement, C. p. f. molestus se reproduit tout au long de l'année, est intolérant au froid, et mord à la fois les rats, les souris et les humains, à l'inverse des espèces en surface, qui sont tolérantes au froid, hibernent en hiver, et ne mordent que les oiseaux. Lorsque les deux variétés ont été hybridées, leurs œufs étaient stériles, ce qui suggère un isolement reproductif[4],[7].

Hérédité[modifier | modifier le code]

Les données génétiques indiquent que toutes les populations de la forme molestus du métro de Londres semblent avoir une ascendance commune, et non pas que chaque population propre à une station ait évolué indépendamment à partir des populations en surface. L'hypothèse de travail de Byrne et Nichols était que l'adaptation à l'environnement souterrain s'était produite localement une seule fois à Londres : de nombreux obstacles doivent être surmontés afin de s'adapter à l'environnement souterrain, d'où une adaptation logiquement rare. Cette hypothèse implique que l'adaptation locale se serait également produite localement dans des endroits différents à travers l'Europe et au-delà, chaque population locale provenant d'une branche ayant surmonté les problèmes de la vie souterraine.

Cependant, plus récemment, un article de Fonseca utilisant des éléments de preuve génétiques suggère qu'une seule forme de C. p. molestus se serait propagée à travers l'Europe et au-delà, puisque des populations sur une large surface partagent un patrimoine génétique[1]. Ces populations très éloignées se distinguent par des différences génétiques mineures, qui suggèrent que la forme s'est développée récemment ; une seule différence dans l'ADN mitochondrial est partagée entre les populations des métros de dix villes russes[9], et une seule différence dans une séquence d'ADN microsatellite intervient parmi des populations occupant l'Europe, le Japon, l'Australie, le Moyen-Orient et les îles de l'Atlantique[6]. Cette diffusion à l'échelle mondiale pourrait avoir eu lieu après la dernière glaciation ou être encore plus récente, en raison de la propagation des insectes par les itinéraires d'échanges commerciaux mondiaux. Une possibilité est la vente des pneus d'occasion, ceux-ci pouvant retenir l'eau dans laquelle les larves sont capables de survivre.

La persistance d'hybrides dans les climats du Nord semble poser un autre problème évolutionnaire, qui peut être résolu dans de rares cas. L'article de Fonseca fournit la preuve génétique que la récente colonisation de l'Amérique par les moustiques Culex implique en réalité une souche dérivée de l'une des rares hybridations réussies entre Culex pipiens et Culex pipiens f. molestus. Il suggère que l'hybridation peut expliquer pourquoi la forme américaine peut mordre à la fois les oiseaux et les humains (mais cette explication est controversée, voir la lettre de Spielman et al.[10] et la réponse qui suit dans Science). Les conséquences de cette alimentation indifférenciée ont été médiatisées en 1999 avec l'épidémie d'encéphalite humaine à New York, causée par la fièvre du Nil occidental. Il s'agit du premier cas documenté d'apparition de cette maladie dans l'hémisphère occidental ; peut-être parce que dans les populations déjà établies, le C. pipiens présent en surface mord presque exclusivement les oiseaux, alors que ceux qui mordent les humains ne sont présents qu'en milieu souterrain.

Distribution[modifier | modifier le code]

Culex pipiens f. molestus a été observé en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, en Asie, en Afrique et en Océanie. On le pense originaire d'Égypte[11]. Il s'est probablement propagé par l'intermédiaire des voies commerciales coloniales au cours des derniers siècles.

Lors de l'été 2011, une invasion de Culex pipiens f. molestus a eu lieu dans l'Upper West Side, dans le borough de Manhattan, à New York. Le moustique est bien connu pour être généralement trouvé dans les égouts de New York et prospérer toute l'année en se nourrissant de sang humain. Les résidents des brownstones les plus anciens ont trouvé les moustiques provenant du métro dans les sous-sols, puis à travers les bouches d'air et d'autres ouvertures dans leurs habitations. Le gouvernement de la ville n'a pas fait de cette infestation une priorité, car les moustiques n'étaient pas porteurs du virus du Nil occidental et en raison du coût élevé de la lutte contre ces insectes[11].

En Australie, la présence de Culex pipiens f. molestus a été notée pour la première fois dans les années 1940. Il s'est depuis répandu à travers tous les états du Sud, provoquant d'importantes nuisances liées à ses morsures dans les zones urbaines. Contrairement à la plupart des moustiques urbains australiens, Molestus est actif toute l'année. Son introduction a probablement eu lieu lors des mouvements militaires dans Melbourne pendant la Seconde guerre mondiale, et les études génétiques indiquent que le passage le plus probable est celui de l'Est, depuis l'Asie et le Japon[12] Il a également été identifié comme un vecteur potentiel pour plusieurs maladies australiennes transmissibles par le sang comme le Virus de la Rivière Ross (en).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c (en) Dina M. Fonseca, Nusha Keyghobadi, Colin A. Malcolm et Ceylan Mehmet, « Emerging Vectors in the Culex pipiens Complex », Science, vol. 303,‎ , p. 1535–1538 (ISSN 0036-8075 et 1095-9203, PMID 15001783, DOI 10.1126/science.1094247, lire en ligne, consulté le 30 octobre 2016)
  2. Il s'agit d'un ouvrage posthume, puisque le biologiste est mort en 1763.
  3. (en) Mare Lõhmus, Anders Lindström et Mats Björklund, « How often do they meet? Genetic similarity between European populations of a potential disease vector Culex pipiens », Infection Ecology & Epidemiology, vol. 2,‎ (ISSN 2000-8686, PMID 22957132, PMCID 3426333, DOI 10.3402/iee.v2i0.12001, lire en ligne, consulté le 30 octobre 2016)
  4. a b et c Alan Burdick (2001).
  5. « London underground source of new insect forms », sur www.gene.ch (consulté le 30 octobre 2016)
  6. a et b Fonseca DM, Keyghobadi N, Malcolm CA et al.
  7. a et b "London underground source of new insect forms".
  8. Byrne K, Nichols RA (January 1999).
  9. Vinogradova EB and Shaikevich EV (2007).
  10. Spielman A, Andreadis TG, Apperson CS et al.
  11. a et b Carlin, Dave (November 3, 2011).
  12. Kassim N, Webb C, Wang Q, Russell R. (August 2013).