Mourir à trente ans

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Mourir à trente ans
Réalisation Romain Goupil
Scénario Romain Goupil
Acteurs principaux
Sociétés de production MK2 Productions
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre documentaire
Durée 97 minutes
Sortie 1982

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Mourir à trente ans est un film documentaire français en noir et blanc réalisé par Romain Goupil, sorti en 1982.

Le film remporte la Caméra d'Or au Festival de Cannes 1982 et le César du meilleur premier film à la 8e cérémonie des César en 1983.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Comme Diabolo menthe, un film français réalisé par Diane Kurys en 1977 et consacré aux premiers émois de deux sœurs adolescentes aux personnalités très différentes, qui avait remporté le prix Louis-Delluc, Mourir à trente ans raconte une histoire où s'entremèlent des amours et amitiés adolescentes au lycée, dans un climat politique tendu, mais sur le mode du documentaire et quelques années plus tard.

Le film évoque, avec des images d'époque, le quotidien de militant d'extrême gauche, notamment lycéen, de l'auteur, de 1965 au suicide de Michel Recanati le , qui avait représenté les lycéens en Mai 68 en tête de la grande manifestation du 13 mai, aux côtés d'Alain Geismar, Daniel Cohn-Bendit et Jacques Sauvageot.

Le film part d'une lettre poignante que Michel Recanati a écrit à l'auteur à peine 3 ans avant sa mort, dans laquelle il lui fait part de son malaise à vivre, à rire, à se laisser aller, cause d’une souffrance réelle. « C'est quand j'ai appris sa mort en 81 », trois ans après le décès, « que j'ai eu envie de raconter cette histoire, notre histoire », explique Romain Goupil en début de film[1].

L'auteur introduit dans cette oeuvre très autobiographique ses propres amis d'enfance, Coyotte et Baptiste[2], avec qui il multiplie les blagues de potache sur le mode Quick et Flupke, la bande dessinée belge créée par Hergé, puis évoque sa participation à un concours pour aller filmer une ville d’Europe dans un premier court-métrage[2]. Il enchaîne ensuite avec les divergences avec son père en termes de crise d'adolescence, puis le moment où il intègre peu à peu la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR) et y fait la rencontre de Michel Recanati[2], puis raconte son propre passage en Conseil de discipline en 1968, qui débouche sur son exclusion de son lycée[2] et sur la participation à aux Comités d’Actions Lycéens (CAL) qui seront à la pointe de la révolte étudiante quelques mois plus tard, en Mai 1968[2]. Le suicide de son ami, dont les fragilités sont dénoncées en termes d'un excès de sérieux et de sensibilité, est un filigrane s'invitant de temps en temps dans le récit de l'adolescence, comme pour le perturber, l'auteur se présentant, paradoxalement, à la fois comme un leader au cœur de l'action politique et comme un personnage beaucoup moins politisé, comme s'il avait été un simple invité, sur la réserve et quelque peu absent, des violences et de la réunionite aiguë auxquelles il a pourtant participé encore plus jeune que son ami.

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Ce documentaire critique et autobiographique raconte la vie d'un groupe d'activistes travaillant quinze heures par jour pour leur parti, avec des dizaines de réunions chaque semaine, qui pensent réellement réussir à prendre le pouvoir par une révolution, quelques années après les changements de régime politique en Algérie, au Portugal ou au Vietnam, sur fond de guerres coloniales et anti-impérialistes.

Mourir à trente ans combine des images d'archives officielles, en particulier celles des combats très violents de 1971 et 1973 contre l'extrême-droite, avec des interviews de leaders de la Ligue communiste au moment des de l'après Mai-68 et des rivalités entre groupes gauchistes sur le terrain de "l'antifascisme". Dès le 4 octobre 1970, les deux lycéens de Mai 68, Romain Goupil et Michel Recanati, héros du film, avaient été associés, en compagnie de Daniel Bensaïd[3], à une opération-spectacle, asperger de peinture blanche, le vice-président du Sud-Vietnam, le général Ky, en visite officielle à Paris, du toit de l'école Polytechnique[4].

Des témoins de cette époque, comme Maurice Najman, Henri Weber et Alain Krivine, sont interrogés en 1981, Henri Weber évoquant Une « commission très spéciale » (CTS) est « créée du temps de la JCR »[4] et « se réunissant toujours en sa présence » comme une "petite armée privée"[4]. Henri Weber explique avoir mis au point un système d'organisation de manifestations clandestines basé sur les «rendez-vous secondaires». Pour déjouer l'intervention de la police, le lieu de rassemblement n'était communiqué qu'à nos militants qui ensuite le divulguaient aux autres à des «rendez-vous secondaires» convergeant ensuite vers la manifestation[4].

Pour Goupil, il ne s’agit plus d’être des « cinéastes mais des illustrateurs »[2]. Il pense à Recanati pour interpréter le personnage de Blaise héros et titre d'un film inabouti qui deviendra ensuite De la Révolte à la Révolution[2], commencé en 1969, mais qui ne sera jamais réalisé. Recanati refuse d’endosser le rôle mais accepte d’aider son compagnon dans sa réflexion autour du film[2]. Le père de Goupil, qui travaille comme cadreur dans l'industrie du cinéma filme les séances de travail et quelques scènes du film, tandis que son engagement au PCF est mis en scène.

Contexte artistique[modifier | modifier le code]

Un éminent critique cinéma de l’époque, Robert Chazal, du quotidien France-Soir, voit le film et se prend d’amour pour lui[2], au point de le montrer lors d’une projection privée à d’autres critiques[2]. Dans la foulée, le film est présenté au Festival de Cannes où il obtient le prix de la Caméra d’or, qui vient d'être créé en 1978 pour récompenser les meilleurs « premiers films », avec le mécénat de l'industriel Kodak[5] , et inciter des jeunes doués pour la scénarisation et le récit caméra au poing à se lancer dans une carrière dans le cinéma. Mourir à 30 ans devient « le film à voir »[2]. Dès juillet 1982, plusieurs articles de périodiques en font l'éloge[2], comme « Celui qui avait un père… », d'Alain Philippon, dans les Cahiers du cinéma, « Le pouvoir à 15 ans, un film à la première personne » par Lucien Logette, dans Jeune Cinéma ou « Tout sauf du cinéma militant… » dans La Revue du cinéma[2].

L'identification au narrateur, passe par la voix off à la première personne dont le style contenu et le ton désaffecté sollicitent le spectateur en l'invitant à convoquer ses propres sentiments[1]. Le film réunit des images de nature différente, et dont on peine parfois à identifier le statut (documentaire ou fiction) : films amateurs 8mm tournés par la bande des Coyotes, photographies, films militants, par exemple Le Joli Mois de mai du groupe ARC, ou des extraits de la fiction inachevée de l'auteur[1], restée en suspens en 1969. Né de la rencontre d’anciens étudiants de l’IDHEC et d’un groupe de cinéma animé par Mireille Abramovici et Jean-Denis Bonan à la clinique psychiatrique de La Borde[6], l’ARC avait joué le rôle d'une agence de presse indépendante[6], sur le modèle américain de Newsreel[6], agence fondée aux États-Unis dans les années 1960, avec pour objectif de rendre compte de l’actualité révolutionnaire et en apportant leur soutien aux Black Panthers et à la décolonisation.

Pour le réalisateur et scénariste Serge Le Péron, qui a intégré les Cahiers du cinéma en 1975 après avoir animé le collectif "Ciné en lutte" en Mai 68[1], le le film reste à un surprenant niveau d'impersonnalité[1]: le "je" que Goupil fait entendre possède "la même tonalité que ces interventions à la première personne qui ont faussement subjectivé tant de fois ce qui n'était alors qu'un discours déjà joué, déjà entendu, déjà écrit"[1].

Une grande partie des scènes du film ont été filmées par l'auteur, fils de cinéaste, lors des événements de Mai 68 dont il est aussi un acteur, à une époque où le film amateur est encore peu développé. Le Film 8 mm devient en 1965 le Super 8, lancé et commercialisé par Kodak, et a rencontré quelques années après, dans les années 1970, un grand succès pour sa qualité d'image comme pour ses aspects pratiques[7]. Les prix des projecteurs Super 8, devenus abordables, et le chargement automatique contribuèrent au développement du Super 8, vers la fin des années 70, quand le marché des grands projecteurs professionnels diminue. Au cours de l'année 1973, de nombreux films sont réalisés sur le plateau du Larzac, par les paysans eux-mêmes et en Super 8[8], comme le Ciné-journal de Léon Maillé[8], ou par les militants devenus cinéastes des comités Larzac[8]. Film de cinquante minutes, Larzac 73 retrace ainsi l’histoire du mouvement des « 103 »[8].

Musiques[modifier | modifier le code]

Les musiques d'illustration sont des œuvres de Bizet, Rossini et Mozart.

Motivations de l'auteur[modifier | modifier le code]

Quand j'ai réalisé ce film, a dit Romain Goupil, il s'est trouvé beaucoup de copains pour tiquer, soupçonner la récupération d'une génération. Et puis, ils sont venus petit à petit. J'ai fait ce film pour 300 personnes et la mère de Michel Recanati, a-t-il ajouté[9]. Le cinéaste raconte dans le film qu'il a visité l'appartement de Michel Recanati après son décès. Plus tard, il a transmis ses archives concernant le film à celles de la Cinémathèque.

Production[modifier | modifier le code]

Le film est produit par MK2.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f "Le travail du Je dans "Mourir à trente ans" par Juliette Goursat, Harvard University/EHESS, dans Etudes francophones [1]
  2. a b c d e f g h i j k l et m "LE FONDS ROMAIN GOUPIL : GENÈSE D'UN CINÉASTE ENGAGÉ" PAR MAGALI GAUDIN EST MÉDIATHÉCAIRE À LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE 14 MAI 2018 [2]
  3. "Enquête sur Edwy Plenel", par Laurent HUBERSON, Editions du Cherche Midi,. 2011
  4. a b c et d "Rebelle jeunesse", par Henri Weber, Editions du Groupe Robert Laffont, 2018
  5. "Retour sur la Caméra d’or ou les impressions d’un juré" par Michel Abramowicz, pour l'AFC, 4 septembre 2013 [3]
  6. a b et c "Le cinéma de Mai 68: L’imagination prend le maquis" par Antoinette Delafin sur RFI le 23-03-2018[4]
  7. "Les 42 ans du super 8 (et sa fin ?)" par Thierry Stœhr, mardi 8 mai 2007 [5]
  8. a b c et d Caméras politiques. Interventions militantes par Vincent Tolédano dans Le Monde diplomatique d'août 1980, page 23 [>https://www.monde-diplomatique.fr/1980/08/TOLEDANO/35691]
  9. L'Humanité jeudi, 14 Mai, 1998 [hthttps://fr.wikipedia.org/wiki/Mourir_%C3%A0_trente_anstps://www.humanite.fr/node/182940

Liens externes[modifier | modifier le code]