Mots esquimaux pour désigner la neige

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L'existence d'un nombre élevé de mots esquimaux pour désigner la neige est une légende urbaine liée à l'hypothèse de Sapir-Whorf. Censée illustrer le phénomène de relativité linguistique, elle présente plusieurs problèmes, en particulier autour de la définition du concept de mot : les langues eskimo-aléoutes sont de type polysynthétique, capables de produire un nombre théoriquement infini de « mots » par le biais de la suffixation.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'histoire de cette idée reçue a été retracée en 1986 par Laura Martin dans un article pour la revue American Anthropologist. Trois ans plus tard, Geoffrey K. Pullum est revenu sur la question dans un essai au ton plus humoristique, repris dans le recueil The Great Eskimo Vocabulary Hoax and Other Irreverent Essays on the Study of Language (1991).

Son origine semble être le Handbook of American Indian Languages publié par Franz Boas en 1911. Son propos est avant tout d'ordre morphologique : il cherche à illustrer la différence entre un concept exprimé à l'aide de différentes racines et un autre exprimé à l'aide d'opérations de dérivation s'appuyant sur une racine unique, en prenant l'exemple de mots anglais liés à l'eau, d'une part, et de mots esquimaux liés à la neige, d'autre part. Benjamin Lee Whorf reprend cette idée dans un article de 1940 pour illustrer sa théorie de relativité linguistique, et elle a depuis été répétée dans de nombreux ouvrages de vulgarisation, avec un nombre de mots toujours croissant.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Piotr Cichocki et Kilarski Marcin, « On 'Eskimo Words for Snow': The life cycle of a linguistic misconception », Historiographia Linguistica, vol. 37, no 3,‎ , p. 341-377 (lire en ligne).
  • (en) Larry Kaplan, « Inuit Snow Terms: How Many and What Does It Mean? », dans François Trudel (éd.), Building Capacity in Arctic Societies: Dynamics and shifting perspectives. Proceedings from the 2nd IPSSAS Seminar. Iqaluit, Nunavut, Canada: 26 mai - 6 juin 2003, CIÉRA—Faculté des sciences sociales Université Laval, (lire en ligne).
  • (en) Igor Krupnik et Ludger Müller-Wille, « Franz Boas and Inuktitut Terminology for Ice and Snow: From the Emergence of the Field to the “Great Eskimo Vocabulary Hoax” », dans SIKU: Knowing Our Ice; Documenting Inuit Sea Ice Knowledge and Use, Springer Verlag, (ISBN 978-90-481-8586-3).
  • (en) Laura Martin, « Eskimo Words for Snow: A case study in the genesis and decay of an anthropological example », American Anthropologist, vol. 88, no 2,‎ , p. 418-423 (lire en ligne).
  • (en) Geoffrey K. Pullum, The Great Eskimo Vocabulary Hoax and other Irreverent Essays on the Study of Language, University of Chicago Press, .
  • (en) David Robson, « Are there really 50 Eskimo words for snow? », New Scientist, no 2896,‎ , p. 72-73 (lire en ligne).
  • (en) Andrew Spencer, Morphological theory, Blackwell Publishers, (ISBN 0-631-16144-9), p. 38.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]