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Moteur à soupapes en tête

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Mécanisme de commande de soupapes en tête par tiges et culbuteurs.

Les moteurs à soupapes en tête (« overhead valve » ou OHV en anglais) sont des moteurs à quatre temps et soupapes commandées. Celles-ci, contrairement à celles des moteurs à soupapes latérales ( "side valve" ou SV en anglais), sont situées dans la culasse au-dessus des cylindres. La disposition en tête permet d'avoir un meilleur rendement, une meilleure circulation des gaz et un meilleur taux de compression que ceux des moteurs à soupapes latérales. Les moteurs à soupapes en tête existent en toutes sortes d'architectures (en V, en ligneetc.), ainsi qu'à allumage commandé ou de type Diesel. Ils sont les plus répandus dans l'industrie automobile depuis plusieurs décennies, et sont également utilisés dans l'aviation et divers autres secteurs.

Il en existe deux grandes variantes[1] : les moteurs culbutés, historiquement les plus anciens, qui ont leur arbre à cames en bas du moteur, et ceux à arbre à cames en tête (ACT ou, en anglais, OHC)[2].

Prototype du moteur diesel de 1894 à soupapes en tête.

Les premiers moteurs à combustion interne étaient basés sur des moteurs à vapeur et utilisaient des soupapes glissantes[3]. Ce fut le cas pour le premier moteur Otto qui fonctionna avec succès pour la première fois en 1876.

À partir de 1885 et du Daimler Reitwagen, les moteurs à soupapes deviennent de plus en plus courants. Apparaissent ainsi :

  • les moteurs semi-culbutés (ou "ioe" en anglais) : leurs soupapes d'admission, situées dans la culasse et actionnées par l'aspiration créée par le piston, étaient qualifiées d' "automatiques" ou « atmosphériques » ; leurs soupapes d'échappement, étaient elles entraînées par un arbre à cames situé dans le bas du bloc moteur. Cette configuration fut utilisée sur des voitures, des motos et des avions, notamment ainsi par les frères Wright entre 1904 et 1910 pour les premiers moteurs d'avions jamais réalisés[4];
  • les moteurs à soupapes latérales ("sv" ou "flathead" en anglais) qui équiperont la plupart des véhicules automobiles terrestres jusqu'aux années 1950[5].

Les premiers moteurs dont toutes les soupapes sont en tête apparaissent à la fin des années 1890 : le prototype du moteur diesel de 1894 utilisait des soupapes en tête actionnées par un arbre à cames, des tiges de poussée et des culbuteurs, devenant ainsi l'un des premiers moteurs culbutés[6], et, en 1896, William F. Davisle dépose le brevet américain no 563 140 relatif à un moteur culbuté utilisant un liquide de refroidissement pour maintenir la culasse à la bonne température[7]. Certaines sources suggèrent que quelques véhicules équipés de moteurs à soupapes en tête auraient été construits avant 1900, notamment en Italie[8] et aux États-Unis[9], mais aucun moteur de ce type ne semble avoir été construit en série avant le début du XXème siècle.

Moteurs culbutés

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Les moteurs culbutés sont les premiers moteurs à soupapes en tête produits en série : Buick dépose en 1902 un brevet pour un moteur à soupapes en tête et lance en 1904 son premier moteur utilisant cette technologie[10]. Ce bicylindre à plat aux cylindres opposés avec deux soupapes par cylindre équipe la Model B en 1904 puis la Model C à partir de 1905 : c'est un grand succès, avec 750 exemplaires vendus dès 1905[11].

L' utilisation de moteurs culbutés sur des automobiles, des motos ainsi que des avions se développe à partir des années 1910. Très répandus jusque dans les années 1950, ces moteurs sont ensuite progressivement supplantés par les moteurs à arbre à cames en tête. Certains constructeurs d'automobiles et de motos, ainsi que des spécialistes de l'aviation légère, continuent cependant de proposer des modèles à moteurs culbutés dans les années 2020.

Automobiles

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Coupe d'un moteur de VW Coccinelle (1945) : les culbuteurs sont visibles aux extrémités gauche et droite.

En Europe, l'utilisation de moteurs culbutés commence dans les années 1910 sur des modèles de course ou sportifs, comme l'Alfa Roméo 20-30[12], puis se généralise à partir du milieu des années 1930 : plus économes que leurs prédécesseurs à soupapes latérales, ces moteurs équipent alors non seulement des berlines familiales ou puissantes, mais aussi des modèles populaires qui connaissent une très grande diffusion, comme la Volkswagen Coccinelle ou la Citroën 2CV. Certains constructeurs américains continuent de lancer de nouveaux modèles de moteurs culbutés durant les années 2010. Parmi les marques et modèles européens illustrant cette variété et longévité d'usage se trouvent notamment :

  • Austin : moteur BMC série-A, quatre cylindre en ligne monté de 1951 au début des années 2000 sur divers modèles, notamment Morris Minor et Mini Austin . La gamme de ce moteur va de 803 cm3/30 ch à 1 275 cm3/57 ch[13] ;
  • Citroën : la Traction Avant, fabriquée de 1934 à 1957, est dotée de moteurs en ligne de 4 et 6 cylindres (1 300 à 3 800 cm3 et 32 à 77 ch)[14]. Des variantes de ces moteurs équiperont les DS et certaines CX jusqu'à la fin des années 1970. La 2 CV, fabriquée à plus de 5 millions d'exemplaires entre 1948 et 1970[15], est dotée d'un bicylindre à plat de 375 à 602 cm3 ;
  • Fiat équipe nombre de ses modèles de moteurs culbutés à 4 ou 6 cylindres en ligne du milieu des années 1930 , telles les Fiat 1500 (1935)[16]et 1100 (1939), au milieu des années 1960, avec notamment la Fiat 1300[17]. De très petits modèles, comme la Fiat 500 Nuova (1957), en sont également dotés[18];
  • Ford (Europe) : le moteur V6 Cologne équipe plusieurs versions de Ford Capri, Taunus , Granada, etc. jusque dans les années 1970[19]. La gamme de ce moteur va de 1 812 cm3/82 ch à 3 958 cm3/162 ch ;
  • Renault : le moteur Billancourt à quatre cylindres en ligne de 750 cm3/17 ou 21 ch équipe la 4CV, produite de 1947 à 1961. Des variantes de ce moteur équipent plusieurs autres modèles des années 1950 (Dauphine) au début des années 1970 (Renault 5)[20].
  • Volkswagen : la Coccinelle (1938-2003), voiture vendue à plus de 21 millions d'exemplaires, est dotée d'un moteur bicylindre à plat de 1 131 à 1 584 cm3 délivrant 25 à 50 ch[21]. Ce moteur équipe également le Combi entre 1950 et 1990.

Aux États-Unis, les moteurs à soupapes latérales restent plus longtemps dominants, même si Buick utilise des moteurs culbutés sans interruption depuis 1904. Les moteurs culbutés connaissent un développement rapide à partir des années 1950, d'abord pour équiper des modèles puissants, comme les "muscle cars", puis se conformer aux exigences réglementaires croissantes[22]. Parmi les marques et modèles américains illustrant cette évolution se trouvent notamment :

Schéma d'un moteur Buick culbuté 8 cylindres en ligne (1915).
  • Buick, qui lance plusieurs générations de moteurs culbutés tout au long du XXème siècle : en ligne à 6 ou 8 cylindres (1914-1953), puis V8 (1953-1981) ;
  • Ford, qui remplace progressivement ses moteurs à soupapes latérales par des moteurs culbutés à partir des années 1950. Le moteur V8 "Y-block" apparait en 1954 et sera produit jusqu'en 1980[23]. Le V8 Windsor (1961-2000) équipe notamment des Ford Fairlane, Falcon, Mustang ou encore F-Series et GT40. Ford utilise continûment des moteurs culbutés depuis et a même lancé un nouveau modèle V8 de 7,3 l de cylindrée en 2019[24] ;
  • Chrysler, qui lance en 1951 son V8 Hemi [25], premier d'une famille qui connaitra plusieurs déclinaisons jusqu'au XXIème siècle, notamment : Firepower de (1951-1958) et Elephant de 425 ch (1964-1971). Les modèles les plus récents atteignent 800 ch. Ces moteurs ont équipé de nombreux modèles, comme les Chrysler 300 (années 1950-1960), Dodge Charger (fin des années 1960), Dodge Ram (depuis 2003), ou encore Plymouth Barracuda (fin des années 1960).

Le groupe japonais Toyota, devenu l'un des plus grands constructeurs mondiaux au XXIème siècle, lance ses premiers modèles en 1935. Jusqu'au début des années 1960, toute la gamme Toyota est équipée de moteurs culbutés[26]. Toyota continue ensuite de lancer de nouveaux modèles à moteur culbutés jusqu'au début des années 2000. Les moteurs "type T", notamment, sont des quatre cylindres en ligne qui équipent entre 1970 et 1985 des Carina, Celica, Corolla, Corona, etc. Et les "type B", moteurs Diesel à quatre cylindres en ligne, équipent depuis 1984 certaines versions de Land Cruiser, Dyna, Coaster, etc.

Présents à partir des années 1910 sur des motos de course, les moteurs culbutés deviennent d'un usage général à partir des années 1930, supplantant progressivement les moteurs à soupapes latérales. Quelques marques, comme Harley-Davidson et Moto-Guzzi, proposent encore de tels moteurs en 2025. Parmi les marques et modèles utilisant ou ayant utilisé des moteurs culbutés, se trouvent notamment :

  • BMW, pendant les années 1920-1930, lance simultanément des modèles à soupapes latérales (sv) et culbutés[27], notamment R52(sv)/R57(culbuté) et R62(sv)/R63(culbuté) en 1928[28], R11(sv)/R16(culbuté) en 1929[29], ou encore R12(sv)/R17(culbuté) en 1935[28], les modèles culbutés délivrant environ 50% de puissance de plus que leurs homologues à soupapes latérales[30];
  • Harley-Davidson, premier constructeur mondial dans les années 1920-1940, a continûment utilisé des moteurs V2 culbutés depuis le milieu des années 1930 : Knucklehead (1936-1947), Panhead (1948-1965), Shovelhead (1966-1981), Evolution (1984-2000), Blockhead (1985-1999), Twin Cam 88 (1999-2006), Twin Cam 96 (2007-2017), Milwaukee-Eight (M8) à partir de 2017 ;  
  • Honda, premier constructeur mondial de motos depuis les années 1970, a lancé dans les années 1950 de nombreux modèles culbutés, notamment le Super Cub[31], le Benly 90 J[32], ou encore le CT 200[33] ;
  • Indian : le plus grand fabricant de motos au monde jusqu'à la Première Guerre mondiale équipe à partir de 1910 ses modèles de course de moteurs culbutés à 4 soupapes par cylindre, alors que ses modèles commerciaux seront encore pendant plusieurs années IOE ou à soupapes latérales ;
  • Moto-Guzzi : le constructeur italien utilise continûment des moteurs culbutés depuis 1934 (modèle P238)[34]. En 2025, plusieurs des modèles de la marque sont dotés de moteurs V2 culbutés[35] ;
  • Triumph, l'un des plus importants constructeurs des années 1920 aux années 1960, introduit un premier modèle à moteur culbuté, le monocylindre sportif "type R"[36], en 1921, puis de nombreux autres modèles culbutés monocylindres (Tiger 70/80/90, années 1930), bicylindres (Thunderbird 6T, années 1950[37]; Bonneville T120, années 1960[38]) et à trois cylindres (Trident T160 V[39]) jusque dans les années 1970.

L'industrie aéronautique connait une évolution très rapide pendant la Première Guerre mondiale. De nombreux modèles de moteurs culbutés sont alors mis au point, et ce type de moteur sera utilisé sur des avions jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Ils ont différentes configurations semblables à celles des automobiles (en ligne, en V, à plat), mais certains ont une disposition radiale, configuration qui ne fut utilisée, à de très rares exceptions près, qu'en aéronautique. Parmi les exemples illustrant la variété de ces moteurs culbutés se trouvent notamment :

Au XXIe siècle, certains motoristes spécialisés dans l'aviation légère proposent toujours des moteurs culbutés, comme la société Lycoming et sa gamme de moteurs culbutés de 4 à 8 cylindres à plat[44].

Moteurs à arbre à cames en tête

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Automobiles

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Moteur Alfa Roméo 6c : 6 cylindres en ligne, simple ou double arbre à cames en tête selon les versions (1929). Modèle représenté : double arbre.

Les premières utilisations d'un moteur à arbre à cames en tête (ACT) sur une automobile datent du milieu des années 1900 : en 1905 , l'Isotta Fraschini Type D[45], un modèle de course, est dotée d'un moteur à quatre cylindres et simple arbre à cames en tête de 17,2 l de cylindrée délivrant 120 ch. L'utilisation de cette conception, jugée coûteuse et complexe, fut ensuite longtemps limitée aux voitures luxueuses ou à hautes performances . Les moteurs ACT sont progressivement devenus courants à partir des années 1950 et, au début du XXIe siècle, la plupart des moteurs d'automobiles sont ACT.

Les exemples suivants illustrent l'influence de certaines marques sur l'apparition puis la généralisation de l'architecture à arbre à cames en tête :

  • Alfa Romeo : après la très confidentielle 40-60 à simple ACT des années 1910, la marque lance en 1925 la famille des 6C équipées de moteurs 6 cylindres en ligne à simple ou double ACT[46]. Puis, des années 1950 aux années 1990 dote plusieurs de ses modèles (Giulietta, Giulia, Alfetta, etc.) d'un moteur 4 cylindres en ligne Twin-Cam. Et, des années 1980 à 2000, équipe ses modèles les plus puissants (Alfa 6, GTV, 166, etc.) de moteurs V6 "Busso" à simple puis double ACT et 12 ou 24 soupapes ;
  • Fiat lance en 1925 la 509, dotée d'un moteur 4 cylindres en ligne à simple ACT. C'est l'un des premiers modèles de grande série ainsi équipé[47];
  • Toyota a conçu et utilisé de nombreux moteurs ACT depuis les années 1960 et la Gloria[48]. La famille de moteurs R à quatre cylindres en ligne, ACT (simple ou double) depuis la version 8R (1968), équipe notamment les Hilux, Corolla, HiAce ou encore Cressida jusqu'à la fin des années 1990. En 2025, Toyota propose certaines versions de sa citadine Yaris avec un moteur diesel à trois cylindres en ligne à double arbre à cames en tête de 998 cm3 et 69 ch[49].

Les premières motos à arbre à cames en tête apparaissent dans les années 1910 : la Peugeot 500 M1, un modèle de course de 1913, est même dotée d'un double arbre à cames[50]. Comme pour les automobiles, l'architecture ACT va initialement être réservée aux modèles sportifs, notamment ceux des marques anglaises Velocette[51], Norton[52] et AJS[53] dans les années 1920. L'utilisation de moteurs ACT se généralise ensuite progressivement pour devenir dominante dans les années 1970, notamment sous l'impulsion de Honda qui, durant les années 1960, gagne de très nombreuses compétitions avec de tels moteurs, puis en équipe non seulement des modèles sportifs mais aussi de petites cylindrées à vocation utilitaire[31], comme son Super Cub[54]. Au XXIème siècle, la très grande majorité des motos sont équipées de moteurs ACT.

Les premiers avions dotés d'un moteur à arbre à cames en tête apparaissent à l'occasion de la Première Guerre mondiale. Ce type de moteur sera ensuite très largement utilisé en aéronautique jusque dans les années 1950. Les moteurs à réaction vont ensuite le remplacer pour les applications de forte puissance, les moteurs à pistons n'étant plus utilisés que par l'aviation légère. Les exemples suivants illustrent la variété des moteurs à arbre à cames en tête utilisés en aéronautique :

Caractéristiques techniques

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Caractéristiques générales

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Les trois catégories de moteurs à soupapes commandées (latérales, culbutées, à arbre à cames en tête) se distinguent par trois points principaux : la position des soupapes, celle de l'arbre à cames, et le mécanisme de commande des soupapes :

  • l'arbre à cames : sur les moteurs à soupapes latérales ou culbutées, l'arbre à cames est situé en bas du moteur, proche du vilebrequin[60]. Il est mis en rotation par celui-ci, généralement grâce à un jeu d'engrenages. Dans les moteurs à arbre à cames en tête, celui-ci est situé en haut du moteur, sur la culasse : il est mis en rotation par le vilebrequin grâce à un mécanisme constitué de chaînes, engrenages et courroies ;
  • les soupapes : parallèles au cylindre et tête vers le haut du moteur dans les moteurs à soupapes latérales, elles évoluent dans un volume distinct de celui balayé par le piston. Dans les moteurs à soupapes en tête, celles-ci sont en haut du moteur dans la culasse, tête orientée vers le bas : elles évoluent dans un volume qui peut être balayé par le piston ;
  • la commande des soupapes : dans les moteurs à soupapes latérales et ceux à arbre à cames en tête, l'ouverture des soupapes est assurée par l'arbre à cames, directement ou par l'intermédiaire de poussoirs ou de culbuteurs[61]. Dans les moteurs culbutés, elles sont ouvertes également par l'arbre à cames mais par l'intermédiaire d'un mécanisme de tiges permettant de relier l'arbre (en bas du moteur) aux culbuteurs (en haut du moteur)[62]. La fermeture des soupapes est assurée dans tous les cas par des ressorts ou, plus rarement, un système pneumatique ou desmodromique.

Comparaison avec les moteurs à soupapes latérales

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Soupape et flux d'admission avec soupape en tête (à gauche) et latérale (à droite).

La figure ci contre illustre la disposition d'une soupape d'admission en tête et latérale et permet de relever certaines différences entre les deux configurations.

Avantages du moteur à soupapes en tête

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  • la circulation des gaz, à l'admission comme à l'échappement, est plus efficace ;
  • le taux de compression peut être plus élevé ;
  • la répartition thermique est meilleure ;
  • la propagation du front de flamme lors du cycle de combustion est plus régulière.

Inconvénients/limitations du moteur à soupapes en tête

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  • le moteur à soupapes en tête est plus haut que son homologue à soupapes latérales ;
  • les soupapes en tête, déréglées ou "affolées", peuvent entrer en collision avec le cylindre, contrairement à leurs homologues latérales . Ce risque, susceptible de provoquer la destruction du moteur, était considéré jusqu'au milieu du XXème siècle comme particulièrement important, notamment pour des régimes moteur élevés ;
  • la culasse est plus complexe, avec plus de percements ;
  • le système de distribution est plus complexe, plus lourd et comporte plus de pièces mobiles ;
  • contraintes sur le nombre et l'emplacement des soupapes : dans les moteurs OHV, la taille et la forme des orifices d'admission et d'échappement ainsi que la position des soupapes sont limitées par la nécessité de les loger dans le moulage de la culasse.

Jusqu'à la fin des années 1940, le moteur à soupapes latérales était considéré plus robuste ainsi que plus facile à construire et à maintenir que celui à soupapes en tête. Mais malgré plusieurs améliorations, notamment celles dues au motoriste britannique Harry Ricardo, il restait moins performant que son homologue à soupapes en tête. Les progrès faits dans l'ingénierie et la construction mécaniques à partir du milieu des années 1940 permettent de corriger les limitations des moteurs à soupapes en tête, et entrainent à partir des années 1960 la quasi disparition des soupapes latérales sur les véhicules motorisés.

Comparaison entre moteurs culbuté et à arbre à cames en tête

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La distribution culbutée comporte de nombreuses pièces en mouvement alternatif (soupapes, tiges de culbuteurs, culbuteurs) : elles ont une inertie importante qui aggrave le risque d'affolement des soupapes. Ceci peut conduire à devoir limiter le régime de fonctionnement du moteur, donc sa puissance spécifique. Le caractère compact et la simplicité de conception et d'entretien de ces moteurs en a cependant longtemps justifié l'utilisation[63].

La solution la plus courante pour augmenter régime moteur admissible et puissance délivrée par le moteur tout en évitant le risque d'affolement des soupapes est d'utiliser un arbre à cames en tête par rangée de soupapes. Un moteur ayant un arbre par rangée de cylindre sera désigné comme SACT/SOHC, et, s'il en a deux, comme DACT/DOHC. Une distribution desmodromique permet en outre de supprimer tout ressort de rappel et ainsi d'atteindre des régimes encore plus élevés en limitant les risques de casse moteur.

Disposer l'arbre à cames en tête impacte le nombre minimum d'arbres nécessaire au moteur : alors qu'il suffit généralement d'un seul arbre à cames dans un moteur culbuté, quels que soient le nombre et la disposition des cylindres[64], un moteur ACT, dès qu'il n'est pas en ligne, doit en avoir plusieurs. Ainsi, par exemple, un moteur ACT en V aura au moins deux arbres à cames : un par rangée de cylindres.

Performances comparées

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Le tableau ci-dessous donne quelques éléments de comparaison des caractéristiques techniques et performances atteintes par des moteurs à soupapes commandées dans les années 1930, 1970 et 2020. Ils illustrent notamment :

  • l'augmentation de performances générée par le passage des soupapes latérales aux moteurs culbutés puis à ceux à arbre à cames en tête ;
  • la progression des performances des moteurs d'une même technologie au cours du temps.
Modèle BMW R12[65] BMW R17[66] Triumph T120[67] Honda CB 750[68] Harley-Davidson Fat Boy[69] Moto-Guzzi V7[70] Ducati Panigale[71]
Année 1935 1935 1969 1969 2025 2025 2025
Moteur Bicylindre à plat à soupapes latérales Bicylindre à plat culbuté Bicylindre en ligne culbuté Quatre cylindres en ligne ACT Bicylindre en V culbuté Bicylindre en V culbuté Quatre cylindres en V DACT desmodromique
Cylindrée (cm3) 743 743 650 744 1923 853 1103
Soupapes 2/cylindre 2/cylindre 2/cylindre 2/cylindre 4/cylindre 2/cylindre 4/cylindre
Puissance et régime moteur 18 ch à 3400 tr/min 33 ch à 5000 tr/min 47 ch à 6500 tr/min 67 ch à 8000 tr/min 103 ch à 5020 tr/min 67 ch à 6900 tr/min 216 ch à 13500 tr/min
Puissance/l de cylindrée 24 ch/l 44 ch/l 72 ch/l 90 ch/l 54 ch/l 79 ch/l 196 ch/l
Compression 5,2:1 6,5:1 8,5:1 9:1 10,3:1 9,6:1 14:1

Variantes de réalisation

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En plus d'un siècle d'existence, les moteurs à soupapes en tête ont connu de très nombreuses innovations visant à en augmenter les performances, diminuer le poids et l'encombrement, réduire la consommation et le rejet de polluants, etc. Ceci a conduit à une large variété de réalisations de ces moteurs, dont certaines sont indiquées ci-dessous[72] :

  • nombre de cylindres : un moteur à soupapes en tête est dit "monocylindre" s'il a un seul cylindre, et "multicylindre" s'il en a au moins deux. Il existe des moteurs de ce type ayant plus de vingt cylindres. Dans les automobiles, les configurations les plus répandues sont à 4, 6 ou 8 cylindres. Les motos sont très généralement équipées de moteurs monocylindres ou à 2, 3, 4 ou 6 cylindres. Les monocylindres sont également utilisés sur de petites machines (tondeuses, débroussailleurs, aéromodélisme, etc.) ;
  • disposition des cylindres : les moteurs multicylindres peuvent avoir leurs cylindres disposés en ligne (architecture historique et simple à construire mais conduisant à des moteurs très longs s'ils ont un grand nombre de cylindres), en V ou à plat, en étoile (configuration radiale utilisée en aéronautique dans les années 1910-1920), etc. La tête des cylindres est généralement orientée vers le haut de la machine équipée, mais certains moteurs, notamment dans l'aéronautique, sont implantés en position inversée[73] ;
  • nombre de soupapes par cylindre : il y a au minimum, sur chaque cylindre, une soupape d'admission et une d'échappement. C'est la configuration historique, encore très présente au XXIème siècle. Les moteurs ayant trois soupapes ou plus par cylindre sont qualifiés de "multisoupapes" . Les configurations à 3 soupapes par cylindre se trouvent notamment sur certaines motos, comme la Ducati ST3. La configuration à quatre soupapes par cylindre (deux d'admission et deux d'échappement) est assez répandue sur les motos comme les automobiles. Les configurations a plus de quatre soupapes par cylindre sont plus rares : le moteur de la Yamaha TDM a cinq soupapes par cylindre (3 d'admission et 2 d'échappement)[74] et celui de la Honda 750 NR en a huit[75] ;
  • pilotage de la fermeture des soupapes : sur la très grande majorité des moteurs, ce sont des ressorts qui assurent la fermeture des soupapes. Deux autres solutions sont utilisées : le rappel pneumatique et la commande desmodromique. Le rappel pneumatique consiste à remplacer chaque ressort par un soufflet à gaz comprimé : cette technologie, brevetée par Renault au début des années 1980, est très rarement utilisée en dehors des voitures de course. Dans le cas de la commande desmodromique, assez rare et équipant notamment les motos Ducati, l'arbre à cames active et contrôle, pour chaque soupape, des culbuteurs qui ont deux fonctions : l'une, classique, est d'assurer l'ouverture de la soupape, l'autre d'en forcer la fermeture.

Notes et références

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  1. Depuis la généralisation des arbres à cames en tête, la littérature spécialisée de langue anglaise tend à les désigner comme "ohc" (pour "overhead cam"), et à restreindre l'usage du terme "ohv" aux seuls moteurs culbutés. Dans cet article en langue française, il a été choisi de s'en tenir à l'interprétation littérale de l'expression "à soupapes en tête" qui conduit à considérer que les moteurs culbutés comme ceux à arbre à cames en tête sont "à soupapes en tête". Pour alléger le texte mais éviter toute confusion, seules les abréviations françaises ACT, SACT (simple arbre à cames en tête), DACT (double arbre à cames en tête) sont utilisées, et aucune abréviation n'est utilisée pour désigner les moteurs culbutés.
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  46. Des 6C remportent de nombreux succès en course durant les années 1920.
  47. Elle rencontre un grand succès commercial . C'est elle qui a servi de modèle à la voiture de Gaston Lagaffe.
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  54. Initialement doté d'un moteur culbuté, le Super Cub reçoit un moteur ACT à partir de 1966.
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  59. Les moteurs Rolls-Royce étaient nommés Eagle, Hawk, Falcon, Krestel, Buzzard ou encore Merlin.
  60. Par convention, l'emplacement du vilebrequin définit le "bas" du moteur : dans la très grande majorité des moteurs, notamment ceux en ligne et en V, le vilebrequin est en effet situé en bas du moteur. Dans les moteurs radiaux ou à plat, le vilebrequin est situé au milieu du moteur, et quand un moteur en ligne ou en V est "inversé", le vilebrequin est situé en haut : la description technique de tels moteurs indique cependant que le "bas moteur" se trouve au vilebrequin.
  61. Attention : aucun moteur dont l'arbre à cames est en tête n'est appelé "culbuté" , même s'il utilise des culbuteurs entre l'arbre et les soupapes.
  62. Les tiges commandées par l'arbre à cames et commandant les culbuteurs sont caractéristiques d'un moteur culbuté. Les ouvrages en anglais désignent d'ailleurs souvent ce type de moteur comme " pushrod ", soit littéralement "pousse tige".
  63. Cette utilisation persiste au XXIème siècle sur des moteurs peu poussés, par exemple chez Harley-Davidson.
  64. Sauf dans le cas des moteurs radiaux.
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  72. Les variantes mentionnées ci-dessous adressent certains des aspects caractéristiques des moteurs à soupapes commandées, notamment par ce qu'ils concernent les soupapes et les arbres à cames. Ces moteurs ont bénéficié de bien d'autres évolutions, notamment liées à l'admission, la carburation ou encore à l'allumage : elles sont décrites dans d'autres articles de Wikipedia.
  73. Gunston 1986, p. 49.
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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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