Mot sur le bout de la langue

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Avoir un mot sur le bout de la langue désigne l'impossibilité à retrouver un mot en mémoire, associée à un souvenir partiel et le sentiment que la récupération du mot est imminente[1].

Le phénomène concerne principalement les noms, adjectifs et verbes, les mots fonctionnels (déterminants, pronoms) n'étant pas concernés[2].

Les personnes ayant un mot sur le bout de langue peuvent se souvenir de certaines caractéristiques du mot recherché, comme sa première lettre ou phonème, son nombre de syllabes, ou d'autres mots ayant des sens ou des sons similaires. Un sentiment de frustration accompagne souvent la recherche du mot, suivie par une sensation de soulagement lorsqu'il est retrouvé.

Causes[modifier | modifier le code]

Ce phénomène apparaît lorsque les informations sémantiques (provenant du réseau conceptuel) et syntaxiques (provenant du réseau lexical) concernant le mot ont bien été récupérées dans le cerveau, mais que le lien entre les deux ne parvient pas à se faire : l'information phonologique de mot n'est donc pas complètement accessible[2].

La faiblesse de certaines connexions peut être expliquée par la rareté d'utilisation du mot par le sujet, ou son manque d'utilisation récente. Les mots peu utilisés ne faisant plus partie du vocabulaire actif, les connexions entre réseaux lexical et syntaxique s'estompent[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Ce phénomène a été d'abord été décrit par le psychologue William James en 1880.

La première étude scientifique le concernant a été réalisée par Roger Brown et David NcNeill (en) en 1966, publiée dans le Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, qui a démontré l'authenticité de cet état en psychologie[3].

Dans cette étude, Brown et McNeill ont lu aux participants des définitions de mots rares, qui ont dû en chercher la définition, et indiquer s'ils ressentaient une sensation de mot sur le bout de la langue. Si celle-ci avait lieu, les chercheurs ont demandé aux sujets de dire toutes les informations possibles concernant le mot recherché. Ils ont constaté que les sujets pouvaient identifier

  • la première lettre du mot,
  • son nombre de syllabes,
  • d'autres mots à la prononciation ou signification similaires,
  • son accent tonique,
  • deviner plus facilement la position de certaines lettres à l'intérieur du mot.

Universalité[modifier | modifier le code]

Le phénomène semble être universel et apparaître chez les personnes de tous genres, cultures et âges, mais s'amplifierait avec le vieillissement[2] et lorsque l'individu parle plus d'une langue (individu bilingue par rapport à monolingue)[4],[5].

De nombreux langages possèdent une expression dédiée à cet état, la plupart faisant référence à la langue[6] : « sur le bout de la langue » en anglais (tip of the tongue), italien, afrikaans, ou estonien, « sur le devant de la langue » en irlandais, « sur le dessus de la langue » en gaélique, « perdu sur la langue » en cheyenne, « pétillant sur le fond de la langue » en coréen.

Le phénomène a également été constaté chez les personnes utilisant le langage des signes, sans qu'une expression spéciale y soit utilisée[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) AS. Brown, « A review of the tip-of-the-tongue experience. », Psychological Bulletin, vol. 109, no 2,‎ , p. 204–23 (PMID 2034750, DOI 10.1037/0033-2909.109.2.204)
  2. a b c et d Marie-Louise Le Rouzo et Alexandra Joubert, « Le « mot sur le bout de la langue » chez des adultes jeunes et âgés », Champ psychosomatique, vol. no 24, no 4,‎ , p. 113–129 (ISSN 1266-5371, lire en ligne, consulté le 21 mars 2017)
  3. (en) « The “Tip of the Tongue” phenomenon (PDF Download Available) », sur ResearchGate (consulté le 21 mars 2017).
  4. Tamar H. Gollan et Nina B. Silverberg, « Tip-of-the-tongue states in Hebrew–English bilinguals », Bilingualism: Language and Cognition, vol. 4, no 1,‎ , p. 63–83 (ISSN 1366-7289 et 1469-1841, DOI 10.1017/s136672890100013x, lire en ligne, consulté le 27 novembre 2019)
  5. (en) Jennie E. Pyers, Tamar H. Gollan et Karen Emmorey, « Bimodal bilinguals reveal the source of tip-of-the-tongue states », Cognition, vol. 112, no 2,‎ , p. 323–329 (PMID 19477437, PMCID PMC2862226, DOI 10.1016/j.cognition.2009.04.007, lire en ligne, consulté le 27 novembre 2019)
  6. (en) Bennett L. Schwartz, « Sparkling at the end of the tongue: The etiology of tip-of-the-tongue phenomenology », Psychonomic Bulletin & Review, vol. 6, no 3,‎ , p. 379–393 (ISSN 1069-9384 et 1531-5320, DOI 10.3758/BF03210827, lire en ligne, consulté le 21 mars 2017).
  7. (en) Robin Thompson, Karen Emmorey et Tamar H. Gollan, « “Tip of the Fingers” Experiences by Deaf Signers: Insights Into the Organization of a Sign-Based Lexicon », Psychological Science, vol. 16, no 11,‎ , p. 856–860 (ISSN 0956-7976, DOI 10.1111/j.1467-9280.2005.01626.x, lire en ligne, consulté le 21 mars 2017).

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