Moso

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27° 42′ 35″ N 100° 47′ 04″ E / 27.70980556, 100.78445556 ()

Une famille élargie Moso : enfants, adultes et anciens cohabitant ensemble

Les Moso, Mosuo ou Musuo (chinois: 摩梭 ; pinyin: Mósuō) sont une ethnie du sud-ouest de la Chine, à la frontière des provinces du Yunnan et du Sichuan, sur les contreforts de l'Himalaya, région historiquement tibétaine qui fut intégrée à la Chine en 1965[1]

Cette petite ethnie compte de 30 000 à 60 000 habitants.

Officiellement ainsi que linguistiquement, les Moso constituent un sous-ensemble de la nationalité Naxi et utilisent un sous-système de l'écriture daba à l'instar de ce peuple.

Ils forment une société matrilinéaire (les enfants sont rattachés au groupe parental maternel, qui les élève, leur transmet le nom et l'héritage), matrilocale (les femmes sont au centre de leur famille et ne la quittent pas pour rejoindre leur conjoint après une union) et avunculaire (la paternité des enfants est excercée par leur oncle maternel). On peut parler de société matriarcale, au sens familial du terme (tel qu'il fut utilisé par Edward Tylor, ou encore Alfred Radcliffe-Brown[2])[travail inédit ?].

Les Mosuos présentent également dans leur traditions certaines particularités qui leur a valu l'intérêt de nombreux ethnologues : le mariage n'existe pas et les amants ne résident pas ensemble. Ces spécificités ont été mises à mal sous la révolution culturelle chinoise par une propagande active en faveur du mariage et de la monogamie[3]. Le succès de cette politique fut tout de même limité, de nombreux Moso étant restés fidèles ou sont retournés par la suite à leur modèle traditionnel[4].

Histoire et origine du nom[modifier | modifier le code]

Le terme « Moso » désignait anciennement tous les Naxi ; il est maintenant repris par un sous-groupe, essentiellement les habitants de Yongning et des bords du lac Lugu, qui souhaitent souligner les différences entre eux et les Naxi de la ville de Lijiang et des environs. Les ethnologues préfèrent l'appellation « Na » pour l'ensemble des populations qui utilisent pour autonyme la syllabe « Na » ; cette appellation recouvre les Naxi de Lijiang et les Moso de Yongning et du lac Lugu. Ainsi, un livre (en français) consacré aux coutumes des Moso est intitulé « Une société sans père ni mari : les Na de Chine ».

Études sur les Moso[modifier | modifier le code]

La société matrilinéaire des Moso a été étudiée et révélée en Occident par l'explorateur austro-américain Joseph Rock en 1924. Par la suite, des recherches sur le terrain ont été entreprises par l'anthropologue Wang Shu Wu en 1954 et l'ethnologue Yan Ruxian en 1980. Enfin, une expédition au pays des Moso a été organisée en 1993 par l'ethnologue allemande Heide Goettner-Abendroth, de l'International Academy for Modern Matriarchal Studies and Matriarchal Spirituality[5].

Organisation familiale[modifier | modifier le code]

Oncle et nièce. La paternité chez les Moso est avunculaire

Les familles sont constituée de fratries, frères et sœurs de plusieurs générations vivent ensemble et forment une famille. Les amoureux ne vivent pas en couple mais chacun dans sa fratrie d'origine. Les enfants sont rattachés à la fratrie de la mère pour y être élevés par les hommes et les femmes qui la compose (la mère et ses frères et sœurs : oncles et tantes ; la grand-mère et ses frères et sœurs : grands-oncles et grandes-tantes).

L'homme élève donc les enfants de sa sœur, avec qui il partage foyer, nom, héritage et ancêtres communs, mais n'élève pas ses enfants biologiques. L'organisation familiale fait qu'un enfant sera proche de son oncle maternel et éprouvera à son égard le même type d'affection qu'il aurait envers son père dans d'autres types de société[6].

La naissance d'une fille est cruciale car elle permet la continuité de la lignée. Si une famille n'a que des descendants de sexe masculin, les enfants de ces derniers habiteront la maison de leurs mère et la lignée s'éteindra. La naissance d'un garçon est aussi importante car il exercera plus tard la paternité des enfants de sa sœur. Le bon fonctionnement d'une famille passe donc par la présence des deux sexes[réf. souhaitée]. Le statut de minorité ethnique des Moso permet à chaque femme d'avoir autant d'enfants qu'elle souhaite, indépendamment de la politique de contrôle de la population du gouvernement chinois [7]

Si malgré tout, une famille n'a pas de descendance d'un sexe, elle peut avoir recours à l'adoption. L'enfant ou l'adulte adopté sera alors considéré comme un membre à part entière de sa nouvelle famille, avec l'ensemble des droits et devoirs qui en découlent [8]

Organisation du travail sexuée[modifier | modifier le code]

Paysans Moso durant la récolte de riz

Chez les Mosos, les hommes et femmes sont considérés comme différents et doivent donc avoir un rôle spécifique dans la société. Le partage des tâches est sexué et réglé avec précision. Les femmes s'occupent des travaux domestiques (cuisine, ménage) de la collecte de bois pour les feux, et du tissage. Les hommes ont en charge les travaux plus physiques (labours, charpentes), la pèche, le bétail et la politique [9]. Seuls les travaux d'agriculture (principale source d'alimentation des Moso) sont effectués conjointement par les deux sexes.

Au sein d'une famille, l'ensemble du travail est planifié par 2 chefs, un homme et une femme choisis en fonction de leur compétences. La « dabou » (chef féminin) administre les affaires internes et l'économie domestique : gestion des récoltes, des finances, accueil des hôtes. Un de ses frères, choisi pour être le chef masculin, administre les affaires extérieures, ce qui implique les communications avec les familles et peuples voisins, ainsi que la planification du travail des hommes[4]

Des rapports amoureux libres et pudiques[modifier | modifier le code]

Reconstitution d'une visite furtive, un homme escaladant pour rejoindre la chambre d'une amante, au musée du village touristique de Luoshui.

Les Mosuos jouissent d'une grande liberté amoureuse et sexuelle. Hommes et femmes sont libres d'avoir autant de partenaires qu'ils le désirent[6],[10]. Comme les familles sont acquises de naissance et ne dépendent pas d'un conjoint, les ruptures ne sont pas un problème : se séparer revient simplement à effacer le lien entre deux membres de deux familles distinctes qui resteront intactes. Les enfants étant élevés par le clan maternel, leur cadre social ne s'en retrouve pas altéré et il n'y a pas de conflits conjugaux concernant la garde. Les amours se font et se défont sans contraintes et sans instabilité familiale. Seul l'inceste est interdit.

La pudeur est cependant de mise et les Moso montrent rarement de signes d'affections en public. les relations s'effectuent généralement selon le principe de la « visite furtive » : chaque fille Moso bénéficie à 13 ans d'une chambre individuelle avec accès direct appelée « babahuago » (ou chambre des fleurs) où elle est libre d’accueillir les garçons qu'elle souhaite. A la nuit tombée, les hommes quittent leur domicile familial pour rejoindre la chambre d'une amante, et repartent chez eux tôt le matin[11].

Les relations demeurent généralement secrètes, à tel point qu'il est parfois difficile de savoir qui fréquente qui. Sans vie de couple, en toute liberté et discrétion, ce système exclut si radicalement la possession que la jalousie en devient honteuse. Malgré les efforts du gouvernement chinois pour diffuser le modèle familial conjugal, de nombreux Mosos restent attachés à leur traditions. Certaines femmes estiment ne vivre avec leur compagnon que des moments d'amour et de sentiments partagés sans que les questions pratiques ne s'immiscent dans cette relation. Les aspects matériels, les questions de propriété, de l'éducation des enfants, tous les sujets dont débattent nécessairement les couples qui vivent ensemble, n'ont qu'une importance secondaire dans la relation entre amants du peuple Moso. Il n'y a pas de relations arrangées ou forcées, ils se sont choisis et lorsque l'homme se languit d'une compagne, il va la voir[7].

Religion : entre culte matrilinéaire et lamaïsme[modifier | modifier le code]

Représentation de Gemu, déesse-mère des Moso
La montagne mère des Moso, surplombant le lac Lugu

Les Moso vénèrent une pluralité de divinités associées à la nature et à ses forces, mais placent l'amour et la fertilité au dessus de tout. La divinité la plus importante est Hlidi Gemu, Déesse mère qu'ils associent à la montagne éponyme, qui donne sur le Lac Lugu[10]. Sur la montagne se trouve le ventre de la déesse, une grotte sacrée où un stalagmite géant est vénéré en tant qu’idole. Il y coule une source où viennent boire les femmes qui désirent un enfant[4]. Gemu est également la seule divinité anthropomorphique des Moso, représentée sous les traits d'une femme vêtue de blanc et de rouge, chevauchant un cheval blanc. Son culte donne lieu à un festival, le « cercle de la Montagne » qui est organisé chaque année le vingt-cinquième jour du septième mois lunaire. Spectacles, chants, danses, courses de chevaux et processions sont de mise[réf. nécessaire].

Le bouddhisme tibétain (ou lamaïsme) est devenu un élément important de la religion Moso, issue d'un apport de populations extérieures, peut-être des conquêtes mongoles au XIIIe siècle[12]. Selon une légende, la déesse Gemu, rendue furieuse par le manque de respect des lamas pour la femme, défia les Dieux bouddhistes et réussit à conserver sa place au sein du peuple Moso [7]. Cette légende marque symboliquement le syncrétisme caractéristique de la religion Moso, un bouddhisme adapté et imbibé de références locales animistes. L'influence bouddhiste s'observe largement dans la vie des Moso, ils se rendent aux temples pour prier, des moines sont présents dans les rues, des statuettes de divinités Bouddhistes se retrouvent dans la plupart des foyers[13].

La sphère religieuse est gérée par trois types de personnes : les « Ammas », les « Dabas » et les lamas. L'Amma est la grand-mère d'une famille, la femme la plus âgée, qui jouit d'un titre honorifique important. Ancienne Dabou[14], elle est la gardienne de la maison et du culte des ancêtres. Le Daba est un homme, prêtre gardien de l'histoire et des traditions Moso. Il participe surtout aux cérémonies qui marquent la vie de la société : rites de passage à l'âge adulte, cérémonies funéraires. Les lamas, enseignants religieux du bouddhisme tibétain, participent également aux célébrations et aux processions. Selon les croyances Moso, si l'esprit d'un défunt n'est pas guidé par un Daba, il finira par se perdre, et sans les prières d'un Lama, il ne pourra pas se réincarner[6].


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yang Erche Namu & Christine Mathieu, Adieu au lac mère, Editions Calmann-Lévy, 2005
  • Cai Hua, Une société sans père ni mari : les Na de Chine, PUF, 1997 et 2000
  • Chuan-kang Shih, Quest for Harmony: The Moso Traditions of Sexual Union and Family Life, Stanford University Press, 2009
  • Ricardo Coler, Le royaume des femmes, Presses de la Cité, 2012
  • Annie Reffet, Chine inconnue — Peuples Naxi du Yunnan, Éditions Soline, 2006


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [« Le conflit sino-tibétain » http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-48_fr.html] sur www.irenees.net/
  2. Alfred Radcliffe-Brown, Structure et fonction dans la société primitive, Paris, Éditions de minuit,‎ 1972 (lire en ligne), p. 311 à 316
  3. http://www.francelecture.net/yangerchenamu.htm
  4. a, b et c http://matricien.org/geo-hist-matriarcat/asie/moso/
  5. Les Mosuo, une société matriarcale vivante.
  6. a, b et c Au royaume des femmes, Documentaire, Arte, 42 min.
  7. a, b et c Touentou, fille du feu, Documentaire, Réalisateur Patrick Profit, 51 min, France 5, Atmosphère Production
  8. Blumenfield, Tami (2009), The Na of Southwest China: Debunking the Myths (PDF).
  9. Kingdom of Women: The Matriarchal Mosuo of China, 54 min. Films for the Humanities and Societies
  10. a et b Quest for Harmony: The Moso Traditions of Sexual Union and Family Life. Par Chuan-kang Shih. 2010
  11. http://www.mosuoproject.org/walking.htm
  12. http://www.gutenberg-e.org/yang/chapter5.html
  13. http://www.mosuoproject.org/religion.htm] sur www.mosuoproject.org
  14. La « dabou » (chef féminin) administre les affaires internes et l'économie domestique : gestion des récoltes, des finances, accueil des hôtes.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]