Mort de Mouammar Kadhafi

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Mouammar Kadhafi, en 2009.

La mort de Mouammar Kadhafi, « Guide de la révolution » de la Jamahiriya arabe libyenne et principal dirigeant de la Libye de 1969 à 2011, est survenue à Syrte le , deux mois après avoir été renversé du pouvoir. Les circonstances exactes de sa capture et de sa mort restent confuses.

Contexte[modifier | modifier le code]

En , un mouvement de protestation populaire contraint le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 1987, à quitter son pays pour l'Arabie saoudite. Le mois suivant, Hosni Moubarak, président de l'Égypte depuis 1981, doit également abandonner le pouvoir face à la pression de la rue. Ces soulèvements populaires, qui ont lieu dans plusieurs pays du monde arabe – pour la plupart des régimes autoritaires, sinon des dictatures –, sont désignés sous le nom de « Printemps arabe ».

C'est ainsi qu'en , la Libye connaît à son tour une importante contestation, qui a pour but de garantir à la population plus de libertés et de démocratie, un meilleur respect des droits de l'homme, une meilleure répartition des richesses et l'arrêt de la corruption. Mouammar Kadhafi est alors au pouvoir depuis plus de 41 ans en tant que dirigeant de facto de la Jamahiriya arabe libyenne, ce qui fait de lui le chef d'État ou de gouvernement le plus ancien du monde arabe. Rapidement, il fait réprimer la révolte populaire par des tirs à balles réelles et des bombardements aériens. Le mouvement se transforme alors en une insurrection armée, puis en une guerre civile.

Pour protéger les populations civiles menacées par les violences commises par les troupes de Kadhafi, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte en la résolution 1973, qui permet notamment l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne en Libye. Au fil des mois, le régime doit faire face à une suite de défections et de défaites militaires. À la fin du mois d', les insurgés entrent dans la capitale, Tripoli, ce qui permet au Conseil national de transition (CNT) de s'installer au pouvoir. Mouammar Kadhafi, en fuite avec sa famille, continue à appeler au combat. En , la région de Syrte, dernier bastion tenu par ses partisans, est assiégée par les forces du CNT.

Capture et exécution[modifier | modifier le code]

Le , à 12 h 30 (heure de Tripoli), le colonel Yunus al Abdali, qui dirige les opérations militaires de soldats gouvernementaux dans l'est de Syrte, annonce la prise de la ville, après un mois de batailles[1].

Quarante-cinq minutes plus tard, le coordinateur des opérations militaires au sein du gouvernement libyen de transition, Abdel Madjid Mlegta, annonce que Mouammar Kadhafi a été capturé et évoque des blessures graves[2]. Mohamed Leith, un des commandants venus de Misrata, affirme qu'il a vu Kadhafi, que celui-ci « a été arrêté », qu'« il est gravement blessé » mais qu'« il respire encore »[3]. Peu après, un responsable du CNT indique que Kadhafi a été arrêté alors qu'il tentait de fuir, tandis qu'une personne affirmant avoir assisté à l'opération explique qu'il a été capturé alors qu'il se cachait dans un trou[2]. Selon Mansour Daou, ancien chef des services de sécurité intérieure de la Jamahiriya, la décision de quitter Syrte pour partir vers le sud aurait été prise par Moatassem Kadhafi, l'un des fils de Mouammar Kadhafi. Le départ du convoi, prévu pour 3 heures du matin, aurait pris plusieurs heures de retard du fait de la mauvaise organisation des volontaires recrutés par Moatassem Kadhafi[4]. La presse fera état de la présence dans le convoi d'un groupe de 19 mercenaires sud-africains[5].

Vers 13 h 55, Abdel Madjid Mlegta annonce que l'ancien dirigeant libyen a succombé à ses blessures[6]. Selon Mahmoud Jibril, numéro deux du CNT, il a été mortellement blessé lors d'échanges de tirs[7].

Rapidement, l'Agence France-Presse diffuse une photo présumée de Mouammar Kadhafi blessé[2]. La chaîne Al-Arabiya diffuse ensuite les premières images de son corps. Dans le même temps, la capture à Syrte de Moatassem Kadhafi, un des fils de Mouammar Kadhafi, est annoncée ; un commandant du CNT annonce quelques minutes plus tard que Moatassem est « mort en tentant de résister aux forces du CNT ».

Le déroulement exact des circonstances du décès de Mouammar Kadhafi reste confus. La version la plus probable est qu'un drone Predator américain aurait repéré, à l'aube, un convoi d'environ 75 véhicules tentant de quitter Syrte, sans que la présence de Kadhafi à son bord ne soit connue. Ensuite, une patrouille d'avions français serait intervenue[8]. Vers 8 h 30 (heure locale), le convoi aurait été arrêté par des tirs de missiles du drone et par un bombardement d'un Mirage 2000D de l'escadron de chasse 3/3 Ardennes[9], détruisant une vingtaine de véhicules[10], puis aurait été assailli par des combattants du CNT originaires de Misrata[10],[11],[8].

Mouammar Kadhafi et ses gardes du corps se seraient alors réfugiés dans un tunnel de drainage des eaux passant sous la route où leur convoi a été intercepté, après quoi il aurait été capturé et désarmé par les combattants du CNT. Il aurait alors été frappé par les combattants rebelles et sodomisé avec un bâton ou possiblement une baïonnette[12],[13],[14],[15]. Selon Mahmoud Jibril, numéro deux du CNT, Mouammar Kadhafi a été mortellement blessé lors d'échanges de tirs[7]. Il pourrait avoir été ensuite victime d'une exécution sommaire[7],[8]. Il est transporté, mort ou agonisant, à l'hôpital de Misrata.

Réactions[modifier | modifier le code]

La communauté internationale salue quasi-unanimement la mort de Mouammar Kadhafi, et appelle à l'instauration de la démocratie et à la réconciliation des Libyens[16], même si certains pays expriment un point de vue plus réservé (Afrique du Sud, Russie, Chine, Venezuela, Cuba).

Le président des États-Unis, Barack Obama, déclare que la disparition de Kadhafi marque « la fin d'un chapitre long et douloureux » pour les Libyens et appelle les autorités à bâtir un pays « démocratique » et « tolérant ». Pour le président français, Nicolas Sarkozy, « la disparition de Mouammar Kadhafi est une étape majeure dans la lutte menée depuis plus de huit mois par le peuple libyen pour se libérer du régime dictatorial et violent qui lui a été imposé pendant plus de quarante ans ». Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, affirme qu'il s'agit d'« une transition historique pour la Libye », tout en estimant que « le chemin à parcourir pour la Libye et son peuple va être difficile et rempli de défis ». Le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, saluent « la fin d'une ère de despotisme ». La Pologne, quant à elle, y voit « un avertissement pour d'autres dictateurs dans la région et dans le monde », tout en regrettant « que le colonel Kadhafi n'ait pas été jugé pour ses crimes par un tribunal en Libye ou à la Haye »[17].

De son côté, le président vénézuélien Hugo Chávez condamne l'« assassinat » de Mouammar Kadhafi, un « martyr » et un « grand combattant »[18]. L'ancien dirigeant cubain Fidel Castro utilise également le terme d'« assassinat » et dénonce l'action « génocidaire » de l'OTAN[19].

Exposition et inhumation[modifier | modifier le code]

Son corps, ainsi que celui de son fils Moatassem, sont exposés le 21 octobre dans une chambre froide d'un marché de Misrata, où des milliers de Libyens se succèdent pour le voir[20]. Le 23 octobre, un responsable du CNT annonce que son corps sera remis à ses proches, qui décideront du lieu de sépulture « en concertation avec le CNT »[21].

Le , à l'aube, Mouammar Kadhafi et son fils Moatassem sont inhumés dans le désert libyen, dans un lieu tenu secret[22].

Polémique et enquête[modifier | modifier le code]

Devant les versions contradictoires sur les circonstances de sa mort, sa veuve et plusieurs organisations internationales, dont le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, réclame la mise en place d'une enquête à ce sujet[23]. Alors que les autorités libyennes évoquent un décès survenu lors d'un échange de tirs, plusieurs sources indiquent qu'il pourrait s'agir d'une exécution sommaire[21]. Saadi Kadhafi, un des fils de l'ancien dirigeant libyen, se dit « choqué et outré par la violente cruauté » manifestée à l'égard de son père et de son frère défunts[21].

Le , le président du Conseil national de transition, Moustafa Abdel Jalil, annonce finalement la création d'une commission d'enquête[24], affirmant à la fois que « le responsable de cela [le meurtre de Kadhafi], quel qu'il soit, sera jugé et bénéficiera d'un procès équitable » et être « sûr que c'était un acte individuel et non pas un acte des révolutionnaires ou de l'armée nationale »[25]. La veille, le 23 octobre, le médecin ayant pratiqué une autopsie sur le corps de Mouammar Kadhafi, Othman El-Zentani, avait indiqué que celui-ci avait été « tué par balles », tout en précisant que son rapport n'était « pas fini »[21]. Peu après, Moustafa Abdel Jalil affirmera qu'il y a eu un ordre de tuer le colonel, ordre qui aurait été envoyé par un pays étranger[26].

La famille de Mouammar Kadhafi, réfugiée en Algérie et au Niger, fait savoir, le 26 octobre, qu'elle compte porter plainte pour « crime de guerre » auprès de la Cour pénale internationale. Elle dénonce le fait que « des hélicoptères de l'OTAN » ont tiré sur le convoi alors qu'il « ne présentait aucun risque pour les populations, ainsi que la « profanation » du corps de l'ancien dirigeant libyen[27].

Le , le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, estime que la mort de Kadhafi pourrait constituer un crime de guerre[28].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Pour le politologue Riadh Sidaoui, la mort de Mouammar Kadhafi marque la « fin symbolique » de son régime, qui était terminé depuis plusieurs mois. Il considère que la Libye traversera une période transitoire très difficile étant donné que Kadhafi « a créé un grand vide pendant son exercice du pouvoir : il n'y a ni institution, ni armée, ni tradition électorale dans le pays »[29].

Le , la libération de la Libye est officiellement proclamée à Benghazi, où avait débuté la révolte contre le régime de Kadhafi[30]. Cette annonce officielle doit être le point de départ d'un processus devant aboutir à des élections générales dans un délai de 20 mois[30].

Par ailleurs, à la suite de l'annonce de la mort de Kadhafi, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution mettant fin au mandat autorisant le recours à la force en Libye le , ce qui met un terme à l'intervention militaire en Libye[31].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Libye : le CNT annonce la prise de Syrte », Le Point, 20 octobre 2011.
  2. a, b et c « Mort de Mouammar Kadhafi : le récit de la journée », Radio France internationale, 20 octobre 2011.
  3. « Mouammar Kadhafi capturé à Syrte et gravement blessé », Le Point, 20 octobre 2011.
  4. Kadhafi préférait mourir qu'être jugé, Le Figaro, 31 octobre 2011
  5. « Exfiltration de Kadhafi par des Sud-africains: une histoire qui mériterait des éclaircissements »,‎ 29 octobre 2011 (consulté le 30 octobre 2011)
  6. « En direct - Mort de Kadhafi: Le dictateur libyen serait mort d'une balle à la tête », 20 minutes, 20 octobre 2011.
  7. a, b et c Tanguy Berthemet, « Misrata fête la mort de Mouammar Kadhafi », sur Le Figaro,‎ 21 octobre 2011 (consulté le 21 octobre 2011)
  8. a, b et c Jean-Dominique Merchet, « Comment le convoi de Kadhafi a été stoppé », sur Secret Défense,‎ 21 octobre 2011 (consulté le 21 octobre 2011)
  9. Jean-Marc Tanguy, « Aldo la classe »,‎ 26 octobre 2011 (consulté le 30 octobre 2011)
  10. a et b « Kadhafi condamné à mort par Washington et Paris », Le Canard enchaîné, 26 octobre 2011, p. 3.
  11. (en) [PDF] « NATO strike in Sirte area 20 October 201 », sur OTAN,‎ 21 octobre 2010 (consulté en 22 octobre)
  12. CBS news, 24 octobre 2011, Qaddafi apparently sodomized after capture
  13. Irish Times
  14. Global Post, 24 octobre 2011
  15. Kadhafi enterré, toujours des zones d'ombres sur sa mort, L'Express, 21 octobre 2011
  16. « La communauté internationale salue la mort de Kadhafi, “fin de la tyrannie” », Libération, 21 octobre 2011.
  17. « Les réactions internationales à la mort annoncée de Mouammar Kadhafi », Radio France internationale, 20 octobre 2011.
  18. « Réactions à la mort de Mouammar Kadhafi », La Croix, 21 octobre 2011.
  19. « Libye : Fidel Castro condamne “l'assassinat" de Kadhafi” », Le Point, 24 octobre 2011.
  20. Récit : dans une maison de Misrata les corps de Mouammar et Moatassim Kadhafi, RFI / France 24, 21 octobre 2011
  21. a, b, c et d « Mort de Kadhafi : que dit le rapport d'autopsie ? », TF1-LCI, 24 octobre 2011.
  22. « Kadhafi enterré dans le désert libyen », Le Figaro, 25 octobre 2011.
  23. « Décès de Kadhafi - Début de polémique autour de la mort du colonel », Le Point, 21 octobre 2011.
  24. « Kadhafi: une commission d'enquête », dépêche AFP reprise par Le Figaro, 24 octobre 2011.
  25. Ueslei Marcelino, « La Libye promet de juger ceux qui ont tué Kadhafi », L'Express, 27 octobre 2011.
  26. Libye: l'ordre de tuer Kadhafi serait venu de l'étranger (CNT), RIA Novosti,
  27. « La famille de Kadhafi veut porter plainte pour crime de guerre », Le Parisien, 26 octobre 2011.
  28. « Mort de Kadhafi : la CPI soupçonne un crime de guerre », Le Figaro, 16 décembre 2011.
  29. « Libye: “Mouammar Kadhafi avait choisi la voie suicidaire dès février” », 20 minutes, 20 octobre 2011.
  30. a et b « “Levez haut vos têtes. Vous êtes des Libyens libres” », Libération, 23 octobre 2011.
  31. « L'ONU met fin au mandat de l'OTAN en Libye », Le Monde, 27 octobre 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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