Moriori

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Moriori

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Drapeau des Moriori[1]

Populations significatives par région
Drapeau de Nouvelle-Zélande Nouvelle-Zélande 945 (2006)
Population totale 945 (2006)
Autres
Langues

moriori, anglais

Les Moriori sont un peuple polynésien et sont le peuple autochtone des îles Chatham en Nouvelle-Zélande.

Histoire[modifier | modifier le code]

XVIe siècle : premiers habitants[modifier | modifier le code]

On pense aujourd'hui que les Moriori arrivèrent aux îles Chatham, alors inhabitées, vers l'an 1500. D'après l'histoire orale des Moriori, leurs ancêtres vinrent de Hawaiki, et Kahu, capitaine du waka kumete (longue pirogue à une coque) Tāne, fut la première personne originaire de Hawaiki à atteindre Rēkohu et Rangiaotea, les îles Chatham[2].

Toujours d'après l'histoire orale, les premiers habitants arrivèrent à bord des waka Rangimata et Rangihoua, fuyant une guerre inter-tribale à Hawaiki, et s'installèrent sur ces îles. La guerre, toutefois, les suivit, embrasant les îles Chatham jusqu'à ce que Nunuku-whenua ne parvienne à imposer la paix en édictant la « loi de Nunuku », qui interdisait formellement la guerre, le cannibalisme et toute mise à mort[3].

La paix fut ainsi maintenue du XVIe à la fin du XVIIIe siècle, lorsque le monde extérieur découvrit les îles.

1791: Les Britanniques et le Chatham[modifier | modifier le code]

Les premiers étrangers à atteindre les îles furent les Britanniques, lorsque le Chatham, commandé par William Broughton, « découvrit » Rēkohu. Broughton y planta le drapeau britannique, et déclara qu'il en prenait possession au nom du roi George III. Cette première rencontre se solda par un meurtre, lorsque Tamakaroro, un pêcheur moriori, fut abattu par les Britanniques à la suite d'un malentendu[4].

XIXe siècle : invasion, massacre et déclin[modifier | modifier le code]

À partir du début du XIXe siècle, des baleiniers commencèrent à faire escale aux îles Chatham, introduisant malgré eux des maladies européennes fatales aux Moriori. Certains marins à bord de ces navires étaient maori[4].

En 1835, une tragédie eut lieu : 900 Maori des iwi (clans) Ngāti Mutunga et Ngāti Tama de Nouvelle-Zélande débarquèrent aux îles Chatham et entreprirent de les conquérir. Les Moriori, appliquant strictement la « loi de Nunuku », ne leur opposèrent pas de résistance. Sur une population d'environ 1 600, 300 Morioris furent pourtant massacrés par les envahisseurs, et les autres réduits en esclavage. Bien d'autres furent tués au cours des trois décennies qui suivirent, sous l'autorité brutale des Ngāti Mutunga et des Ngāti Tama, jusqu'à ce que le nombre de Moriori survivants passe sous la barre des 100 au début des années 1860[4].

La Nouvelle-Zélande ayant été colonisée par les Britanniques en 1840, les Moriori survivants appelèrent au secours des Britanniques à partir des années 1850. Aide leur fut finalement apportée en 1863, lorsque les autorités coloniales intervinrent pour mettre fin au contrôle des Ngāti Mutunga et Ngāti Tama sur les îles, et émanciper officiellement les quelques dizaines d'esclaves moriori survivants[4].

Néanmoins, la Couronne reconnaissait la possession par les deux iwi maori des terres des îles Chatham. Les Moriori firent donc appel au Native Land Court, tribunal chargé de statuer au sujet de la propriété foncière indigène en Nouvelle-Zélande. Au début des années 1870, la cour décréta que les terres des îles appartenaient à 97,3 % aux Ngāti Mutunga, arguant qu'elle ne pouvait que confirmer l'état de fait qui avait existé au moment de la signature du traité de Waitangi en 1840. Les Moriori furent ainsi officiellement dépossédés de leurs terres ancestrales[4].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Tame Horomona Rehe (Tommy Solomon), homme d'affaires, fermier, et officiellement dernier Moriori non-métissé, décéda en 1933. Sa mort amena les Néo-Zélandais à considérer que les Morioris étaient désormais un « peuple éteint »[5].

Mais en 1980, l'historien Michael King s'intéressa aux Morioris et participa à la préparation d'un documentaire qui présenta ce peuple aux Néo-Zélandais et mit fin aux mythes qui subsistaient à son égard - notamment, le mythe selon lequel il n'y avait plus de Morioris, et celui qui affirmait qu'ils avaient vécu en Nouvelle-Zélande avant les Maori. En 1989, King publia Moriori: A People Rediscovered, aboutissement de ses recherches historiques. En 2000, le documentaire The feathers of peace, de Barry Barclay, présenta à nouveau les Morioris à leurs concitoyens néo-zélandais, tandis qu'une version mise à jour du livre de King était rééditée la même année. Les activités de King encouragèrent un renouveau identitaire parmi les Morioris, qui s'intéressèrent à leur passé et affirmèrent leurs spécificités. Ils se réapproprièrent notamment l'usage de plumes d'albatros, jadis employés comme symboles de paix par leurs ancêtres[5].

En 1994, les Morioris déposèrent un recours auprès du Tribunal de Waitangi, demandant à ce que soit enfin reconnu leur statut de rangata hunu (peuple autochtone), et demandant compensation pour les torts matériels et culturels qu'ils avaient subis. En 2001, le tribunal leur donnait raison. Entre temps, en 1998, ils avaient obtenu le contrôle d'une partie des ressources marines des eaux de leurs îles[5].

En 1997 fut entreprise sur Rēkohu la construction de Te Kopinga, marae en forme d'albatros, symbole du renouveau identitaire. En 2001, des Morioris établirent une compilation de mots de la langue moriori, jusque-là éteinte. La même année fut fondé le Hokotehi Moriori Trust, société visant à :

  • œuvrer pour un renouveau de la langue et des coutumes moriori,
  • obtenir compensation pour les torts du passé,
  • travailler à un avenir économique plus prometteur pour les Morioris, et
  • promouvoir la paix comme étant l'essence de la culture moriori[5].

Société[modifier | modifier le code]

Dendroglyphe moriori des îles Chatham.

Avant l'invasion de 1835 et les bouleversements qu'elle occasionna, les Moriori étaient divisés en neuf tribus : les Hamata, Wheteina, Eitara, Etiao, Harua, Makao, Matanga, Poutama et Rauru. La société moriori se distinguait de celle des autres peuples polynésiens dans le sens où les chefs (ieriki) étaient choisis sur la base de leurs capacités, au lieu d'accéder à leur poste par l'hérédité. Une autre innovation par rapport à leurs ancêtres fut l'amélioration des canoës, et la création notamment du waka pahi, plus stable que d'autres waka polynésiens en mer tumultueuse[6].

La pratique du tapu, commune au monde polynésien, permettait de conserver les ressources naturelles, tandis que la démographie était contrôlée au moyen de la castration de certains bébés de sexe masculin[6].

Les Moriori inscrivirent des dendroglyphes (rakau hokoairo) sur les arbres. Leur signification est aujourd'hui oubliée[6].

Démographie[modifier | modifier le code]

Le recensement de 1901 permettait aux Moriori de s'identifier en tant que tels, mais cette possibilité fut ensuite exclue du recensement jusqu'en 1991.

En 1901, 35 personnes s'identifièrent comme étant moriori. Elles furent 105 en 1991, 585 en 2001 et 945 en 2006[7].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sources pour ce drapeau : [1] et [2]
  2. (en) "Origins of the Moriori people", Denise Davis et Māui Solomon, encyclopédie Te Ara, gouvernement néo-zélandais
  3. (en) "The migrations from Hawaiki", ibid
  4. a, b, c, d et e (en) "The impact of new arrivals", ibid
  5. a, b, c et d (en) "The second dawn", ibid
  6. a, b et c (en) "Moriori life", ibid
  7. (en) "Facts and figures", ibid