Mordechai Vanunu

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Mordechai Vanunu
Mordechai Vanunu en 2009.
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Mordechai Vanunu (Mardochée Ouanounou, en hébreu : מרדכי ואנונו), aussi connu sous le nom de John Crossman, né le à Marrakech, est un technicien nucléaire et militant israélien.

Vanunu s'est fait connaître du grand public en 1986 en révélant au journal anglais The Sunday Times des détails sur le programme nucléaire militaire israélien dont notamment des photographies prises à l'intérieur de la centrale nucléaire de Dimona[1]. Après son enlèvement à Rome le 30 septembre 1986 par les services secrets israéliens, Vanunu a été jugé et condamné pour « trahison de secret d'État ». Il a passé 18 ans en prison et à sa libération en 2004, il lui a été interdit de prendre contact avec tout journaliste étranger et également de quitter l'Etat d'Israël.

Biographie[modifier | modifier le code]

Une jeunesse israélienne[modifier | modifier le code]

Mordechai Vanunu est né à Marrakech au Maroc le dans une famille juive marocaine. Sa famille nombreuse émigre dans les années 1960 en Israël à Beer-Sheva grâce au Mossad. Son éducation est religieuse car ses parents sont très pratiquants. Comme tous les jeunes (non religieux) Israélien, il fait son service militaire et devient caporal dans le génie. À la sortie, il échoue à l'examen pour entrer à la faculté de Sciences. Il répond à une petite annonce pour devenir technicien à la centrale nucléaire de Dimona. Il est embauché dans cet établissement en 1977 après une enquête de moralité du Shabak, service de sécurité intérieur d'Israël.

Un travail particulier[modifier | modifier le code]

L'activité dans la centrale est cloisonnée et très secrète. Il signe à son entrée un engagement de confidentialité, valable même en interne. Après des études approfondies sur l'uranium et le plutonium, il accède à un poste opérationnel de chef d'équipe au sein de Machon 2, bunker souterrain dédié à l'armement. Son nouveau travail lui confère un statut particulier puisqu'il échappe aux périodes de réserve de l'armée. En parallèle à son activité secrète, sa vie publique connaît de grands changements.

Une vie publique mouvementée[modifier | modifier le code]

Vanunu commence par abandonner sa religion pour devenir laïc[2]. Il rejoint à cette période les mouvements de gauche en réaction à l'invasion israélienne au Liban en 1982. Il se lie à des militants au sein de l'université de Beer-Sheva où il étudie la philosophie pendant son temps libre. Il participe à de nombreuses manifestations de solidarité avec les peuples arabes.

Le Shabak met du temps à détecter ce comportement pour un employé d'un site aussi sensible pour le pays. Il est rappelé à l'ordre en 1985 mais cet avertissement ne modifie pas sa ligne de conduite. Il est donc licencié en même temps que plusieurs employés. Une réduction d'effectifs pour motifs économiques est en effet opérée à cette période.

Mais auparavant, Vanunu avait réussi à introduire dans l'enceinte de Machon 2 un appareil photo. Il y réalise 60 clichés.

Le temps des révélations[modifier | modifier le code]

Vanunu utilise l'argent de son licenciement pour voyager et se détendre. Il visite plusieurs pays avant d'atterrir en Australie. Ce pays le transforme : il lie de nouvelles amitiés et se convertit au christianisme, devenant anglican. Il rencontre Oscar Guerrero, un journaliste indépendant colombien, auquel il révèle son histoire et montre pour la première fois les photos de la centrale nucléaire de Dimona. Guerrero flaire le bon coup et promet à Vanunu qu'il peut vendre ce scoop pour un gros montant[3]. Le journaliste pigiste contacte donc plusieurs rédactions. Le Sunday Times à Londres montre de l'intérêt pour cette révélation et dépêche Peter Hounam (en), diplômé de physique. La direction souhaite faire valider toutes les informations avant publication. Des scientifiques comme Theodore Taylor, élève de Robert Oppenheimer ou Frank Barnaby , confirment les propos de Vanunu.

Le journaliste du Sunday Times affirme que Vanunu a agi par conviction philosophiqueet qu'aucune somme n'a été versée[4]. Vanunu est pris en charge par la rédaction qui le fait venir à Londres le [5]. Guerrero n'apprécie pas sa mise à l'écart et révèle l'affaire à un autre organe de presse anglais : le Sunday Mirror, qui publie l'histoire de façon sommaire. Vanunu sait que son pays punit de 15 années de prison une telle révélation et avertit le quotidien qu'il a besoin de quelques jours pour récupérer.

Enlèvement par les services secrets israéliens[modifier | modifier le code]

Les services secrets de plusieurs pays préviennent leur homologue israélien (Mossad) qu'un ressortissant israélien vend des informations concernant Dimona. Le Mossad concocte un plan pour capturer Vanunu considéré comme « traître » sur ordre du Premier ministre, Shimon Peres. Enlever un homme à Londres risque de mettre à mal les relations de l'État juif avec Margaret Thatcher. Il faut donc lui faire quitter le territoire de la Grande-Bretagne. Deux espions israéliens surveillent les déplacements de Vanunu toute la journée. Ils placent à un moment opportun une jeune femme sur sa route. Il succombe aux charmes de Cindy, alias Cheryl Bentov (en), agent du Mossad[6]. Après plusieurs rencontres, elle persuade le technicien de se reposer à Rome en sa compagnie. Le , Vanunu la suit à bord du vol 504 de la British Airways malgré les conseils du Sunday Times de ne pas quitter Londres. Le Mossad attend Vanunu dans la capitale italienne, l'enlève et l'expédie en secret par voie maritime jusqu'en Israël pour le juger. La rupture de contact pousse le Sunday Times à publier son scoop le . L'armement nucléaire d'Israël est révélé à la une du quotidien. Photos de Machon 2 à l'appui, l'arsenal de l'Etat juif est évalué à des dizaines de têtes[7].

Le procès[modifier | modifier le code]

Vanunu est interrogé en Israël par les services secrets. Les journaux du monde entier parlent de lui, notamment après son arrivée au tribunal de Jérusalem pour une audience, où il inscrit sur sa main plusieurs informations et où il la plaque sur la vitre du fourgon de police,révélant son enlèvement par le Mossad en Italie le 30 septembre 1986. Cette photo fera la une des journaux partout dans le monde. Le tribunal de Jérusalem le condamne à 18 ans de prison le pour trahison, espionnage et révélation de secrets d'État.

Prisonnier d'opinion[modifier | modifier le code]

Sa libération intervient le après 18 années de prison[8], dont onze passées en isolement total. Les autorités israéliennes lui interdisent de communiquer avec des étrangers, des journalistes, des représentants d'ambassade, etc... Il lui est interdit de quitter Israël et il se loge à l'hôtellerie de la cathédrale anglicane Saint-Georges de Jérusalem. Passant outre ces interdictions, il prend alors contact avec des journalistes et, en conséquence, il a été inculpé en mars 2005 de 21 infractions à cette décision de justice et laissé en liberté dans l'attente du jugement. Pour chacune de ces infractions, il encourt un maximum de deux ans d'emprisonnement.

Il est considéré par les associations de défense des droits de l'homme comme un prisonnier d'opinion[9]. Le gouvernement israélien, quant à lui, le considère toujours comme un traître. Vanunu se montre très critique à l'égard de la politique israélienne et n'a de cesse de réclamer sa « liberté », à commencer par celle de quitter le pays.

Il a été jugé coupable en d'avoir parlé à des étrangers, en infraction avec les interdictions imposées par les services de l'Etat d'Israël. La sentence devait être déterminée le [10] et il fut condamné le à « 6 mois de prison ferme et 6 mois avec sursis pour avoir brisé « sa promesse de silence », c’est-à-dire non pas pour avoir tenu des propos illégaux, mais pour s’être exprimé ».

Il est de nouveau arrêté en et placé en résidence surveillée pour avoir « rencontré des étrangers » (ce qui lui est interdit selon les termes de sa libération en avril 2004). De son côté, son avocat a déclaré que son client avait été arrêté parce qu'il avait une petite amie de nationalité norvégienne[11],[12]. Le , il a d'ailleurs annoncé son mariage avec cette femme[13].

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Il est récipiendaire du prix Nobel alternatif en 1987, « pour son courage et son abnégation en révélant l'étendue du programme d'armement nucléaire d'Israël ».

Le , il reçoit le titre de Docteur honoris causa de l'université de Tromsø.

Il a été nommé recteur de l'université de Glasgow pour la période 2005-2008[14], un titre honorifique décerné par la communauté étudiante.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Greg Myre, « Israeli Who Revealed Nuclear Secrets Is Freed », The New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  2. www.guardian.co.uk
  3. Seymour Hersh, Opération Samson, Olivier Orban, 1992
  4. Israël et le tabou de la bombe (Allemagne, 2012, 52 min), ZDF, Réalisateur : Dirk Pohlmann
  5. Middle East | Vanunu : Israel's nuclear telltale. BBC News, 20 avril 2004
  6. Vanunu 'honeytrap' spy 2004
  7. The Sunday Times articles 2004
  8. L'Israélien Vanunu a été libéré - article du Nouvel Observateur du 22 avril 2004.
  9. « Israël. Le lanceur d'alertes Mordechai Vanunu reste en résidence surveillée à la suite d'une décision de justice «vindicative» », Amnesty international, .
  10. Vanunu convicted for media links 2007.
  11. (en)« Vanunu: I Was Arrested Because I Have a Norwegian Girlfriend », Haaretz, 29 décembre 2009.
  12. (en) Mordechai Vanunu arrested for having contact with foreign agents in Israel, The Daily Telegraph, 29 décembre 2009.
  13. http://www.vanunu.com/ Site personnel de Mordechai Vanunu.
  14. (en) http://www.universitystory.gla.ac.uk/officer/?id=6

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dan Raviv et Yossi Melman, Tous les espions sont des princes, Stock, , 465 p. (ISBN 978-2-84221-191-2)
  • Geseko von Lüpke et Peter Erlenwein, "Nobel" alternatif, 13 portraits de lauréats, Sète, La Plage, , 213 p. (ISBN 978-2-84221-191-2)

Liens externes[modifier | modifier le code]

en français
  • (fr) Jacques Bertoin, « Mordechaï Vanunu », sur jeuneafrique.com, Jeune Afrique, (consulté le )
en anglais