Monuments, Fine Arts, and Archives program

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Le Monuments, Fine Arts, and Archives program (le « programme [de sauvegarde] de l'art, des monuments et des archives ») est un groupe créé en juin 1943 par le général Eisenhower, et communément surnommé les « monuments men ». Il est chargé de suivre les Alliés afin de récupérer les très nombreuses œuvres d'art dérobées par les Nazis[1]. En effet, la spoliation par le troisième Reich est évaluée à plus de cinq millions de tableaux et de sculptures[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

L'Astronome, de Vermeer, volé à Édouard de Rothschild en novembre 1940, et retrouvé dans la mine de sel d'Altaussee.

La Seconde Guerre mondiale a été pour les nazis l'occasion de piller l'Europe entière, amassant des millions d’œuvres d'art (sans doute plus de cinq millions d'œuvres). En France, les grandes collections détenues par des juifs - telles que celles de Paul Rosenberg, des Rothschild, ou encore des David-Weill - ont été pillées et emmenées en Allemagne[3].

Des services nazis de confiscation spécialement institués (telles les agences Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg), entreprennent, à partir de listes[4] établies bien avant le déclenchement de la guerre, le pillage et la confiscation de collections publiques et privées dans tous les pays qu'ils occupent ainsi que la spoliation des Juifs qui commence en Allemagne dès 1933[5]. Des petites équipes en France, en Belgique et aux Pays-Bas vident entièrement tous les appartements juifs (au total 70 000 logements dont 38 000 à Paris[6]) dans le cadre de la Möbelaktion (de) : leurs objets sans valeur sont brûlés, leurs livres servant à alimenter la bibliothèque de la Haute École de la NSDAP (de)[7]. Organisée par le théoricien nazi Alfred Rosenberg, cette spoliation concerne les juifs (la première collection visée en France est celle des Rotschild[8]) mais aussi des musées et des collections privées dans tous les pays occupés. Les nazis justifient ce pilage par le Kunstschutz, principe de préservation du patrimoine artistique et le projet de musée allemand gigantesque, le Führermuseum. Certains États ou particuliers prennent des mesures pour évacuer leurs chefs-d'œuvre avant l'invasion des forces de l'Axe, tel le musée du Louvre[9]. Les nazis utilisent le musée du Jeu de Paume comme dépôt central avant d'orienter les œuvres vers différentes destinations en Allemagne. Une grande partie de ce butin de guerre est transférée à la fin de la guerre dans trois mines près de Salzburg, la plus connue étant la mine de sel d'Altaussee avec plus de 2 000 pièces[10]. Rose Valland, attachée de conservation du musée du Jeu de Paume, dresse alors un inventaire précis des œuvres qui transitent par le musée et essaye de connaître leurs destinations (en tête de liste, Hitler et son musée Führermuseum ainsi que la collection personnelle d'Hermann Göring), les noms des personnes responsables des transferts, ainsi que le numéro des convois et des transporteurs[11].

Création des monuments men et mission[modifier | modifier le code]

La Dame à l'hermine, de Léonard de Vinci, saisie en 1939 par les nazis et retrouvée dans la demeure de Hans Frank en Bavière.

Le conservateur d'art George L. Stout (en) persuade le commandement militaire allié de créer le Monuments, Fine Arts, and Archives program, organisme américain. Ses membres, les Monuments men, hommes ayant une formation de conservateur de musée, d'historien de l'art, d'architecte ou d'archiviste sont initialement chargés de préserver des combats, les églises, musées et monuments nationaux au cours de la progression des Alliés puis, à la fin de la guerre de retrouver les biens pillés par les nazis et de les expertiser[12].

Le 23 juin 1943, le président des États-Unis Franklin Delano Roosevelt forme la commission américaine pour la protection et le sauvetage des monuments artistiques et historiques en zone de guerre. Elle est plus connue sous le nom de la commission Roberts grâce à son directeur Owen J. Roberts.

Afin d’aider les troupes américaines, les « monuments men » (« hommes des monuments ») sont créés. Ils fournissent des informations sur le patrimoine culturel et les zones d’interventions. Ils protègent les œuvres en zone de combat mais sont aussi chargés de rechercher les œuvres disparues et d’établir des inventaires pour pouvoir les restituer à leurs propriétaires. Ce groupe est formé d’environ 350 hommes originaires de 13 nations différentes. Les personnes engagées dans ce groupe étaient pour la plupart des directeurs ou conservateurs de musées, des historiens d’art, des architectes, des artistes, des militaires ou des universitaires.

Opérations pendant la guerre[modifier | modifier le code]

Au fur et à mesure de la progression des forces alliées à travers l'Europe, libérant les territoires occupés par les nazis, les monuments men sont présents sur les lignes de front, mais en très petit nombre. Manquant de moyens, de documentation, ou d'encadrement, la poignée d'officiers qu'ils sont s’appuient essentiellement sur les connaissances qu'ils avaient acquises en travaillant dans des musées, et sur leur débrouillardise, car la tâche qu'ils doivent affronter est sans précédent. Ils travaillent sur le terrain dans le cadre de la branche opérationnelle du SHAEF, le Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force en Europe, commandé par Eisenhower, et prennent une part active à la préparation des opérations sur le terrain. Lors de la préparation de la prise de Florence - utilisée par les nazis comme plate-forme de répartition des approvisionnements du fait de sa position centrale en Italie - les troupes alliées se fondent sur des photographies aériennes fournies par les membres du MFAA (« Monuments, Fine Arts, and Archives program ») sur lesquelles sont marqués les monuments d'importance culturelle, de manière que les pilotes puissent éviter de les endommager pendant les bombardements.

Au XXIe siècle encore, la récupération des œuvres volées par les nazis et leur restitution ne sont pas achevées, comme le montre notamment la découverte du trésor en partie volé détenu à Munich par le collectionneur Cornelius Gurlitt.

Mines de sel et châteaux[modifier | modifier le code]

L'Agneau mystique de Gand, lors de sa récupération dans la mine de sel d'Altaussee à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le général Eisenhower inspectant les œuvres d'art volées découvertes à Merkers.
L'Agneau mystique de Gand, en position fermée.

Après la guerre, entre 1945 et 1951, les monuments men vont rechercher et réussir à localiser pour rendre cinq millions d’œuvres aux personnes à qui elles avaient été volées par Hitler et les nazis.

Les Américains et les forces alliées en Europe découvrent peu à peu des entrepôts cachés où sont stockées des œuvres d'art sans prix, mêlant celles qui provenaient des pillages effectués par les nazis avec d'autres, non pas volées celles-ci, mais évacuées de divers musées pour les mettre à l'abri. Les monuments men supervisent alors leur protection, leur catalogage, leur emballage et leur enlèvement.

Ainsi, en Italie, la direction des musées a expédié leurs collections vers différents emplacements situés dans la campagne, telle que la villa de Montegufoni, en Toscane, qui abritent quelques-unes des collections de Florence. À mesure que les troupes alliées progressent en Italie, les armées allemandes se replient vers le nord en volant au passage des peintures et des sculptures de ces entrepôts provisoires. Lorsque les forces allemandes approchent des frontières autrichiennes, ils sont contraints d'entreposer l'essentiel de leur butin dans différentes cachettes, telles qu'un château à Sand in Taufers et une cellule de prison à San Leonardo.

À partir de la fin mars 1945, les forces alliées commencent à découvrir ces entrepôts cachés, au cours de ce qui va devenir « la plus grande chasse au trésor de l'Histoire ». Rien qu'en Allemagne, les forces américaines vont trouver quelques 1 500 caches d'objets d'arts ou d'intérêt culturel arrachés à des institutions ou à des personnes physiques à travers l'Europe entière, mêlés à des collections d'art provenant de musées allemands ou autrichiens évacuées pour les protéger. Les troupes soviétiques vont, de leur côté, faire quelques découvertes, telles que les trésors de l'extraordinaire Musée des transports de Dresde (en).

Parmi les entrepôts d’œuvres d'art découverts par les monuments men en Autriche, en Allemagne et en Italie, on compte notamment :

Restitutions[modifier | modifier le code]

Occupation du Japon[modifier | modifier le code]

À l'approche de la fin de la guerre contre le Japon, en 1945, George Stout et un autre monuments man, le major Laurence Sickman recommandent de créer là-bas une branche du MFAA (Monuments, Fine Arts, and Archives). C'est ainsi qu'est créé la Arts and Monuments Division de la Civil Information and Education Section du quartier général du Commandement suprême des Forces alliées à Tokyo. George Stout dirige cette division du mois d'août 1945 jusqu'au milieu de 1946 environ[13].

Langdon Warner (en), un archéologue responsable de l'art oriental au Fogg Art Museum de Harvard, conseille la section japonaise du MFAA d'avril à septembre 1946. Parmi les autres membres de la Arts and Monuments Division de Tokyo, on compte Howard Hollis, le lieutenant-colonel Harold Gould Henderson (en), le lieutenant Sherman Lee (en) et le lieutenant Patrick Lennox Tierney (en)[13],[14].

Annexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en)The Monuments Men (2014), sur le site historyvshollywood.com, consulté le 16 février 2014
  2. Jean-François Nahmias, Pierre Bellemare, Enquête sur 25 trésors fabuleux, Éditions Flammarion,‎ 2012, p. 23
  3. « La véritable histoire des Monuments Men », sur Le Figaro.
  4. Listes établies par des historiens d'art et grâce à de l'espionnage, elles comprennent notamment des tableaux qu'ils considéraient devant être récupérés par l'Allemagne ou faire l'objet du droit de préemption car jugés comme d'origine germanique.
  5. Lynn H. Nicholas, Le pillage de l'Europe : les œuvres d'art volées par les Nazis, Éditions du Seuil,‎ 1995
  6. Sarah Gensburger, « The Banality of Robbing the Jews », sur The New York Time,‎
  7. Annette Wieviorka, Floriane Azoulay, Le pillage des appartements et son indemnisation, Documentation Française,‎ 2000, 111 p.
  8. Henri Amouroux, La Vie des Français sous l'occupation, Paris, Fayard lien éditeur=Fayard (maison d'édition),‎ , p. 393
  9. Michel Rayssac, L'exode des musées : Histoire des œuvres d'art sous l'Occupation, Payot,‎ 2007, 1006 p. (ISBN 2228901725)
  10. Sidney Kirkpatrick, Les Reliques sacrées d'Hitler, Le Cherche Midi,‎ 2012, p. 221
  11. Rose Valland, Le Front de l'art. Défense des collections françaises 1939-1945, Plon,‎ 1961, 262 p.
  12. Robert Edsel, Monuments men. Rose Valland et le commando d'experts à la recherche des trésors volés par les nazis, JC Lattès,‎ 2010, 451 p.
  13. a et b Rihoko Ueno, « Monuments Men in Japan: Discoveries in the George Leslie Stout papers », Archives of American Art, sur Smithsonian Institution,‎ (consulté le 20 septembre 2013)
  14. Bruce Weber, Sherman Lee, Who Led Cleveland Museum, Dies at 90, New York Times, 11 juillet 2008 ; Kappes, John. Sherman Lee, who led the Cleveland Museum of Art to global renown, dead at 90, The Plain Dealer (Cleveland), 9 juillet 2008.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]