Monument au Général Storms

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Monument au Général Storms
Belgique - Bruxelles - Monument au général Storms - 02.jpg
Présentation
Destination initiale
Mémorial
Destination actuelle
Mémorial
Style
Éclectisme
sculpteur
Marnix D'Haveloose
Construction
1906
Patrimonialité
8 novembre 1972
Localisation
Pays
Région
Commune
Coordonnées
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Le Monument au Général Storms est un monument commémoratif situé à Ixelles dans la banlieue de Bruxelles en Belgique.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le monument se dresse à la frontière du quartier africain de Matongé et du quartier européen[1], dans la partie sud du Square de Meeûs, situé dans le quartier Léopold, entre la petite ceinture et le complexe de bâtiments du Parlement européen de l'espace Léopold.

Statut patrimonial[modifier | modifier le code]

Le monument fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le [2]

Historique[modifier | modifier le code]

Édification[modifier | modifier le code]

Le monument a été réalisé par le sculpteur Marnix D'Haveloose (1885-1973) en 1906[3].

Il représente Émile Pierre Joseph Storms, connu comme le « Général Storms » (1846-1918)[3], l'un des Belges chargés par le roi Léopold II de coloniser le Congo au XIXe siècle[4],[5], surnommé « Bwana Boma » (« Monsieur Forteresse ») lors de son séjour au village de Lubanda « à cause de la formidable forteresse qu'il y construisit en 1883 »[6].

Controverse[modifier | modifier le code]

Quatrième expédition de l'Association Internationale Africaine[modifier | modifier le code]

Dans les années 1870 et 1880, des territoires de l'est du Congo sont l'objet des exactions de Lusinga lwa Ng’ombe, un chef actif dans le commerce d'esclaves et décrit par l'explorateur écossais Joseph Thomson comme un « potentat des plus sanguinaires » qui n'hésite pas à décapiter ses ennemis (comme le chef Ukala), à faire empaler leur tête et à raser leurs villages (comme ceux du chef Manda)[7],[6].

Dans les années 1870, Lusinga s'installe dans les montagnes à l'ouest de Mpala : « Il s'est abattu comme une avalanche sur les habitants les plus paisibles près du lac, et a balayé toute la population de trente ou quarante villages prospères, transformant le pays en un désert parfait », selon les mots de Joseph Thomson durant sa visite dans la région en décembre 1879[7].

Ces exactions servent de prétexte à l'intervention colonialiste de Storms qui, en décembre 1884, monte une expédition punitive dont le but était de réduire les positions tenues par Lusinga dans la montagne[6]. Selon Allen F. Roberts, « Lusinga commandait des hommes engagés dans le pillage impitoyable et les rafles d'esclaves dans une vaste zone au nord de Lubanda, et de telles activités semblaient une justification suffisante pour l'attaque de Storms », qui avait bien sûr d'autres motivations[6].

En effet, Storms commande « la 4ème expédition de l'Association Internationale Africaine (AIA), une organisation créée à l'initiative du Roi Léopold II pour explorer l’immense territoire qui deviendra bientôt le Congo belge » : « l'AIA affichait des ambitions « civilisatrices » et « antiesclavagistes » mais il ne s'agissait de rien d’autre que d'une entreprise de conquête s’inscrivant dans la course que plusieurs puissances européennes se livraient alors pour coloniser l’Afrique centrale »[4].

Durant son expédition punitive contre Lusinga, Storms fait 60 morts et 125 prisonniers, décapite le chef Lusinga et note dans son journal à la date du 15 décembre 1884 : « J’ai pris la tête de Lusinga pour la mettre dans ma collection. »[4]. Un an plus tôt, Storms écrivait à son supérieur : « Au Marungu, j’ai eu une petite difficulté avec le fameux Lusinga. Le fond de l’affaire est que je lui ai refusé de la poudre. Il a dit qu’il couperait la tête au premier homme de ma station qu’il rencontrerait. S’il a le malheur de mettre son projet à exécution, la sienne, pourrait bien, un jour arriver à Bruxelles avec une étiquette, elle ferait fort bonne figure au musée. »[4].

Remous en 2018[modifier | modifier le code]

En mars 2018, le magazine Paris Match rappelle que ce crâne repose toujours dans une boîte à l'Institut royal des sciences naturelles à Bruxelles, ainsi que celui de deux autres chefs insoumis, dont l'un a toutefois disparu des collections[4].

Dès son arrivée à la maison communale d'Ixelles à la fin de l'année 2018, le bourgmestre écologiste Christos Doulkeridis travaille sur le dossier Storms, dont le buste se dresse au milieu du square de Meeûs : « J’ai demandé à déplacer le buste dans un musée, ce qui a été accepté. […] L’espace public est à tout le monde, il porte un message, il n’est pas statique par essence, il est en évolution. Le ‘Général Storms’ représentait une certaine époque. Il est resté plusieurs décennies dans l’espace public. Maintenant, il peut aller ailleurs. Sa place est dans un musée, ce qui permettra de mieux contextualiser les faits »[5].

Prises de position et vandalisme en 2020[modifier | modifier le code]

Dans la foulée des manifestations contre le racisme et les violences policières qui font suite à la mort de George Floyd, tué par la police le 25 mai 2020 à Minneapolis aux États-Unis, Doulkeridis répète son intention de procéder à l'enlèvement de la statue à la fin du mois de mai 2020 ainsi que le 30 juin, date du soixantième anniversaire de l'indépendance du Congo[1].

Le 28 mai 2020, la télévision belge annonce un accord de principe pour déplacer la statue de Storms vers le Musée royal de l'Afrique centrale à Tervueren[5].

Mais le directeur du Musée Gido Gryssels apporte quelques précisions : « Il y a un accord de principe avec la commune d'Ixelles, oui, pour une mise en dépôt chez nous. Mais ce n'est pas un accord écrit. Concernant la place de la statue dans le musée, nous n'avons pas la place. Nous évoquons déjà, à deux endroits différents, le 'Général Storms' dont la salle concernant l'histoire coloniale. Il y a donc déjà pas mal d'informations le concernant. Le buste est beaucoup trop grand et n'apporte pas vraiment de valeur ajoutée »[5],[1].

Le 13 juin, le buste du général Storms est aspergé de peinture rouge[8],[9].

Accessibilité[modifier | modifier le code]

Ce site est desservi par la station de métro : Trône.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c (en) Gabriela Galindo, « Ixelles will remove bust of Leopold II’s ‘ruthless’ colonial general », The Brussels Time,
  2. Le Monument au Général Albert Storms sur le site de l'inventaire du patrimoine architectural de la Région de Bruxelles-Capitale
  3. a et b Parcs et jardins de la Ville de Bruxelles : squares de Bruxelles
  4. a b c d et e Michel Bouffioux, « Le crâne de Lusinga interroge le passé colonial belge », ParisMatch,
  5. a b c et d « Accord de principe pour déplacer la statue du « Général Storms » vers l'Africa Museum », RTBF,
  6. a b c et d (en) Allen F. Roberts, A Dance of Assassins: Performing Early Colonial Hegemony in the Congo, Indiana University Press, 2013, p. 15-16.
  7. a et b (en) Donald Crummey, Banditry, Rebellion and Social Protest in Africa, éditeur James Currey, 1986, p. 71.
  8. « Deux nouvelles attaques contre des statues à Ixelles », La Province,
  9. « De nouvelles statues maculées de peinture à Ixelles », 7sur7,