Monnaie commune

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 Ne doit pas être confondu avec Monnaie unique.

Une monnaie commune est une monnaie partagée par plusieurs États, mais qui n'y remplace pas les monnaies nationales. Elle s'oppose à la monnaie unique qui est une monnaie se substituant aux monnaies nationales.

Historique et précédents[modifier | modifier le code]

Le terme de monnaie commune est utilisé en 1990 lors de la réunification allemande, puis à partir des années 2000 dans l'espace francophone pour désigner une monnaie commune à plusieurs États, en principe indépendants.

Des monnaies communes européennes ont été créées sous l’Empire romain et sous Charlemagne et se sont effondrées lors de la chute de leur créateur[1]. En France la monnaie royale a servi de monnaie commune à côté des monnaies féodales depuis les Mérovingiens. La monnaie unique nationale sera imposée sous la Révolution par le consul Bonaparte[2]. La Zollpfund a été une unité monétaire commune de pays germaniques préparant la monnaie unique dans le cadre de la confédération de l’Allemagne du Nord[3].

Fonctionnement d'une monnaie commune[modifier | modifier le code]

« La monnaie commune (est) gérée par la Banque Centrale de la Zone monétaire [4] ». Elle se superpose aux monnaies nationales. Ces dernières sont gérées par « les banques centrales nationales (qui) sont des banques centrales à part entière, libres de mener la politique monétaire de leur choix, et non des succursales de la Banque centrale de la zone... (Leur gestion) doit permettre à chaque pays de mener la politique monétaire de son choix, sans qu'il puisse nuire à ses partenaires[4] ».

Les transactions intérieures à la zone[modifier | modifier le code]

« Chaque pays participant utilise sur son territoire sa propre monnaie. La banque centrale de chaque pays s'engage à changer sa monnaie nationale contre la Monnaie commune... (et à) fournir des devises étrangères à ses résidents en les achetant aux autres pays de la zone contre de la Monnaie commune[4] ».

Les taux de change à l'intérieur de la zone[modifier | modifier le code]

« Les taux de conversion initiaux entre Monnaie commune et chaque monnaie de la zone sont fixés par accord entre les participants pour refléter au mieux la compétitivité de chaque nation... Les taux de change entre les monnaies nationales et la Monnaie commune sont fixes, mais on peut instituer un système de révision des taux de change qui reflète les variations d'inflation ou de coûts salariaux, ou tout autre paramètre qui permet de conserver le pouvoir d'achat de la Monnaie commune dans le pays concerné[4] ». André Grjébine estime que les « ajustements des taux de change devraient donner aux États la marge de manœuvre nécessaire pour rechercher par des politiques économiques différenciées l'harmonisation des conditions de production au sein de l'espace européen[5] ». Jacques Riboud préconise un ajustement quotidien des parités des monnaies en fonction des inflations : « L'indice quotidien est calculé en fonction de la dernière progression d'indice mensuel communiqué[6] ».

Les monnaies nationales n'étant convertibles qu'en Monnaie commune, il n'y a pas de marché libre des changes entre les devises des participants. Aucune spéculation n'est donc possible sur ce terrain[4].

Les transactions extérieures[modifier | modifier le code]

« Les échanges entre pays de la zone et les pays extérieurs se font en Monnaie commune. Première solution, la Monnaie commune est cotée sur les marchés contre les autres devises mondiales. Dans ce cas la spéculation est possible sur son cours. Deuxième solution, elle n'est pas cotée, il y a contrôle des changes et taux de change administrés par la Banque centrale de la zone monétaire. Il n'y a plus de spéculation[4] ».

Une monnaie commune mondiale[modifier | modifier le code]

Une monnaie commune mondiale permettrait de stabiliser les taux de change au niveau mondial et d'échapper aux crises monétaires et économiques les plus ravageuses. Cette monnaie ne saurait être une monnaie nationale qui donnerait au pays qui la possède des avantages économiques exorbitants. Elle ne circulerait qu'entre États et non au sein des États[7]. J.M. Keynes la préconisait lors des négociations de Bretton Woods en 1944. Gabriel Galand, sur la base d'une proposition de P. Davidson (1994), propose un Système Monétaire International fondé sur une monnaie commune internationale dans un article du 1er juillet 2002 intitulé « Système financier international et liberté des nations[8] ».

La monnaie commune servirait de monnaie de réserve supranationale. Elle éviterait l'accumulation de réserves de change massives de la part de pays qui se protègent des crises financières mondiales, telles la Chine ou les pays du Sud-est asiatique. Ces réserves créent des déséquilibres mondiaux et contribuent à l'insuffisance de la demande mondiale. Elles jouent un rôle important dans la crise initiée en 2007[9].

Actuellement, le seul instrument qui se rapproche le plus d'une monnaie mondiale sont les droits de tirage spéciaux du FMI. Il a toutefois un rôle davantage comptable que monétaire, mais il est tout de même utilisé comme étalon de mesure, en remplacement du dollar, dans des secteurs tels que le transport de marchandises international.

Bernard Lietaer, économiste impliqué dans la fondation de la monnaie Européenne, soutient la monnaie Terra, une monnaie mondiale basée sur un panier d'une douzaine de commodités et de services parmi les plus courants sur le marché mondial stockées en réserves. La mise en place, pour l'instant pas à l'ordre du jour, s'inspirerait de l'Euro.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Monde du 05/10/2010
  2. Le Monde du 1er juin 2010
  3. Cahiers économiques et monétaires, p.120
  4. a, b, c, d, e et f Gabriel Galand, « 13 : Une monnaie commune, comment ça marche ? », Fiches, sur Chômage et Monnaie,‎ .
  5. Grjebine 1991, p. 214.
  6. Riboud 1996, p. 10.
  7. Riboud 1980, p. 346.
  8. Gabriel Galand, « Système financier international et liberté des nations », sur Chômage et Monnaie,‎ .
  9. Stiglitz, p. 241, 244 et 245

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marc Flandreau, « Monnaie commune, décentralisation et inflation : Hujus Regio, Cujus Pecunia ? », Revue de l'OFCE, no 52,‎ , p. 29-47 (ISSN 1777-5647, DOI 10.3406/ofce.1995.1385, lire en ligne)
  • Cahiers économiques et monétaires de la Banque de France, no 36
  • André Grjebine, La politique économique : ou la maîtrise des contraintes, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points. Économie » (no 29), , 221 p., graph., couv. ill. en coul. ; 18 cm (ISBN 2-02-012953-1, notice BnF no FRBNF35410396)
  • Jacques Riboud, Un mécanisme monétaire avec l'euro constant, Paris, Revue Politique et Parlementaire, PUF, , 121 p., tabl., graph. ; 24 cm (ISBN 2-85702-095-3 et 978-2-85702-095-0, présentation en ligne)
  • Jacques Sapir, La démondialisation, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Économie humaine », , 258 p., graph., couv. ill. en coul. ; 21 cm (ISBN 978-2-02-103498-1, notice BnF no FRBNF42418841)
  • Jacques Riboud (préf. Henri Guitton), Mécanique des monnaies d'aujourd'hui et de demain, Paris, Éditions de la R.P.P., coll. « Collection de la R.P.P. », , 2e éd., 501 p., graph., couv. ill. ; 21 cm (ISBN 2-85702-010-4, notice BnF no FRBNF36601849)
  • Michel Albert et Jean Boissonnat, Crise, Krach, Boom, Seuil, 1988
  • Aglietta et Berrebi, Désordre dans le capitalisme mondial, Odile Jacob, 2007
  • Jacques Sapir, La fin de l'eurolibéralisme, Seuil, 2006
  • Joseph Stiglitz, Le rapport Stiglitz, Les liens qui libèrent, 2010