Monge (BEM)

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Monge
Image illustrative de l'article Monge (BEM)
Arrivée au port du Havre en 1999

Type Bâtiment d'essais et de mesures
Histoire
A servi dans Civil and Naval Ensign of France.svg Marine nationale française
Chantier naval Chantiers de l'Atlantique, Saint-Nazaire
Commandé
Quille posée
Lancement
Armé
Statut En service
Équipage
Équipage 10 officiers, 46 officiers mariniers, 64 membres d'équipage, 40 scientifiques de la DGA
2012 : 210 (bord : 14 officiers, 105 officiers mariniers et membres d'équipage, scientifiques : 9 officiers, 65 hommes, 17 civils, logement pour 292 personnes[1]
Caractéristiques techniques
Longueur 230 m
Maître-bau 30 m
Tirant d'eau 7,7 m
Tirant d'air 50 m
Déplacement 17 760 t (standard), 21 040 t (pleine charge)
Propulsion 2 diesels SEMT Pielstick 8PC 2.5 L400 - 1 hélice
Puissance 9 000 ch (6 615 kW) ; usine électrique 7 200 kW sur 6 diesel alternateur SEMT Pielstick type PA6
Vitesse 17,3 nœuds
Caractéristiques militaires
Armement 2 canons de 20 mm F2, 2 mitrailleuses de 12,7 mm[1]
Électronique 1 radar de recherche aérienne
2 radars de navigation
10 radars et antennes de trajectographie, observation radar et télémesure, un ensemble de capteurs optroniques
Rayon d'action +22 000 nautiques à 15 nœuds et +32 000 nautiques à 10 nœuds
Aéronefs 1 hélicoptère Alouette III[1], peut embarquer 2 hélicoptères lourds
Carrière
Port d'attache Arsenal de Brest
Indicatif A601

Le Monge est, selon la terminologie française, un bâtiment d'essais et de mesures (BEM). Il est classé comme navire collecteur de renseignements. Le Monge est en service dans la Marine nationale depuis le . Ce bâtiment est le seul de ce type dans la Marine militaire française et l'un des rares dans le monde ; seules les marines des États-Unis, de la Chine populaire et de la Russie comptent des bâtiments équivalents. Le Monge, qui tient son nom du mathématicien français Gaspard Monge (1746-1818), a pris la succession du BEM Henri Poincaré, en service depuis 1968. Construit par les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire. Il est armé par un équipage mixte de la Marine nationale et de la DGA (personnel de DGA Essais de missiles). Son numéro de coque est A601;

Sa mission principale consiste à se placer au large en mer pour observer avec ses capteurs les essais en vol des missiles tirés depuis le centre DGA Essais de missiles de Biscarrosse (ex-Centre d'essais des Landes), en particulier les missiles balistiques MSBS M45 et M51, mais aussi les missiles nucléaires aéroportés ASMP (et maintenant ASMPA) et certains autres tirs de missiles à longue portée. Il est aussi utilisé pour la surveillance de l'espace (satellites, débris, ISS, etc.) au profit du CNES et d'autres organismes militaires. Il participe occasionnellement à des missions au profit de l'Agence spatiale européenne (lancements Ariane).

Missions[modifier | modifier le code]

Basé à Brest, ses missions techniques principales sont : la trajectographie et l'observation radar et optique des missiles balistiques ou tactiques, la poursuite de satellites et, beaucoup plus rarement, la mise en œuvre ou la poursuite de cibles aériennes pour l'entraînement des forces. Son système de mesures, articulé autour de radars de poursuite spécifiques de très hautes performances (capables de trajectographie et d'analyse radar) ainsi que d'un ensemble de calculateurs temps réel performants, comprend également un système complet de réception et traitement de télémesures à haut débits, un module d'analyse météorologique (ballons, LIDAR et fusées sondes), un système de poursuite optronique et des équipements de télécommunications satellite. Il possède un mini hôpital doté notamment d'une salle d'opération, de réanimation, d'un appareillage de radioscopie complet pour les longues campagnes d'essai en mer. Il peut embarquer deux hélicoptères lourds.

Pour sa mission principale, qui concerne « l'observation des essais en vol des missiles balistiques ou tactiques », le Monge apporte un soutien essentiel à la Direction technique de la Direction générale de l'Armement (DGA), et plus particulièrement au centre DGA Essais de missiles de Biscarrosse, qui assure la supervision de l'essai et auquel le BEM est opérationnellement rattaché pour l'essai.

En pratique :

  • les tirs d’essai des missiles mer-sol balistiques stratégique sont effectués
  • avant chaque tir, le Monge se positionne dans une zone « réceptacle » à proximité de l'endroit où retomberont les têtes après quinze à vingt minutes de vol
  • du fait de la rotondité de la Terre, il sera le seul à observer le dernier tiers de la trajectoire jusqu'à l'impact en mer final de l'engin.
  • deux axes de lancement sont utilisés depuis le golfe de Gascogne : l’un vers l'ouest, au large des États-Unis ; l’autre vers le sud-ouest en direction de la Guyane et du Brésil situé à plus de 6 000 km, (dans ce cas, le missile est tiré par un sous-marin positionné au sud de la pointe Bretagne).

Une autre mission de ce bâtiment est la participation au réseau national de surveillance de l'espace. En particulier, le Monge travaille en liaison avec le CNES lorsqu'un débris spatial menace d'entrer en collision avec un satellite d'« intérêt national ». Ses radars lui permettent de mesurer précisément les trajectoires des objets gravitant autour de la Terre. En septembre 2011, un satellite de la NASA est rentré dans l'atmosphère. De par sa taille, il existait un risque que des débris spatiaux atteignent le sol. Le Monge a participé à la poursuite de ce satellite depuis le port de Brest, permettant au CNES et à la NASA de prédire avec plus de précision la zone d'impact[2]. Il a permis également de suivre la trajectoire d'une clé à molette perdue par un astronaute de la station spatiale internationale[3].

Équipements du bâtiment[modifier | modifier le code]

Le Monge en 2011 après l'installation du radar Normandie.
  • Capteurs de poursuite et observation de missiles
    • Depuis 2014**
      • 1 radar Normandie de trajectographie et analyse en bande L (NOuveau Radar du Monge pour ANalyse, Détection et Identification Électromagnétique); installé en 2009 par Thales, antenne de 14,4 m de diamètre, multicibles, 62 tonnes, portée de 4 000 km sur une SER de 1 m²[4].
      • 2 radars Armor de trajectographie et analyse en bande C, construit par Thomson-CSF, antenne de 10 mètres de diamètre pouvant suivre chaque trois cibles simultanément, 47 tonnes[5], 5 gigahertz de fréquence, puissance moyenne de 20 kW, portée théorique de 6 000 km sur une Surface équivalente radar de 1 m².
    • Anciens radars démontés en 2009
      • 1 radar Savoie de trajectographie en bande P monopulse, provenant du Henri Poincaré, entré en service en 1974 et remplacé par le Normandie. D'un diamètre de 8 mètres, l'antenne parabolique permet de « photographier » un cortège balistique, puissance de crête 150 kW (puissance moyenne 23 kW), caractéristiques similaires aux radars de lutte antimissile. Portée de 400 km sur une SER de 1 m²[6].
      • Radar bi-statique Statrus en bande L conçu par l'ONERA, provenant du Henri Poincaré, entré en service en 1990. Possède deux antennes de 5 mètres de diamètre; l'un est un émetteur, l'autre un récepteur[6].
    • Ancien radar démonté en 2014[7]
      • 1 radar Gascogne de trajectographie en bande C, provenant du Henri Poincaré, construit en 1980 par Thales, antenne de 4 m de diamètre ; 62 tonnes[8], portée de 600 km sur une SER de 1 m².
    • 6 aériens dont 5 antennes Antares de réception télémesure en bande I
    • 1 tourelle de suivi optronique (capteurs visible et IR)
    • 1 Lidar pouvant analyser jusqu'à 120 km d'altitude et capacité de tir de fusées sonde (pour sondages atmosphériques à très haute altitude)

« Cet ensemble de systèmes radars est le plus performant de la Marine et de la DGA[9]. » Ce navire embarque trois des quatre plus puissants radar d'Europe[3] (hors Russie).

Quelques spécificités du navire[modifier | modifier le code]

  • Un canal de stabilisation entre les réservoirs permet au navire d'avoir un roulis inférieur à 9° à faible vitesse dans une mer de force 6. Le Monge peut assurer des mesures dans une mer de force 5.
  • Le navire est peint en blanc pour limiter au maximum la déformation de ses superstructures par dilatation différentielle sous l'effet de l'éclairement solaire, qui fausserait le parallélisme d'alignement très précis de ses capteurs.
  • Sa longueur et son tonnage en ont longtemps fait le 3e plus gros navire de la Marine nationale après les 2 porte-avions Foch et Clemenceau. Outre leur successeur le Charles de Gaulle, il est maintenant dépassé en tonnage (mais pas en longueur[3]) par les trois BPC de la classe Mistral.
  • Son prédécesseur le BEM Henri Poincaré, plus petit, était un pétrolier civil racheté et modifié par la Marine ; l'amiral Philippe de Gaulle (fils du Général) en fut l'un des commandants. Historiquement, la France avait également installé une station à terre d'observation radar et télémesure sur l'île de Flores dans l'archipel portugais des Açores, station qui fut fermée en 1994.

Budget[modifier | modifier le code]

Son coût initial, bâtiment et instrumentation, était de 3,6 milliards de francs français.

En 2009, le programme de modernisation de l'instrumentation de mesure (y compris le nouveau radar d'analyse Normandie) est estimé à 150 millions d'euros.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Bernard Prézelin, Les Flottes de combat 2012, Paris, Éditions maritimes et d'outre-mer, , 1474 p. (ISBN 978-2737350214), p. 49.
  2. « Le Monge a participé à la traque du satellite UARS, » sur le site Mer et marine, le 26 septembre 2001.
  3. a, b et c « Le "Monge" : un navire radar géant, mais discret », sur Le Point, (consulté le 2 décembre 2016).
  4. « France, Le Monge, navire de la Marine Nationale, Bâtiment d'essais et de trajectographie radar de missiles. 06°) RADAR NORMANDIE », sur http://filterman.esy.es/, (consulté le 3 décembre 2016).
  5. « France, Le Monge, navire de la Marine Nationale, Bâtiment d'essais et de trajectographie radar de missiles. 05°) RADAR ARMOR », sur http://filterman.esy.es/, (consulté le 3 décembre 2016).
  6. a et b « BEM Monge : Caractéristiques principales », sur =http://www.rouen.vessels-in-france.net (consulté en 4 décembre 2016[format=pdf).
  7. « BEM Monge : des mesures de modernisation », sur http://rpdefense.over-blog.com/, (consulté le 8 décembre 2016).
  8. « France, Le Monge, navire de la Marine Nationale, Bâtiment d'essais et de trajectographie radar de missiles. 05°) RADAR GASCOGNE », sur http://filterman.esy.es/, (consulté le 3 décembre 2016).
  9. « Satellites en chute libre : l’armée de l’air veille », Le Monde, (consulté le 18 juin 2015).
  10. « Les EC225 font leurs adieux à la marine française », sur Mer et marine, (consulté le 2 décembre 2016).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]