Mohand Saïd Lechani

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Mohand Said Lechani)
Aller à : navigation, rechercher
Mohand Saïd Lechani
Ms Lechani 001.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 92 ans)
AlgerVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité

Mohand Said Lechani, né le 15 mai 1893 à Ait-Halli, dans l'actuelle commune d'Irdjen en Haute Kabylie, et décédé le 25 mai 1985 à Alger[1], est un instituteur et militant politique et syndical algérien. Berbérisant et socialiste de tendance jaurésienne, collaborateur de divers journaux, il est considéré comme une figure pionnière de l'Algérie contemporaine. Il a participé à tous les mouvements socio-politiques et culturels destinés à l'émancipation de l'Algérie avec, comme point de départ, l'éducation et l'instruction qu'il voulait généralisées à tous.

Biographie[modifier | modifier le code]

Lechani adhère à la Ligue des droits de l'homme[2], au Syndicat des instituteurs de France et des colonies ainsi qu'à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) en 1912, à sa sortie de l'École normale des instituteurs de Bouzaréah[3]. Il a alors 19 ans et l'anticolonialisme est encore balbutiant.

Diplômé de langues berbères à l'Institut des hautes études de Rabat en 1919 (parler Ntifa du Sud de l'Atlas) et de la Faculté des lettres d'Alger, en 1948, il fut le disciple de grands spécialistes des études et de la dialectologie berbères tels que : Said Boulifa[4], Émile Laoust et André Basset puis, plus tard, compagnon de recherches d'André Picard, dernier responsable de la chaire de berbère de la Faculté des lettres d'Alger. Ses écrits et ses réflexions de berbérisant s'inscrivent dans le cadre du mouvement d'éveil et de sauvegarde de l'identité et de la culture berbères d'expression kabyle, entamé au début du XXe siècle par une poignée de lettrés kabyles, issus du monde éducatif[4].

En 1922, Lechani cofonde la revue La Voix des Humbles, périodique socio-éducatif des instituteurs d'origine algérienne[2] qui revendiquaient l'égalité des Droits civiques et sociaux,ce qui était suffisement scandaleux pour l'époque, puis participe activement au Congrès Musulman d'Alger, en juin 1936, et à la naissance du journal anticolonialiste de la Gauche algéroise, Alger républicain[3], en 1938, dans lequel Albert Camus fit ses premiers pas de journaliste.

Ferhat Abbas dans La Nuit coloniale, premier tome de sa trilogie Guerre et Révolution d’Algérie, publié en 1962, n’a pas oublié La Voix des Humbles. Il écrit :

« Venant d’un autre horizon, des instituteurs d’origine indigène, courageux et dévoués, les Tahrat, les Lechani, les Belhadj, les Makaci, les Amrouche, groupés autour de la revue La Voix des Humbles, défendaient le droit à l’égalité et participaient, par l’école, à l’émancipation de la société arabo-berbère. »

Ainsi, parmi les élèves de Mohand Lechani à l'école Brahim Fatah d'Alger où il exerça à l'époque, dans les années 1930, quantité d'entre eux participèrent directement à la Révolution, et à la Bataille d'Alger à l'instar de Mohamed Ferhani, Abderrezak Hahad, ou encore Abderrahmane Taleb, le célèbre chimiste.

Mu par l'égalité des chances scolaires pour tous, il fut pionnier de l'éducation nouvelle (influences intellectuelles variées : Decroly, Freinet et Piaget)[3] dans les années 1933-1934, période durant laquelle il introduit l'imprimerie à l'école dans l'Algérois[5]. Il publie en 1934, dans la Voix des Humbles, un article intitulé "A la recherche d'une méthode rationnelle pour l'enseignement du français à l'école indigène"[5]. Son parcours pédagogique le conduira à prendre part, plus tard, au début des années 1950, aux enquêtes et travaux de la Commission chargée de l'élaboration du Français fondamental, dirigée par le célèbre linguiste Georges Gougenheim.

À partir de 1945 - après avoir été frappé par le régime de Vichy en raison, notamment, de sa participation à la Ligue des intellectuels antifascistes d'Alger - Lechani représente la Kabylie au Conseil général d'Alger, à l'Assemblée financière et à la Commission supérieure des réformes musulmanes, réactivée par le Gouverneur Yves Chataigneau; et déploie une activité intense au profit des masses populaires.

Le socialisme émancipateur trouve en lui un réformateur passionné. Il initie, durant ses mandatures, deux grandes réformes politiques, arrachées de haute lutte à l'administration coloniale : la naissance des nouveaux Centres municipaux en Kabylie en 1946, dans la circonscription stratégique de Fort-National (aujourd'hui Larbaâ Nath Irathen), et la fusion des deux enseignements en 1949 : une grande victoire contre la ségrégation scolaire qui consacra l'école unique pour tous les écoliers d'Algérie, sans distinction de race ni d'origine[3]. Ces réalisations, attendues de longue date par la population, rencontreront la sympathie et l'adhésion des masses populaires, longtemps dominées par le colonat.

Proche de figures socialistes anticolonialistes comme Alain Savary et Charles-André Julien du côté français, d'Abderrahmane Farès et Ahmed Boumendjel du côté algérien, il est signataire en septembre 1955 de la « motion des 61 » rejetant la politique d'intégration prônée par Jacques Soustelle. Mohand Lechani démissionne dans la foulée de ses mandats politiques en décembre 1955, à l'appel du FLN, condamnant au passage les dérives de la direction de la SFIO[6], et rejoint la mission du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) de Rabat en 1958 où il s'occupe des questions d'éducation et d'information.
Rentré au pays à l'Indépendance[3], il se retire définitivement de la vie politique et se consacre à des activités intellectuelles et littéraires, ainsi qu'à l'alphabétisation et l'encadrement scolaire en qualité de Conseiller pédagogique bénévole dans l'académie d'Alger. Approché par le président de l'exécutif algérien Ahmed Ben Bella pour occuper les plus hautes fonctions éducatives du pays, Lechani décline l'offre qui lui est faite en raison de profondes divergences de vue. Demeuré très attaché à sa culture vernaculaire et à sa diffusion, il prêtera, au début des années 1970, un concours actif à l'écrivain Mouloud Mammeri - en qui il voyait un continuateur dans le domaine des études berbères — lors de ses démarches contre la suppression du Cours de berbère de la Faculté des lettres d'Alger.

Mohand Lechani s'éteint le 25 mai 1985[3] à son domicile d'Alger. Il est inhumé dans son village natal d'Ait-Halli au lieu-dit Tazegwart n Bouhelwan. Auteur d'une œuvre riche, il laisse à la postérité de nombreux écrits, notamment sur la langue kabyle, publiés en 1996 sous le titre Écrits berbères[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Ferhat Abbas, La nuit coloniale, éd. Julliard, Paris, 1962.
  • Salem Chaker, Berbères aujourd'hui, L'Harmattan, Paris, 1999.
  • Jacques Cortes, Actes du colloque "Les enjeux de la laïcité à l'heure de la diversité culturelle planétaire", Gerflint (en ligne), 2014.
  • Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Karthala, Paris, 1984.
  • Dictionnaire biographique de la Kabylie, Édisud, Aix-en-Provence, 2001.
  • Abderrahmane Farès, La cruelle vérité, Plon, Paris, 1982.
  • Mohamed Guentari, Organisation politico-administrative et militaire de la révolution algérienne de 1954 à 1962, OPU, Alger, 1994.
  • Aïssa Kadri, Instituteurs et enseignants en Algérie, 1945-1975, Karthala, Paris, 2014.
  • Mohand Said Lechani, Du bon usage de la pédagogie, Les chemins qui montent, coll.document, Paris, 2017.
  • José Lenzini, Mouloud Feraoun,un écrivain engagé, Actes Sud, Arles, 2013.
  • Daniela Merolla, De l'art de la narration tamazight, Peeters, Paris-Louvain, 2006.
  • André Picard, Textes berbères dans le parler des Irjen, La Typo-Litho, Alger, 1958.
  • André Picard, De quelques faits de stylistique berbère dans le parler des Irjen, La Typo-litho, Alger, 1960.
  • Mohamed Rebah, Taleb Abderrahmane, guillotiné le 24 avril 1958, Apic, Alger, 2013.
  • Annie Rey-Goldzeiguer, Aux origines de la guerre d'Algérie, 1940-1945, La Découverte, Paris, 2002.
  • Michèle Sellès, Les manuels de berbère publiés en France et en Algérie (XVIIIème-XXème siècle) : d'une production orientaliste à l'affirmation d'une identité postcoloniale, BnF éd.en ligne, Paris, 2013.
  • Annamaria Di Tolla, Per il recupero del patrimonio culturale berbero algerino, in Cabilia, coll. Mediterraneum, éd. Massa, Napoli, 2003.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Chemakh, S: Les conditions de production de la néo-littérature kabyle, Le Matin , 10 mai, 2005[7].
  • Hadni, M : Hadni Said de l'OS au maquis, un militant à toute épreuve, in Liberté, 11 février 2016[8].
  • Nadiras, F: L'enseignement primaire en Algerie coloniale, site de la Ligue des droits de l'homme de Toulon, 11 février, 2017, en ligne.
  • Louis Rigaud, Vie et militantisme en Algérie de 1922 à 1964, in Cahiers de la FEN, n°12, 1995.
  • Memoria (revue de la mémoire d'Algérie) n°44, 2016.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « LECHANI Mohand [Dictionnaire Algérie] - Maitron », sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr (consulté le 25 mars 2017)
  2. a et b « La Voix des Humbles, 1922-1939 - Max Marchand Mouloud Feraoun », Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons,‎ (lire en ligne)
  3. a, b, c, d, e et f « Mohand Saïd Lechani, un jaurésien dans l’Algérie coloniale », L'Humanité,‎ (lire en ligne)
  4. a et b Salem Chaker, « Documents sur les précurseurs. Deux instituteurs kabyles : A. S. Boulifa et M. S. Lechani », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol. 44, no 1,‎ , p. 97–115 (DOI 10.3406/remmm.1987.2159, lire en ligne)
  5. a, b et c « Mohand Saïd Lechani - Amis de Freinet », sur www.amisdefreinet.org (consulté le 22 mars 2017)
  6. « Robert Verdier ou quand la gauche s’est réinventée », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne)
  7. « http://www.tamazgha.fr/Les-conditions-de-production-de-la-neo-litterature-kabyle,1264.html »
  8. « http://www.liberte-algerie.com/contribution/un-militant-a-toute-epreuve-241613 »

Liens Externes[modifier | modifier le code]